SCENE XIII
SAINT-GEORGES, ^L DE BOULOGNE , toute
LA SOCIÉTÉ, puis LK NOTAIUE , M°" DE PRESLE; li;3 Dami:s, qui arrivent successivement.
(On rnU'iid un bioulialia (le LiaTos tt d'applaudUseniena, qui est
ciMisù lurriliiit-r !•: menuul.)
SAINT-GEORC.es, seul sur le devant de la sctne.
Impossible de lui dire un mot!., ce maudit Contrôleur était toujours là... derrière nous... à épier nos moindres paroles... Je ue sais, mais, j'ai idée qu'il se trame quelque chose de fatal. (Apercevant W" t'c Prcsle.) Ah ! la voici. M""^ DK Pr.KSLE, venant à lui.
Ah! ce menuet est de vous, chevalier?., il est charmant ! et... (a mi-voix.) Vous aviez com- Kencé tantôt une conlidcnce...
SAINT-GEORGJÎS, bas.
Oui, je voidais...
M. DE JJOULOGNK, cutrc eux et présentant l'éventail à U'"" de Presle.
Pardon, Comtesse, votre éventail que vous avez oublié !.. hé ! hé ! hé !..
M"' DE PRESLE, sèchement.
Merci, monsieur !
SALNT-GEOUGES, à part.
Voilà bien Tèlre le plus insupportable !..
M. DE lîoULOGxNE, à M°" de Presle.
Le notait e est là!
(îl le lui monlrcà gauche qui se place à la table.) S\I>T-GEORGES, à part.
Un notaire !..
H""' DE PRESLE, à part.
Déjà!.. Et ma parole qui est engajifée !..
M. Di: BOULOGNE, d'un air riant.
Qu'est-ce que vous disiez donc au Chevalier...
M"" DE PRESLE, embanassOc.
Oh! rien... je lui parlais...
SAIIST-GEORGES, gaîmcilt.
Parbleu, mon cher, vous remplissez votre charge, à merveille... vous contrôlez tout!... Madaine me parlait de mon menuet, qu'elle a la bonté de trouver agréable et elle me priait de lui on donner la nnisique.
M"" DE PRESLE, saisissant son idée.
Ah ! oui, Chevalier, je tiens beaucoup à l'avoir, noté de voire main.
M. DE uoii.OGNE, montrant le clavecin.
C'est facile... il y a là tout ce qu'il faut.
SAliST-GEORGES, y courant.
A l'instant, Comtesse... (A part.) Si je pouvais lui écrire qiiclqucs lignes...
M. DE noi'LOGNE, à M"* de Presle Et pendant ce temps, nous autres, nous allons signer le contrat...
SAINT-GEORGES; à part.
Le contrat!...
M""" OK PRESLE, agitée et à part.
Que faire? ot le Roi qui désire ce mariage!., qui pourrait s'oflenscr...
SAl>T-GE0nGl^S, à part.
Ah! je devine !.. Comment empêcher...
M. DE liOlLOGNE, à M"" de Presle, et signant.
.le signe lepronMiM... Et mon lils qui est là, nrfdant d'impntioiKO... (il se retourne, et ne le voit pas.) Eh bien ! où est-il donc?
M"* DK PRESLB,
Comment, il est parti ?
M. DE ROULOGNE, à pirt. à M"* dc V.v.-SlC.
Kon, il est là, dans l'autre salon. (A j-art.) II ne peut pas tenir en place! (L'apercevant.) Ah ! le voici!..
M"' DE PRESLE
Plus d'espoir!..
SAINT-GEORGES, à ;.arl.
C'est fait de nous!..
sc^:^^: x»y.
Les Mêmes, LE BARON, en habit de cour.
LE BARON, à part.
J'en sais assez!., mais épousons, d'abord.
(Il s'approche des dames qui sont au fond.) M. DE BOULOGNE, poussant son fils du côté de
M"" de Presle. Bas.
Vous ferez le galant une autrefois!.. Signei vite... Elle est à nous!
SAINT-GEORGES, à part, et jouant machinalement du clavecin.
Que faire?.. J'en perdrai la tête!
LE BARON , à .M""* de Prcslc.
Comment, belle dame... il serait possible?.. (Il se dirige vers la table.)
SAINT-CEORGES.
Elle va signer!..
LE BARON , qui a signé.
Je triomphe!..
SAINT-GEORGES, à part.
Ah!., peut-être ce souvenir...
(L'orchoslre joue la ritournelle.) LE r.ARON , présentant la plume à M"" de Presle.
A VOUS , belle dame.
(Saint-Georges prend le petit air créole du premier acte.) M""* DE PRESLE. s'arrêtant.
Qii'entends-je?
SAlNT-Gi:OI\Gi;S , cliaiitaiit à mi-ToU,
Adieu, toi... je;;ne maîtresse Aimable et doux souvenir... ,
(En rrgarJar.t iiiiic de Tresle.)
Pour le prouver n;a tendresse.
Adieu, loin de loi, je vais languir.
Adieu, vais languir...
ILtpuis mourir!..
M*"' DE PRESLE, très Mgiiéc et parlant pendant le? derniers vers.
Je ne me trompe pas !.. Oui , ce chaiit qn'.i:rtrefois... Oh! mon Dictî! c'est lui! c'est l;i;ii lui!.. (Avec force . et rejetant la plume qu'elle •.nait.) Je ne signerai pas !
LE BARON
Quoi, Madame?..
M. DE ROI LOGNE, accouraat près d'elle. Que dites-vous, Comtesse?..
(Tout le monde se lappi-odic.^" M"*" DE PRESLE.
Je ne signerai pas; non, nioi:.sioi;r, j'y str^ résolue... et personne, ji.' pense, n"a io droK de lue conuaindro...
LE BARON
LE tULVALlÊR DE SAINT-GLORGES.
SAIWP-GEOROES , à paru
Je respire!..
LE BARON, s'animant.
Dn pareil éclat!..
M. DE BOVLOGNE , troublé.
Quand nous avons votre parole... rompre ainsi un mariage convenu!..
M"" DE PRESLE , avec trouble et regardant Saint- Georges.
Oui, sans doute... ma parole!., mais j'ignorais alors... J'ai réfléchi... j'ai vu que monsieur votre fils... sacoiuluite... son caractère... cnlin, je suis maîtresse de mes volontés... et je vous le répète , je ne signerai pas. (Silence.)
LE BARON , à part , et suivant ses regards.
C'est encore lui ! leurs regards... et rot air "de triomphe... (D'un ton concentre.) A Dieu ne plaise, madame, que nous cherchions à vous contraindre en rien... Mais avant de vous quitter, il me sera permis de faire connaître le noble rival auquel vous me sacrifiez !
(H montre Saint-Georges.)
SAINT-GEORGES, par un mouvement involontaire, saisissant le louet qui est sur le clavecin. Monsieur!..
LE BARON , avec ironie. Oh ! je sais que vous maniez très bien le fouet! quand on a été élevé avec cela !
M"* DE PRESLE , inquiète.
Ah ! Baron...
SAINT-GEORGES, laissant échapper le fouet. Dieu!..
TOVS.
Comment ?
LE BARON, élevant le ton.
Oui, mesdames... Que diricz-vous d'un misérable esclave, échappé de nos colonies, à la suite d'une correction méritée ; et (|ui , sous un nom d'emprunt, sous un litre usurpé, a osé s'introduire dans nos salons, à la cotir... tromper la noblesse, les princes, la France entière!.. Eh bien! ce misérable... (Montrant Saint- Georges.) Le voilà!..
SAINT-GEORGES, avec un mouvement terrible, çl contenu par ses amis qui l'entourent.
Inlame !..
M. DE BOULOGNE
Mon fils !..
M°" DE PRESLE, tremblante.
Chez moi , messieurs! Au nom du ciel !.. SAiNT-GEORfîES, au Baron, d'une voix étouffée. Vous me rendrez raison!..
LE BARON , élevant la voix encore pins. A un nègre?., à un esclave?., li donc!.. Je n'ai pas de préjugés... Je me bats avec tout le monde... et si vous étiez lui homme libre , je ne (ils pas. (Appuyant.) Mais le mulâtre Camille! le .'ils dcNoémi!..
M. DE BOULOGNE, frappé.
Le flis de Noémi,!.. G mon Dieu !.. lui!..
(Il tombe accablé dans uu fauteuil.)
faisant le gcste-dc le souffleter de son ganU Allons donc!.. Voilà tout ce que vous méritez!..
SAINT-GEORGES, s'élançant.
Malhciu'cux!.. Ah! ma vengeance!..
(On se met entre eux.) M"" DE PRESLE, avec un cri.
Par pitié!..
LE BARON, fièrement, et regardant Saint-Georges.
Osez me démentir!..
SAINT-GEOnGE,s, d"iin voix altérée.
Non , je l'avoue... j'en fais gloire, car je ne dois rien qu'à moi , qu'à moi seul... entendezvous, Baron!.. Mais ce Camille, ce fils de Noémi, que vous voiUez Hélrir, foider aux pieds... cet honmic est libre , monsieur!.. (Montrant le papier que M °" de Presie lui a remis.) En voici l'acte que je dois à la main la plus généreuse.... (Avec force.) Et à un homme libre, vous ne refuserez pas raison de vos outrages , vous l'avez dit! (A mi-voix, ctlui serrant la main.) Je VOUS défie à mort !
LE BARON
J'accepte.
DemaÏR.
LE BARON
Au point du jour!
M. DE BOULOGNE et M""* UE PRESLE,
Arrêtez!..