Le chiffonnier de Paris drame en cinq actes, douze tableaux dont un prologue
Le Ibrtire représente le quai d'Austerlitz. Au troisième plan, le parapet Ui Tenant le tbedtre. A gauche, un poteau avec son réverbère ; du i pArae cite, un banc en p serre ; un autre à droite. 11 (ail déjà nuit. Lune d'hiver, qui K voile de temps en temps.
8CÈBTX L
PIERRE GAROUSSE, puis JEAN.
GAlOCSSE, tint sur U banc à droit t, en habits râpés, retlet é' opulence, ayant une hotte neuve et une lanterne à côté de lui.
Oui, assez de souffrance comme ça... celle misère, celle boite, ces guenilles... c’est infime, immonde, impossible. Je ne peux pas rr.’; faire, après la vie que j'ai menée; je n'en veux plus...
mieux vaux la mort !... {Il te débarrasse de ta hotte et la jette ainsi que ton crochet.)
jean, en dehors chantant.
Vive le vin!
Vire ce jus divin!
Je veux jusqu'à la fin Qu'il égayé ma rie...
Il entre par la gauche le long du parapet, avec mm tac au lieu de holle, coiffé d’«n bonnet de police, crotté, mouillé, déchiré, et trébuchant comme un homme ivre qu'il est.)
C'est drôle! on dit qu'un verre de vin soutient! en voilà plus de trente que je bois, et je ne peux pas me tenir ; un eo(a»i me jetterait par terre... Je n'ai pas assez bu, c’est sûr.
GABOtSSE.
Allons!*., finissons!... {Il w>onie sur lt parapet du quai et m pour se jeter d l'eau.)
jean, qui est arrivé jusqu'à lui, le prenant à bras le corps et l'arrêtant.
Eh! bien! l'ami, qn'est-ce que c’est? Oit vas-tu dooef
garulsse.
A l’eau .
M JEAN
C'e»[ tomme ça que lu le liquides... L'homme n’est pas un (. nui d. r
GAROISSR.
Laisse moi, j'ai assez de la vie. J'aime mieux mourir d'un Cuiip, que de faim tous les jouis...
JEAN
Ile quoi? de quoi? on ne menu que de soif... viens boire! garoi ssk. te débattant.
N-m. non, laisse-moi, le dis-je, c’esi mon idée, je suis las de fnuffiir.
jeas, C arrêtant et l'amenant tur le devant de la teènt.
La. la ! voyons, cnnie-mol ics peines... Qu'cslcequi le gène? la misère, n’est-cc pas?... si ce n'est que ça, je vais le guérir, moi, j'ai la recette... mais ce n'est pas l'eau, d'abord; au contraire, c’csi le vin. (Il chante :)
A tous les maux c'est le remède; de.
Sois tranquille... il y a de l'espoir cnrore... lu n’es pas enragé, puisque lu allais te jeter à l’eau; change seulement de liquide, et» si je ne le sauve pas, nous mourrons ensemble.
GAROl'SSB, t'a'tryant à gauche.
Allons, quand il aura fini...
JEAN
(> iand on a du chagrin, mon cher, il faut délayer ça. Il f.itn boire... mais do l’infusion à douze, de la tisane à Noé, potion calmante! Vois tu. j’ai pmaéitar II. je m'y connais.». Moi aussi, j’étais né pour avoir virgt mille livres dp rente, pour me descsfjêrir n me suicider. F.h bien!... j’ai lui, et j'ai été Sauvé. Qmnd j'ai lui. c'est fini delà misère! je su s plus riche, plus content, plus heureux qu'un marchand de vins en gros! Je vois tout en | rnii, quoi ! tout rose» et mbi-; nu * clnlTons.ieviemu'ntdcs velours, nu s os di s ivoires. ni;i ferraille des lingots, mon sac de lotie une Imite d'osier... (il te trouve prêt de la hotte.) Ah çà! mais, tuas une hotte, loi... Plus que ça de love!... une hotte neuve, encore,.. Aristocrate! Et Ça se plaint!... Eu voilà un gueux, qui a une hotte et qui veut se tuer! Qu'est-ec qu’il faut donc encore à monsieur? de la bougie peut-être pour éclairer sa lanterne, et un crochet de ph>qoé pour ramasser se» rentes?-., et I bétel de la Monnaie par-dessus 4e marché?... Qu'csi-re que je dirai donc, moi qui n'ai qu’un sac... cl ttn sac hors d'àge... La soif iii'étran-
f le. je tie comprends pas qu’on puisse se tuer, et se tuer par eau, encore... quand on a le petit blanc, le gros bleu, le tr«»issix, le ça «se -gueule,' le fil-eii-qualre, le Paul Niquel, toute» les Consolidons de la vie. Va, lu es un ingrat envers le Créateurl Fais comme moi, je le dis, prends le bon parti, bois... bois à crédit, au comptant, comme lu pourras, mais bols toujours, m no penseras plus à rien. ...Moi qui te parle, avec dix sous d'eau-devie dans le ventre, ma chique aux dents, la terre ne petit plus me porter; il n'y a pin» de pavé que pour moi... cl je n'en ai pas as- z, je marche en large d*uu bout à l'autre de la rue, je ricoche comme un obu-, je sms l’égal d'un boulet... un mur n'csl pas mm» maître... je coudoierais un liacre, j’accrochcrafs un municipal, je i«n vendrais la colonne... Je no connais plia lien, ni barres, ni bornes, ni chagrin, ni tourment... rien du tout... je vis alors comme j’ai bu, à plein bord, cl je chante à tue-tcle :
Vive le vin !
Vive ce jus divin!
GAIOUMI.
Cesi là son suicide, j’aime mieux le mien; chacun sot» goût; j’aime mieux me noyer que de me soûler; lai&sC-nmAnourir) (U fait un mouvement vert le parapet.)
jean, le retenant.
Entêté! mourir! quels pmuiprs ! Parole d honneur, il me fait de la peine... mourir; mais c'est défmdo... et ton devoir de chretkii?... de citoyen? ..
gaROissk, vivement et le repouttanl avec force.
Allons, tu m'ennuies.
jean, cherchant dant tan tac.
Ah! monsieur aime mieux se tuer que de se soûler!... Pas gêné, l'ami, h votre aise, et t int pis pour vous!... Vous serez traite comme vous le méritez .. D'abord, on exposera votre corps à la morgue jusqu'à ce qu’on vienne, ou plioôt qu'on ne vienne pas le réclamer... Ei puis, ou mettra votre nom dans les journaux avec toutes sortes de rèllrxioiis désagréable», et ça wia bien fait. J'ai justement là, dans mon sae, nu morceau de juurn il, que je viens de ramasser, contre le suicide...
GAROissE, à part.
Allons, patience jusqu'au Inuit!
jean, cherchant dans ton «ne.
Ah! dame ! ça raisonne un peu mieux que moi... Attends t... Garçon, le journal ! ,
garoi sse, d part.
Voyons la morale d’en haut après celle d’en bas!...
jean, tirant de ton tae un morceau de journal.
Tien« t {// prend la lanterne gui est prêt du Utnc et la lut donne.) Tiens bien tou lustre... cl émule moi ça... Vol- si tu veux mériter un épitaphe dans ce goût -là! (Il lit.) « Encore un soi- « eide!... » Moite he-toi, je n’y vol» pas... (U mouche la mèche de la lanterne et continue de lire.) * l'n Jeune hiiliibie virnt d'élre
• ictiré morille la Seine; une lettre trouvée *ur lui prouve que
• c'est encore un Ion qui n’a pu supporter l’nb-ciuiie et la mi-
• ftère... Il n’y a pas de plus grand crime contre la religion et
• r ou Ire la société que le suicide, ce lits de la paresse cl de l’or- « gncii!... Le suicide est pire que l'assassinat, c>»t l'assassinat « miiis danger; l’homme qui le commet est un coupable sans « coitr.iL’e; c'est le siddat qui déserte sou puste, le marchand de
• vin, |Sf reprenant.) non.il n’v n pas devin... (rontiniran/.) le c marchand qui fait banqueroute ; c'est tout ce qui est lâche et m honteux... s et patati, patata. Oui, comme qui dirait le camarade qui ne vide pas son verre... uo fainéant, uu propre à rien, un maladroit... L'est..» om loi. c’est déchiré... L. suite ou prorlmiii numéro. Ileinf... qu’en dis lu?... Comme col louche !... (H lui donne le journal.) Qu as-tu à répondre, mon vieux? Tuetoi maintenant, si tu veux! I!un!.. la lecture du journal ma alt« re; mol, je vaa boira. Adieu! (Faune sortie : il pique un chiffon qui te trouve prêt du parapet.)
ovroisse, iurtryant d droite.
Ali ! c’en Ain -i que jg monde balte ceux qui veulent bien le débarrasser délit, qui préfèrent le suicide au vice uu au crime pour sortir de la misère 1
JEAN
Dis donc, si In veux toujours te tuer, Je retiens ta hotte; il ne me manque que ça pour enloucer Crésus. (il tort par la droite, en chantant :)
Vive le vin !
Vive ce jus divin!