DE PRESLE, SAINT-GEORGES
M"* DE PRESLE , jetant son voile.
Ah ! je craignais d'arriver tiop tard !
Qu'ai-je vu ! Vous, madame! vous, ici !.. M"* CE PRESLE , pâle et troublée.
Ne medeniandez pas comment j'y suis venue!., je ne sais... je ne me souviens plus... J'ignorais votre demeure... et cependant je l'ai trouvée... Me voilà!
SAlNT-GEORGES.
Cette pâleur!., ce désordre ! (Voulant la faire asseoir.) Ah! de grâce...
M""' DE PRESLE
Non... je n'ai qu'un moment... j'ai laissé ma voiture à quelques pas d'ici !.. Je pars... je m'éloigne de Paris pour toujouis !
Vous partez?..
Oui... Je retounic eades lieux que je n'aurais jamais dû quitter... loin des sots discours des médians !
SAINT-GEORGE», avec douleur.
Eh quoi! leurs traits envenimés ont osé s'attaquer...
M""" DE PRESLE
Eh! comment les condamner au silence! cet éclat n'a-t-il pas été public? N'est-ce pas chez moi qu'il a eu lieu? N'en ai-je pas été la cause ou le prétexte? C'est un si grand bonheur, pour vos désœuvrés , qu'une réputation (!c 1cm me a prnirc , à immoler !.. Je ne me sens ]ias la force de braver leurs allciulcs!.. Mais , avant de par
tir, j'ai voulu vous voir une dernière fois , Chevalier... vous supplier, au nom de ce que vous avez de plus cher, de ne donner aucune suile... SAI.NT-(;i;onGKS, avec un mouveinent.
Moi, madame! laisser impuni l'outrage le plus sanglant!
M"" I)K PRESKE.
Ne vous y trompez pas , Saint-Georges , un duel, quelle que soit son issue, ne peut rien réparer!., je ne vous parle pas de moi, de mon nom, compromisdans unelutte, où l'existence de deux personnes est engagée... du mallicur d'une femme, sur qui pèse la mort d'un homme, lïilelle méritée... je ne veux vous parler que de vous... de vous seul!., ce duel, si vous êtes vainqueur, vous perd à jamais ! votre carrière, voire avenir !
SAINT-GEORGES, amèrement.
Hé , madame ! tout cela n'est-il pas perdu par la folie d'un fat? respect, honneur, estime!., ne m'a-t-il pas tout enlevé !.. Aux yeux de ce monde qui m'entourait hier de ses acclamations, je ne suis plus rien qu'un misérable esclave , que le dernier blanc peut couvrir de son mépris !
M"' DE PRESLE
Ah ! ne le croyez pas...
SAINT-GEORGES , avec chaleur.
Etsavez-vous ce que je lui dois, à cethomme que vous voulez que j'épargne!., savez-vous ([u'il a détruit mes espérances de quinze années!., oui, dans ce moment où je vous parle, peut-être pour la dernière fois, j'aurai le courage de vous dire... ce secret de ma vie, que nul autre n'a jamais pénétré !.. Sous le soleil dévorant de Saint-Domingue, sous les chaînes qui me saisirent en naissant... eh bien, j'avais osé rêver pour moi, un autresort, un autre monde !.. car, sous ma couleur d'esclave, je sentais une ame libre , et la force de briseï- mes fers !.. Dès mes premiers pas , un enfant, un ange, m'était apparu comme une providence... qui devint le guide, l'amc de toutes mes actions!., c'était pour elle (|ue Je connaissais l'orgueil, pour elle que je cherchais à m'élcvcr au-dessus des autres!., pour un de ses sourires, j'aurais sacrifié ma vie avec joie... et vous savez, madame, si ce dévouement s'est jamais démenti !
M"' DE PRESLE , émue.
Oh ! jamais !
Forcé de fuir... son souvenir ne m'a plus quitté... et pendant quinze ans, cet amour, ce cuite, le seul vrai, le seul profond que jaie jamais éprouvé , est devenu ma vie ! je voulais à force de succès, m'élever jusqu'à elle... je ne sais (juel instinct secret me disait que celte couleur, cette empreinte même de l'esclavage , serviiait. à ma fortune! je ne m'étais pas trompé!.. IVlrangeté de ces traits... ces taleiis futiles que je n'avais acquis que pour attirer l'attention de cou\ auxfiuels il faut d'abord des hochets!.. Tout servit à'^m'aplanir le chemin !.. mais ce n'était pas assez pour moi'! il me fallait ma place parmi les hommes!., je la voulais, je l'aurais «uc !.. Et quand les honneurs, les dignités , que