‹ Le chevalier Trumeau: comédie en un acte, en versChapitre 125 sur 143 · MADAME DE RÉNAT, RAOUL · texte numérisé non relu

MADAME DE RÉNAT, RAOUL

RAOUL, enthonsîasmé.

Un rayon sur une vague! Un grelot dans unlilas! et vous dites que je n'aime pas cette enfant-là! Mais je Taime...

MADAME DE RÉNAT.

Comme vous n'avez jamais aimé, c'est entendu. Eh bien! épousez-la!

RAOUL

Oui, mais il faut qu'elle m'aime, il faut qu'elle aime d'abord.

HADAMlE DE RÉNAT.

Qu'est cela pour vous? un vainqueur I

Riez ! riez ! Si au lieu de cette enfant dont la turbulence m'étourdit, dont la franchise me déconcerte, j*avais affaire à quelqu'un... à une femme, je ne serais pas embarrassé, je vous en réponds... Vous ne me croyez pas?

MADAME DE RÉNAT>

Oh ! sur parole !

RAOUL

Parce que vous m'avez invalidé, il ne faudrait pas me prendre pour un invalide, ma tante.

MADAME DE RÉNAT.

Miséricorde, mon neveu, un tacticien de votre force!

cC «■

RAOUL

Et un praticien, ma tante, un praticien 1 Mais vous voyez bien que c'est un baby, un véritable baby, qui ne voit rien, n*entend rien, ne soupçonne rien, et qu'avec elle toute stratégie serait perdue... Comprenez donc qu'elle n'est pas au point, que c'est... enfin, qu'elle n'a pas l'étincelle!

MADAME DE RÉNAT.

Qu'est-ce que c'est que cela?

RAOUL

L'étincelle! Mais c'est quand une jeune fille au même une femme n'a pas encore... ne... Connaissez-vous la machine électrique?

MADAME DE RÉNAT.

Oui, des morceaux de bois.

RAOUL

Et de métal! ohl mon Dieu! pas autre chose, avec un disque de verre, tourné par une manivelle... Avant qu'on Tait tournée, regardez, interrogez, palpez, vous ne sentez rien, il n'y a rien que du bois et du métal, en effet. Mais mettez le disque en mouvement et ap* prochez-vous. Un éclair bleu jaillit en crépitant.' C'est le je ne sais quoi, l'inexpliqué, l'âme de cette chose, enfin, c'est l'étincelle I Révérence parler, ma tante, vous êtes toutes ainsi de naissance, vous autres femmes : bois insensible et métal froid, mais qu'un beau jour, l'admiration, la vanité, la pitié, la haine même, que sais-je... la poésie de... ou tout simplement la natiu*e, mettent le disque en mouvement, et voilà la curiosité, le troublé, le désir, voilà l'amour! voilà l'étincelle! Ëh bien, Antoinette n'a pas l'étincelle, ma tante.

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