Rivaliserait ou plutôt, viendrait en second lieu, après
Les mal-menoit desbuchez de leur Fort.
En païs Foible ou bien en païs Fort,
Bmisoit leur Voye, Erres, Route et Passages, Les espioit Herberllans ès qaignages :
Il'entendoit quand estoit la saison
D'vn porc courable et de sa venaison*, Jugeort au vray si le masle ou la Laye Avoit fougé*® du parc en quelque haye,
En quel endroit 1l souloit Muloter;,
Ou à quel arbre il souloit se froter;
Nul ne sceut mieux comment on le destourne. Comment sur soy vn fin sanglier retourne, Qui prend plustost la campagne ou les boss, Beste effrayée, ou tenant les abbois.
Heureux chasseur, si trop de hardiesse N'eust esté jointe à si tendre jeunesse!
Heureux chasseur, si jamais n'eust apris
! Venaison, graisse du sanglier; ce terme s'applique plus particulièrement au cerf.
? Action du sanglier qui arrache les plantes avec son boutoir.
5 Action du sanglier qui fouille les petits souterrains des mulots pour se nourrir des grains qu'ils y ont amassés.
Qu'on fort sanglier peut à force estre pris ; Mais qu'eust-il fait, puisque la destinée
Seule commande a toute chose née?
Vn jour Venus, le trouvant à propos Sous vn grand pin, où cherchoit le repos Et l’ombre fraix, en la chaleur plus forte,
La larme à l'œil luy dist en ceste sorte :
Bel Adonis, ma joye et mon desir,
Rien ne me plaist sinon que ton plarsrr ; Tu le sçars bien, et n'en faut autre preuve, Que ces deserts, où ores je me treuve ;
Que ces buissons qui me piquent souvent | Sujette au froid, à la pluye et au vent.
La trompe au col, menant tes chiens en lesse, Ciel et nectar pour te suyvre je laisse, Puisque du ciel tu m'as tirée icy :
Tu dois encore me tirer d’on soucy.
De ta Venus si tu tiens quelque conte,
Je te supplie aux Sangliers ne Faffronte.
Maint vaillant homme a esté renversé
Par les Sanglhers, qui mort et qui blessé; Penser n'y puis que de peur je ne tremble, Amour et Peur logent tousjours ensemble.
Les Loups-cerviers, les Lions genereux, Onces et Ours ne sont si dangereux.
Ils vont bruyans et escumans de rage, Comme la mer au milieu d'vn orage.
Ils ont les yeux comme charbons ardens,
Et font sortir le foudre de leurs dents.
Tu es trompé, mon Mignon, si tu penses Pouvoir durer encontre leurs defenses,
Tes meilleurs chiens, nos compagnons loyaux, Y traineront leurs tripes et boyaux.
Croy moy, mon cœur : quiconque aime sa vie, De les chasser ne doit avoir envie.
Passe ton temps à poursuivre les dains,
C’est ton gibier qu'un liévre aux pred-soudains, Tirer chevreuils, et dresser entreprise,
Sur ceux qui sont de plus legere prise.
Si tu ne crains la mort pour ton regard,
À moy tu dois aumoïins avoir esgard,
Que les enfers, et que la terre ouverte,
Engloutiroyent, advenant telle perte, Je l'y suivrois et aurots tost quitté
Comme Chiron, mon immortalité.
Ainsi parloit l'amoureuse deesse, Entremeslant mainte douce caresse, Quand vn grand Porc, entier et sans refus, À Ulant au souil*, sortit des bois touffus, Porc qui avoit laissé les compagnées Errant seulet par trois ou quatre années.
Aspres mastins et chiens bien ameutez, Hallez apres, le tenoyent aux costez.
Lors Adonis sur son espaule charge
Vn gros espieu au fer trenchant et large, Prend les devants, et bien tost est venu En on destroit par le sentier connu.
Derriere vn arbre il se place et s'appreste,
Tend son espieu pour enferrer la beste ;
! Souil, la mare ou flaque d’eau dans laquelle le sanglier va se vautrer. C’est de cette action que vient au sanglier le nom de vautrait. d |
Mais la voyant approcher du destroit, Brisant, froissant ce qu’elle rencontroit, Sur les genoux du cœur luy chet l'audace, L’espieu des poings, et le teint de la face.
Le pied luy faut, et toute adresse aussi.
Sœur de Phœbus tu le voulus ainsi,
De longue main courroucée et despite Contre Venus, pour la mort d'Hippolyte.
S’esbahit-on de quoy nous sommes tels, S2 le courroux pique les Immortels?
La male-beste en retournant sa hure
Vers le chasseur, l’atteignit d'aventure Pres de la cuisse, et l’aine luy fendit, Puis palle et froid sur l'herbe l'estendit; Du sang pourpré, dont la terre fut teinte.
On dit qu’adonc elle devint enceinte,
Et enfanta de pareille couleur
Vne fleurette, arqument de douleur, Plaisante à l'œil, mais de peu de durée, Par qui nous est la beauté fiqurée ;
Je ne ray les plaintes et clamours,
Que feit sur luy la mere aux deux Amours :
Comment les monts, qui du dueil se sentirent, Doublans ses cris, bien loing en retentirent; Ny ne airay comme les blanches fleurs,
Lis et muguets nasquirent de ses pleurs;
Car j'aime nueux mon propre mal escrire,
Que raconter d'vn autre le martyre.
A François de Marisy, seigneur de Machy
Pour vn heureux presage, et signe de bon temps, Jete donne, Machy, cest oiseau du printemps.
M ars est passé, voicy le premier jour
Du mois sacré à la mere d'Amour :
Dites, oiseaux de diverse peinture, Sentez-vous point rajeunir la Nature?
Sus, mes mignons, recommencez vos Chants :
Resjouyssez les forests et les champs ;
En recompense icy gisant à l'ombre,
Je chanteray quelqu'vn de vostre nombre,
Qui autrefois entre nous a vescu,
Ore est Oiseau et s'appelle Cocu!, Fameux Oiseau de qui prist la semblance Le Roy du Ciel, qui la tempeste lance, Pour asseurer le courage peureus
De sa Junon au combat amoureus.
Ce Cocu fut vn bourgeois de Corinthe, Fort ombrageux et sujet à la quinte, Puissant d'amis, pere aux escus contens ; Mais qui avoit passé son meilleur temps; Il espousa vne femme gentille,
Belle, en sa fleur, fine, accorte et subtille, Dont Cupidon le sceut tant enflamer Qu'il l’aima trop, si l’on peut trop aimer ; Il ne taschoit sinon qu'à luy complaire, Voire faisoit plus qu'il ne pouvoit faire ; Ce bon vieillot juroit tous ses grands Dieux
Qu'il l’aimoit plus que son cœur ny ses yeux.
! Dans quelques-unes de nos provinces, on donne encore ce Dom au COUCOU,
En peu de temps l'espouse jeùne et roide Rompit les reins à la vieillesse froide ;
Le bonhommeau qui veit que longuement Ne fourniroit à tel appointement,
Ayant tiré ses plus grands coups de lance, Eut son recours à sainte remonstrance.
De mary donc il devint sermonneur,
Qui ne preschoit que vertu et qu’honneur, Que bon renom : c’estoit tout son langage, Qu'il faut garder la foy en mariage :
Que du logis femme ne doit sortir
Sans son mary. Il leust peu convertir,
À ce qu'on dit. si l’Archerot* qui vole
Se contentoit seulement de parole,
Ce qu'il ne fait : il est par trop dispos Volage, ardent, ennemy de repos,
Pour endurer qu’one belle jeunesse
Lanquisse à l'ombre et moysisse en paresse.
Assez de fois elle en monstra semblant,
! Cupidon, le petit archer.
Dont le mary chaude fievre tremblant Laissa glisser dedans sa fantaisie
Vn certain mal qu’on nomme Jalousie. Se tost qu'au vif de ce mal ul fut poingt, Qui met au front cornes qu'on ne voit point.
Sot, il voulut tenir sa femme en mue, Luy defendit de se monstrer en rue; Verlloit apres, ne cessoit d’esprer,
A son œil mesme il ne s'osoit fier ;
Mal est gardé ce que qarde la crainte!
Le corps estoit au logis par contrainte, L'esprit dehors à ce seul but tendoit
De faire en bref ce qu'on luy defendoit.
C’est la coustume, il se pique et s’offense Plus aigrement de plus aigre defense.
Ainsi voit-on les villageois troublez .
Contre vn torrent qui vient gaster leurs blez, Dresser rempars de fagots et d'argile, Se travaillans d’une peine inutile,
Cela ne sert sinon que d’irriter
Le fier torrent qui ne veut S'arrester ;
Il pousse avant son onde courroucée ,
Puis quand il a mis à bas la chaussée, A gros bouillons, de plus grande fureur,
S'en va noyer l'espoir du laboureur.
Pour abbreger dès la premiere année Elle trouva party par sa menée,
Alors conclut de quitter son grison,
Quoy qu'il en fust, et sortir de prison, Assigne vn jour (Venus, c'estoit ta feste), Tous ses habits dès le soir elle appreste, Part au matin avec vn jeune amy,
Sans dire adieu au bon homme endormy.
À son resveil qu'il se trouve sans elle, Saute du lict, ses valets il appelle,
Puis ses voisins, leur conte son malheur.
S’escrie au feu, au meurtre et au voleur ; Chacun y court; la nouvelle entendue Que ce n’estoit q’une femme perdue, Quelque gosseur de rire s’esclatant,
Va dire, à Dieux, qu'il n'en advienne autant ! La perte jointe avec la moquerie
Fuent tourner ses douleurs en furte,
Sort de la ville et sort aussi du sens :
Par les chemins 1l demande aux passans, Sçavez-vous point là où elle est allée?
Ma femme, helas! ma femme on n'a vollée; Il arrachoit sa barbe et ses cheveux, Remplissoit l'air de regrets et de vœux, Contoit aux vents, au soleil, à la lune,
Aux durs rochers, sa piteuse fortune.
Menant tel dueil sept grands jours tout entiers, Alla, revint par voyes et sentiers,
Par monts, par vaux, par bocage et par lande, S'ans avaller breuvage ny viande,
Et n'ayant plus que les os et la peau,
Sembloit vn corps deterré du tombeau ;
Le ciel qui voit vn si cruel martyre,
En prend pihé et enfin l'en retire ;
Car vne fois de douleur consumé,
Comme il menoit son dueil accoustumé,
La voix luy fault, et par miracle estrange,
Sa bouche ouverte en vn long bec se change.
Tirer pensoit barbe et cheveux chenus,
Barbe et cheveux, plume estoient devenus; Plume devint sa robe par derriere,
Et chaque bras est vne aile legere ;
Lors il perd terre et s’'elevant en l'œr
Cocu parfait encommence à voler ;
Bien esbahy de perdre sa fiqure,
En vn moment par sa mesaventure ; Comme jadis Picus' fut estonné
Quand vne Fée en Picmars*? l’eut tourné, Frapé trois fois de sa verge charmée
Par vn despit de n’estre point aimée.
Ainsi soudain ce miserable amant
Est faict oiseau, et si ne sçait comment, Il fuit soy-mesme, et sa forme nouvelle, Qui tient du Sacre* et de la Colombelle,
S’envole au bois, au bois se tient caché,
! Picus, fils de Saturne et roi des Aborigènes, fut changé en pivert par Circé, parce qu'il avait préféré la nymphe Canente à cette déesse.
? Petit du pivert.
3 Espèce de Faucon.