‹ Le chien d'or [microforme]Chapitre 56 sur 73 · IL · texte numérisé non relu

IL

La place du marché occupait le carré qui se trouve entre la cathédrale de Notre-Dame et le collège des jésuites. .

Ce dernier, un immense quadrilatère, formé de murs épais et de voûtes solides, laissait apercevoir, par la porte cochère qui donnait sur la place, etque surmontait un écusson sacré, quelques avenues bordées de grands chênes où les religieux se prome.paient seuls en silence, ou deux à deux, en songean

( aux obligations de leur ordre ou en discutant les

grandes questions de l’époque.

Un mince filet d’eau traversait la place en mur-

daient des beurrées : mes enfants, ménagez le beurre | pas

| murant, Il serpentait sous les ormes, et hommes et pr | bêtes venaient s’y désaltérer. De chaque côté de ve | . cette source limpide, les voitures se rangeaient de ou | bonne heure, les jours de marché. ne | en sai 11 II. à | | cra l Le jour de la St. Martin, donc, il y avait foule sur tég | le carré : habitants, gens de la ville, ménagères, ser- ie. | vantes ; tous ceux qui avaient quelques denrées à e | vendre ou quelques provisions à faire. tou k Une belle occasion, au reste, de rencontrer les U | amis et les connaissances et de parler de la paix. cru || Tout le monde semblait à l'aise ; la gaieté animait lâch 14 toutes les figures.

{ Le marché était abondamment fourni. Ici des h pommes de la côte Beaupré, tout imprégnées des l: senteurs du miel, des poires de l’Ange Gardien, du Le | | raisin de l’île d'Orléans, l’île de Bacchus, aux riants en c 4 côteaux ; là, le gibier de toutes sortes : les oies, les pren 4 outardes, les canards tués sur les battuïes de la ca- riv 4 nardière ou de ‘île aux grues, à leur arrivée de la imi F baie d'Hudson. Le | C'était sur ces malheureux oiseaux de passage que écho || les chasseurs dirigeaient les coups, maintenant qu'ils ar F ne pouvaient plus tirer sur le Bostonnais ou sur e c || l'Anglais. . :

h1 Il y avait des amas de truites prises dans les petits Ro lacs et les rivières de Montmorency ; de saumons infai | magnifiques et d'anguilles grosses comme le bras de ge F1 du pècheur qui les avait tirées de l’eau. Il y avait A E | des sacs de grain, moulu au moulin banal, des ti- plus f | nettes de beurre jaune comme de l'or, l’orgueil des riche ménagères de Beauport et de Lauzon, qui ñe ces Le c | saient de crier à leurs marmots quand ils deman- . men

Depuis longtemps on n'avait vu pareil étalage de produits. Pendant la guerre, les habitants n'osaient venir sur le marché, car les commissaires de l’armée, ou si l’on veut les agents de la grande compagnie ne manquaient pas de reconnaître celui qui offrait en vente quelques articles remarquables, et ils faisaient aussitôt une descente sur sa ferme.

A l’une des extrémités de la place, s'élevait une croix de bois dont les larges bras semblaient protéger les boutiques et les échoppes d’alentour, et au pes de cette croix, une estrade de planches, haute

e quelques pions d’où le regard pouvait embrasser tout le marché.

Un jésuite venait de monter sur l’estrade, et le crucifix à la main, il tonnait contre les vices et les lâchetés de l’époque.

La foule avide, curieuse, se pressait autour de lui.

Le jansénisme avait bouleversé la France de fond en comble, et maintenant le gallicanisme, né de la première erreur, revendiquait pour la France ces pete religieux qui semblent rapetisser aux imites d’un état, la religion de toute la terre.

Les ardentes disputes de la France eurent. leur écho dans la colonie, nonobstant les efforts déployés par l’évêque et le clergé de Québec pour se garer

e ces regrettables querelles.

Les jésuites se prononcèrent hautement pour Rome et le saint Père, qu’ils proclamèrent seul juge infaillible dans les qu saone de morale et de foi, de gouvernement ecclésiastique et d'éducation.

ependant, la position de ces religieux devint de plus en plus critique en France. On enviait leurs richesses, on jalousait leurs talents et leur habileté. Le clergé séculier se tourna contre eux généralement. Le parlement de Paris déclara qu’ils n’avaient pas une existence légale, et le nouveau ministre, le

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