ACTE I, SCÈNE I
RÉGA1LLETTE.
Oui, madame, car j’attends quelqu’un de Paris et avec bien de l’impatience.
réné, approchant*.
Le coche arrivera dans une heure à peu près.
RÉGAILLETTE.
Dans une heure ? Allons, je vas me promener en attendant,.. Votre servante, madame. [La regardant encore.) Oh! c’est étonnant ! le bon Dieu n’a jamais rien fait si de pareil. [Elle sort.) M me d’herbelaï.
Eh bien. Réné, mon frère?
RÉNÉ
Doit être loin à présent.
M œc d’herbelay.
Il a un bon cheval ?
RÉNÉ
Excellent! et il ne le ménage pas, je vous jure.
M me d’herbelay.
A merveille. Vous n’avez rencontré personne ?
RÉNÉ
Personne... que cette petite fille qui nous avait demandé de lui indiquer son chemin...
M me D’HERBELAY.
Le Chevalier en to quittant ne t’a rien dit pour moi ?
RÉNÉ
Seulement deux mots, madame, auxquels je n’ai absolument rien compris, Mazarin, bastille.
M me d’herbelay, à part.
C’est cela, il a voulu me rappeler ainsi le danger qu’il court.
RÉNÉ
M. le Chevalier, auquel j’avais indiqué un chemin detraverso qu’il craignait de ne pas retrouver sans moi, m’a engagé à revenir ici à fond de train, en me recommandant bien de recevoir toutes les personnes qui se présenteraient pour lui faire visite, mais il ne sera jamais de retour assez tôt pour donner audience au cavalier qui, tout k l’heure, le demandait à la poste.
M roe d’herbelay.
Un cavalier demandait mon frère ! et d’où vient ce cavalier?
RÉNÉ
De Paris.
M me d’herbelay, à part.
Plus do doute, Raoul est poursuivi...
RÉNÉ
Ce cavalier court grand risque de ne trouver personne.
»i me d’herbelay.
Pourquoi donc? Monsieur le Chevalier est au château.
* Réné, M">« d’Herbelay, Régailette.
RÉNÉ
Pardon, madame, mais ce n’est pas possible ; monsieur d’Essonne est parti au galop dans une direction parfaitementopposée.
M me D’HERBELAY.
Je te répète que monsieur d’Essonne est dans sa chambre à sa toilette, et qu’il recevra ce gentilhomme aussitôt qu’il se présentera.
RÉNÉ
Mais, ma chère maîtresse...
M me D’HERBELAY.
Mon bon Réné, tu vas mieux me comprendre... Vieux serviteur de notre famille, tu as été souvent trompé jadis par la ressemblance vraiment merveilleuse que la nature a mise entre Raoul et moi. Notre pauvre mère hésitait elle-même entre ses deux enfans, lorsque follement je me présentais à elle sous les habits de mon frère, aujourd’hui encore, la veuve du président d’Herbelay va employer la ruse qui n’était jadis qu’un jeu pour mademoiselle d’Essonne, mais aujourd’hui, Réné, cette ruse doit sauver Raoul.
RÉNÉ
Le sauver, quel danger le menace donc ?...
M me d’herbelay.
Quoique bien jeune encore, car il a trois ans de moins que moi, Raoul, en arrivant à Paris, a su plaire à madame de Longueville et si bien mériter sa confiance qu’elle lui a donné une mission qui l’honore, mais qui peut le conduire tout droit à la Bastille... et peut-être...
RÉNÉ
A la Bastille !...
M me d’herbelay, à demi-voix.
Raoul va porter à monsieur le prince de Condé les propositions des chefs du parti de la Fronde. /
, RÉNÉ
Miséricorde ! Si monsieur de Mazarin le savait ...
M me d’herbelay.
C’est pour ne point éveiller ses soupçons, qu’en quittant Paris, le chevalier a annoncé à ses amis qu’il comptait passer quelques jours chez moi... Craignant néanmoins les espions du cardinal, Raoul a voulu, s’il était poursuivi, qu’on le trouvât tranquillement installé au château d’Herbelay. En arrivant hier, il m’a tout avoué ; j’ai refusé d’abord le rôle qu’il me destinait dans cette étrange comédie, mais il y allait de sa liberté, il ne s’agissait, après tout, d’être le chevalier d’Essonne que chez moi, et durant huit jours à peine; j’ai consenti. Raoul s’est montré dans la ville hier au soir ; de mon côté j’ai annoncé mon départ pour ce matin, mon carrosse traverse en ce moment Auxerre, les mantelets en sont fermés, et tout le monde me croira ce soir à