HISTOIRE DU CHIEN DE BRISQUET
En notre forêt de Lions, vers ^ le hameau de la Gouj)illière, tout près d'un grand puits-fontaine qui appartient à La Chapelle-Saint-Matliurin,^ il y avait un bonhomme, bûcheron de son état, qui s'appelait Brisquet, ou autrement le fendeur à la bonne hache, et qui vivait pauvrement du produit de ses fagots, avec sa femme qui s'appelait Brisquette. Le bon Dieu leur avait donné deux jolis petits enfants, im garçon de sept ans qui était bnm, et qui s'appelait Biscotin, et une blondine ^ de six ans qui s'appelait Biscotine. Outre cela, ils avaient un chien bâtard * à poil frisé, noir par tout le corps, si ce n'est au museau qu'il avait couleur de feu ; et c'était bien le meilleur chien du ^ pays, pour son attachement à ses maîtres.
On l'appelait la Bichonne.
Vous vous souvenez du temps où ^ il vint tant de loups
* vers — près de.
" Many hamlets and villages in France dérive their names f rom a chapel formerly built on tlie spot.
^Blondin, blondine are tlie dirainutive forms of blond, blonde.
* Notice the use of tlie préposition de rendered in English by in, and of the adverb of place oè rendered by wlien.
dans la forêt de Lions. C'était dans Tannée des grandes neiges, que les pauvres gens eurent si grand'peine à vivre. Ce fut une terrible désolation dans le pays.
Brisquet, qui allait toujours à sa besogne, et qui ne craignait pas les loups, à cause de sa bonne hache, dit un matin à Brisquette : Femme, je vous prie de ne laisser courir ni Biscotin ni Biscotine, tant que M. le grandlouvetier ^ ne sera pas venu. Il y aurait du danger pour eux. Ils ont assez de quoi marcher^ entre la butte et rétang, depuis que j'ai planté des piquets le long de rétang pour les préserver d'accident. Je vous prie aussi, Brisquette, de ne pas laisser sortir la Bichonne, qui ne demande qu'à trotter.
Brisquet disait tous les matins la même chose à Brisquette. Un soir il n'arriva pas à l'heure ordinaire. Brisquette venait sur le pas de la porte, rentrait, ressortait, et disait, en se croisant les mains : — Mon Dieu, qu'il est attardé !...
Et puis elle sortait encore, en criant ; — Eh I Brisquet!
Et la Bichonne lui sautait jusqu'aux épaules, comme pour lui dire : N'irai-je pas ?
—Paix! lui dit Brisquette. — Écoute, Biscotine, va jusque devers ^ la butte pour savoir si ton père ne revient pas. — Et toi, Biscotin, suis le chemin au long de l'é-
» grand-louvetier, the head of a service specîally organîzed for the destruction of wolves and other dangerous animais. ^ assez... marcher, see qiioî. ^devers = près de.
tang, en prenant bien garde s'il n'y a pas de piquets qui manquent. Et crie fort, Brisquet ! Brisquet !...
— ^Paix ! la Bichonne !
Les enfants allèrent,' allèrent, et quand ils se furent rejoints à l'endroit où le sentier de l'étang vient couper celui de la butte : — Mordienne, dit Biscotin, je retrouverai notre pauvre père, ou les loups m'y ^ mangeront.
— Pardienne, dit Biscotine, ils m'y mangeront bien aussi.
Pendant ce temps-là, Brisquet était revenu par le grand chemin de Puchay, en passant à la Croix-aux- Anes sur l'abbaye de Mortemer, parce qu'il avait une hottée de cotrets à fournir chez Jean Paquier.— As-tu vu nos enfants ? lui dit Brisquette.
— Nos enfants? dit Brisquet. Nos enfants? Mon Dieu ! sont-ils sortis ?
— ^Je les ai envoyés à ta rencontre jusqu'à la butte et à l'étang, mais tu as pris par un autre chemin.
Brisquet ne posa pas sa bonne hache. Il se mit à courir du côté de la butte.
— Si tu menais la Bichonne ? lui cria Brisquette.
La Bichonne était déjà bien loin.
Elle était si loin que Brisquet la perdit bientôt de vue. Et il avait beau crier : ^ — Biscotin, Biscotine ! on ne lui répondait pas.
Alors, il se prit à pleurer, parce qu'il s'imagina que ses enfants étaient perdus.
» rrCy mangeront, see y. ^U avait beau a'ier, see beau.
Après avoir couru longtemps, longtemps, il lui sembla reconnaître la voix de la Bichonne. Il marcha droit dans le fourré, à l'endroit oH il lavait entendue, et il y entra, sa bonne hache levée.
La Bichonne était arrivée là au moment où Biscotîn et Biscotine allaient être dévorés par un gros loup. Elle s'était jetée devant en aboyant, pour que ses abois avertissent ^ Brisquet. Brisquet d'un coup de sa bonne hache renversa le loup raide mort, mais il était trop tard pour la Bichonne. Elle ne vivait déjà plus.
Brisquet, Biscotin et Biscotine rejoignirent Brisquette. C'était une grande joie, et cependant tout le moade pleura. Il n'y avait pas un regard qui ne cherchât 2 la Bichonne.
Brisquet enterra la Bichonne au fond de son petit courtil,^ sous une grosse pierre sur laquelle le maîtred'école écrivit en latin :
c'est ici qu'est la bichonne, le pauvre chien de brisquet.
Et c'est depuis ce temps-là qu'on dit en commun proverbe: Malheureux comme le chien à* Brisquet, qui n'allit ^ qu'une/ois au bois, et que le loup marigit?
* avertissent^ présent subjunctîve governed by the conjunction pour que,
^cherchât, imperfect subjunctîve governed by the relative pronoun çwzpreceded by the négative expression pa« un.
' courtU = jardin,
< The use of à instead of de, is fréquent in popular language.
» aUitf mangity incorrect peasant French for aUa, mangea.
Assis devant une table chargée de gros livres, le dos tourné à la cheminée, des demi-manches en lustrine montant jusqu'aux coudes, préservant les manches râpées d'un vieil habit, Jacques Ferlac travaille ; pauvre rond de cuir ^ condamné à aligner des chiffres depuis le matin jusqu'au soir !
Voilà un an qu'il tient les livres de la maison Durand, aux appointements de cent vingt-cinq francs par mois ; c'est maigre, d'autant plus que Jacques Ferlac a une fille à élever. Que de privations ne doit-il pas s'imposer pour que la petite ait^ toujours tout ce qu'il lui faut. Ayant par semaine quelquejs jours de libres, il a songé à les employer et a cherché une autre maison dont il pourrait tenir les comptes, mais il n'a rien trouvé ; d'autres avaient sans doute passé avant lui, ou bien, peut-être, avec sa redingote démodée, son air malheureux, n'a-t-il pas inspiré de sympathie.
Dans le bureau, la pendule sonne lentement les six coups de sa délivrance. Jacques se lève, frotte ses yeux, que la lumière rouge du gaz a fatigués ; puis il
> rond de euù', a name sometimes given to clerks, from the round leatlier cushion on which they sit.
* ait^ présent subjonctive governed by tbe conjunction pour que.
ôte ses fausses manches, les range soigneusement dans un tiroir, endosse un pardessus, prend son chapeau, et, posant sa main sur un bouton de verre, ouvre la porte qui le sépare du magasin.
Celui-ci est grand, spacieux; des <3ommis flânent à droite, à gauche, de tous côtés ; les uns lisent des journaux, d'autres font, en bâillant, des cocottes^ en papier, qu'ils alignent par rang de taille sur une banquette.
Soudain, tout rentre dans l'ordre ; en un clin d'œil, journaux et cocottes ont disparu, les commis affairés plient des pièces d'étoffes traînant ^ un peu partout, que dans la journée on a dépliées pour la vente.
D'où vient ce brusque changement ? Simplement de ce qu'ils ont entendu dans l'escalier quelqu'un se moucher bruyamment, et qui n'est autre, ils le savent bien, que M. Durand, le patron. Ils sont habitués à ce coup de trompe qui, pour eux, est devenu un signal.
M. Durand a ouvert la porte. C'est un grand homme sec au regard d'aigle. ,
En entrant, il jette autour de lui un coup d'œil circulaire, puis apercevant Jacques qui tourne timidement son chapeau entre ses doigts :
— Eh bien ! ça va, la comptabilité ?
— Mais, oui, monsieur !
Et Jacques reste là, hésitant, ayant quelque chose à
* cocotte, paper folded to represent a little lien. ' traînant = dispersées.
dire, mais n'osant pas. Tout à coup, prenant son courage à deux mains : ^
— Monsieur, fait-il ^ bien bas, comme s'il avouait un crime, vous savez, je ne suis pas riche, pourriez-vous m'avancer quelque chose sur mon mois ?
Le patron a froncé le sourcil ; mais, au fond, c'est un brave homme. Voyant l'air désolé de Jacques :
— D'ordinaire, nous ne faisons pas d'avances; mais je comprends, c'est demain la Noël, vous pouvez avoir besoin d'argent ; passez à la caisse, on vous donnera, sur votre mois, un acompte de 50 francs, le reste vous sera payé le 31 décembre.
Jacques se confond en remerciements et s'avance au guichet, où l'on aligne devant lui trois pièces d'or. Il les prend, les glisse avec précaution dans un portemonnaie un peu vieux, puis, lentement, il sort du magasin après avoir salué le patron et les employés, ne remarquant pas les sourires ironiques que ces derniers lui adressent.
Arrivé dans la rue, un froid saisissant le pénètre. Il remonte jusqu'à ses oreilles le collet de son pardessus et, le chapeau bien enfoncé sur la tête, les mains dans les poches, serrant amoureusement entre ses doigts le bienheureux porte-monnaie, il s'éloigne à grands pas, jetant de temps à autre un regard sur les belles choses que les magasins étalent sous ses yeux.
Les jouets l'attirent, un surtout. Car, dans une * jn^enant. . . mains, see courage, * fait-il = dit-il.
vitrine inondée de lumière, et où des jeux de mille sortes sont réunis, une belle poupée blonde et bouclée, aux longs yeux d'émail, lui sourit, tendant vers lui ses mains pleines de fossettes.
Une hallucination le prend ; mais, oui, cette poupée ressemble à sa petite Blanche! Oubliant qu'il est pauvre, une envie folle lui * prend d'acheter cette poupée, de l'offrir à son enfant.
— Elle doit coûter cher, se dit Jacques à lui-même. Il demeure là, incertain, se demandant s'il va entrer.
La marchande paraît sur le seuil; c'est une vieille dame à la figure respectable et sympathique.
Jacques s'avance, et, timidement, désignant la poupée:
— Pourriez - vous, madame, me dire le prix de ce jouet ?
— Entrez, monsieur, je vais vous renseigner.
Jacques pénètre dans le magasin après la marchande ; celle-ci ouvre la vitrine, et, prenant la jolie blonde, consulte une étiquette verte pendue à son doigt.
— ^Vingt francs, dit-elle !
Puis comme la figure du pauvre homme exprime la surprise :
— Ce n'est p£tô cher! Voyez comme elle est belle, elle tourne la tête, ferme les yeux, et la couchant dans ses bras, elle montre à Jacques ses paupières baissées.
Il regarde, et il lui semble voir sa fille endormie. * Notice the use of hii, not fe, in this expression.
Sa main presse désespérément le porte-monnaie.
— Non, fait-il enfin, je ne peux pas, c'est trop cher !
Une telle douleur se lit sur son visage que la vieille dame émue lui demande :
— C'était pour votre fille ?
— Oui, madame, et malheureusement je ne suis pas riche. Je suis teneur de livres ; n'ayant qu'une maison, j'ai bien du temps à moi. J'en ai bien cherché d'autres, mais voilà, je n'ai jamais eu de chance, je n'ai pas trouvé. Ce que je gagne est peu de chose. Aussi, pour que la petite ne manque ^ de rien, je porte longtemps le même habit et l'on sourit en me voyant passer; mais cela m'est égal. Une caresse de ma fille me fait oublier ces petites misères. Et, pourvu qu'elle soit ^ heureuse, je suis heureux aussi. C'est demain la Noël. , Elle aime les jouets, je le sais, ses yeux parlent pour elle quand nous sortons nous promener, car elle ne me dit rien, la chère mignonne. Elle est bien raisonnable, allez, ^ pour ses huit ans. Elle se rend bien compte ^ de notre situation.
En passant, j'ai vu cette poupée ; elle ressemble à ma Blanchette. Tout d'un coup, sans que je sache ' comment, il m'a pris l'envie de l'acheter. Ah ! madame, si vous pouviez diminuer quelque chose, eh bien! je
* Présent subjunctive, governed by the conjimction pour que.
' Présent subjunctive, governed by the conjunctîon pourvu que. ^ Used to add emphasis to the expression.
* se rend bien compte, see compte,
* Présent subjunctive, governed by the conjunctîon mm que.
l'achèterais tout de même, ne voulant pas vous avoir inutilement dérangée.
La martshande l'écoutait, attendrie.
— Prenez-la, dit-elle, la voix mal affermie ; je vous la cède au prix de revient, pour douze francs, mais ne le dites pas.
Puis cela se trouve à merveille.* Vous êtes teneur de livres, et justement j'en cherchais un. Jusqu'à présent je m'occupais moi-même des écritures de la maison ; mais je me fais vieille, j'ai besoin de quelqu'un. Venez quand vous voudrez, et amenez-moi votre fille ; j'adore les enfants, je serai heureuse de la connaître. ...Ah! j'oubliais: vous aurez cent cinquante francs par mois !
— Cent cinquante francs ! Mon Dieu, avec ce que je gagije déjà, c'est la richesse ! Oh ! madame, que vous êtes bonne !
Et Jacques Ferlac se mît à pleurer comme un enfant. Le magasin s'emplissait de monde, il partit emportant la poupée ; et, peu d'instants après, la joie au cœur, il pénétrait chez lui.
A son arrivée, une charmante fillette de huit ans vint se jeter dans ses bras.
— Comme tu rentres tard ! fit-elle.^
Soudain ses grands yeux sérieux se fixèrent sur le paquet que tenait son père.
' cela,.. mej'veiUe, see trouver, ^fit-elle = dit-elle.
— Tiens ! ma Blanchette, fit Jacques en souriant, voici ce que petit Noël m'a remis pour toi !
Elle déplia le paquet. Couchée dans une boîte garnie de dentelles, la poupée apparut.
— Ah! père!
Elle n'en dit pas plus long, mais dans son œil attendri, perlait une larme. On voyait que la fillette comprenait.
Entourant le cou de Jacques de ses deux bras, avec mille inflexions de voix plus tendres les unes que les autres :
— Comme tu m'aimes ! fit-elle. Mais je t'aime bien aussi, va ! *
Devant la joie de son enfant, Jacques Ferlac oubliait. Soudain, il se souvint.
— Tu ne sais pas, fit-il, nous allons être riches.
Alors, s'asseyant et la prenant sur ses genoux, il lui apprit comment le petit Noël avait pensé à luL
Dans le village de Fouly ^ vivait, il y a quelques années, un pauvre paysan nommé Guillaume Mona.
Un ours venait toutes les nuits voler ses poires, car à
* Used for empliasis.
' Fouly, a little village in the valley of the Rhône, in France.
ces bêtes tout est bon. Cependant, il s'adressait de préférence à un poirier chargé de crassanes.^ Qui est-ce qui se douterait qu'un animal comme ça ^ a les goûts de l'homme, et qu'il ira choisir dans un verger justement les poires fondantes ? Or, le paysan de Fouly préférait aussi, par malheur, les crassanes à tous les autres fruits. Il crut d'abord que c'étaient des enfants qui venaient faire du dégât dans son clos ; il prit, en conséquence, son fusil, le chargea avec du gros sel de cuisine, et se mit à l'affût. Vers les onze heures, un rugissement retentit dans la montagne. " Tiens, dit-il, il y a un ours dans les environs." Dix minutes après, un second rugissement se fit entendre, mais si puissant, mais si rapproché, que Guillaume pensa qu'il n'aurait pas le temps de gagner sa maison, et se jeta à plat ventre^ contre terre, n'ayant plus qu'une espérance, que c'était pour ses poires, et non pour lui, que l'ours venait.
Effectivement, l'animal parut presque aussitôt au coin du verger, s'avançant en droite ligne vers le poirier en question, passa à dix pas de Guillaume, monta lestement sur l'arbre, dont les branches craquaient sous le poids de son corps, et se mit à y faire une consommation telle, qu'il était évident que deux visites pareilles rendraient la troisième inutile. Lorsqu'il fut rassasié, l'ours^ descendit lentement, comme s'il avait du
* crassanes, a kind of delicious juîcy pears. 9ça = cela, * se jeta,., ventre, see ventre.
regret d'en laisser, repassa près de notre chasseur, à qui le fusil chargé de sel ne pouvait pas être, dans cette circonstance, d'une grande utilité, et se retira tranquillement dans la montagne. Tout cela avait duré une heure à peu près, pendant laquelle le temps avait paru plus long à l'homme qu'à l'oui's.
Cependant, l'homme était un brave... et il avait dit tout bas en voyant l'ours s'en aller : " C'est bon, vat'en,^ mais ça ne se passera pas comme ça, nous nous reverrons." Le lendemain, un de ses voisins qui le vint visiter, le trouva occupé à scier en lingots les dents d'une fourche.
— Qu'est-ce que tu fais donc là? lui dit-il. — Je m'amuse, répondit Guillaume.
Le voisin prit les morceaux de fer, les tourna et les retourna dans sa main en homme qui s'y connaît,^ et après avoir réfléchi un instant : " Tiens, Guillaume, dit-il, si tu veux être franc, tu avoueras que ces petits chiffons ' de fer sont destinés à percer une peau plus dure que celle d'un chamois.
— Peut-être, repondit Guillaume.
— Tu sais que je suis bon enfant, reprit François (c'était le nom du voisin). Eh bien ! si tu veux, à nous deux* l'ours, deux hommes valent mieux qu'un.
> ta-i^en^ imperative of %'en aUer ; V is an abbreviation for toi,
• en.,, connaity see connaître.
■ eJUffons = morceavx.
* à nous deux, see detix.
— C'est selon,* dit Guillaume, et il continua de scier son troisième lingoi
— Tiens, continua François, je te laisserai la peau à toi tout seul, et nous ne partagerons que la prime ^ et la chair.
— J'aime mieux tout, dit Guillaume.
— Mais tu ne peux pas m'empêcher de chercher la trace de l'ours dans la montagne, et si je la trouve, de me mettre à l'affût sur son passage.
— Tu es libre." Et Guillaume, qui avait achevé de scier ses trois lingots, se mit, en sifflant, à mesurer ime charge de poudre double de celle que Ion met ordinairement dans une carabine.
— Il paraît que tu prendras ton fusil de munition, dit François.
— Un peu ! ^ trois lingots de fer sont plus sûrs qu'une balle de plomb.
— Cela gâte la peau.
— Cela tue plus raide.
— Et quand comptes-tu faire ta chasse ?
— Je te dirai cela demain.
— Une dernière fois, tu ne veux pas ?
— Non.
— Je te préviens que je vais chercher la trace.
— Bien du plaisir.
* c^est sdon = ça dépend.
' prime, a sum of money granted by the state to those who destroy dangerous animais.
« un peu = see peu.
— A nous deux, dis ?
— Chacun pour soi.
— Adieu, Guillaume !
— Bonne chance, voisin ! "
Et le voisin, en s'en allant, vit Guillaume mettre sa double charge de poudre dans son fusil de munition, y glisser ses trois lingots, et poser l'arme dans un coin de sa boutique. Le soir, en repassant devant la maison, il aperçut, sur le banc qui était près delà porte, Guillaume assis et fumant tranquillement sa pipe. Il vint à lui de nouveau.
— Tiens, lui dit-il, je n'ai pas de rancune. J'ai trouvé la trace de notre bête ; ainsi je n'ai plus besoin de toi. Cependant je viens te proposer encore une fois de faire à nous deux.
— Chacun pour soi, dit Guillaume."
Le voisin ne put rien dire de ce que fit Guillaume dans la soirée.
A dix heures et demie, sa femme le vit prendre son fusil, rouler un sac de toile grise sous son bras et sortir. Elle n'osa lui demander où il allait, car Guillaume n'était pas homme à rendre des comptes à une femme.
François, de son côté, avait véritablement trouvé la trace de l'ours; il l'avait suivi jusqu'au moment où il s'enfonçait dans le verger de Guillaume, et n'ayant pas le droit de se mettre à l'affût sur les terres de son voisin, il se plaça entre la forêt de sapins, qui est à mi-côte de la montagne, et le jardin de Guillaume.
Comme la nuit était assez claire, il vit sortir celui-ci par sa porte de derrière. Guillaume s'avança jusqu'au pied d'un rocher grisâtre, qui avait roulé de la montagne jusqu'au milieu de son clos, et qui se trouvait à vingt pas tout au plus ^ du poirier, s'y arrêta, regarda autour de lui si personne ne l'épiait, déroula son sac, entra dedans, ne laissant sortir par l'ouverture que sa tête et ses deux bras, et s'appuyant contre le roc, se confondit bientôt tellement avec la pierre, par la couleur de son sac et l'immobilité de sa personne, que le voisin, qui savait qu'il était là, ne pouvait pas même le distinguer. Un quart d'heure se passa ainsi dans l'attente de l'ours. Enfin, un rugissement prolongé l'annonça. Cinq minutes après, François l'aperçut.
Mais, soit par ruse, soit qu'il eût éventé ' le second chasseur, il ne suivait pas sa route ordinaire ; il avait, au contraire, décrit un circuit, et au lieu d'arriver à la gauche de Guillaume, comme il avait fait la veille, cette fois il passait à sa droite, hors de la portée de l'arme de François, mais à dix pas tout au plus du bout du fusil de Guillaume.
Guillaume ne bougea pas. On aurait pu croire qu'il ne voyait pas même la bête sauvage qu'il était venu guetter, et qui semblait le braver, en passant si près de lui. L'ours, qui avait le vent mauvais,' parut, de son
^ tout au plus, see tout.
2 eût éventé — eût senti; pluperfect subjunctîve governed by soit que, • mauvais = contraire.
côté, ignorer la présence d'un ennemi, et continua lestement son chemin vers l'arbre. Mais au moment où, se dressant sur ses pattes de derrière, il embrassa le tronc de ses pattes de devant, présentant à découvert^ sa poitrine que ses épaisses épaules ne protégeaient plus, un sillon rapide de lumière brilla tout à coup contre le rocher, et la vallée entière retentit du coup de fusil chaîné à double charge, et du rugissement que poussa l'animal mortellement blessé.
Il n'y eut peut-être pas une seule personne dans tout le village, qui n'entendît le coup de fusil de Guillaume et le rugissement de l'ours.
L'ours s'enfuit, repassant, sans l'apercevoir, à dix pas de Guillaume, qui avait rentré ^ ses bras et sa tête dans son sac, et qui se confondait de nouveau avec le rocher.
Le voisin regardait cette scène, appuyé sur ses genoux et sur sa main gauche, serrant sa carabine de la main droit, pâle et retenant son haleine. Pourtant, c'est un crâne ^ chasseur. Eh bien ! il m'a avoué que, dans ce moment-là, il aurait autant aimé être dans son lit qu'à l'affût.
Ce fut bien pis quand il vit l'ours blessé, après avoir fait un long circuit, chercher à reprendre sa trace de la veille, qui le conduisait droit à lui. Il fit un signe de
1 présentant à.,, see découvert.
^rentré is used hère as a transitive verb.
« crâne = brave.
croix, car ils sont pieux, nos chasseurs, recommanda son âme à Dieu, et s'assura que sa carabine était armée. L'ours n'était plus qu'à cinquante pas de lui, rugissant de douleur, s'arrêtant pour se rouler et se mordre le flanc à l'endroit de sa blessure, puis reprenant sa course.
Il approchait toujours. Il n'était plus qu'à trente pas- Deux secondes encore, et il venait se heurter contre le canon de la carabine du voisin, lorsqu'il s'arrêta tout à coup, aspira bruyamment le vent qui venait du côté du village, poussa un rugissement terrible, et rentra dans le verger.
— Prends garde à toi, Guillaume ! prends garde ! s'écria François, en s'élançant à la poursuite de l'ours, et oubliant tout pour ne penser qu'à son ami ; car il vit bien que, si Guillaume n'avait paseu le temps de recharger son fusil, il était perdu : l'ours l'avait éventé.^ H n'avait pas fait dix pas qu'il entendit un cri. Celui-là, c'était un cri humain, un cri de terreur et d'agonie tout à la fois ; un cri dans lequel celui qui le poussait avait rassemblé toutes les forces de sa poitrine, toutes ses prières à Dieu, toutes ses demandes de secours aux hommes : A moi ! ...
Puis rien, pas même une plainte, ne succéda au cri de Guillaume.
François ne courait pas, il volait ; la pente du terrain précipitait sa course. Au fur et à mesure ' qu'il approchait, il distinguait plus clairement la monstrueuse bête > éventé = senti, * au fur . . . see/t*?*.
qui se mouvait dans Tombre foulant aux pieds le corps de Guillaume, et le déchirant par lambeaux.
François était à quatre pas d'eux, et Tours était si acharné à sa proie qu'il n'avait pas paru l'apercevoir. Il n'osait tirer, de peur de tuer Guillaume, s'il n'était pas mort ; car il tremblait tellement qu'il n'était plus sûr de son coup. Il ramassa une pierre et la jeta à l'ours.
L'animal se retourna furieux contre son nouvel ennemi ; ils étaient si près l'un de l'autre, que l'ours se dressa sur ses pattes de derrière pour l'étouffer ; François le sentit bourrer ^ avec son poitrail le canon de sa carabine. Machinalement il appuya le doigt sur la gâchette ; le coup partit.
L'ours tomba à la renverse, la balle lui avait traversé la poitrine et brisé la colonne vertébrale.
François le laissa se traîner, en huilant, sur ses pattes de devant et courut à Guillaume. Ce n'était plus un homme, ce n'était plus même un cadavre : c'étaient des os et de la chair meurtrie, la tête était dévorée presque entièrement.
Alors, comme il vit au mouvement des lumières qui passaient derrière les croisées, que plusieurs habitants du village étaient réveillés, il appela à plusieurs reprises, désignant l'endroit où il était. Quelques paysans accoururent avec des armes, car ils avaient entendu les cris et les coups de feu. Bientôt tout le village fut rassemblé dans le verger de Guillaume.
' bourrer = boucher, toucher.
24 BOUMBOUM
Sa femme vint avec les autres. Ce fut une scène horrible. Tous ceux qui étaient là pleuraient comme des enfants.
On fit pour elle dans toute la vallée du Bhône ' une quête qui rapporta 700 francs. François lui abandonna sa prime, fit vendre à son profit la peau et la chair de Tours. Enfin, chacun s'empressa de l'aider et de la secourir.
L'enfant restait étendu, pâle, dans son petit lit blanc, et, de ses yeux agrandis par la fièvre, regardait devant lui, toujours avec la fixité étrange des malades qui aperçoivent déjà ce que les vivants ne voient pas.
La mère au pied du lit, mordant ses doigts pour ne pas crier, suivait, anxieuse, poignardée de souffrance, les progrès de la maladie sur le pauvre visage aminci du petit être, et le père, un brave homme d'ouvrier,' renfonçait dans ses yeux rouges les pleurs qui lui brûlaient les paupières.
Et le jour se levait, clair, doux, un beau matin de juin, entrant dans l'étroite chambre de la rue des Ab-
> Tbe Rhône, one of the large ri vers of France, rises in Mount Furca in the Alps, and runs into the Mediterranean Sea. ' brave homme d'ouvriery see ouvrier.
bessès, où se mourait le petit François/ l'enfant de Jacques Legrand et de Madeleine Legrand, sa femme.
Il avait sept ans. Tout blond, tout rose, et si vif; gai comme un passereau, le petit, il n'y avait pas trois semaines encore î...^ Mais une fièvre l'avait saisi, on l'avait ramené, un soir, de l'école communale, la tête lourde et les mains très chaudes. Et depuis il était là, dans ce lit, et quelquefois, en ses délires, il disait en regardant ses petits souliers bien cirés, que la mère avait soigneusement placés dans un coin, sur une planche :
— On peut bien les jeter maintenant, les souliers du petit François ! Petit François ne les mettra plus ! Petit François n'ira plus à l'école... jamais, jamais !
Alors le père disait, criait : " Veux-tu bien te taire ! " ' et la mère allait enfoncer sa tête ^ blonde, toute pâle, dans son oreiller pour que le petit François ne l'entendît * pas pleurer.
Cette nuit-là, l'enfant n'avait pas eu le délire ; mais depuis deux jours il inquiétait le médecin par une sorte d'abattement bizarre qui ressemblait à de rabandon,^
> In subordinate clauses beginnîng with a relative pronoun, wîth the conjunction que, or with the adverb oû^ the order of the verb and the subject is usually inverted.
« iZ... encore, see avoir.
" aUait enfoncer.,, see enfoncer.
* entendît, imperfect subjunctive, governed by the conjunction paiir que.
• qui,., V abandon, see abandon.
26 BOUMBOUM
comme si, à sept ans, le malade eût éprouvé * déjà l'enniii de vivre. Il était las, silencieux, triste, laissant ballotter sa tête maigre sur le traversin, ne voulant rien prendre, n'ayant plus aucun souiîre sur ses pauvres lèvres amincies, et, les yeux hagards,^ cherchant, voyant on ne savait quoi, là-bas, très loin...
— Là-haut!^ peut-être! pensait Madeleine, qui frissonnait.
Quand on voulait lui faire prendre une tisane, un sirop, un peu de bouillon, il refusait. Il refusait tout.
— Veux-tu quelque chose, François ?
— Non, je ne veux rien !
— Il faut pourtant le tirer de là, avait dit le docteur. Cette torpeur m'eflfraye !... Vous êtes le père et la mère, vous connaissez bien votre enfant... Cherchez ce qui pourrait ranimer ce petit corps, rappeler à terre cet esprit qui court après les nuages !...
Et il était parti.
— Cherchez !
Oui, sans doute, ils le connaissaient bien, leur François, les braves gens ! Ils savaient combien ça l'amusait, le petit, d'aUer saccager les haies, le dimanche, et de revenir à Paris, chargé d aubépines, sur les épaules
' eût éprouvé; after m*, îf, tlie pluperfect subjunctive is often used instead of the pluperfect indicative.
' les peux hagards : note that the préposition avec is not used in French in such expressions as tliis.
s là-7iaut = au ciel.
du père, ou encore, aux Champs-Elysées,* d'entrer voir Guignol^ dans l'intérieur de la jwelle^ avec les petits riches... Jacques Legrand avait acheté à François des images, des soldats dorés, des ombres chinoises ; * il les découpait, les mettait sur le lit de l'enfant, les faisait danser devant les yeux égarés du petit, et avec des envies de pleurer, il essayait de le faire rire...
— Vois-tu, c'est lé Pord-Cassé.., Tire lire lire !...^ Et ça c'est un général !... Tu te rappelles, nous en avons vu un, un général, au bois de Boulogne,* une fois?... Si tu prends bien ta tisane, je t'en achèterai un pour de vrai' avec une tunique de drap et des épaulettes d'or... Le veux-tu, dis, le général?...
— Non, répondait l'enfant, de la voix sèche que donne la fièvre.
— Veux-tu un pistolet, des billes... une arbalète?
^ — Non, répétait la petite voix, nette et presque cruelle...
* Champs-Elysées y a well known avenue in Paris, deriving its name f rom a cemetery which was f ormerly in tliat part of the city.
« Ouignol^ Punch and Judy.
» The seats are inside a line f ormed by a cord stretched in front of the little stage.
* ombres chinoises, black figures, the shadows of whîch are cast on a screen.
* tire lire lire, words from some nursery rhyme, jimitating the song of the lark.
* le bois de Boulogney a famous park of Paris.
» un pour de vrai, a popular expression = un vrai.
Et à tout ce qu'on lui disait, à tous les pantins, à tous les ballons qu'on lui promettait, la petite voix — tandis que les parents s'entre-regardaient désespérés — répondait : Non... non... non !
— Mais qu'est-ce que ta veux, enfin, mon François ? demanda la mère. Voyons, il y a bien quelque chose que tu voudrais avoir... Dis, dis-le moi! à moi!... ta maman ! " Et elle coulait sa joue sur l'oreiller du petit malade, et elle lui murmurait cela à l'oreille, gentiment, comme un secret. Alors l'enfant, avec un accent bizarre, se redressant sur son lit et étendant vers quelque chose d'invisible une main avide, répondit tout à coup d'un ton ardent, à la fois suppliant et impératif :
— Je veux Bourrir-Boum 1
Boum-Boum l
La pauvre Madeleine jeta à son mari un regard effaré. Que disait donc là le petit ? Est-ce que c'était encore une fois le délire, l'affreux délire qui revenait ?
Boum-Boum l
Elle ne savait ce que cela signifiait et elle en avait peur de ces mots singuliers que l'enfant, maintenant, répétait avec un entêtement maladif, comme si, n'ayant pas osé jusque-là formuler son rêve, il s'y cramponnait à présent dans une obstination invincible :
— Oui, Boum-Boum ! Boum-Boum ! Boum-Boum ! Je veux Boum-Bomn.
La mère avait saisi nerveusement la main de Jacques, disant tout bas comme une folle :
— Qu'est-ce que ça signifie, ça. Jaques ? Il est perdu !
Mais le père avait sur son visage rude de travailleur un sourire presque heureux et stupéfait aussi, le sourire d'un condamné qui entrevoit une possibilité de liberté.
Boum-Boum ! Il se rappelait bien la matinée du lundi de Pâques, où il avait conduit François au Cirque. Il avait encore dans l'oreille les grands éclats de joie de l'enfant, son bon rire de gamin amusé, lorsque le clown, le beau clown tout pailleté d'or, avec un grand papillon mordoré, scintillant, multicolore, dans le dos de son costume noir, faisait quelque gambade à travers la piste, donnait un croc-en-jambe à un écuyer,' ou se tenait immobile et raide sur le sable, la tête en bas et les pieds en l'air, ou jetait au lustre ^ des chapeaux de feutre mou qu'il attrapait adroitement sur son crâne, où ils formaient un à un une pyramide, et à chaque tour, à chaque lazzi, comme un bon refrain égayant sa face spirituelle et drôle, poussait le même cri, répétait le même mot, accompagné parfois par un roulement de l'orchestre : Boum- Boum !
Boum-Boum ! Et à chaque fois qu'il arrivait, Boum- Boum, le cirque éclatait en bravos, et le petit partait de son grand rire.^ Boum-Boum ! C'était ce Boum-Boum-
ï donnait.., écuyer, see croc enjambe.
a au lustre = en Vair. « et le petit. .. see partir.
là, c'était le clown du cirque, c'était l'amuseur de tout« une partie de la ville qu'il voulait voir, qu'il voulait avoir, le petit François, et qu'il n'aurait pas et ne verrait pas, puisqu'il était là, couché, sans forces dans son lit blanc!
Le soir, Jaques Legrand apporta à l'enfant un clown articulé, tout cousu de paillons, qu'il avait acheté, dans un passage,^ très cher. Le prix de quatre de ses journées de mécanicien ! Mais il en eût donné ^ vingt, trente, il eût donné le prix d'une année de son labeur, pour ramener un sourire aux lèvres pâles du malade....
L'enfant regarda un moment le joujou, qui étincelait sur ses draps blancs ; puis, tristement :
— Ce n'est pas Boum-Boum !... Je veux voir Boum- Boum!
Ah! si Jacques avait pu l'envelopper dans ses couvertures, l'emporter, le porter au Cirque, lui montrer le clown dansant sous le lustre allumé et lui dire: Eegarde ! H fit mieux, Jacques, il alla au Cirque, demanda l'adresse du clown et, timide, les jambes cassées d'émotion, il monta une à une les marches qui menaient à l'appartement de l'artiste, à Montmartre.^ C'était bien
» Passage, a short street or passage, roofed with glass, for passengers only, with stores on each side.
*eût donné is not the pluperfect subjunctive, but the second form of the past conditional of donner,
■ Montmartre, a former suburb of Paris, now a part of the city. Montmartre means mount of the martyrs, Saint Denis and his companions ha vin g been beheaded there.
hardi ce qu'il venait faire là, Jacques ! Mais, après tout, les comédiens vont bien chanter, dire des monologues chez les grands seigneurs, dans les salons. Peut-être que le clown — oh ! pour ce qu'il voudrait — consentirait à venir dire bonjour à François. N'importe, comment allait-on le recevoir, lui, Jacques Legrand, là, chez Boum -Boum ?
Ce n'était plus Boum-Boum ! C'était M. Moreno, et, dans le logis artistique, des livres, des gravures, une élégance d'art faisaient comme un décor choisi à un charmant homme qui reçut Jacques dans son cabinet, pareil à celui d'un médecin.
Jacques regardait, ne reconnaissant pas le clown, et tournait, retournait entre ses doigts son chapeau de feutre. L'autre attendait. Alors le père s'excusa. C'était étonnant, ce qu'il venait demander là, ça ^ ne se faisait pas... pardon, excuse.. Mais enfin, iP s'agissait du petit. — Un gentil petit, monsieur. Et si intelligent ! Toujours le premier à l'école, excepté dans le calcul qu'il ne comprend pas.... Un rêveur, ce petit, voyez-vous ! Oui, im rêveur. Et la preuve... tenez... la preuve..."
Jacques maintenant hésitait, balbutiait; puis il ramassa son courage et brusquement :
— La preuve c'est qu'il veut vous voir, qu'il ne pense qu'à vous, et que vous êtes là, devant lui, comme une étoile qu'il voudrait avoir et qu'il regarde....
^ ça... pas, see faire, « ÎZ... petit, see agir.
Quand il eut fini, le père très blême, avait sur le front de grosses gouttes. Il n'osait regarder le clown, qui, lui, restait les yeux fixés sur l'ouvrier. Et qu'est-ce qu'il allait dire, Boum-Boum? S'il^ allait le congédier, le prendre pour un fou, le mettre à la porte ?
— Vous demeurez? 'demanda Boum-Boum.
— Oh ! tout près ! Rue des AJbbesses !
— Allons! dit l'autre. Il veut voir Boum-Boum, votre garçon? Eh bien, il va voir Boum-Boum.
Lorsque la porte s'ouvrit devant le clown, Jacques Legrand cria joyeusement à son fils :
— François, sois content, gamin! Tiens, le voilà, Boum-Boum !
Et l'enfant eut sur le visage un éclair de joie. Il se souleva sur le bras de sa mère et tourna la tête vers les deux hommes qui venaient, chercha un moment, à côté de son père, quel était ce monsieur en redingote, dont la bonne figure gaie lui souriait, et qu'il ne connaissait pas, et quand on lui dit : " C'est Boum-Boum ! " il laissa retomber lentement, tristement son front sur l'oreiller et resta encore, les yeux fixes, ses beaux grands yeux bleus qui regardaient au delà des murailles de la petite chambre et cherchaient toujours les paillons et le papillon de Boum-Boum, comme un amoureux qui poursuit son
rêve...
^ s'il ... congédier, see aUer,
— Non, répondit Tenfant de sa voix qui n'était plus sèche, mais désolée, non, ce n'est pas Boum-Boum.
Le clown, debout près du petit lit, laissait tomber sur le visage du petit malade un regard profond, très grave, et d'une douceur infinie.
Il hocha la tête, regarda le père anxieux, la mère écrasée, dit en. souriant : " Il a raison, ce n'est pas Boum-Boum !" Et il partit.
— Je ne le verrai pas, je ne le verrai plus, Boum- Boum ! répétait maintenant l'enfant, dont la petite voix parlait aux anges. Boum-Boum est peut-être là-bas, là-bas, où petit François ira bientôt.
Et tout à coup — il n'y avait pas une demi-heure que le clown avait disparu — brusquement la porte se rouvrit comme tout à l'heure, et, dans son maillot noir pailleté, la houpette jaune sur le crâne, le papillon d'or sur la poitrine et dans le dos, un large sourire ouvrant comme une bouche de tirelire, ' sa bonne figure enfarinée, Boum-Boum, le vrai Boum-Boum, le Boum-Boum du cirque, le Boum-Boum du quartier populaire, le Boum- Boum du petit François, Boum-Boum parut.
Et sur son petit lit blanc, une joie de vie dans les
yeux, riant, pleurant, heureux, sauvé, l'enfant frappa de
ses maigres petites mains, cria bravo et dit, avec sa
gaîté de sept ans, qui partit tout à coup, allumée comme
une fusée : ^
^une,.. tirelire, see tirelire, ^ allumée... fitêée, see fusée.
— Boum-Boum ! C'est lui, c'est lui, cette fois ! Voilà Boum-Boum! Vive Boum-Boum! Bonjour, Boum- Boum.
Quand le docteur revint, ce jour-là, il trouva, assis au chevet du petit François, un clown à face blême, qui faisait rire encore et toujours rire le petit, et qui lui disait, en remuant un morceau de sucre au fond d'une tasse de tisane :
— Tu sais, si tu ne bois pas, petit François, Boum- Boum ne reviendra plus.
Et l'enfant buvait.
— N'est-ce pas que c'est bon ?
— Très bon !... merci, Boum-Boum !
— Docteur, dit le clown au médecin, ne soyez pas jaloux. H me semble pourtant que mes grimaces lui font autant de bien que vos ordonnances !
Le père et la mère pleuraient ; mais, cette fois c'était de joie.
Et jusqu'à ce que petit François fût ^ sur pied, une voiture s'arrêta tous les jours devant le logis d'ouvrier de la rue des Abbesses, à Montmartre, et un homme en descendit, enveloppé dans un paletot, le collet relevé, et, dessous, costumé comme pour le cirque, avec un gai visage enfariné.
^fHA, iraperfect subjunctive of Ure^ governed by the conjunction juaquà ce que.
— Qu'est-ce que je vous dois, Monsieur? dit à la fin Jacques Legrand au maître clown, lorsque Tentant fit sa première sortie,^ car enfin je vous dois quelque chose !
Le clown tendit aux parents ses deux larges mains d'Hercule doux.
— Une poignée de main ! dit-il...
Puis, posant deux gros baisers sur les joues redevenues roses de l'enfant :
— Et, dit-il en riant, la permission de mettre sur mes cartes de visite :
Docteur acrobate, médecin ordinaire du petit François !
Vous savez que les perdreaux vont par bandes et nichent ensemble aux creux des sillons, pour s'enlever à la moindre alerte, éparpillés ^ dans la volée comme une poignée de grains qu'on sème. Notre compagnie à nous est gaie et nombreuse, établie en plaine sur la lisière d'un grand bois, ayant du butin et de beaux abris de deux côtés. Aussi, depuis que je sais courir, bien emplumé, bien nourri, je me trouvais très heureux de vivre. Pourtant quelque chose m'inquiétait un peu, ^ fit... sortie^ sec sortie. » éparpiUéa = dispersés.
c'était cette fameuse ouverture de la chasse dont nos mères commençaient à parler tout bas entre elles. Un ancien de notre compagnie me disait toujours à ce propos :
— N'aie pas peur/ Bouget — on m'appelle Bouget à cause de mon bec et de mes pattes couleur de sorbe — n'aie pas peur, Rouget. Je te prendrai avec moi le jour de l'ouverture et je suis sûr qu'il ne t'arrivera rien.
C'est un vieux coq très malin et encore alerte, quoiqu'il ait le/er à cJieval^ déjà marque sur la poitrine et quelques plumes blanches par ci par là.^ Tout jeune, il a reçu un grain de plomb dans l'aile, et comme cela l'a rendu un peu lourd, il y regarde à deux fois avant de s'envoler, prend son temps, et se tire d'affaire.* Souvent il m'emmenait avec lui jusqu'à l'entrée du bois. Il y a là une singulière petite maison, nichée dans les châtaigniers, muette comme un terrier vide, et toujours fermée.
— Regarde bien cette maison, petit, me disait le vieux ; quand tu verras de la fumée monter du toit, le seuil et les volets ouverts, ça ira mal pour nous.
Et moi je me fiais à lui, sachant bien qu'il n'en était pas à sa première ouverture.
* n*aie peu peur ^ see peur,
^ fer à cheval: older partridges hâve a kînd of horseshoe marked on tlie feathers of their breast, ' par ci par là, see ot, * se tire d'affaire^ see affaire.
En eflfet, l'autre matin, au petit jour/ j'entends qu'on rappelait tout bas dans le sillon...
— Rouget, Rouget.
C'était mon vieux coq. H avait des yeux extraordinaires.
— Viens vite, me dit-il, et fais comme moi.
Je le suivis, à moitié endormi, en me coulant entre les mottes de terre, sans voler, sans presque sauter, comme ime souris. Nous allions du côté du bois ; et je vis, en passant, qu'il y avait de la fumée à la cheminée de la petite maison, du jour ' aux fenêtres, et devant la porte grande ouverte des chasseui'S tout équipés, entourés de chiens qui sautaient. Comme nous passions, un des chasseurs cria :
— Faisons^ la plaine ce matin, nous ferons le bois après déjeuner.
Alors je compris pourquoi mon vieux compagnon nous emmenait d'abord sous la futaie. Tout de même le cœur me battait, surtout en pensant à nos pauvres amis.
Tout à coup, au moment d'atteindre la lisière, les chiens se mirent à galoper de notre côté *...
— Rase-toi, rase-toi, me dit le vieux en se baissant ; en même temps, à dix pas de nous, une caille effarée ouvrit ses ailes et son bec tout grands, et s'envola avec un cri de peur. J'entendis un bruit formidable et nous fûmes entourés par une poussière d'une odeur étrange,
* au petit jour, seejovr, ^jour = lumière,
^faisons la plaine, see plaine, * de notre côté, see côté.
toute ^ blanche et toute chaude, bien que le soleil fût à peine levé. J'avais si peur que je ne pouvais plus courir. Heureusement nous entrions dans le bois. Mon camarade se blottit derrière un petit chêne, je vins me mettre près de lui, et nous restâmes là cachés, à regarder entre les feuilles.
Dans les champs, c'était une terrible fusillade. A chaque coup, je fermais les yeux, tout étourdi ; puis, quand je me décidais à les ouvrir, je voyais la plaine grande et nue, les chiens courant, furetant dans les brins d'herbe, dans les javelles, tournant sur eux-mêmes comme des fous. Derrière eux les chasseurs juraient, appelaient ; les fusils brillaient au soleil. Un moment, dans un petit nuage de fumée, je crus voir — quoiqu'il n'y eût aucun arbre alentour — voler comme des feuilles éparpillées. Mais mon vieux coq me dit que c'était des plumes ; et en effet, à cent pas devant nous, un superbe perdreau gris tombait dans le sillon en renversant sa tête sanglante.
Quand le soleil fut très chaud, très haut, la fusillade s'arrêta subitement. Les chasseurs revenaient vers la petite maison, où l'en entendait pétiller un grand feu de sarments. Ils causaient entre eux, le fusil sur l'épaule, discutaient les coups, pendant que leurs chiens venaient derrière, harassés, la langue pendante...
' toute blanche... tout, used to modify a féminine adjective, or past participle, beginning with a consonant, or an aspirate h, agrées like an adjective.
" Us vont déjeuner, me dit mon compagnon, faisons comme eux."
Et nous entrâmes dans un champ de sarrasin qui est tout près du bois, un grand champ blanc et noir, en fleur et en graine, sentant Tamande. De beaux faisans au plumage mordoré picotaient là, eux aussi, en baissant leurs crêtes rouges de peur d'être vus. Ah ! ils étaient moins fiers que d'habitude. Tout en mangeant,^ ils nous demandèrent des nouvelles et si l'un des leurs était déjà tombé. Pendant ce temps, le déjeuner des chasseurs, d'abord silencieux, devenait de plus en plus ^ bruyant ; nous entendions choquer les ven-es * et partir les bouchons des bouteilles. Le vieux trouva qu'il était temps de rejoindre notre abri.
A cette heure, on aurait dit que le bois dormait. La petite mare, où les chevreuils vont boire, n'était troublée par aucun coup de langue."* Pas un museau de lapin dans les serpolets de la garenne. On sentait seulement un frémissement mystérieux, comme si chaque feuille, chaque brin d'herbe abritait une vie menacée. Ces gibiers de forêt ont tant de cachettes, les terriers, les fourrés, les fagots, les broussailles, et puis des fossés, ces petits fossés de bois qui gardent l'eau si longtemps après qu'il a plu. J'avoue que j'aurais aimé être au fond
^ tout en mangeant, see tout.
^ de... plus, see plus,
' entendions choquer... notice how the construction of the sentence differs from that of the English translation. < coup de langue, see langue.
d'un de ces trous-là ; mais mon compagnon préférait rester à découvert, avoir du large, voir de loin, et sentir Tair ouvert devant lui. Bien nous en prit,* car les chasseurs arrivaient sous le bois.
Oh ! ce premier coup de feu en forêt, ce coup de feu qui trouait les feuilles comme une grêle d'avril et marquait les écorces, jamais je ne l'oublierai. Un lapin détala au travers du chemin en arrachant des touffes d'herbe avec ses griffes tendues. Un écureuil dégringola d'un châtaignier en faisant tomber les châtaignes encore vertes. Il y eut deux ou trois vols lourds de gros faisans et un tumulte dans les branches basses, les feuilles sèches, au vent de ce coup de fusil qui agita, réveilla, effraya tout ce qui vivait dans le bois. Des mulots se coulaient au fond de leurs trous. Un cerfvolant, sorti du creux de l'arbre contre lequel nous étions blottis, roulait ses gros yeux bêtes, fixes de terreur. Et puis des demoiselles ^ bleues, des bourdons, des papillons, pauvres bestioles s'effarant de tous côtés... Jusqu'à un petit criquet aux ailes écarlates qui vint se poser tout près de mon bec ; mais j'étais trop effrayé moi-même pour profiter de sa peur.
Le vieux, lui, était toujours aussi calme. Très attentif aux aboiements et aux coups de feu,^ quand ils se
» bien. .. prit, see prendre,
a demoiselle, a popiilar name of the libellule, an insect somewhat resembling a butterfly.
'coup defeUj see feu.
rapprochaient, il me faisait signe, et nous allions un peu plus loin, hors de la portée des chiens et bien cachés par le feuillage. Une fois pourtant je crus que nous étions perdus. L'allée que nous devions traverser était gardée de chaque bout par un chasseur embusqué. D'un côté, un grand gaillard à favoris noirs, qui faisait sonner toute une ferraille à chacun de ses mouvements, couteau de chasse, cartouchière, boîte à poudre, sans compter de hautes guêtres bouclées jusqu'aux genoux et qui le grandissaient encore ; à l'autre bout, un petit vieux, appuyé contre un arbre, fumait tranquillement sa pipe, en clignant des yeux comme s'il voulait dormir. Celui-là ne me faisait pas peur ; mais c'était ce grand là-bas...
— Tu n'y entends rien,^ Rouget, me dit mon camarade en riant ; et sans crainte, les ailes toutes grandes, il s'envola presque dans les jambes du terrible chasseur à favoris.
Et le fait est que le pauvre homme était si empêtré dans tout son attirail de chasse, si occupé à s'admirer du haut en bas,^ que, lorsqu'il épaula son fusil, nous étions déjà hors de portée.^ Ah ! si les chasseurs savaient, quand ils se croient seuls à un coin de bois, combien de petits yeux fixes les guettent des buissons, combien de petits becs pointus se retiennent de rire à leur maladresse !...
Nous allions, nous allions toujours. N'ayant rien de
* tu.., nen, see entendre. « du,., bas, see hatU.
« hors de portée, see portée.
mieux à faire qu*à suivre mon vieux compagnon, mes ailes battaient au vent des siennes, pour se replier immobiles, aussitôt qu'il se posait. J'ai encore dans les yeux tous les endroits où nous avons passé : la garenne rose de bruyères, pleine de temers au pied des arbres jaunes, avec ce grand rideau de chênes, où il me semblait voir la mort cachée partout, la petite allée verte, où ma mère Perdrix avait promené tant de fois sa nichée au soleil de mai, où nous sautions, tout en piquant les fourmis rouges qui nous grimpaient aux pattes, où nous rencontrions des petits faisans farauds, lourds comme des poulets, et qui ne voulaient pas jouer avec nous.
Je la vis comme dans un rêve ma petite allée, au moment où une biche la traversait, haute sur ses pattes menues,- les yeux grands ouverts et prête à bondir. Puis la mare, où Ton vient en partie, par quinze ou trente, tous du même vol, levés de la plaine en une minute, pour boire à l'eau de la source, et s'éclabousser de gouttelettes qui roulent sur le lustre des plumes... Il y avait au milieu de cette mare un bouquet d'aulnettes très fourré, c'est dans cet îlot que nous nous réfugiâmes. Il aurait fallu que les chiens eussent^ un fameux nez pour venir nous chercher là. Nous y étions depuis un moment, lorsqu'un chevreuil arriva, se traînant sur trois pattes, et laissant une trace rouge sur les mousses derrière lui. C'était si triste à voir que je cachai ma * eussent, împerfect subjunctive slUct falloir.
LES lÎMOTlONS D»UN PERDREAU ROUGE 43
tête sous les feuilles; mais j'entendais le blessé boire dans la mare en soufflant, brûlé de fièvre...
Le jour tombait. Les coups de fusil s'éloignaient, devenaient plus rares. Puis tout s'éteignit... C'était fini. Alors nous revînmes tout doucement vers la plaine, pour avoir des nouvelles de notre compagnie. En passant devant la petite maison du bois, je vis quelque chose d'épouvantable.^
Au rebord d'un fossé, les lièvres au poil roux, les petits lapins gris à queue blanche, gisaient à côté les uns des autres. C'était ^ des ^ petites pattes jointes par la mort, qui avaient l'air de demander grâce, des yeux voilés qui semblaient pleurer ; puis des perdrix rouges, des perdreaux gris, qui avaient le fer à cheval comme mon camarade, et des jeunes de cette année, qui avaient encore comme moi du duvet sous leurs plumes! Savezvous rien de plus triste qu'un oiseau mort? C'est si vivant, des ailes ! * De les voir repliées et froides, ça fait frémir... Un grand chevreuil superbe et calme paraissait endormi, sa petite langue rose dépassant la bouche comme pour lécher encore.
» Notice the use of the préposition de before the adjective which follows qitelqtie chme.
■ c'était, it would be more in accordance with the gênerai practice to Write c'étaient. The verb être preceded by ee is used in the plural when followed by a third person plural
* de should be used before an adjective instead of de»^ unless, as in this case, the adjective and noun are closely connected by the sensé.
* c'est,., ailes, see vivant
44 LES iÎMOTIONS D'UN PERDREAU ROUGE
Et les chasseurs étaient là, penchés sur cette tuerie, comptant et tirant vers leurs carniers les pattes sanglantes, les ailes déchirées, sans respect pour toutes ces blessures fraîches. Les chiens, attachés pour la route, fronçaient encore leurs babines en arrêt,^ comme s'ils s'apprêtaient à s'él.ancer de nouveau dans les taillis.
Oh ! pendant que le grand soleil se couchait là-bas et qu'ils s'en allaient tous, harassés, allongeant leurs ombres sur les mottes de terre et les sentiers humides de la rosée du soir, comme je les maudissais, comme je les détestais, hommes et bêtes, toute la bande !... Ni mon compagnon ni moi n'avions le courage de jeter, comme à l'ordinaire, une petite note d'adieu à ce jour qui finissait.
Sur notre route nous rencontrions de malheureuses petites bêtes, abattues par un plomb de hasard,^ et restant là abandonnées aux fourmis, des mulots, le museau plein de poussière, des pies, des hirondelles foudroyées dans leur vol, couchées sur le dos et tendant leurs petites pattes raides vers la nuit, qui descendait vite, comme elle fait en automne, claire, froide et mouillée. Mais le plus navrant de tout, c'était d'entendre, à la lisière du bois, au bord du pré, et là-bas dans l'oseraie de la rivière, des appels anxieux, tristes, disséminés, auxquels rien ne répondait.
^fronçaient... arrêt, see arrêt, ^j^omb de hasard, see hasard.
La première fois que je revis, après vingt-cinq ans, mon vieux copain ' Vital Herbelot, ce fut dans un banquet des anciens élèves d'un lycée de province où nous avions pioché notre bachotJ — Ces sortes de réunions se ressemblent presque toutes : poignées de mains, reconnaissances bruyantes, tutoiements qu'on est étonné de reprendre après un silence d'un quart de siècle ; constatations mélancoliques des changements apportés par les années dans les physionomies et les fortunes ; puis le discours solennel du président, les toasts, les évocations des souvenirs du collège, dont le temps a évaporé les amertumes, pour ne laisser subsister que la mielleuse saveur des jours où chacun de nous tenait dans sa main une boîte de Pandore^ pleine d'espérances dorées...
Je fus passablement surpris de trouver un Vital Herbelot tout différent de celui dont j'avais gardé souvenance. Je l'avais connu mince et timide, tiré à quatre épingles,* correct et réservé, réunissant toutes les quali-
* copain = camarade. « = baccalauréat,
» Pandora, according to mythology, was the first woman. Jupiter gave lier a box ont of which came ail evils. Hope alone remained.
* tiré à quatre épingles, see épingle.
tés aimables d'un jeune surnuméraire^ qui veut faire son chemin dans l'administration où sa famille Ta casé. Je revoyais un gaillard solide, membru, au cou et au teint hâlés, ayant l'œil vif, le verbe ' haut, net et éclatant d'un homme qui n'est pas habitué à peser ses paroles. Avec ses cheveux coupés en brosse, son complet de drap anglais, sa barbe poivre et sel ^ en éventail, il avait en toute sa personne quelque chose d'aisé, de désinvolte, qui ne sentait en rien le fonctionnaire.
— Ah ! çà, lui demandai-je, qu'es-tu devenu ? N'estu plus dans l'administration?
— Non, mon vieux, répondit il, je suis tout bêtement cultivateur... Je fais valoir* à une demi-lieue d'ici, à Chanteraine, une propriété assez ronde, ou je sème du blé, et où je récolte un petit vin pineau, dont je te ferai goûter quand tu viendras me voir.
— En vérité ! m'écriai-je, toi, fils et petit-fils de bureaucrates, toi qu'on citait comme le modèle des employés et auquel on prédisait un brillant avenir, tu as jeté le froc aux orties ? ^
— Mon Dieu, oui.
— Comment cela est-il arrivé ?
— Mon cher, répliqua-t-il en riant, les grands effets
» surnuméraire, a clerk in a public office, who gîves his services for DothiDg uDtil he is appointed toa salaried position. ■ verbe — fxnx, • poivre et sel = grise,
* je fais valoir, see valoir, » tu as jeté.., orties , seefroe.
sont souvent produits par les causes les plus futiles... J'ai donné ma démission pour deux pêches.
— Deux pêches?
— Ni plus ni moins, et quand nous aurons ' pris le café, si tu veux m'accompagner jusqu'à Chanteraine, je te conterai cela.
Après le café, nous quittâmes la salle du banquet, et, tandis qu'en fumant un cigare nous longions le canal, par une tiède après-midi de fin d'août, mon ami Vital commença son récit :
— Tu sais, me dit-il, que j'étais un " enfant de la balle," ' et que mon père, vieil employé, ne voyait rien de comparable à la carrière des bureaux." Aussi, dès que je fus débarrassé de mon baccalauréat, on n'eut rien de plus pressé que de me caser* comme surnuméraire dans l'administration paternelle.* Je ne me sentais pas de vocation bien déterminée, et je m'engageai docilement sur cette banale grand'route de la bureaucratie, où mon père et mon grand-père avaient lentement, mais sûrement, cheminé. J'étais un garçon laborieux, discipliné, élevé dès le berceau dans le respect des employés supérieurs, et la déférence qu'on doit
* Notice that after the conjunctions of lime, the future is used in Prench, whenever the idea is future.
* fêtais.., baUej see baUe.
» carrière des bureaux, see carrière.
* on n*euL,. caser ^ see pressé,
' Vadministratian paterruiie = V administration où était mon père
aux autorités ; je fus donc bien noté par mes chefs et je conquis rapidement mes premiers grades administratifs. Quand j'eus vingt-cinq ans, mon directeur, qui m'avait pris en affection, m'attacha à ses bureaux et mes camarades envièrent mon sort. On parlait déjà de moi comme d'un futur employé supérieur et on me prédisait le plus bel avenir. C'est alors que je me mariai. J'épousai une jeune fille fort jolie, et, ce qui vaut mieux, très bonne et très aimante — mais sans fortime. C'était un tort grave aux yeux du monde d'employés dans lequel je vivais. On y est très positif ; on ne voit guère dans le mariage qu'une bonne affaire, et on y prend volontiers pour règle que, si le mari apporte à déjeuner, la femme doit apporter à dîner. Or, ma femme et moi, nous avions à peine à nous deux de quoi chichement souper.^ On cria très haut que j'avais fait une sottise. Plus d'un brave bourgeois de mon entourage déclara net que j'étais fou, et que je gâchais à plaisir une belle situation. Néanmoins, comme ma femme était très gentille et très bonne enfant, comme nous vivions modestement, et qu'à force d'économies nous réussissions à joindre les deux bouts,^ on passa condamnation sur mon imprévoyance, et la société locale daigna continuer à nous accueillir.
Mon directeur était riche, il aimait la représentation, et se piquait de faire bonne figure ^ dans le monde.
* de quoi... souper, see quoi. ^joindre... bouts^ see joindre.
* faire bonne figure, see figure.
Il recevait souvent, donnait de plantureux dîners, et, de temps à autre, invitait à une sauterie les familles des fonctionnaires et des notables de la ville. Ma femme étant soufiBrante, dut garder la maison, et, bien que j'eusse préféré lui tenir compagnie, je fus obligé d'assister seul aux réceptions directoriales, car mon chef n'admettait pas qu'on déclinât ses invitations, et, chez lui, ses employés devaient s'amuser par ordre.
Justement, au moment où ma femme allait me rendre père, il y eut un grand bal à la direction, et, naturellement, il me fallut, bon gré, mal gré, endosser mon habit noir.
A l'heure du départ, tout en élaborant le nœud de ma cravate blanche, ma femme m'adressa force recommandations :
— Ce sera très beau... N'oublie pas de bien regarder, afin de tout me raconter en détail : les noms des dames qui seront à la soirée, leurs toilettes, et le menu du souper... Car il y aura un souper. H paraît qu'on a fait venir de chez Chevet ' des tas de bonnes choses... des primeurs ; on parle de pêches qui ont coûté 3 francs pièce... Oh ! ces pèches ! ... Sais-tu ? si tu étais gentil, tu m'en rapporterais une...
J'eus beau me récrier,^ lui remontrer que la chose était peu pratique, et combien il était difficile à un monsieur en habit noir d'introduire un de ces fruits dans sa poche, sans risquer d'être vu et mis à l'in-
* A well-known caterer in Paris. « [jetis... récrier, see beau.
dex...' Plus j'élevais d'objections et plus elle s'entêtait dans sa fantaisie :
— Eien de plus facile, au contraire !... Au milieu du va-et-vient ^ des soupeurs, personne ne s'en apercevra... Tu en prendras une comme pour toi et tu la dissimuleras adroitement... Ne hausse pas les épaules !... Soit, mettons que c'est un enfantillage, mais j'en ai envie ; depuis que j'ai entendu parler de ces pêches, j'ai un désir fou d'y goûter... Promets-moi de m'en rapporter au moins une... Jure-le-moi!...
Le moyen d'opposer un refus catégorique à la femme qu'on aime?... Je finis par murmurer^ une promesse vague et me hâtai de partir, mais, au moment où je tournais le bouton de la porte, elle me rappela. Je vis ses grands yeux bleus se tourner vers moi, tout brillants de convoitise, et elle me cria encore :
— Tu me le promets?...
Un très beau bal: des fleurs partout, des toilettes fraîches, un orchestre excellent. Le préfet,* le président du tribunal, les oflîciers de la garnison, tout le dessus du panier * se trouvait là. Mon directeur n'avait rien
> Vindex, in its proper sensé, ia a list, drawn in Rome, of the books which Roman Oatholics are forbidden to read, as contrary to the dogmas or morals : hence, être à l'index = to be excluded f rom good Society.
> va-et-vient = mouvement. ^ je finis... murmurer, see finir, * The officiai head of a département. France is divided into 86 dé*
partements.
» le dessus du panier, see panier.
épargné pour donner de Téclat à cette fête, dont sa femme et sa fille faisaient gracieusement les honneurs. A minuit, on servit le souper, et, par couples, les danseurs passèrent dans la salle du buflfet. Je m'y faufilai en palpitant, et, à peine entré, j'aperçus en belle * place, au milieu de la table, les fameuses pèches envoyées par Chevet.
Elles étaient magnifiques, les pêches ! Disposées en pyramide dans une corbeille de faïence de Lunéville,^ douillettement espacées et serties par des feuilles de vigne, elles étalaient avec orgueil leur couleur appétissante où des rougeurs foncées diapraient le blanc verdâtre de la peau veloutée. Eien qu'à les voir, on devinait^ la fine saveur parfumée de la chair rosée et fondante. De loin, je les caressais de l'œil et je songeais aux joyeuses exclamations qui m'accueilleraient au retour, si je parvenais à rapporter à la maison un échantillon de ces fruits exquis. Elles excitaient l'admiration générale ; plus je les contemplais, plus mon désir prenait la forme d'une idée fixe, et plus fort s'enfonçait dans mon cerveau la résolution d'en chiper une ou deux... Mais comment ?... Les domestiques préposés au service faisaient bonne garde autour de ces rares et coûteuses primeurs. Mon directeur s'était réservé le plaisir d'offrir lui-même ses pêches à quelques privilé-
» belle = bien en tme.
' Lunéville, a town in the département de Meurthe-et-MoseUe^ is well known for its china and glass factories.
» rien... devinait , see rien.
giés. De temps en temps, sur un signe de mon chef, un maître-d'hôtel ' prenait une pêche délicatement, la coupait à laide d'un couteau à lame d'argent, et présentait les deux moitiés sur une assiette de Sèvres ^ à la personne désignée. Je suivais avidement ce manège et je voyais en tremblant s'eflfondrer la pynunide. Néanmoins on n'épuisa pas le contenu de la corbeille. Soit que la consigne eût été adroitement exécutée, soit qu'on y mît de la discrétion, quand les soupeurs, rappelés par un prélude de l'orchestre, se précipitèrent dans le salon, il restait encore une demi-douzaine de belles pêches sur le lit de feuilles vertes.
Je suivis la foule, mais ce n'était qu'une fausse sortie.^ J'avais laissé mon chapeau dans une encoignure — un chapeau haut de forme * qui m'avait considérablement gêné pendant toute la soirée. — Je rentrai sous prétexte de le reprendre, et, comme j'étais un peu de la maison,* les domestiques ne se méfièrent pas de moi. D'ailleurs ils étaient occupés à transporter à l'office la vaisselle et les verres qui avaient servi aux soupeurs, et, à un certain moment, je me trouvai seul près du buflfet.
Il n'y avait pas une minute à perdre. Après un f urtif coupd'œil à droite et à gauche, je m'approchai de la
» maître-d' hôtel, jsee maître.
' Sèvres, a small town between Paris and Versailles, famous for its porcelain factory, the property of the state.
* ee... fausse sortie, see sortie. * chapeau. . . farine^ see forme,
* un peu de la maison, see maison.
corbeille, je fis rouler prestement deux pêches dans mon chapeau, où je les tamponnai avec mon mouchoir ; puis — très calme en apparence, très digne, bien que j'eusse * un affi*eux battement de cœur — je quittai la saUe à manger en appliquant soigneusement l'orifice de mon couvrechef 2 contre ma poitrine, et Vy maintenant à l'aide de ma main droite passée dans l'ouverture de mon gilet, ce qui me donnait une pose très majestueuse et quasi napoléonienne.
Mon projet était de traverser doucement la salon, de m'esquiver à l'anglaise," et, une fois dehors, de rapporter victorieusement à la maison les deux pêches enveloppées dans mon mouchoir.
La chose n'était pas aussi facile que je l'avais pensé tout d'abord. On venait de commencer le cotillon. Tout autour du grand salon, il y avait un double cordon d'habits noirs et de dames mûres, entourant un second cercle formé par les chaises des danseuses; puis, au milieu, un large cercle vide où valsaient les couples.* C'était cet espace qu'il me fallait traverser pour gagner la porte de l'antichambre.
Je m'insinuai timidement dans les interstices des groupes, je serpentai entre les chaises avec la souplesse d'ime couleuvre... Je tremblais à chaque instant qu'un
» Imperfect subjonctive governed by bien que. > couvre-chef = chapeau ; chef = tête.
* m'esquiver à V anglaise, see esquiver.
* aH taisaient... notice the inversion of the verb and the subject after où.
brutal coup de coude ne vînt ' déranger la position de mon couvre-chef et ne fît choir' mes pêches. Je les sentais ballotter dans Tintérieur de la coiflfe, et j'en avais chaud aux oreilles et aux cheveux. Enfin, après bien des peines et bien des transes, je débouchai dans le cercle au moment où on organisait une nouvelle figure : la danseuse est placée au centre des danseurs, qui exécutent autour d'elle une ronde en lui tournant le dos ; elle doit tenir un chapeau à la main, et en coiflfer au passage celui des cavaliers avec lequel elle désire valser. A peine avais-je fait deux pas, que la fille de mon directeur, qui conduisait le cotillon avec un jeune conseiller de préfecture,^ s'écria :
— Un chapeau ! Il nous manque un chapeau !
En même temps, elle m'aperçut avec mon tuyau de poêle * collé sur ma poitrine ; je rencontrai son regard et tout mon sang se figea :
— Ah ! me dit-elle, vous arrivez à point, monsieur Herbelot !... Vite, votre chapeau...
Avant que j'eusse pu* seulement balbutier un mot, elle s'empara de mon chapeau... si brusquement que, du même coup, les pêches roulèrent sur le parquet,
1 ne vînt, ne fît, imperfect subjunctive, subordinate to a verb expressing a feeling : je tremblais.
« choir = tomber.
» The prefects are helped in ihe discharge of their dulies by a council appointed by government.
♦ tuyau de poêle, see poêle.
*fe\LS8e pu, pluperfect subjunctive, governed by the conjunction avant que.
entraînant mon mouchoir et deux ou trois feuilles de vigne....
Tu vois d*ici le tableau. Les danseuses riaient sous cape ' en contemplant mon méfait et ma mine déconfite ; mon directeur fronçait le sourcil, les gens graves chuchotaient en me montrant du doigt, et je sentais mes jambes fléchir. J'aurais voulu m'enf oncer dans le parquet et disparaître.
La jeune fille se pinça les lèvres ^ pour réprimer un éclat de rire, puis me rendant mon chapeau :
— Monsieur Herbelot, me dit- elle d'une voix ironique, ramassez donc vos pêches !
Les rires alors partirent de tous les coins du salon ; les domestiques eux-mêmes se tenaient les côtes, et pâle, hagard, chancelant, je m'enfuis écrasé de confusion; j'étais si égaré que je ne trouvais plus la porte, et je m'en allai, la mort dans le cœur, conter mon désastre à ma femme.
Le lendemain, l'histoire courait la ville. Quand j'entrai dans mon bureau, mes camarades m'accueillirent par un "Herbelot, ramassez vos pêches!" qui me fit monter le rouge au visage.' Je ne pouvais hasarder un pas dans la rue sans entendre derrière moi une voix gouailleuse * murmurer : " C'est le monsieur aux
* riaient sous eape^ see cape.
« Notice liow the expressions se pinça les lèvres, se tenaient les côtes differ from the English translation.
» qui... visage, see rouge.
* gouailleuse = ironique.
pêches ! " La place n'était plus tenable/ et, huit jours après, je donnai ma démission.
Un oncle de ma femme avait un train de culture ^ aux environs de ma ville natale. Je le priai de me prendre comme auxiliaire. Il y consentit et nous nous installâmes à Chanteraine. .. Que te dirai-je encore ?... Je mis résolument la main à l'œuvre, me levant avec l'aube et ne plaignant pas ma peine. Il paraît que j'avais plus de vocation pour la culture que pour la paperasserie, car je devins en peu de temps un agriculteur sérieux. Le domaine prospéra si bien, qu'à sa mort, notre oncle nous le laissa par testament. Depuis je l'ai arrondi, et je l'ai amené à l'état satisfaisant où tu vas le voir....
Nous étions arrivés à Chanteraine. Nous y pénétrâmes par un verger plein de fruits. Les branches chargées de pommes, de poires et de quoiches * pliaient jusqu'à terre. A l'extrémité du clos, une prairie en pente dévalait vers la rivière bleuissante, au delà de laquelle se relevait un coteau de vignes, ou les raisins commençaient à grossir et où les grives chantaient. A gauche, derrière les arbres, un ronflement de batteuse indiquait l'emplacement des granges, et, quand nous eûmes traversé le potager, nous aperçûmes la façade blanche de la maison d'habitation, oîi grimpaient en espalier des pêchers couverts de belles pêches mûrissantes.
^ tenable = supportable. « train de culture, see culture.
» quoiches, a kind of plum.
— Tu le vois, me dit Vital Herbelot, je rends un culte ^ aux pêches. Je leur dois mon bonheur. Sans elles, je serais resté un mince fonctionnaire, tremblant au moindre froncement de sourcil d'un préfet, grossissant la meute déjà trop nombreuse des employés qui ont grand'peine à joindre les deux bouts...
Au même moment, j'entendis de joyeux rires de garçons et de filles à l'intérieur du logis. Et à la fenêtre du rez-de-chaussée, dans l'encadrement des espaliers couverts de pêches, madame Herbelot apparut, robuste et belle encore aux approches de la quarantaine — pêche mûre elle-même et dorée par la chaude lumière d'un magnifique soleil couchant.
En sortant de Porto- Vecchio ^ et se dirigeant au nord-ouest, vers l'intérieur de l'île, on voit le terrain s'élever assez rapidement, et, après trois heures de marche par des sentiers tortueux, obstrués par de gros quartiers de rocs, et quelquefois coupés par des ravins, on se trouve sur le bord d'un maquis " très étendu. Le
^ see cuUe.
« A small town in the island of Corsîca, in the Medîterranean Sea. This island was ceded to France in 1768.
■ Extent of ground on the mountains of Corsica, covered with thick impénétrable slirubs.
maquis est la patrie des bergers corses et de quiconque s'est brouillé avec la justice. Il faut savoir que le laboureur corse, pour s'épargner la peine de fumer son champ, met le feu à une certaine étendue de bois : tant pis si la flamme se répand plus loin que besoin n'est ; * arrive que pourra,*'^ on est sûr d'avoir une bonne récolte, en semant sur cette terre fertilisée par les cendres des arbres qu'elle portait. Les épis enlevés, car on laisse la paille, qui donnerait de la peine à recueillir, les racines, qui sont restées en terre sans se consumer, poussent, au printemps suivant, des cépées très épaisses, qui, en peu d'années, parviennent à une hauteur de sept ou huit pieds. C'est cette manière de' taillis fourré que l'on nomme maquis. Différentes espèces d'arbres et d'arbrisseaux le composent, mêlés et confondus comme il plaît ^ à Dieu. Ce n'est que la hache à la main que l'homme s'y ouvrirait un passage, et l'on voit des maquis si épais et si touffus, que les mouflons eux-mêmes ne peuvent y pénétrer.
Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto- Vecchio, et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles ; n'oubliez pas un manteau brun garni d'un capuchon, qui sert de couverture et de matelas. Les bergers vous donnent du lait, dn fromage et des châtaignes, et vous n'aurez rien à crain-
» Notice the idiomatic use of ne after a comparative contained in an affirmative clause. ^ airive que pourra, see arriver.
• Plaire is an intransitive verb in French.
dre de la justice ou des parents du mort, si ce n'est ^ quand il vous faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions.
Mateo Falcone, quand j'étais en Corse en 18.., avait sa maison à une demi-lieue de ce maquis. C'était un homme assez riche pour le pays ; vivant noblement, c'est-à-dii'e sans rien faire, du produit de ses troupeaux, que des bergers, espèces de nomades, menaient paître çà et là sur les montagnes. Lorsque je le vis, deux années après l'événement que je vais raconter, il me parut âgé de cinquante ans tout au plus.^ Figurez- vous un homme petit mais robuste, avec des cheveux crépus, noirs comme le jais, un nez aquilin, les lèvres minces, les yeux grands et vifs, et un teint couleur de revers de botte.^ Son habileté au tir du fusil passait pour extraordinaire, même dans son pays, où il y a tant de bons tireurs. Par exemple, Mateo n'aurait jamais tiré sur un mouflon avec des chevrotines ; mais, à cent vingt pas, il l'abattait d'une balle dans la tête ou dans l'épaule, à son choix. La nuit, il se servait de ses armes aussi facilement que le jour, et l'on m'a cité de lui ce trait d'adresse qui paraîtra peut-être incroyable à qui ** n'a pas voyagé en Corse. A quatre-vingts ^ pas, on plaçait
> fti ce n*esty sce si. ^ tout au plus, see plus.
■ couleur.., hottes see recers.
* gui = cdui qui ; the suppression of celui is fréquent before the relative pronoun qui.
» Vingt takes an s when multiplied by a number preceding it, and foUowed by no other number.
une chandelle allumée derrière un transparent de papier, large comme une assiette. Il mettait en joue,^ puis on éteignait la chandelle, et, au bout d'une minute, dans l'obscurité la plus complète, il tirait et perçait le transparent trois fois sur quatre.
Avec un mérite aussi transcendant, Mateo Falcone s'était attiré une grande réputation. On le disait aussi bon ami que dangereux ennemi : d'ailleurs serviable et faisant l'aumône, il vivait en paix avec tout le monde dans le district de Porto- Vecchio. Mais on contait de lui qu'à Corte,^ ou il avait pris femme, il s'était débarrassé fort vigoureusement d'un rival qui passait pour aussi redoutable en guerre qu'en amour : du moins on attribuait à Mateo certain coup de fusil, qui surprit ce rival, comme il était à se raser ^ devant un petit miroir pendu à sa fenêtre. L'aflFaire assoupie, Mateo se maria. Sa femme Giuseppa lui avait donné d'abord trois filles (dont il enrageait), et enfin un fils, qu'il nomma Fortunato : c'était l'espoir de sa famille, l'héritier du nom. Les filles étaient bien mariées : leur père pouvait compter au besoin sur les poignards et les escopettes * de ses gendres. Le fils n'avait que dix ans, mais il annonçait déjà d'heureuses dispositions.
Un certain jour d'automne, Mateo sortit de bonne heure avec sa femme, pour aller visiter un de ses trou-
> mettait enjoué, seejoue.
s A town of 5,200 iuhabitants, in Corsica.
* escopettes = carabines.
jpeaux dans une clairière du maquis. Le petit Fortunato voulait l'accompagner, mais la clairière était trop loin ; d'ailleurs, il fallait bien que quelqu'un restât pour garder la maison ; le père refusa donc : on verra s'il n'eut pas lieu de s'en repentir.
Il était absent depuis quelques heures, et le petit Fortunato était tranquillement étendu au soleil, regardant les montagnes bleues, et pensant que, le dimanche prochain, il irait dîner à la ville, chez son oncle le caporal,^ quand il fut soudainement interrompu dans ses méditations par l'explosion d'une arme à feu. Il se leva, et se tourna du côté de la plaine d'où partait ce bruit. D'autres coups de fusil se succédèrent, tirés à intervalles inégaux, et toujours de plus en plus rapprochés ; enfin, dans le sentier qui menait de la plaine à la maison de Mateo parut un homme, coifie d'un bonnet pointu comme en portent les montagnards, barbu, couvert de haillons, et se traînant ayec peine en s'appuyant sur son fusil. H venait de recevoir un coup de feu ^ dans la cuisse.
Cet homme était un bandit, qui, étant parti de nuit pour aller chercher de la poudre à la ville, était tombé en route dans une embuscade de voltigeura^ corses.
^ea/porcU, Ihe Corsicans used to give this name to the military chiefs who led their bands against their oppressors, the old feudal lords.
* U venait. . . feu^ see venir,
' voltigeur, a name formerly given to soldiers belonging to the light infantry.
Après une vigoureuse défense, il était parvenu à faire sa. retraite, vivement poursuivi et tiraillant de rocher en rocher. Mais il avait peu d'avance sur les soldats, et sa blessure le mettait hors d'état de gagner le maquis avant d'être rejoint.
Il s'approcha de Fortunato et lui dit :
— Tu es le fils de Mateo Falcone ?
— Oui.
— Moi, je suis Gianetto Saupiero. Je suis poursuivi par les collets jaunes K Cache-moi, car je ne puis aller plus loin.
— Et que dira mon père si je te cache sans sa permission ?
— Il dira que tu as bien fait.
— Qui sait ?
— Cache-moi vite ; ils viennent.
— Attends que '^ mon père soit revenu.
— Que j'attende ? ^ malédiction ! Ils seront ici dans cinq minutes. Allons, cache-moi, ou je te tue.
Fortunato lui répondit avec le plus grand sang-froid :
— Ton fusil est déchargé, et il n'y a plus de cartouches dans ta carchera.*
— J'ai mon stylet.
— Mais courras-tu aussi vite que moi ? Il fit un saut, et se mit hors d'atteinte.
* The voltigeurs wore a brown coat with a yellow collar.
' que = jusqu'à ce que, » Supply tu veux before que.
* A leather belt used for carrying ammunition.
— Tu n'es pas le fils de Mateo Falcone ! Me laisserastu donc arrêter devant ta maison ?
L'enfant parut touché.
— Que me donneras-tu si je te cache ? dit-il en se rapprochant.
Le bandit fouilla dans une poche de cuir qui pendait à sa ceinture, et il en tira une pièce de cinq francs qu'il avait réservée sans doute pour acheter de la poudre. Fortunato sourit à la vue de la pièce d'argent ; il s'en saisit, et dit à Gianetto :
— Ne crains rien.
Aussitôt il fit un grand trou dans un tas de foin placé auprès de la maison. Gianetto s'y blottit, et l'enfant le recouvrit de manière à lui laisser un peu d'air pour respirer, sans qu'il fût possible cependant de soupçonner que ce foin cachât un homme. Il s'avisa, de plus, d'une finesse de sauvage assez ingénieuse. Il alla prendre une chatte et ses petits, et les établit sur le tas de foin pour faire croire qu'il n'avait pas été remué depuis peu.^ Ensuite, remarquant des traces de sang sur le sentier près de la maison, il les couvrit de poussière avec soin, et, cela fait, il se recoucha au soleil avec la plus grande tranquillité.
Quelques minutes après, six hommes en uniforme
brun à collet jaune, et commandés par un adjudant,
étaient devant la porte de Mateo. Cet adjudant était
quelque peu parent de Falcone. (On sait qu'en Corse
» depuis peuy seepeu.
on suit les degrés de parenté beaucoup plus loin qu'ailleurs.) Il se nommait Tiodoro Gamba : c'était un homme actif, fort redouté des bandits dont il avait déjà traqué plusieurs.
— Bonjour, petit cousin, dit-il à Fortunato en l'abordant; comme te voilà grandi!^ As-tu vu passer un homme tout à l'heure ?
— Oh ! je ne suis pas encore si grand que vous, mon cousin, répondit l'enfant d'un air niais.
— Cela viendra. Mais n'as-tu pas vu passer un homme, dis-moi ?
— Si j'ai vu passer un homme ?
— Oui, un homme avec un bonnet pointu en velours noir, et une veste brodée de rouge et de jaune ?
— Un homme avec un bonnet pointu, et une veste brodée de rouge et de jaune?
— Oui, réponds vite, et ne répète pas mes questions.
— Ce matin, M. le curé est passé devant notre porte, sur son cheval Piero. Il m'a demandé comment papa se portait, et je lui ai répondu...
— Ah ! petit drôle, tu fais le malin ! ^ Dis-moi vite par où est passé Gianetto, car c'est lui que nous cherchons ; et, j'en suis certain, il a pris par ce sentier.
— Qui sait ?
— Qui sait ? C'est moi qui sais que tu l'as vu.
— Est-ce qu'on voit les passants quand on dort ?
» comme. . . grandît see grandii^ « tu fais le malin, see faire
— Tu ne dormais pas, vaurien; les coups de fusil t'ont réveillé.
— Vous croyez donc, mon cousin, que vos fusils font tant de bruit ? L'escopette de mon père en fait bien davantage.
— Que le diable te confonde, maudit garnement ! Je suis bien sûr que tu as vu le Gianetto. Peut-être même Tas-tu caché.* Allons, camarades, entrez dans cette maison, et voyez si notre homme n'y est pas. Il n'allait plus que d'une patte, et il a trop de bon sens, le coquin, pour avoir cherché à gagner le maquis en clopinant. D'ailleurs, les traces de sang s'arrêtent
— Et que dira papa? demanda Fortunato en ricanant ; que dira-t-il s'il sait qu'on est entré dans sa maison pendant qu'il était sorti ?
— Vaurien ! dit l'adjudant Gamba en le prenant par l'oreille, sais-tu qu'il ne tient qu'à moi de te faire changer de note? Peut-être qu'en te donnant une vingtaine de coups de plat de sabre tu parleras enfin.
Et Fortunato ricanait toujours.
— Mon père est Mateo Falcone ! dit-il avec emphase.
— Sais-tu bien, petit drôle, que je puis t'emmener à Corte ou à Bastia.^ Je te ferai coucher dans un cachot, sur la paille, les fers aux pieds, et je te ferai guillotiner si tu ne dis où est Gianetto Sanpiero.
> Notice how after peut-être the order of verb and subject is inverted. ' Bastia, one of the chief towns in Corsica.
L'enfant éclata de rire à cette ridicule menace. H répéta :
— Mon père est Mateo Falcone.
— Adjudant, dit tout bas un des voltigeurs, ne nous brouillons pas avec Mateo.
Gamba paraissait évidemment embarrassé. H causait à voix basse avec ses soldats, qui avaient déjà visité toute la maison. Ce n'était pas une opération fort longue, car la cabstne d'un Corse ne consiste qu'en une seule pièce carrée. L'ameublement se compose d'une table, de bancs, de coffres, et d'ustensiles de chasse ou de ménage. Cependant le petit Fortunato caressait sa chatte, et semblait jouir malignement de la confusion des voltigeurs et de son cousin.
Un soldat s'approcha du tas de foin. Il vit la chatte, et donna un coup de baïonnette dans le foin avec négligence, et en haussant les épaules, comme s'il sentait que sa précaution était ridicule. Rien ne remua; et le visage de l'enfant ne trahit pas la plus légère émotion.
L'adjudant et sa troupe se donnaient au diable ; déjà ils regardaient sérieusement du côté de la plaine, comme disposés à s'en retourner par où ils étaient venus, quand leur chef, convaincu que les menaces ne produiraient aucune impression sur le fils de Falcone, voulut faire un dernier effort et tenter le pouvoir des caresses et des présents.
— Petit cousin, dit-il, tu me parais un gaillard bien
mateô falcone 67
éveillé ! Tu iras loin. Mais tu joues un vilain jeu avec moi ; et, si je ne craignais de faire de la peine à mon cousin Mateo, le diable m'emporte! je t'emmènerais avec moi.
— Bah!
— Mais, quand mon cousin sera revenu, je lui conterai l'affaire, et, pour ta peine d'avoir menti, il te donnera le fouet jusqu'au sang.
— Savoir ! ^
— Tu verras... Mais, tiens... sois brave garçon, et je te donnerai quelque chose.
— Moi, mon cousin, je vous donnerai un avis : c'est que, si vous tardez davantage, le Gianetto sera dans le maquis, et alors il faudra plus d'un luron comme vous pour aller l'y chercher.
L'adjudant tira de sa poche une montre d'argent qui valait bien dix écus ; ^ et, remarquant que les yeux du petit Fortunato étincelaient en la regardant, il lui dit en tenant la montre suspendue au bout de sa chaîne d'acier :
— Fripon ! tu voudrais bien avoir une montre comme
celle-ci suspendue à ton col ; ^ et tu te promènerais dans
les rues de Porto- Vecchio, fier comme un paon ; et les
gens te demanderaient :" Quelle heure est-il?" et tu
leur dirais : " Eegardez à ma montre."
* Savoir, a concise and familiar expression for c^e8t à savoir ^ that is to be proved.
' écu, an old silver coin which was worth three or six francs. ^col = cou.
68 MATEO FALCÔNE
— Quand je serai grand, mon oncle le caporal me donnera une montre.
— Oui; mais le fils de ton oncle en a déjà une... pas aussi belle que celle-ci, à la vérité... Cependant il est plus jeune que toi.
L'enfant soupira.
— Eh bien, la ^ veux-tu cette montre, petit cousin ?
Fortunato, lorgnant la montre du coin de l'œil, ressemblait à un chat à qui Ton présente un poulet tout entier. Comme il sent qu'on se moque de lui, il n'ose y porter la griflfe, et de temps en temps il détourne les yeux pour ne pas s'exposer à succomber à la tentation ; mais il se lèche les babines à tout moment, et il a l'air de dire à son maître : "Que votre plaisanterie est cruelle ! "
Cependant l'adjudant Gamba semblait de bonne foi en présentant sa montre. Fortunato n'avança pas la main ; mais il lui dit avec un sourire amer :
— Pourquoi ,vous moquez-vous de moi ?
— Par Dieu! je ne me moque pas. Dis-moi seulement où est Gianetto, et cette montre est à toi.
Fortunato laissa échapper un sourire d'incrédulité ; et, fixant ses yeux noirs sur ceux de l'adjudant, il s'efforçait d'y lire la foi qu'il devait avoir en ses paroles.
— Que je perde mon épaulette, s'écria l'adjudant, si je ne te donne pas la montre à cette condition ! Les camarades sont témoins, et je ne puis m'en dédire.
* Omit in traoslating.
En parlant ainsi, il approchait toujours la montre, tant, qu'elle touchait presque la joue pâle de l'enfant. Celui-ci montrait bien sur sa figui'e le combat que se livraient en son âme la convoitise et le respect dû à l'hospitalité. Sa poitrine nue se soulevait avec force, et il semblait près d'étouflfer. Cependant la montre oscillait, tournait, et quelquefois lui heurtait le bout du nez. Enfin, peu à peu, sa main droite s'éleva vers la montre : le bout de ses doigts la toucha ; et elle pesait tout entière dans sa main, sans que l'adjudant lâchât pourtant le bout de la chaîne... Le cadran était azuré... la boîte nouvellement fourbie..., au soleil, elle paraissait toute de feu... La tentation était trop forte.
Fortunato éleva aussi sa main gauche, et indiqua du pouce, par-dessus son épaule, le tas de foin auquel il était adossé. L'adjudant le comprit aussitôt. H abandonna l'extrémité de la chaîne ; Fortunato se sentit seul possesseur de la montre. Il se leva avec l'agilité d'un daim, et s'éloigna de dix pas du tas de foin, que les voltigeurs se mirent aussitôt à culbuter.
On ne tarda pas à voir le foin s'agiter ; et un homme sanglant, le poignard à la main, en sortit ; mais, comme il essayait de se lever en pied, sa blessure refroidie ne lui permit plus de se tenir debout. Il tomba. L'adjudant se jeta sur lui et lui arracha son stylet. Aussitôt on le garrotta fortement, malgré sa résistance.
Gianetto, couché par terre et lié comme un fagot, tourna la tête vers Fortimato, qui s'était rapproché.
— Fils de...! lui dit-il avec plus de mépris que de colère.
L'enfant lui jeta la pièce d'ai^ent qu'il en avait reçue, sentant qu'il avait cessé de la mériter ; mais le proscrit n'eut pas l'air de faire attention à ce mouvement. Il dit avec beaucoup de sang-froid à l'adjudant :
— Mon cher Gamba, je ne puis marcher ; vous allez être obligé de me porter à la ville.
— Tu courais tout à l'heure plus vite qu'un chevreuil, repartit le cruel vainqueur ; mais sois tranquille : je suis si content de te tenir, que je te porterais une lieue sur mon dos sans être fatigué. Au reste, mon camarade, nous allons te faire une litière avec des branches et ta capote ; et à la ferme de Crespoli nous trouverons des chevaux.
— Bien, dit le prisonnier ; vous mettrez aussi un peu de paille sur votre litière, pour que je sois plus commodément.
Pendant que les voltigeurs s'occupaient, les uns à faire une espèce de brancard avec des branches de châtaignier, les autres à panser la blessure de Gianetto, Mateo Falcone et sa femme parurent tout d'un coup au détour d'un sentier qui conduisait au maquis. La femme s'avançait courbée péniblement sous le poids d'un énorme sac de châtaignes, tandis que son mari se prélassait, ne portant qu'un fusil à la main et un autre en bandoulière ; car il est indigne d'un homme de porter d'autre fardeau que ses armes.
A la vue des soldats, la première pensée de Mateo fut qu'ils venaient pour l'arrêter. Mais pourquoi cette idée? Mateo avait-il donc quelques démêlés aved la justice? Non. Il jouissait d'une bonne réputation. C'était, comme on dit, un particulier hienfamé ; mais il était Coi-se et montagnard, et il y a peu de Corses montagnards qui, en scrutant bien leur mémoire, n'y trouvent quelque peccadille, telle que coups de fusil, coups de stylet, et autres bagatelles. Mateo, plus qu'un autre, avait la conscience nette ; car depuis plus de dix ans il n'avait dirigé son fusil contre un homme ; mais toutefois il était prudent, et il se mit en posture de faire une belle défense, s'il en était besoin,
— Femme, dit-il à Giuseppa, mets bas ton sac et tiens-toi prête.
— Elle obéit sur le champ. ^ H lui donna le fusil qu'il avait en bandoulière et qui aurait pu le gêner. Il arma celui qu'il avait à la main, et il s'avança lentement vers sa maison, longeant les arbres qui bordaient le chemin, et prêt, à la moindre démonstration hostile, à se jeter derrière le plus gros tronc, d'où il aurait pu faire feu à couvert. Sa femme marchait sur ses talons, tenant son fusil de rechange et sa giberne. L'emploi d'une bonne ménagère, en cas de combat, est de charger les armes de son mari.
D'un autre côté, l'adjudant était fort en peine en voyant Mateo s'avancer ainsi, à pas comptés,^ le fusil en avant et le doigt sur la détente..
* 9ur le cfiampf see champ. ' à pas comptés, see pas.
Si par hasard, pensa-t-il, Mateo se trouvait parent de Gianetto, ou s'il était son ami, et qu'il voulût^ le défendre,'les bourres ^ de ses deux fusils arriveraient à deux d'entre nous, aussi sûr qu'une lettre à la poste, et s'il me visait, nonobstant la parenté !...
Dans cette perplexité, il prit un parti fort courageux, ce fut de s'avancer seul vers Mateo pour lui conter l'affaire, en l'abordant comme une vieille connaissance ; mais le court intervalle qui le séparait de Mateo lui parut terriblement long.
— Holà ! eh ! mon vieux camarade, criait-il, comment cela va-t-il,^ mon brave ? C'est moi, je suis Gamba, ton cousin.
Mateo, sans répondre un mot, s'était arrêté, et, à mesure que l'autre parlait, il relevait doucement le canon de son fusil, de sorte qu'il était dirigé vers le ciel auînoment où l'adjudant le joignit.
— Bonjour, frère, dit l'adjudant en lui tendant la main. Il y à bien longtemps que je ne t'ai vu.
— Bonjour, frère.
— J'étais venu pour te dire bonjour en passant, et à ma cousine Pepa. Nous avons fait une longue traite * aujourd'hui; mais il ne faut pas plaindre notre fatigue,
* When the conjunction qtte is used to avoid the répétition of si before a second verb, it governs the subjunctive mood.
^leabourresj a humorous expression, which means not only the wadding but also the balls of his two guns. 2 comment cela vai-Uf = comment vas-tuf
* traite = marche.
cax nous avons fait une fameuse prise. Nous venons d'empoigner Gianetto Sanpiero.
— Dieu soit loué ! s'écria Giuseppa. Il nous a volé une chèvre laitière la semaine passée.
Ces mots réjouirent Oamba.
— Pauvre diable ! dit Mateo, il avait faim.
— Le drôle s'est défendu comme un lion, poursuivit l'adjudant un peu mortifié ; il m'a tué un de mes voltigeurs, et, non content de cela, il a cassé le bras au caporal * Chardon ; mais il n'y a pas grand mal, ce n'était qu'un Français^... Ensuite, il s'était si bien caché, que le diable ne l'aurait pu découvrir. Sans mon petit cousin Fortunato, je ne l'aurais jamais pu trouver.
— Fortunato ! s'écria Mateo.
— Fortunato ! répéta Giuseppa.
— Oui, le Gianetto s'était caché sous ce tas de foin làbas ; mais mon petit cousin m'a montré la malice. Aussi je le dirai à son oncle le caporal, afin qu'il lui envoie un beau cadeau pour sa peine. Et son nom et le tien seront dans le rapport que j'enverrai à M. l'avocat général.
— Malédiction ! • dit tout bas Mateo.
Us avaient rejoint le détachement. Gianetto était déjà couché sur la litière et prêt à partir. Quand il vit Mateo en la compagnie de Gamba, il sourit d'un sourire étrange ; puis, se tournant vers la porte de la maison, il cracha sur le seuil en disant :
' caporal is used hère in its usual sensé of corporal.
• Thèse words show the Corsican hatred of the French rule.
— Maison d'un traître !
Il n'y avait qu'un homme décidé à mourir qui eût osé prononcer le mot de traître en l'appliquant à Falcone. Un bon coup de stylet, qui n'aurait pas eu besoin d'être répété, aurait immédiatement payé l'insulte. Cependant Mateo ne fit pas d'autre geste que celui de porter sa main à son front comme un homme accablé.
Fortunato était entré dans la maison en voyant arriver son père. Il reparut bientôt avec une jatte de lait, qu'il présenta les yeux baissés à Gianetto.
— Loin de moi ! lui cria le proscrit d'une voix foudroyante.
Puis, se tournant vers un des voltigeurs :
— Camarade, donne-moi à boire, dit-il.
Le soldat remit -sa gourde entre ses mains, et le bandit but l'eau que lui donnait un homme avec lequel il venait d'échanger des coups de fusil. Ensuite il demanda qu'on lui attachât les mains de manière qu'il les eût croisées sur sa poitrine, au lieu de les avoir liées derrière le dos.
— J'aime, disait-il, à être couché à mon aise.
On s'empressa de le satisfaire ; puis l'adjudant donna le signal du départ, dit adieu à Mateo, qui ne lui répondit pas, et descendit au pas accéléré vers la plaine.
Il se passa ^ près de dix minutes avant que Mateo ouvrît la bouche. L'enfant regardait d'un œil inquiet tantôt sa mère et tantôt son père, qui, s'appuyant sur
» U 8€ passa is used hère as an impersonal verb ; see se passer.
son fusil, le considérait avec une expression de colère concentrée.
— Tu commences bien ! dit enfin Mateo d'une voix calme, mais effrayante pour qui ^ connaissait l'homme.
— Mon père ! s'écria l'enfant en s'avançant les larmes aux yeux comme pour se jeter à ses genoux.
Mais Mateo lui cria :
— Arrière de moi !
Et l'enfant s'arrêta et sanglota, immobile, à quelques pas de son père.
Giuseppa s'approcha. Elle venait d'apercevoir la chaîne de la montre, dont un bout sortait de la chemise de Fortunato.
— Qui t'a donné cette montre ? demanda-t-elle d'un ton sévère.
— Mon cousin l'adjudant.
Falcone saisit la montre, et, la jetant avec force contre une pien*e, il la mit en mille pièces.
— Femme, dit-il, cet enfant est-il de moi ?
Les joues brunes de Giuseppa devinrent d'un rouge de brique.
— Que dis-tu, Mateo? et sais-tu bien à qui tu parles?
— Eh bien, cet enfant est le premier de sa race qui ait fait une trahison.
Les sanglots et les hoquets de Fortunato redoublèrent, et Falcone tenait ses yeux de lynx toujours attachés sur lui. Enfin il frappa la terre de la crosse de 1 qui =. celui qui or quiconque.
son fusil, puis le rejeta sur son épaule, et reprit le chemin du maquis, en criant à Fortunato de le suivre. L'enfant obéit.
Giuseppa courut après Mateo et lui saisit le bras.
— C'est ton fils, lui dit-elle d'une voix tremblante, en attachant ses yeux noirs sur ceux de son mari, comme pour lire ce qui se passait dans son âme.
— Laisse-moi, répondit Mateo : je suis son père. Giuseppa embrassa son fils et entra en pleurant dans
sa cabane. Elle se jeta à genoux devant une image de la Vierge et pria avec ferveur. Cependant Falcone marcha quelque ^ deux cents pas dans le sentier et ne s'arrêta que dans un petit ravin où il descendit. Il sonda la terre avec la crosse de son fusil et la trouva molle et facile à creuser. L'endroit lui parut convenable pour son dessein.
— Fortunato, va auprès de cette grosse pierre. L'enfant fit ce qu'il lui commandait, puis il s'agenouilla.
— Dis tes prières.
— Mon père, mon père, ne me tuez pas.
— Dis tes prières! répéta Mateo d'une voix terrible.
L'enfant, tout en balbutiant et en sanglotant, récita le Pater et le Credo. Le père, d'une voix forte, répondait Am^n ! à la fin de chaque prière.
— Sont-ce là toutes les prières que tu sais ?
^ quelque, meaning nearly, is an adverb.
— Mon père, je sais encore Y Ave Maria et la litanie que ma tante m'a apprise.
— Elle est bien longue, n'importe.
L'enfant acheva la litanie d'une voix éteinte.
— As-tu fini?
— Oh ! mon père, grâce ! pardonnez-moi ! Je ne le ferai plus ! Je prierai tant mon cousin le caporal qu'on fera grâce au Gianetto !
Il parlait encore ; Mateo avait armé son fusil et le couchait en joue ^ en lui disant :
— Que Dieu te pardonne !
L'enfant fit un effort désespéré pour se relever et embrasser les genoux de son père ; mais il n'en eut pas le temps. Mateo fit feu, et Fortunato tomba roide mort.
Sans jeter un coup d'œil sur le cadavre, Mateo reprit le chemin de sa maison pour aller chercher une bêche afin d'enterrer son fils. Il avait fait à peine quelques pas qu'il rencontra Giuseppa, qui accourait alarmée du coup de feu.
— Qu'as-tu fait? s'écria-t-elle.
— Justice.
— Où est-il?
— Dans le ravin. Je vais l'enterrer. Il est mort en chrétien ; je lui ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Blanchi de venir demeurer avec nous.
1 coitehait enjoué, see coucher.
VOCABULARY
abandon, m., abandonment; qui ressemblait à de Pabandon, which looked like despair.
abandonner, to abandon.
abattement, ni., prostration.
abattre, to knock down^ to shoot down.
abbaye, f., abbey.
aboi, m., barking.
aboiment, m., ba^^king.
abord (dO, aifirst.
aborder, to approach^ to meet^ to waXk to.
aboyer, to bark.
abri, m., cover^ shelter.
accabl-é, -ée, dejected.
accélér-é, -ée, quick.
accompagner, to accompa^y.
accourir, to run up, to hasten.
accueillir, to receive^ to welcome.
acharn-é, -ée, infuriated.
acheter, to buy.
achever, to finish.
acier, m., steel.
acrobate, m., acrobat.
acti-f, -ve, active.
adieu, good'by.
adjudant, m., adjutani.
admettre, to admit^ to allow.
administrati-f, -ve, administrative ; grade administratif, rank in a public administration.
administration, f., administration.
admirer, to admire.
adosser (s'), to lean one*s ba>ck.
adresse, f., skili.
adresser, to address^ direct ; s'adresser, to call on^ to visit.
adroitement, skilfully.
affaire, f ., affair,, thing ; une bonne affaire, a good pièce of business; se tirer d'affaire, to get out ofthe scrape.
affair-é, -ée, busy.
affection, f., affection.
affermi, -«, firm ; la voix mal affermie, in a voice full of émotion.
affût, m., être à Paffût, to lie in wait.
agenouiller (s*), io kneel down.
agilité, f., agility.
agir (s*), to be in question; il s'agissait du petit, the little one was in question.
agiter, to agitate ; s'agiter, to be agitated.
VOCABULARY
agonie, f., agony.
agrandir, to enlarge.
agriculteur, m., farmer.
agriculture, î.^farming,
aider, to help^ to asnst,
aigle, m., eagle.
aile, f., tcnng.
ailleurs, elstwhere ; d'ailleurs, besides^ moreover.
aimable, amiable.
aimant, -e, affectionate.
aimer, to love^ to like,
ainsi, so, in this way.
air, m., air ; les pieds en Pair, with hisfeet in the air,
aise, f., eaae.
ait, see avoir.
alarmer, to aiarm,
alentour, a/round,
alerte, adj., light^ quick.
alerte, f., alaf-m, sign of danger,
aligner, to place in a Une,
allée, f., alley,
aller, to go^ to be ; vais, vont, go ; va, goes ; irai, shallgo; irais, should go; va, go; allez 1 indeed! nous allons être riches, we are going to be rich ; qu'estce qu'il allait dire ? what was he going to sayt s'il allait le congédier 1 if he should send him away ! s'en aller, to go a/uoay.
allonger, to stretch ont; allongeant leurs ombres, lengthening their shadows (in the setting sun).
allum-é, -ée, lighted,
alors, then,
amande, f., almond.
âme, f., soûl.
amener, to bring.
am-er, -ère, bitter.
amertume, f., bittemess.
ameublement, m., fumiture,
ami, m., friend.
aminci, -e, thin,
amour, m., love,
amoureusement, lovingly.
amoureux, m., lover,
amuser, to amuse,
amuseur, m., entertadner,
an, m., year.
anci-en, -enne, old,
ange, m., angel,
anglais, -e, English,
année, f., year,
annoncer, to announee ; il annonçait d'heureuses dispositions, he tpas a promising boy,
antichambre, f., antecharaber,
anzieu-x, -se, anxious,
août, m., August,
apercevoir, to perceive^ notice; s'apercevoir, to notice ; aperçut, perceived,
apparaître, to appear,
appartenir, to belong,
appel, m., cail,
appeler, to call ; s'appeler, to be ecUled.
appétissant, -e, tempting,
appliquer, to apply,
appointements, m. pi., salary,
apprendre, to learn^ to teach^ to inform,
apprêter (s*), to prepm-e^ to get ready,
approche, f ., approajch ; belle encore aux approches de la quarantaine, still handsome though approa4;hing foriy.
VOCABULARY
approcher (s*), io approach.
appuyer, to press; s'appuyer, to
rest, après, after,
après-midi, m. and f., afternoon, aquilin, aquiline, arbalète, f., how.
arbre, m., iree, arbrisseau, ni., shruh, argent, m., silver^ money.
arme, f., weapon^ gun. armer, io arm ; (of a gun) to code ;
armé, cocked, arracher, io iear off^ io snaich
a/way, arrêt (en), poiniing ; les chiens
fronçaient encore leurs babines
en arrêt, ihe potniers siood still
wrinkling iheir lips.
arrêter, io stop ; s'arrêter, io stop.
arrière, behind; arrière de moi!
atuay with you !
arriver, to arrive^ io happen ; arrive que pourra, corne whai may.
arrondir, io enlarge^ io increase.
articul-é, -ée, articulated.
artistique, ariisiic.
aspirer, io irihale.
asseoir (s'), io sii down, assez, enough^ raiher»
assiette, f ., plaie.
assis, -e, seaied.
assister, io attend, assoupi, -e, hushed up ; l'affaire
assoupie, ihe affair having heen
hushed up, assurer (s'), io make sure, attachement, m., aitachment, attacher, io attacha io fasten^ io
iie.
attarder (s'), io delay.
atteindre, to reach,
atteinte, f., reach; hors d'atteinte, heyond rea4;h,
attendre, to wait^ io expect,
attendrir, to toucha io move,
attente, f., waiting.
attenti-f, -ve, attentive,
attirail, m., implemenis,
attirer, to atiract; s'attirer, io gain^ to vrin,
attraper, to catch,
attribuer, to impute.
aube, f., dawn of day,
aubépine, f., hawthorn.
aucun, -e, any^ no.
aumône, f., aims,
aulnette, f., spot planied with cUders,
aussi, cUso^ as^ therefore,
aurai, aurais, see avoir.
aussitôt, immediately ; aussitôt que, as soon as.
autant, as much^ as many ; d'autant plus que, so much ihe more as.
automne, f., autumn,
autorité, f., authoriiy; les autorités, those exercising authoriiy^ ihe authorities.
autour, round.
autre, oi?ier,
autrement, othervnse.
auxiliaire, m., help.
avance (d'), in advance,
avancer (s'), to advance^ io siep forward.
avant, hefore ; avant de s'envoler, hefore ftying aimy ; en av&nty forward,
avec, unih,
avenir, m,^ future.
VOCABULARY
avertir, io inform,
avide, eager.
avidement, eagerly.
avis, m., advice,
aviser (s'), to think^ io iake irUo one's head,
avocat, m., bart^ier ; avoeat général, attorney gênerai,
avoir, to hâve; eus, had; aurai, sfiall hâve ; aurais, should hâve ; ayant, having ; eu, had; ait, may hwve ; le fils n'avait que dix ans, the son was only ien years old ; il a raison, he is right ; il y a, there is^ there are ; il n'y avait pas trois semaines encore, not yet three weeks ago.
avouer, to avow^ io confess,
ayant, see avoir.
azur-é, -ée, sky-hlue.
babine, f., lip*
bagatelle, f., irifle.
bâiller, io yavm.
baïonnette, f., bayonet,
baiser, to kiss.
baisser, io lower ; ses paupières baissées, her closed eyes; les yeux baissés, imth downcasi eyes ; se baisser, io stoop.
bal, m., bail.
balbutier, to stammer; tout en balbutiant, stammeHng.
balle, f., bail; j'étais un enfant de la balle, / was brought up to follow my father's profession,
ballon, m.^ foot-baÀL
ballotter, to toss; laissant ballotter sa tête, iossing hia head.
banal, -e, commonplace.
banc, m., bench.
bande, f., band.
bandit, m., outlaw.
bandoulière, f., shoulder-beli ; le fusil qu'il avait en bandoulière, the gun slung on hds shoulder.
banquet, m., banquet.
banquette, f., bench.
barbe, f., beard.
barbu, -«, bearded.
bas, -se, low ; bien bas, very low ; la tête en bas, with his head down; mets bas ton sac, lay down your bag.
bâtard, -e, of mixed breed^ mongrel.
battement, m., beating^ throbbing.
batteuse, f., thrashing machine.
battre, to beat.
beau, bel, belle, fine^ beauiiful ; il avait beau crier, he shouied in vain; j'eus beau me récrier, ii was uselessfor me to protest.
bec, m., beak.
bêche, f., spade.
berceau, m., cradle.
berger, m., shepherd.
besogne, f., work.
besoin, m., need^ want; avoir besoin, to want.
bestiole, f., s^nall animM.
bête, f., animai^ beasi.
bête, adj.,/oo/is^, stupid.
bêtement, foolishly^ simply ; je suis tout bêtement fermier, / amfi simply a farmvr.
biche, f., roe.
bien, m., good.^ benefii.
VOCABULARY
bien, adv., well^ certainly^ much^
many.
bien que, conj., ihough.
bienheureu-Xy -se, happy.
bientôt, soon.
bille, f., marble, bizarre, strange.
blan-€, -che, whiie, blé, m., corn^ wheat, blême, pale, blesa-é, -ée, wounded; le blessé,
ihe wounded animal, blesser, to wound. bleuissant, -e, bluish.
blondine, f., fair-haired Utile
girl.
blottir (se), to squat^ to hide, boire, to dt-ink; buvons, buvez,
drink; buvant, drinking ; bu,
drumk.
bois, m., wood.
boîte, f., box; case (ofa watch), bon, -ne, good, bondir, to hound, bonhomme, honest fellow.
bonjour, good day.
bonnet, m., cap, bord, m., edge, border, to Une, botte, f., hoot.
bouche, f.) mouih.
bouchon, m., cork, boucl-é, -ée, buckled^ curled, bouger, to stir, bouillon, m., broth, bouquet, m., bunch^ cluster, bourdon, m., drone.
bourgeois, m., citizen.
bourre, f., wad, bourrer, to stop^ to touch, bout, m., end ; muzzle (ofa g un).
bouteille, f., bottle.
boutique, f., shop,
bouton, m., door knob,
brancard, m., Hiter,
bras, m., arm.
brave, brave^ good^ kind^ honest,
braver, to dare,
bravo, m., cheer,
brillant, -e, bHght,
briller, to glitter^ to gla/re,
brin, m., blade of grass,
brique, f., bi-ick,
briser, to break,
brod-é, -ée, la^ed,, braided,
brosse, f., brush ; en brosse, like
a brush^ shoH, brouiller (se), to get into trouble;
quiconque s'est brouillé avec la
justice, whoever has got into
trouble with the law.
broussailles, f. pi.) brushwood, bruit, m., noise, brûl-é, -ée, consumed.
brun, -e, brown^ with dark hair, brusque, abrupt^ sudden, brusquement, ahruptly^ suddenly, bruyamment, noisily^ loudly,
heavily.
bruyant, -e, noisy, bruyère, f., heath, bûcheron, m., woodman, buffet, m., bî/ffet.
bureau, m., ojice ; la carrière des
bureaux, a clerkship in a public
office, bureaucrate, m., clerk in a public
office, bureaucratie, f., the whole organ-
ization of the public offices, butin, m., booty^food.
butte, f., knoll, hill.
VOCABULARY
çà, adv., hère; çà et là, hère and
there, ça, pron., ihat; comme ça, like that.
cabane, f., cottage^ hut, cabinet, m., closei^ study, cacher, to hide, cachette, f ., hiding place, cachot, m., pHson cell, cadavre, m., corpse^ body.
cadeau, m., présent.
cadran, m., dial^face ofa watch, café, m., coffee, caille, f., qtuuL caisse, f., cashier's office.
calcul, m., arithmetic, calme, calm, camarade, m., comrade^ school-
fellow.
cape, f., doak vnth a hood; rire
sons cape, to laugh in one*s
sleeve.
caporal, m., corporaZ.
capote, f., cloàk.
capuchon, m., hood.
car, for.
carabine, f., carUne^ rifle.
caresser, to caress.
carnier, m., game-hag.
carr-é, -ée, squa/re.
carrière, f.^ profession; la carrière
des bureaux, a derkship in a
public office.
carte, f., ca/rd.
cartouche, f., cartrtdge.
cartouchière, f., cartridge box cas, m., ca^e.
caser, to place.
cass-é, -ée, broken.
casser, to break.
catégorique, précise; un refus
catégorique, aflat refusai.
causer, to tcUk.
ce, cet, cette, adj., this^ that.
ce, c*, pron., this^ that.
céder, to yield^ to give.
cela, that.
celui, celle, he ; celui qui, he who ;
celui-ci, this one^ the latter :
celui-là, thai one^ the former.
cendre, f., ashes.
cent, m., hundred.
cépée, f., tuft of shoots.
cependant, in the mean time, hou;-
ever.
cercle, m., cirde.
cerf-volant, m., horn-beetle.
cerveau, m., brain, mind.
cesser, to cease.
chacun, -e, each ; chacun pour soi,
every body for himself. chaîne, f., chain.
chair, f ., flesh.
chaise, f., chair.
chambre, f., room.
chamois, m., chamois.
champ, m., field; sur-le-champ,
on the spot^ immediately.
chance, f., good luck.
chancelant, -e, staggering.
chandelle, f., candie.
changement, m., change.
changer, to change.
chanter, to sing ; je lui ferai
chanter une messe, IshcUl hâve
a mass sung for him, chapeau, m., hat.
chapelle, f., chapel.
chaque, each^ every.
charge, f., load^ cha/rge, charger, to load.
VOCABULARY
charmant, -e, charming,
chasse, f., hvnting^ sltooting ; l'ouverture de la chasse, the opening of the shooiing season.
chasseur, m., hunier.
chatte, f., female cat.
châtaigne, f ., chestnuU
châtaignier, m., chestnut tree,
chaud, -e, hot,
chef, m., chief.
chemin, m., way^ road; le grand chemin, the high road,
cheminée, f., fireplace^ mantelpiece^ chimney,
cheminer, to walk along the road^ to make one*s way,
chemise, f., shirt,
chêne, m., oak tree.
cher, chère, dear,
chercher, to seék^ to look for.
cheval, m., horse.
cheveu, m., hair.
chèvre, f., goat.
chevreuil, m., deer.
chevrotine, -f ., buckshot.
chez, at^ to the ho use of.
chichement, stingily^ poorly.
chien, m., dog.
chienne, f ., female dog.
chiffon, m., pièce.
chiffre, m.^ figure^ number.
chinois, -e, Chinese ; ombres chinoises, dissolvxng views.
chiper, to sieal.
choir, tofall.
choisi, -e, choice^ sélect.
choisir, to choose.
choix, m., choice.
choquer, to strike (glasses).
chose, f., thing ; quelque chose, somethtng.
chuchoter, to whisper.
ci, hère ; par ci par là, hère and there.
ciel, m., heaven^ sky.
cinquante, ^^y.
circuit, m., circuit.
cirer, to polish.
cirque, m., circus.
citer, to quote^ to mention^ to name.
clair, -e, bright.
clairement, clearly.
clairière, f., glade.
cligner les yeux, to wink.
clin, m., toink ; en un clin d'œil, in a twinkling of the eye.
clopiner, to hobble.
clos, m., enclosed pièce of ground.
cœur, m., heart.
coffre, m., cheet.
coiffe, f., lining (ofhats).
COiff-é, -ée, wearing on one*s head ; coiffé d'un bonnet pointu, wearing apointed cap.
coiffer, to cover the head.
coin, m., corner.
col, m., neck.
colère, f., anger.
coll-é, -ée, stuck ; collé contre ma poitrine, close to my chest.
collège, m., collège.
collet, m., colla/r.
colonne, f., column.
combat, m., battle^ struggle.
combien, how much^ how many.
comédien, m., comedian.
commander, to commande to order.
comme, as^ like.
commencer, to begin.
comment, how.
commis, m., clerk*
VOCABULARY
commodément, comfortàbly.
communal, -e, of ihe parisk; Pécole communale, the public schooL
compagnie, f., company^ covey,
compagnon, m., companion.
comparable, to be compared.
complet, m., suit ofclothes.
composer, io compose.
comprendre, to understand.
comptabilité, f., cuxounts^ bookkeeping,
compte, m., account; rendre compte, to render an account ; se rendre compte de, to miderstand^ to cuccountfor.
compter, to calculâtes to count^ io intend^ to dépend,
concentr-é, -ée, concentrated.
condamnation, i.^- sentence; on passa condamnation sur mon imprévoyance, they passed over my improvidence,
condamné, m., convict.
condamner, io condemn.
conduire, to lead.
confondre, to confound; se confondre, to be confounded^ io mingle; se confondre en remerciments, noi to know how io ihank enough; mêlés et confondus, mixed and entangled,
confusion, f., confusion.
congédier, io send away.
connaissance, f., acquaintance,
connaître, /oAwow; conmx,knovm ; s'y connaître, to understand well ; en homme qui s'y connaît, like a man who knows what he is doing,
conquérir, to conquer.
conquis, conquered.
conscience, f., conscience.
conseiller de préfecture, m., prefeet*s counselor,
consentir, io consent.
considérer, to consider^ to look ai.
consigne, f., orders.
consister, to consist,
constatation, f., ascertaining^ évidence.
consulter, io consulta io look ai.
consumer (se), io be consumed.
contempler, to contemplâtes io gaze on.
contenu, m., contents.
content, -e, content, pleased.
conter, io relaie^ to tell.
continuer, to contintie.
contraire, contrary ; au contraire»
on the contrary.
contre, againsi.
convaincu, -e, convinced.
convenable, proper.
convoitise, f., covetousness.
coq, m., cock; un vieux coq, an old cock partridge.
coquin, m., rascal.
corbeille, f., basket.
cordon, m., row.. Une,
corps, m., body.
Corse (la), f., Corsica.
Corse, m., Corsican,
costume, m., costume.
costum-é, -ée, costumed.
côte, f ., rtè, side^ hill ; à mi-côte, half way up the hill.
côté, m., side; du côté de, toward ; des deux côtés, on both sides ; de notre côté, iowards us.
coteau, m., hill.
VOCABULARY
cotillon, m., cotillon,
cotrety m., smcUl fagot,
COU, m., neck,
coucliant setting (ofihe sun),
couch-é, -ée, lying,
coucher, to lay^ to lie; coucher en
joue, to take aim ; se coucher,
to set (ofthe sun), coude, m., elhow, coudre, to sew; tout cousu de
paillons, spangled with gold ail
over.
couler, to creep^ to slip, couleur, f., color; couleur de feu,
reddish, couleuvre, f., snake, coup, m., blow^ stroke^ shot^ report
of a gun; tout à coup, tout
d'un coup, suddenly ; du même
coup, at the same time; coup
d'œil, glance, couper, to eut; coupé de ravins,
interseded vnth ravines.
couple, m. and f., couple, courage, m., courage; prenant
son courage à deux mains,
plucking vp courage, courb-é, -^e, bent.
courir, to run.
course, f., rare, rwn, cov/rse, courtil, m., garden, cousin, m., cousin, cousu, see coudre, couteau, m., knife, coûter, to cost.
coûteu-z, -se, costly, couvert, m., cover^ shelter; à
couvert, under shelter.
couverture, f., blanket.
couvre-chef, m., hat.
couvrir, to cover,
cracher, to spit,
craindre, to fear; craignais, feared.
crainte, i.^fear.
cramponner (se), to cling,
crâne, m., skull^ head,
crâne, adj., brave^ daring,
craquer, to crack.
crépu, -e, u'oolly.
crête, f.) crest^ comb,
creuser, to dig.
creux, ni., hollow.
cri^ m., cry^ shout.
crier, to a-y^ shout.
criquet, m., cricket.
croc-en-jambe, m., trip ; donnait un croc-en-jambe à un écuyer, tripped vp a horsetrainer,
croire, to believe; crus, believed; cru, believed,
croisée, f., window.
croiser, to cross.
croix, f ., cross.
crosse,' f., butt-end.
cru, see croire.
cruel, -le, ci'uel.
crus, see croire.
cuir, m., leather.
cuisine, f., kitchen.
cuisse, f., thigh.
culbuter, to turn over.
culte, m., worship ; je rends un culte aux pêches, / worship peaches,
cultivateur, m., f armer,
culture, f., fa/rming ; train de culture, farm.
cnré| m., reetor^ parish priest.
VOCABULARY
eau, f.) water,
écarlate, scarlet.
échanger, to exchange.
échantillon, m., sample.
échapper, to escape,
éclabousser (s*), to splash one's self,
éclair, m., lightning ; un éclair de joie, a ray ofjoy,
éclat, m., splendor^ burst ; éclat de rire, burst of laughter.
éclatant, -e, pierdng^ loud,
éclater, to burst; le cirque éclatait en bravos, the audience burst into cheers.
école, f., school.
écouter, to listen.
écraser, to crush,
écrier (s*), to exclaim.
écrire, to write.
écriture, f., writing ; les écritures, the leiters and accounts,
écureuil, m., squirrel.
écuyer, m., horseman, horsetrainer.
effar-é, ée, scared^ vnld,
effarer (s*), to be scared^ look vrild,
effectivement, indeed,
effet, m., effect; en effet, indeed^ infact,
effondrer (s*), tofall domn.
efforcer (s'), to endeavor.
effrayer, tofrighten.
égal, -e, equcU^ indiffèrent.
égar-é, -ée, stray^ confused^ tvild ; avoir Pair égaré, to look wild,
égayer, to cheer vp.
eh bien I well !
élaborer, to elahorate^ to settle.
élancer (s'), to rush, élève, m., pupil.
élever, to h-ing up; s'élever, to j-ise. éloigner (s*), to move a/way, émail, m., enamel, glass.
embarrass-é, ée, embarrassed.
embrasser, to embraxx^ to kiss.
embuscade, f ., ambush.
embusqu-é, -ée, in wait^ lying in
wait, emmener, io tdke away, émotion, f., émotion.
émouvoir, to move.
ému-e, moved.
emparer (s*), to seize.
empêcher, to prevent.
empêtrer, to embarrass.
emphase, f., emphasis.
emplacement, m., site.
emploi, m., employmenty duty.
employé, m., employé^ clerk.
employer, to employa use.
emplum-é, ée, feathered.
empoigner, to seize ^ catch.
emporter, to carry away., take.
empresser (s*), to hasten^ be
eager.
en, iVi, iw^o, like ; en homme qui
s'y connaît, like a man who un-
der stands it.
encadrement, m., frame.
encoignure, f., corner.
encore, still^ again^ also.
endormi, -e, asleep.
endosser, to put on.
endroit, m., pla^^e.
enfant, m. and f., child ; bon
enfant, a good fellow.
enfantillage, m., childish whim.
enfarin-é, ée, covered mthflour»
VOCABULARY
enfin, finally^ ai last.
enfoncer, to pull down^ hury ;
allait enfoncer, woiUd go and
hury.
enfoncer (s'), io sink^ penetrate^
get fastened* enfuir (s*), toflee^ run away, engager (s*), to enter into.
enlever (s'), to rise^fly away.
ennemi, m., enemy.
ennui, m., weariness.
énorme, enormous.
enrager, to be mad^furious; dont
il enrageait, which mode htm
furtous.
ensemble, together.
entendre, to hear^ understand ;
tu n'y entends rien, you understand nothing about tt.
enterrer, to bury.
entêtement, m., obstinacy.
entêter (s'), to become obstinate, enti-er, -ère, whole.
entièrement, entirely, entourage, m., surrounding^ the
persons a^round.
entourer, to surround, entraîner, to drag^ to carry away.
entre, between.
entrée, f., entrance.
entrer, to enter, entre-regarder (s'), to look at
each other.
entrevoir, to catch a glimpse of, envelopper, to wrap up, enverrai, enverrais, see envoyer, envie, f., désire, envier, to envy.
environs, m. pL, netghborhood ;
aux environs, in the neighbor-
hood.
envoyer, ta send; enverrai, shall send ; enverrais, should send,
épais, -se, thick,
épargner, to spare; pour s'épargner la peine, to save one's self the trouble.
éparpill-é, ée, scattered,
épaule, f., shoulder,
épauler, to shoulder,
épaulette, f., epaulet,
épi, m., ear of corn,
épier, to waich,
épingle, f., pin; tiré à quatre épingles, looking a>s if one cc^me oui of a bandbox.
épouvantable, dreadful,
éprouver, to try., tofeel,
épuiser, to exhaust.
équip-é, -ée, equipped.
escalier, m., stairs,
escopette, f., carbine,
espacer, to set apart,
espalier, m., espalier; où grimpaient en espalier des pêchers, vnth peach trees trailed againsi the wall,
espèce, f.) species^ kind^ soH
espérance, f., hope.
espoir, m., hope.
esprit, m., soûl.
esquiver (s*), to slip avwty ; s'esquiver à l'anglaise, to take French leave.
essayer, to try.
établi, -e, fixed^ settled.
étaler, to display.
étang, m., pond.
état, m., state, condition ; hors d'état, unable.
été, see être.
éteindre, to put out; s'éteindre,
VOCABULARY
to die away ; voix éteinte, /otW
voice.
étendre, to siretchforih, étendu, -e, lying^ extensive, étinceler, to sparkle^ io glisten.
étiquette, f., label.
étoffe, f., stuff, étoile, f., star, étonnant, -e, astonishing.
étonn-é, -ée, astonùhed.
étouffer, to choke.
étourdi, -e, stunned, étrange, strange, être, to be ; serai, shall be ; serais,
shoiild be ; étant, being ; été,
been; sois, soyez, be; soit,
may be^ be it so, être, m., being.
étroit, -e, narrow.
eu, eut, see avoir, eux, elles, they^ them.
évaporer, to dissipate^ to take
away, éveill-é, -ée, awake^ lively^ sharp.
événement, m., event.
éventail, m., fan; en éventail,
fan-shaped.
éventer, to smell.
évidemment, evidently.
évocation, f., atoakening. excepté, except.
excuse, f., excuse, excuser (s'), io apologize, exécuter, to perform.
exemple, m., example.
explosion, f., explosion^ report.
exposer (s'), ta expose one's self.
exprimer, to express.
exquis-e, exquisite.
extraordinaire, extraordina^^
unusual.
façade, i.^ front.
face, î.^face,
facile, easy,
facilement, easily,
fagot, m,/fagot.
faience, f., crockery-ware,
faim, f., hunger; il avait faim, ?ie toas hungry,
faire, to make^ to do^ to play ; tu fais le malin, you play ihe rogue,
faire (se), to become^ to be done; je me fais vieille, / am groiving old ; se fit entendre, was heard ; ça ne se faisait pas, nobody eise woiUd act in this way,
faisan, m., phea^ant.
falloir, miLst^ Jo be necessary^ should^ ought; il me fallut, / VHM obliged; il faut savoir, you must know ; il vous faudra, you will be obliged; tout ce qu'il lui faut, aU she wants ; il aurait fallu que les chiens eussent . . . the dogs should hâve had , . ./il faudra plus d'un luron comme vous, it vnll take more than one daringfellow like you.
fam-é, -étyfamed; bien famé, of good repute.
famille, f ., family.
fantaisie, f ., fancy.
faraud, m., proud man^ proud.
fardeau, m., bu/rden,
fatigue, f ., fatigue.
faudra, see falloir.
faufiler (se), to slip.
faut, see falloir.
VOCABULARY
fau-z, -sse, faXst,
favori, m., whisker,
femme, f., woman^ wife.
fendeur, m., splitter; fendeur de bois, woodcviier,
fer, m., tron ; fers, chaîna ; fer à cheval, horseshoe,
ferme, f ., fat-m,
fermer, to shui.
ferraille, f., shooting tmplemerUs,
fertiliser, tofeHilize,
ferveur, f ., fei-vor,
fête, f., enteHainment,
feu, m., Jire^ firing ; coup de feu, shot; les coups de feu, the shooting.
feuillage, m.^foliage,
feuille, f., leaf,
feutre, m., felt,
ficelle, f., siring^ cord,
fier (se), to confide.
fier, fière, proud,
fièvre, f.,/<?rer.
figure, f., face; faire bonne figure, to keep up an appearance; une nouvelle figure, a new dance.
figurer (se), to imagine^ tofancy.
fillette, f., little girl.
fin, f., end,
fin, -e, délicate.
finesse, f., stratagem.
finir, to finish; je finis par murmurer, ^7ia//y I murmured.
fit, see faire.
fixer, tofix; se fixer, to befixed.
fixité, t.<, fixedness.
flamme, i.^fiame.
flanc, m., side.
flâner, to stroll^ to waste time.
fléchir, to give way^ to stagge^\
foi, f., faith; de bonne foi, in
goodfaith.
foin, m., hay.
fois, f., time ; une fois, once; à
la fois, at the same time ; bien
des fois, many times.
fonc-é, -ée, dark, fonctionnaire, m.^functioncuty, ^ fond, m., bottom; au fond, in
reality, fondant, -e, melting.
fontaine, i.,^ fountain, force, f., strength^ force ; à force
de, by force of by dint of force, adv., a great many.
forêt, f.,/ores^.
forme, f., shape ; chapeau haut
de forme, high hat, former, tofoi-m. formuler, to express, fort, adv., very, fortune, f . , fort une.
fossé, m., ditch.
fossette, f., dimple.
fou, fol, m., folle, f., mad man^
vnad woman.
foudroyant, -e, thundering.
foudroyer, to strike toith ihunder.
fouet, m., flogging.
fouiller, to search.
fouler, to press ; fouler aux pieds,
to trample underfoot.
fourbi, -e, polished.
fourche, f., pitch-fork.
fourmi, f., ani.
fournir, to deliver.
fourré, m., thicket.
fourr-é, -éBffull ofthickets.
frais, fraîche, /»-c«^.
frapper, to strike; frapper des
mains, to clap.
VOCABULARY
frémir, io shudder.
frémissement, m., trembling.
fripon, m., rogue.
friser, to curl.
frissonner, to shudder,
froc, m.^frock; jeter le froc aux orties, to renounce the profession.
froid, -e, cold.
fromage, m., cheese.
froncement, m.^frowning,
froncer, to contract; froncer le sourcil, tofrown.
front, m.^forehead.
frotter, to ruh.
fumée, f., smoke,
fumer, to smoke^ to manure,
fur (au) et à mesure que, a^ccording as^ while.
fureter, toferret,
furieu-z, -se, furious.
furti-f, -ve, stealthy,
fusée, f., rocket ; allumée comme une fusée, as sudden and hright as a rocket.
fusil, m., gun.
fusillade, l.^firing.
futaie, i.^forest ofold trees.
futile, trivial.
gâcher, to spoiL
gâchette, f., irigger,
gagner, to earn^ to win^ to rea^ch.
gai, -e, gay.
gaillard, m., higfellow.
gambade, f., gamhol.
gamin, m., hoy.
garçon, m., hoy.
garde, f., care; prendre garde, io
heware.
garder, to keep, garenne, f., warren, garnement, m., had hoy.
garnir, to provide, to decorate.
garnison, f., garrison, garrotter, to bind.
gâter, to spoil.
gauche, left.
gendre, m., son-in-law.
gêner, to hinder, to evnbarrass ;
qui aurait pu le gêner, which
might hâve emharrassed him.
genou, m., knee ; sur les genoux
de, in the lap of, gens, m. and f . pi., people.
genti-1, -lie, pretty.
gentiment, gently.
gésir, to lie.
geste, m., gesture.
giberne, f ., cartridge box, gibier, m., game.
gilet, m., waisicoat, vest.
gisant, -e, lying.
glisser, to slip.
goût, m., taste.
goûter, to taste. goutte, f., drop, gouttelette, f., little drop.
grâce, f., mercy.
grain, m., grain.graine, f., seed.
grand, -e, great, large, tall, grandir, to grow ; comme te voilà
grandi! how much grown up
y ou are !
grand'route, f., high road, grange, f., harn.
grave, serious, gravure, f., engraving.
VOCABULARY
dô
gré, m., toill; bon gré mal gré, willingly or unwUlingly .
grêle, f., haiL
griffe, f., claw.
grimace, f., çHmace^face,
grimper, to climb.
gris, -e, gray,
grisâtre, grayish,
grive, f., thrush,
gro-s, -sse, big.
grossir, to inerease^ to grow.
groupe, m., group,
guerre, f., war.
guêtre, f., gaiter,
guetter, to waich,
guichet, m., wicket,
guillotiner, to guillotine; je te ferai guillotiner, / shall hâve you guillotined.
habileté, f., skilL
habit, m., coat^ dress coat.
habitant, m., inhabitant,
habitude, f., habit; d'habitude, itsually,
habitu-é, -ée, a^customed.
hache, f., axe,
hagard, -e, haggard,
haie, f., hedge,
haillon, m., rag,
hâl-é, née, sunburnt.
haleine, f., breath.
hallucination, f., hallucination.
hameau, m., hamlet.
harass-é, -ée, harassed.
hardi, -e, daring.
hasard, m., chance; un plomb de hasard, a stray shot ; par hasard, by chance.
hasarder, to risk,
hâter (se), to hasten,
hausser, to raise; hausser les
épaules, to shrug one's shoul-
ders.
haut, -e, high ; du haut en bas,
from head tofoot, hauteur, f., height.
Hercule, m., Hercules, hérit-ier, m., heir; -ière, f.,
heiress.
heure, f., hour; comme tout à
l'heure, as just nota ; de bonne
heure, early.
heureu-x, -se, happy.
heurter, to strike; se heurter, to
knock one's self.
hirondelle, f., swallow.
histoire, f., story.
hocher, to shake.
holà ! holloa !
honneur, m., honor.
hoquet, m., hiccough.
hors, ovt ; hors de la portée, out
of range, hospitalité, f., hospitality.
hottée, f., basketful.
houpette, f., little tuft ofhair.
huit, eight.
humain, -e, human, humide, humid.
ici, hère,
ignorer, to ignore.
île, f., island,
îlot, m., islet.
image, f., image^ picture.
imaginer (8*),to imagine.
VOCABULARY
immédiatement, immediately.
immobile, motionless.
immobilité, f ., immohilUy.
impérati-f, -ve, imperaiive.
importer, to matter; n'importe,
never mind^ however.
imposer, to impose.
imprévoyance, f., improvidence.
incrédulité, f., incredulity.
incroyable, incredible, indigne, unworthy.
indiquer, to indicate, inégal, -e, unequal.
infini, -e, infinité, ingénieu-x, -se, ingénions»
inonder, to inundate, inqui-et, -ète, anxious.
inquiéter, to màke uneasy.
insinuer (s'), to creep. installer (s'), ^o settle, insulte, f., insuit.
intérieur, m., inte^Hor.
interrompu, -e, interrupted.
interstice, m., interstice.
intervalle, m., interval.
introduire, to slip.
inutile, useless.
inutilement, uselessly.
invincible, insuperable.
ironique, ironical.
irai, irais, see aller.
jeter, to throw.
jeu, m., game.
jeune, young.
joindre, to join^ to m^et ; joignis,
joined; joindre les deux bouts,
to màke both ends meet.
joli, -e, pretty.
joue, f., cheek ; mettre en joue, to
take aim.
jouer, to play.
jouet, m.^toy.
jouir, to enj'oy.
joujou, m., toy.
jour, m., day, light; tous les
jours, every day ; au petit jour,
at daybreàk.
journal, m., newspape^'.
journée, f., day.
joyeusement, cheerfully.
joyeu-x, -se, cheerful.
juin, m., June.
jurer, to swea/r.
jusque, to, as far a*, until^ even ;
jusque-là, until then; jusqu'à
un petit criquet, even a little
cricket.
jusqu' à ce que, until.
justement, predsely.
justice, f ., justice^ law.
jais, m., jet.
jalou-x, -se, jealous.
jamais (ne...), never.
jatte, f., pot.
jaune, yellow.
javelle, f., sheaf mown grain.
là, there; cette nuit-là, that night; là-bas, dovm there; làhaut, up there^ in heaven.
labeur, m., labor.
laborieu-x, -se, industrious.
laboureur, m., ploughman.
lâcher, to let go.
laisser, to leave^ to let^ to allow.
VOCABULARY
lait, m., milk.
laitière (chèvre), milk goai.
lambeau, m., shred, pièce,
lame, f., hlade,
langue, f., tongue; n'était troublée par aucun coup de langue, was not disturhed hy any lapping tongue,
lapin, m., rabbit.
large, toide^ broad; avoir du large, to Juive pleniy of space.
larme, f., tear.
las, -se, tired.
lazzi, m., jest,
lécher, to liek.
lég-er, -ère, slight,
lendemain, m., following day.
lentement, slowly.
lequel, laquelle, who^ whom^ which.
lestement, briskly^ lightly,
lettre, f., letter,
leur, pron., them^ to them.
leur, adj., their; un des leurs, one of their own.
lever, to raise^ stcni / se lever, to rise.
lèvre, f., lip.
libre, free.
lier, to hind,
lieu, m., place; au lieu de, instead of; s'il n'eut pas lieu de s'en repentir, if he had no catise to be sorryfor it,
lieue, f., league (about three miles) .
lièvre, m., ha/re.
ligne, f., Une.
lingot, m., slug.
lire, to read.
lisière, f., border^ edge.
lit, m., bed,
litanie, f., litany,
litière, f., litter.