SCÈNE I
inLARIÔN, RÉGAILLETTE \ {Au lever du rideau, Règaillette chante, un morceau de musique à la main ; Hilarion tient la mandoline et l'accompagne ; ils achèvent tous deux la répétition d'un air.)
RÉGAILLETTE.
Mais mou parrain, vous jouez faux!...
Tu crois?
RÉGAILLETTE.
Très-faux !
HILARION
C’est juste... Depuis quinze jours que nou9 avons repris nos leçons d’autrefois, tu es devenue le maître, et moi l’élève... {Lui donnant la mandoline.) Tiens, débarrasse-moi de ça.
RSGAILLETTEi
Qui m’aurait jamais dit que je vous retrouverais si facilement à Paris?
HILARION
C’est un roman : tu descends du coche après avoir recueilli les bravos de tous les passagers...
RÉGAILLETTE.
Et je me trouve sur le quai, sans savoir où aller, à qui demander un asile...
HILARION
Quand le patron te remet la lettre de recommandation de mon ex-locataire.
RÉGAILLETTE.
Et j’arrive tout droit...
HILARION
Chez ton parrain... et je suis enchanté!
Non ! vous faites d’abord la grimace.
HILARION
Oui... mais la nature l’emporte... et quand je m’aperçois que tu as du talent...
* Marie, Hilarion,
LE CHEVALIER D’ESSONNE
REGAILLETTE.
Vous vous décidez à me protéger. Et dire que sans M. Olivier...
HILARION
Régaillette, tu penses trop souvent à ce jeune peintre.
RÉGAILLETTE.
Pourquoi ça ?
HILARION
Pourquoi ! pourquoi !... Ecoute, petite, le bonheur a voulu que dans cette maison du Marais, dont je suis l’humble propriétaire, tu trouvasses, occupant mon premier étage, mes jardins, et mes écuries, M. le chevalier d’Essonne.
' RÉGAILLETTE.
Un bien aimable gentilhomme!...
HILARION
D’autant plus aimable, qu’il est complètement changé depuis son voyage chez M me d’Herbelay, sa sœur. Je ne puis encore m’expliquer cette transformation... plus de duels, plus de lansquenet, plus de...
RÉGAILLETTE.
De?...
HILARION
Plus rien... Enfin, grâce à l’intérêt qu’il te porte, et à la protection de M. de Nangis, son ami, tu as déjà eu l’honneur d’être présentée deux fois à M. le directeur des grandes symphonies de la reine... aujourd’hui tu dois subir la dernière épreuve... et...
RÉGAILLETTB.
Eh bien ! quel rapport cela peut-il avoir avec M. Olivier?
HILARION
Régaillette, quand on est comme toi sur le chemin de la fortune, il est imprudent de trop penser aux peintres, surtout quand ils sont pauvres.
RÉGAILLETTE.
Ne vous en déplaise, mon cher maître, je n’oublierai jamais celui dans lequel j’ai rencontré un premier ami, celui qui m’a fait retrouver si facilement mon quarantième parrain...
HILARION
A propos, si tu as écrit aux trente-neuf autres, là-bas, tu ne leur as pas donné mon adresse, n’est-ce pas?...
RÉGAILLETTE.
Je l’ai oubliée...
HILARION
Tu as bien fait... ils seraient capables de venir tous les trenteneuf à Paris... Je suis si gêné!...
J’entends monter l’escalier.