‹ Le Chevalier Destouches, son procès et son enlèvementChapitre 1 sur 10 · ET L'ENLEVEMENT · texte numérisé non relu

ET L'ENLEVEMENT

DU

E tous les événements de la période révolutionnaire , dans notre province , il n'en est pas un seul qui ait frappé aussi vivement l'opinion publique que l'a fait l'enlèvement du chevalier Destouches. Cet

intérêt persistant est au surplus complètement justifié. On ne saurait imaginer, en effet, un coup de main exécuté d'une façon plus audacieuse et entouré de circonstances plus étranges et plus dramatiques; aussi ne faut-il pas s'étonner que le personnage au profit duquel il s'accomplit ait été l'objet des recherches des érudits et ait tenté l'imagination des rêveurs et des romanciers. Des chercheurs consciencieux, MM. E. Le Héricher 5 Quénault , Deschamps du Manoir , ont recueilli , sur le fait de l'enlèvement notamment, des particularités curieuses et caractéristiques; à son tour, M. Jules Barbey d'Aurevilly, s'emparant tout à la fois de certains détails exacts et de traditions d'une valeur plus contestable, y a trouvé les éléments d'une composition romanesque , publiée en 1864, et qui n'a pas été sans retentissement.

Tout ne nous semble pas , cependant , avoir été dit sur cette question , et nous voudrions aujourd'hui , en interrogeant les pièces officielles que nous avons eu récem-

du Chevalier Destouches.

ment la bonne fortune de rencontrer, rectifier quelques erreurs et ajouter à ce que l'on sait certains faits accessoires , qui ont leur valeur, et qui jusqu'ici ont été laissés dans l'ombre.

Les événements qui motivèrent l'arrestation de Destouches se placent au mois de messidor an VI de la République. C'est, en effet, à la date du i5 de ce mois (3 juillet 179g) que le contre-amiral Lacrosse requit, à Granville , l'arrestation de cet individu. Le lendemain 16, l'amiral se transportait luimême sur les lieux et adressait au juge de paix le billet suivant :

16 Messidor an VI de la République.

Le contre-amiral Lacrosse au juge de paix de Granville.

« Un objet important pour la sûreté publique, citoyen, une arrestation que j'ay dû requérir cette nuit , nécessite une conférence avec vous. La crainte d'un éclat inu-

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tile, quand il est intéressant de mettre du secret et du mystère dans nos combinaisons , m'a fait renoncer à l'idée que j'ay eue de me transporter chez vous , veuillez bien venir, afin que nous puissions conférer ensemble.

« J'attends cette démarche de votre zèle à poursuivre les ennemis du Gouvernement.

« Salut et fraternité.

a Signé : Lacrosse. »

Le crime d'intelligence avec l'étranger , dans le but de renverser la République , était imputé au détenu et n'était que trop bien établi. La procédure qui nous a été conservée, le factum même , imprimé dans l'intérêt de la défense, par le citoyen Colas de Prémare , avocat et ex-noble , jettent sur toute cette poursuite la plus complète lumière et ne laissent place à aucune incertitude.

Qu'était-ce d'abord que le citoyen Jacques Destouches ? A cet égard , l'avocat Prémare s'exprime en ces termes :

« Sorti à peine de l'enfance , entré dans cet âge heureux où les jouissances sont si vives 5 les plaisirs si délicieux , et les sensations si profondes , triste jouet du malheur. Destouches ne connut que lui , et quoique familiarisé, par une expérience funeste , avec ses coups les plus affreux, il fut prêt de succomber sous celui qui lui ravit son père , au moment où les leçons de sa prudence lui étoient le plus nécessaires. S'il y survécut, ce fut pour traîner une vie misérable, pour consumer les plus belles de ses années dans la peine et le chagrin , en ne cessant de pleurer sur la tombe de son père. Heureux hélas ! heureux encore ! si la méchanceté , la scélératesse, ne lui eussent pas envié une existence si triste et ne se fussent pas fait une espèce de loi de la lui ravir en le dévouant à la mort et à l'ignominie.

« Il est notoire dans son endroit, ajoute l'honorable défenseur, qu'il a été affecté de la mort de son père , au point que ses facultés en ont souffert , et que sa famille , composée de gens sages, n'a pas voulu

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l'émanciper, quoique âgé de dix-huit ans; elle lui a donné un tuteur (i). »

Les pièces du dossier permettent de compléter ces indications , un peu vagues , rédigées dans le goût du temps , par des renseignements plus nets et plus précis. Destouches était né à Granville, le 9 février 1780, de messire Jacques Destouches , écuyer , juge consul, administrateur de l'hôpital, et député pour le corps de la noblesse à l'Hôtel-de- Ville, et de noble dame Thérèse Ganne (2).

(i) Défense de Jacques Destouclies , de la commune de Granville , accusé de correspondance avec les ennemis extérieurs de la République ^ contre le citoyen

accusateur public Factum in-4" de 44 p., imprimé

à Coutances chez G. Joubert, l'an VII de la République , p. 4.

(2) Extrait des registres de l'état civil de la ville de Granville, pour l'année 1780. — « Jacques Destouches , né d'hier , du légitime mariage de messire Jacques-René Destouches , écuyer, juge consul, administrateur de l'hospital et député pour le corps de la noblesse à l'Hôtel-de-Ville , et de noble dame Olive-Perrettc-Thérèse Ganne, a été, ce jour 10 février 1780 , baptisé par nous, vicaire soussigné, et

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Au moment des poursuites, il avait, par conséquent, dix-neuf ans et cinq mois. — Depuis la mort de son père, il avait quitté la demeure de sa mère, à St-Planchers , et était venu se fixer à Granville pour y étudier les mathématiques , le dessin et les armes. C'était un grand jeune homme blond, actif, ambitieux , d'une intelligence ordinaire , mais d'une force et d'une beauté remarquables.

Il appartenait, pour employer le langage des rapports judiciaires, à la caste privilégiée et fréquentait habituellement des personnages éminemment suspects. Il était signalé comme l'ami intime du citoyen Gustave de Clinchamps et comme en relations suivies avec les citoyennes de Canisy, de Clinchamps et d'Anjou; on avait, de plus, remarqué

nommé par noble et discrète personne Destouches , prêtre, chanoine en l'égUse cathédrale de Dol, assisté de dame Julienne-Jeanne-Félicité Ganne, épouse du sieur Hugon , ancien prieur , consul de cette ville, qui ont signé avec nous.

Signé : Ganne-Hugon , Destouches , chanoine de Dol , et J. Follain , vicaire. »

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qu'il avait entrepris des voyages d'un caractère équivoque. Toutes ces circonstances le rendaient , depuis plusieurs mois , l'objet d'une surveillance spéciale, lorsque des révélations de la nature la plus grave parvinrent sur son compte à l'administration supérieure.

Depuis longtemps , on était informé qu'une correspondance active et régulière était établie entre les représentants des princes résidant à Jersey et les royalistes des départements de l'ouest. L'intermédiaire auquel s'adressaient les rebelles était alors Philippe d'Auvergne , prince et duc de Bouillon , personnage notable , qui a joué dans nos troubles politiques un rôle fort important dont , à mon sens , on s'est trop peu préoccupé jusqu'à cejour. M. Quénault, dans ses Recherches historiques et archéologiques sur la Basse- Normandie , se borne à nous apprendre qu'il n'était pas français , qu'il appartenait à une branche de la famille de La Tour d'Auvergne , depuis longtemps fixée en Angleterre , et qu'un prince de

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Bouillon, qui n'avait pas d'enfant, l'avait reconnu comme appartenant à sa famille et l'avait institué son présomptif héritier.

Des informations précises , que je dois à l'obligeance de M, Augustus Legros , juré justicier de la cour royale de Jersey et secrétaire de la Société Jersiaise , me permettent de donner quelques nouveaux détails :

Philippe d'Auvergne, né à Jersey, le 22 novembre 1754, servit de bonne heure dans la marine anglaise , à bord des yachts royaux. En 1778, il était premier lieutenant à bord de l'Aréthuse, lorsque, à la suite d'un engagement avec y Aigrette, il vint échouer sur les côtes de France et fut fait prisonnier. C'est à cette date qu'il entra en relations avec le duc de Bouillon, dont quelques années après il était institué présomptif héritier. A partir de la mort du duc , qui arriva au cours de l'année 1793 , le capitaine d'Auvergne se qualifie prince et duc de Bouillon , titres qu'il porta toute sa vie. C'était un homme instruit, habile , d'une grande énergie et d'une infatigable activité. Dans l'intervalle

Procès et Enlèvement

de ses embarquements successifs , il avait trouvé le temps de se faire recevoir docteur en droit dans une université d'Allemagne, et plus tard membre de la Société des Arts et de la Société des Antiquaires de Londres. Son intelligence supérieure et ses relations suivies avec l'aristocratie française le désignaient tout naturellement à l'attention du gouvernement anglais, qui lui donna, en 1774, le commandement du Nonsuch et le plaça à la tête de la flotille de guerre destinée à la défense de Jersey et de Guernesey. Ce fut à cette époque qu'il habita Montorgueil , et qu'à côté de cette résidence officielle il bâtit, sur une vieille chapelle , la tour connue encore aujourd'hui sous le nom de Tour du Prince , Prince's Tower. — De ces deux éminences, il avait organisé tout un système de signaux servant à le mettre en communication avec les royalistes et à le tenir au courant des mouvements des troupes républicaines. En dehors de sa position de capitaine du Nonsuch , il exerçait les fonctions , plus importantes peut-être , d'agent accrédité

du Chevalier Destouches. 1 5

du gouvernement anglais près des insurgés de l'ouest. Il suffit pour s'en convaincre de parcourir les correspondances de l'abbé Bernier et du comte Joseph de Puisaye. A la date du i5 avril lyyô , le premier lui écrit : « Nous voyons avec toute la satisfaction « possible le dépôt des fonds qui nous sont « destinés réunis entre vos mains. L'envoi « en est plus pressant que jamais. » Dans une lettre postérieure du second, il se trouve qualifié en ces termes par le général : « Le « plus actif et le plus obligeant des hommes, '( et qui est, de plus, mon ami (i). »

Sa situation avait encore grandi en 1799. Conservé à la tête de la flotille , il avait été , en effet, promu successivement aux grades de contre-amiral et de vice-amiral.

Depuis de longues années , toutes les menées du prince de Bouillon étaient connues des agents du gouvernement de la

(i) Correspondance secrète de Charrette, Stoflet, Puisaye et autres, t. I, p. 252, cf. p. 106, no, m , 112, ii3, 116, iSg.

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République. Le commissaire du Directoire du département , les garde-côtes , les commandants des forces maritimes , en vertu d'instructions formelles, exerçaient à ce sujet une surveillance incessante sur les divers points du littoral. Les arrivées et les départs des bâtiments étaient partout l'objet de vérifications rigoureuses et du contrôle le plus minutieux. A Granville , à Portbail , ce service était organisé avec un soin tout particulier. Une circonstance spéciale appelait les investigations de ce côté. Des rapports nombreux avaient , en effet , révélé que le père de Destouches , sous le nom de guerre de Penitel , avait été , dans les derniers temps de sa vie, un agent de correspondances contre-révolutionnaires aussi actif que dévoué , et il était naturel de penser qu'après sa mort son fils avait été chargé par les chefs du parti de ces périlleuses transmissions. Mais si les indices les plus sérieux autorisaient les soupçons, aucun fait positif n'établissait, à la charge de cet individu, l'existence de ces intelligences criminelles ,

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lorsque la police vint enfin jeter la lumière dans ces ténèbres. Un écrivain local , auquel MM. Le Héricher et Deschamps du Manoir ont emprunté d'utiles informations, a prétendu que Destouches avait été arrêté , un peu au hasard, pour chouannerie, par une colonne mobile opérant aux environs d'Avranches ; à son tour, M. d'Aurevilly a supposé qu'il avait été trahi et livré par le propriétaire du Moulin-Bleu , dont le supplice constitue l'un des épisodes les plus sombres de son roman. Ces assertions ne sont pas exactes. Destouches n'a pas été saisi dans la campagne par un détachement armé; il a été arrêté à son domicile , à Granville, en vertu d'un acte régulier de l'autorité judiciaire. Il fut, il est vrai, livré par un espion de bas-étage , auquel il s'était confié avec un inexplicable abandon , mais ce dénonciateur salarié n'était pas meunier, il n'habitait pas les environs de Granville, et jamais, dans la suite, il n'eut à subir aucun acte de représailles. C'était un nommé Quintal, âgé de vingt-cinq ans, marin, demeu-

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rant habituellement à Portbail, et cousin de la citoyenne Adam , petite marchande de Granville.

« Le dénonciateur Quintal , écrit M. de f( Prémare, né à Portbail, petit port de ce « département, étoit connu pour un homme « sans mœurs et sans foi , un mauvois frau- « deur , espèce de flibustier qui ne méritoit « aucune confiance (i). y^

La procédure , en nous confirmant l'exactitude des appréciations du défenseur , nous fait connaître, avec les particularités les plus minutieuses , comment , après s'être rendu maître du secret de Destouches dès le mois de prairial, il réussit ensuite à l'attirer dans le piège qu'il était chargé de lui tendre.

Dans la nuit du 9 au 10 de ce mois, étant à la pêche de la crevette à Portbail, ce marin vit débarquer sur la côte deux individus dans lesquels il reconnut sans peine des aristocrates et des émigrés. L'un portait des épaulettes à graines d'épinards , l'autre

(i) Défense de Jacques Destouches, p. 7.

du Chevalier Destouches.

n'avait pas de marque distinctive. Quintal feignit aussitôt d'être de leur parti et, après avoir appris qu'ils allaient à Granville , il s'engagea à faire passer à l'étranger toutes les lettres qu'ils lui feraient remettre. — Le jour même de cette rencontre , il prévenait le capitaine Quentin et le contre-amiral Lacrosse, et recevait du dernier l'ordre défaire tout ce qu'il pourroit pour découvrir leurs trames.

Laissons maintenant parler Michel Quintal dans sa déposition recueillie à Avranches par le Directeur du jury , le 5 thermidor an VI :

« Déclare (i) que peu de jours après il

(0 Lorsqu'il se présenta la première fois devant la

justice, Quintal était muni du certificat suivant^ qui

attestait suffisamment sa situation d'agent de police

salarié :

Granville, i6 matin de messidor.

« Le contre-amiral Lacrosse certifie que le citoyen Quintal Michel , matelot au service de la République, l'a servie en découvrant les manœuvres de ses ennemis; qu'il n'a agi, dans les démarches qu'il a faites

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reçut une lettre qui était adressée à sa femme, qui la lui fît passer, et dans laquelle (les inconnus) marquoient à sa femme qu'il tachât d'obtenir un congé pour se rendre chez lui le 20 ou le 22 , parce qu'il s'y trouveroit un homme pour y prendre une tasse de café et qui lui remettroit une lettre ;

« Que le témoin ne s'y étant pas trouvé , il vint un commissionnaire apporter une lettre à sa femme, qui la lui remit; qu'ayant été le lendemain la porter au général Lacrosse , après en avoir pris communication il la lui remit le surlendemain en lui ordonnant de la porter au prince de Bouillon à Jersey , à l'adresse duquel elle étoit ; que l'ayant remise au prince de Bouillon luimême 5 celui-ci y fit une réponse qu'il lui

depuis le mois de prairial dernier, que d'après mes ordres et ceux qui m'étoient transmis par le ministère de la marine, instruit par moi de toute cette correspondance. En conséquence, ledit Michel Quintal ne peut être recherché pour aucun fait ou voiage relatif à sa mission.

« Signé: Lacrosse. r>

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donna à remettre, à apporter en France et qui étoit à l'adresse d'' Auguste , qu'il lui dit être Monsieur Destouches demeurant aux environs de Granville; que lui témoin, avant de remettre cette lettre à son adresse , fut la porter au général Lacrosse , qui étoit alors à Granville , et qui , après l'avoir lue , le chargea de la remettre lui-même à Monsieur Destouches , qui étoit alors à Granville ; que l'ayant remise à ce dernier, celui-ci lui dit de repasser ce soir chez lui et qu'il lui donneroit quelque chose à porter; qu'il y retourna, sur les dix heures du soir, oîi il reçut de Destouches un paquet et une lettre à l'adresse du prince de Bouillon , qui est parvenue aux mains du général Lacrosse. «

La remise de cette lettre terminait la mission de Quintal et ne pouvait laisser aucun doute sur le sort réservé au signataire. Aussi dès le lendemain , comme nous l'avons vu , son arrestation était requise et une instruction régulière commençait.

La charge accablante , en dehors de la déclaration de Michel Quintal, dont certains

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détails pouvaient être sérieusement discutés, était la lettre confiée à cet individu et mise immédiatement après sous la main de la justice.

Ce document n'était pas isolé; le contreamiral Lacrosse y avait joint une lettre également interceptée, dans laquelle un correspondant resté inconnu apprenait au prince de Bouillon la mort de Destouches père , désigné sous le nom de Penitel , en lui proposant de le remplacer par son fils.

'c Le citoyen Charles-François Mequet , commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale de Granville, âgé de trente-trois ans , après avoir dit n'être parent , allié , serviteur , ni domestique du prévenant ni des prévenus, déclare que, dans le mois de messidor dernier, ayant eu une confidence avec le contre-amiral Lacrosse , ce dernier lui dit, relativement à l'arrestation de Destouches , que depuis longtemps il étoit informé de sa correspondance avec l'Anglois , qu'il avoit même intercepté plusieurs lettres dudit ; l'une étoit signée l'ami de

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Penitel, qui annonçoit au prince de Bouillon la mort de Penitel, qu'il lui proposoit de faire remplacer par Auguste , dans lequel il devoit avoir la même confiance; quCjd'après les connoissances que le contre-amiral lui dit avoir, il croyoit bien que Penitel étoit Destouches père , qu'on proposoit de faire remplacer par son fils. »

Toutes les pièces , du reste , attestent l'importance exceptionnelle que le gouvernement attachait à cette capture. Nous avons cité précédemment la lettre écrite, dès le i6 messidor, par le contre-amiral Lacrosse au Juge de paix de Granville : on pourrait en rapprocher beaucoup d'autres documents non moins significatifs; Dès le début des poursuites , l'administration départementale adressait aux autorités judiciaires la recommandation suivante :

« Vous sentirez, citoyens, les précautions « éminentes que vous devez prendre pour « empêcher l'évasion d'un prévenu de haute « trahison. «

Le 27 messidor, un citoyen Cherbonnel ,

24 Procès et Enlèvement

en transmettant de Coutances les premières pièces de l'information au citoyen Abraham Dubois j directeur du jury d'accusation de l'arrondissement d'Avranches, s'exprime en ces termes :

a Vous voudrez bien recommander le « prisonnier ou faire recommander au con- « cierge. Il seroit à désirer qu'il fût au « secret; on espère tirer de son affaire de « grands éclaircissements. -»

Enfin , quatre jours après , le commissaire du Directoire exécutif près l'administration du département de la Manche faisait parvenir au même fonctionnaire une longue dépêche dont l'intérêt est tel que nous croyons devoir en reproduire intégralement le texte :

Saint-Lo, 27 messidor, sixième année de la République française une et indivisible.

Le Commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du département de la Manche, au Directeur du jury de l arrondissement d'Avranches.

« Citoyen , « J'apprends que le tribunal criminel vous

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a renvoie l'instruction de l'affaire du nommé Destouches , de Grandville , prévenu de correspondance et d'intelligence avec les ennemis extérieurs. Je ne doute nullement que vous ne preniez toutes les mesures propres à découvrir la vérité et à vous faire connoître les complices qu'il peut avoir. Je serois content si je pouvois vous en faciliter les moyens. C'est pour parvenir à ce but que je crois devoir vous faire part des soupçons que j'ai conçus.

« J'avois l'année dernière une personne sûre dont le parti royaliste ne se défioit pas alors. Il étoit reçu dans les sociétés contrerévolutionnaires. Il y apprit que la correspondance avec l'Anglois se faisoit par Grandville. Il me le marqua le i5 mars 1797, correspondant au 17 floréal. 11 me disoit que la maison Destouches étoit à la tête de cette entreprise de correspondance; qu'un des agents est la fille Pipette, de Grandville même (son vrai nom de famille est Le Tourneur ) ; que M. Le Sauvage étoit pour le royalisme et favorisoit la correspondance ; que les bateaux

Procès et Enlèvement

qui partoient de Grandville n'alloient qu'à Jersey; que les paquets se remettoient à Jersey au prince de Bouillon, qui alors portoit le nom de Lavergne ; que le prince faisoit partir de l'isle des bateaux chargés de lettres pour Southampton ; que les réponses se faisoient de la même manière et étoient envoyées à M. le baron d'Hugon. Ce baron , émigré vendéen et chouan , demeuroit alors chez madame Danjou : elle entretenoit alors une correspondance fort étendue.

(c Vous tirerez de ces renseignements tout le parti que vous croirez convenable , mais je crois qu'il seroit avantageux d'interroger Destouches sur les renseignements que je viens de vous transmettre. Il pourroit aussi avoir connoissance d'un dépôt de selles de cavalerie qui se fabriquoient à quatre lieues d'Avranches , se déposoient dans la ville et étoient enlevées je ne sais pour quel endroit; sur un dépôt de sabres qui étoient en magasin dans les environs de Grandville , sur l'endroit où on a caché les pistolets qui sont

du Chevalier Destouches.

arrivés à Grandville dans le commencement de prairial de l'an V.

f( Si les réponses que ce Destouches vous fera vous présentent de l'équivoque , veuillez m'en instruire , je pourroi peut-être , au moyen des renseignements que j'ai , vous donner bien des éclaircissements.

« Salut et fraternité.

P. -S. « L'homme que vous avez est bien précieux, on tentera tout pour l'enlever, prenez garde qu'il échappe et qu'il communique. ))

La procédure suivie à Avranches , où Destouches, après un court séjour à Coutances , avait été transféré , fut menée avec rapidité. Elle consiste tout entière, à vrai dire, dans l'interrogatoire du prévenu et

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dans la déposition de Quintal. Voici , dans l'ordre de date, le texte exact de ces deux documents :

'< Le 6 thermidor, devant nous , Auguste- Guillaume-François Abraham Dubois, directeur du jury de l'arrondissement d'Avranches, assisté du citoyen Jean Porée, greffier dudit tribunal, a comparu le citoyen Quintal, assigné en vertu de cédule par nous délivrée, pour, en sa qualité de témoin, passer sa déclaration sur les faits et circonstances du délit dont est prévenu le nommé Destouches, ù quoi nous avons procédé comme il suit , après avoir fait promettre au témoin de parler sans crainte et sans haine, de dire la vérité , toute la vérité , rien que la vérité :

Déposition Quintal.

« Le citoyen Michel Quintal, âgé de vingtcinq ans, capitaine de bateau de surveillance, demeurant à Portbail, après avoir dit n'être parent , allié , serviteur ni domestique du prévenant ni du prévenu,

du Chevalier Destouches.

» Déclare que dans la nuit du 9 au 10 prairial dernier , étant à la pêche de la crevette sur le bord de la mer, à Portbail , il vit arriver un canot qui jeta à terre deux hommes , que ces deux particuliers , après avoir mis pied à terre , causèrent pendant quelque temps avec les bateliers ; que lui témoin , soupçonnant que ce pouvoit être des émigrés ou prêtres déportés , imagina de jouer le rôle d'aristocrate et être ennemi du gouvernement républicain, et, sous le masque de l'aristocratie , il fut les aborder et leur dire qu'ils alloient se présenter devant le corps de garde et de ne pas prendre cette route, parce qu'ils pourroient être arrêtés et cela afin de mieux connoître leurs intentions] ajoute le témoin qu'il remarqua qu'un des deux particuliers débarqués avait des épaulettes à graine d'épinards et l'autre ne portoit aucune marque distinctive, que ces deux individus voyant les offres de service que le témoin leur faisoit , lui témoignèrent de la confiance et lui proposèrent de les mettre dans leur route pour aller à Granville, que lui témoin croyant

3o Procès et Enlèvement

s'apercevoir que ces débarqués connoissoient aussi bien la route que lui, et désirant savoir ce qu'ils avoient dans l'àme, les conduisit le long des rochers et le long de la grève , que pendant qu'il fut avec eux ils lui dirent qu'ils voyoient bien qu'il étoit du bon parti et lui proposèrent de leur faire passer des lettres à l'étranger , en lui assurant qu'il seroit bien payé , que lui témoin leur ayant observé qu'il ne lui étoit pas possible de leur rendre ce service à moins qu'ils ne lui obtinssent un congé, parce qu'il étoit au service de la république , ils lui répondirent qu'il falloit qu'il fît de son côté son possible pour en avoir un , et qu'ils emploieroient aussi du leur tous leurs amis , et finirent par lui demander son adresse pour lui envoyer des lettres ; que lui témoin la leur ayant donnée verbalement , les quitta après leur avoir souhaité le bonjour; qu'environ quatre à cinq jours après, il fit part de l'entrevue qu'ail avoit eue au citoyen Quentin, son capitaine , et lui demanda s'il pouvoit en parler au général Lacrosse et engagea même son capi-

du Chevalier Destouches. 3i

taine à lui en parler lui-même; que lui témoin ayant été parler le Q" Lacrosse , ce dernier approuva sa conduite et lui conseilla de faire ce qui dépendroit de lui pour découvrir leurs trames ; que peu de jours après il reçut une lettre qui étoit adressée à sa femme, qui la lui fit passer et dans laquelle ils marquoient à sa femme qu'il tâchât d'obtenir un congé pour se rendre chez lui le 20 ou le 22 , parce qu'il s'y trouveroit un homme pour y prendre une tasse de café et qui lui remettroit une lettre ; que lui témoin ne s'y étant pas trouvé, il vint un commissionnaire apporter une lettre à sa femme qui la lui remit; qu'ayant été le lendemain la porter au général Lacrosse , qui après en avoir pris communication la lui remit le surlendemain en lui ordonnant de la porter au prince de Bouillon à Jersey , à l'adresse duquel elle étoit , que l'ayant remise au prince de Bouillon lui-même, celui-ci y fit une réponse qu'il lui donna à apporter en France et qui étoit à l'adresse à' Auguste , qu'il lui dit être Monsieur Destouches , de-

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meurant aux environs de Granville , que lui témoin avant de remettre cette lettre à son adresse , fut la porter au général Lacrosse , qui alors étoit à Granville, et qui, après l'avoir lue, le chargea de la remettre lui-même à ce Monsieur Destouches, qui étoit aussi alors à Granville, que l'ayant remise à ce dernier, celui-ci lui dit de repasser ce soir che\ lui et qu'il lui donnerait quelque chose à porter , qu'il y retourna sur les dix heures du soir, où il reçut de Destouches un paquet et une lettre à l'adresse du prince de Bouillon qui est parvenue aux mains du général Lacrosse; que si lui témoin a déclaré devant le juge de paix de Granville qu'il croyoit que c'étoit Destouches qui la lui avoit remise, c'est qu'il ne se trouvoit pas libre dans le moment par la présence dudit Destouches et dans la crainte qu'il ne lui arrivât quelque chose , vu que le juge de paix l'avoit envoyé chercher par des fusilliers , mais qu'aujourd'hui ne craignant plus rien , il déclare et affirme que c'est Destouches lui-même qui lui a remis le paquet et la lettre , le con-

du Chevalier Destouches. 33

naissant pour l'avoir vu une fois chez sa tante, où il étoit à acheter de la marchandise, est toute sa déclaration dont lecture lui a été donnée et qu'il a signée et a requis taxe. (Signé) Quintal. Et avons signé avec le Greffier. (Signé) Porée , Abraham. «

Interrogatoire de Destouches.

a Le vingt-cinq messidor an six de la République française, à Avranches, dans la chambre du tribunal de police correctionnelle , devant nous Auguste-Guillaume- Francois Abraham Dubois , directeur du jury de l'arrondissement d' Avranches, assisté du citoyen Jean Porée , greffier dudit tribunal.

« Avons fait comparoître le nommé Destouches , détenu en la maison d'arrêt de cette commune, pour passer les déclarations sur les causes de son arrestation et de sa détention , et sur les faits et circonstances du délit dont il est prévenu , à quoi nous avons procédé ainsi qu'il suit :

0- -- Quels sont vos nom , prén^ms^â^T profession et demeure ? ' ^ '

o«e''dfT''"' '"^"" Destouches, ongmare de Ja commune de Granville dom.c:he à St-Plancher, âgé de diJh ,' ans ,^ eleve en mathématiques , dessin et

D. - Avez-vous encore vos père et mère P

^- -- J ai encore ma mère, mon père est

mort depuis six mois. ^ '''

ave^^-iriP^^'^^^^-^^^^'^-^-ort, R- - Non , Je demeurois à Granville

R. - Oui.

D. — Ne sont-ce point les rp^rptc ^ privilèges qui vous ont engltvtr trahir ,e gouvernement .épuXS„p™"'°'^

vernT ^°".' '' °'" P'' ™"'" '■•ahir le gouvernement républicain. *

D. Quel est donc le motif qui a pu vous determmer à correspondre avec les ennemis du gouvernement pour le trahira

du Chevalier Destouches. 35

R. — Je n'ai pas correspondu avec les ennemis du gouvernement.

D. — Depuis la mort de votre père, n'avez-vous point fait quelques voyages dans quelques communes autrement nommées villes ?

R. ~ Depuis la mort de mon père , j'ai fait un voyage à Caen, pour acheter des hardes de deuil , et en même temps je profitoi de cette occasion pour aller voir le frère de ma mère , demeurant à Beaucoudray , près Tessy , ou plutôt c'étoit le voyage de Beaucoudray pour voir mon oncle que je fis avant que d'aller acheter des hardes à Caen.

D. — Chez quel marchand avez-vous acheté vos hardes de deuil ?

R. — Je ne puis vous le dire, parce que je n'ai jamais fait qu'un voyage à Caen.

D. — Combien y a-t-il que vous avez fait ce voyage à Caen ?

R. — Il y a trois mois ou trois mois et demi.

D. — Aviez-vous pris un passeport pour aller à Caen ?

R — Oui.

36 Procès et Enlèvement

D. — Vous avoit-il été récemment donné par votre administration ?

R. — • Il m'avoit été donné par l'administration municipale du canton de Granville , au moment de mon départ.

D. — A quelle auberge étes-vous descendu à Caen ?

R. — A la Levrette, chez Le Marchand.

D. — Etes-vous allé seul à Caen ?

R. — Oui.

D. — N'avez-vous point logé ailleurs que chez le citoyen Le Marchand ?

R. — Non , j'arrivai à Caen le samedi soir et en repartis le lundi matin.

D. — Je vous observe qu'il ne peut pas y avoir trois mois et demi que vous avez été à Caen , parce que le 1 5 du présent mois , vous avez écrit à quelqu'un que vous veniez d'arriver de Caen, où vous aviez vu vos amis.

R. — Je n'ai écrit à personne le 1 5 messidor, et je n'ai pas pu dire que j'avois vu mes amis à Caen , puisque je n'en connois pas.

D. — Je vous observe que vous avez

du Chevalier Destouches. 3 7

déclaré que vous y connoissiez un citoyen Hugon.

R. — On m'a demandé à Coutances si je connoissois un citoyen Hugon ; j'ai répondu en avoir entendu parler, mais je n'ai pas dit que je le connusse.

D. — Chez qui mangiez-vous à GranviUe?

R. — Je mangeois chez ma grand'mère et je demeurois chez mon oncle.

D. — Connoissiez- vous à Granville le nommé Gustave Clinchamps ?

R. — Oui.

D. — Étiez- vous en liaison avec lui ?

R. — Nous restions dans la même maison.

D. — N'étiez-vous pas douché avec lui lors de votre arrestation ?

R. — Oui.

D. — Ne connoissez-vous pas aussi un nommé Duprat et un nommé Simolain, ainsi qu'un nommé Victor , près Coutances , ou des individus qui aient pris ces noms pour se déguiser?

R. — Non.

38 Procès et Enlèvement

D. — Ne connoissez-vous point aussi une dame de Brucy ?

R. — Non , au moins que vous n'entendiez parler de madame Canizy de La Luzerne.

D. — Connoissez-vous un nommé Coquille et un nommé Des Fontaines ?

R. — Je connois Coquille pour être commandant de la place et Des Fontaines pour l'avoir vu sur la place et rarement dans les sociétés.

D. — N'étiez-vous pas en liaison avec Des Fontaines ?

R. — Non.

D. — Ne connoissez-vous point à Granville la nommée Pipette?

R. — Oui , je la connois et j'ai pu la parler.

D. — Nel'avez-vous point chargée de faire quelques commissions pour vous ?

R. — Non, autant que je puis me le rappeler.

D. — Vous m'avez dit, dans une de vos précédentes réponses, que vous aviez entendu parler d'un M. Hugon; je vous demande ce

du Chevalier Destouches. 3 9

que c'est que ce M. Hugon et où vous en avez entendu parler?

R. — J'avois entendu parler d'un M. Hugon , demeurant aux environs d'Avranches , qui étoit chef de chouans.

b. — N'avez- vous point été en relation avec ce M. Hugon ?

R. — Non.

D. — N'avez-vous point occupé quelques places pour le gouvernement ?

R. — Non ; j'ai cependant travaillé pendant quelques mois dans les bureaux de la marine.

D. — Vos amis ne vous ont-ils point engagé à prendre quelques places dans le gouvernement ?

R. — Non.

D. — N'avez-vous point été en relation avec l'ex-prince de Bouillon ?

R. — Non.

D. — Connoissez-vous cet ex-prince ?

R. — Non ; j'ai seulement entendu parler de lui pour avoir envoyé quelques parlementaires à Granville.

42 Procès et Enlèvement

D. — Je vous observe que le contraire de votre dernière réponse est déposé au procès , et qu'il est dit en termes formels que vous l'avez chargé d'une lettre pour le prince de Bouillon.

R. — Je sais que le citoyen Quintal a passé cette déclaration devant le juge de paix, mais je méconnois l'avoir chargé d'aucune commission pour qui que ce soit.

D. — Vos réponses contiennent-elles vérité, y persistez-vous et voulez-vous signer ? R.— Oui.

Et a en effet le comparant signé après lecture, avec nous et le greffier, et avant de signer : D. — Je vous représente un paquet de journaux intitulés V Observateur politique , littéraire et commercial , au nombre de vingt-cinq , ayant pour dossier un morceau de papier gris sur lequel est la figure d'une tête au haut de laquelle sont écrits ces mots dix-huit et contresigné Lacrosse, je vous interpelle de déclarer si ces feuilles intitulées V Observateur et la pièce servant de dossier ne vous appartiennent pas et si

du Chevalier Destoiiches .

vous n'avez pas chargé le citoyen Quintal de les faire passer au prince de Bouillon ?

R. — Ces pièces ne m'appartiennent point et je les méconnois pour être à moi et les avoir données à qui que ce soit pour les faire passer au prince de Bouillon.

D. — Faites-vous venir quelques papiersnouvelles ?

R. — Non.

Lecture derechef faite, et a signé avec nous. Signé : Destouches — Abraham — Porée.

Nous donnons ci-dessous le facsimilé de incriminée

la signature de la lettre

^te^.

44 Procès et Enlèvement

La démonstration de la culpabilité eût pu à la rigueur s'arrêter là; on jugea à propos de la compléter en établissant, au moyen d'une expertise minutieuse , que la lettre incriminée et qui avait été saisie émanait bien de la main du prévenu. Ainsi qu'on pouvait le prévoir , la vérification d'écriture mit ce point décisif à l'abri de toute contestation. Il est encore curieux aujourd'hui de parcourir les papiers trouvés chez Destouches et qui servirent de pièces de comparaison. En même temps qu'ils peuvent aider à contrôler l'exactitude des constatations des experts , ils jettent un jour précieux sur les habitudes et la tournure d'esprit du jeune conspirateur. On y rencontre tout à la fois des brouillons de devoirs , des fragments de leçons de logique, des exercices de mathématiques et d'algèbre et quelques pièces de poésie. — Nous empruntons au hasard quelques vers à cette dernière catégorie :

Vermeille rose Que le zéphir

du Chevalier Destouches. 45

Vient d'entrouvrir A peine éclose Tu vas périr.

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