‹ Le cheveu blanc comedie en un acte, en proseChapitre 5 sur 19 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

FERNAND, toujours sur le seuil.

Merci, merci bien... Oh! diable!

CLOTILDE

Comment.... diable?

FERNAND

Je ne veux pas vous compromettre.

CLOTILDE

Ah! très-bien... En ce cas, fermez-moi ma porte. Quelque charme que m’ofl're d’ailleurs votre conversation, je vous avoue qu’elle m’enrhume.

FERNAND

Au reste, puisque vous le permettez, (ii entre.)

CLOTILDE

Et la porte?

FERNAND

Ah ! pardon, (il ferme la porte, dépose son bougeoir et son chapeau, et se place le dos au feu.)

CLOTILDE, défaisant ses bijoux et lui poussant un fauteuil.

Voulez-vous vous asseoir?

FERNAND

Non... non... Je vous suis obligé... je ne veux pas faire d’installation... je veux simplement rétablir la circulation.... Tiens! cela rime.

CLOTILDE. Elle s’appuie, les bras croisés, sur le dos d’un fauteuil, en face

de son mari.

Pourquoi emportez-vous toujours la clef de votre chambre, — comme Barbe-Bleue? Quel est donc ce mystère?

Penh! c’est une vieille habitude... dont l’origine est assez plaisante... Vous rappelez-vous Michaud?

éLOTILDE.

Michaud ?

FEBNAND.

Qui me servait avant notre mariage... Mich.iiul... parbleu! eh! oui, vous avez dû le voir cent fois chez votre mère quand je vous faisais la cour.

CLOTILDE

Il faut que je perde entièrement la mémoire. .r- car les choses les plus intéressantes m’échappent... Enfin, va pour Michaud... qu’est-ce qu’il a fait?

FERNAND,, un peu gène par la contenance ironique de sa femme.

J’avais en lui une confiance extraordinaire... Quand je sortais de chez moi, je laissais, — comme tout le monde , — les clefs aux portes et môme aux meubles... Un soir, justement, j’avais dit à Michaud de m'allumer du feu dans ma chambre pour deux heures après minuit; je ne sais quel hasard fit que je rcntiai dès dix heures... Or, il faut que vous sachiez que j’avais à celte époque-là une pipe d’Allemagne dont je faisais le plus grand cas...

CLOTILDE

Vous fumiez la pipe ?

FERNAND

Du tout... seulement je fumais celle-là de temps en temps, d’abord en souvenir de l’ami qui me l’avait donnée... c’était Staubach, vous savez, de Dresde?... et ensuite pour faire honneur à d’excellent tabac turc que Daussy m’avait rapporté de Smyrne... Vous connaissez Daussy?... Bref, pour vous finir mou histoire, j’ai'rive à l’improviste dés dix heures du soir... Une certaine odeur orientale qui se répandait dans les escaliers me donne l’éveil ; j’entre sans bruit, je m’avance à pas de lou[» jusqu’à la porte de ma chambre, qui était entr’ouverte, qu’fst-ce que j’aperçois?...

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