‹ Le chiffonnier de Paris drame en cinq actes, douze tableaux dont un prologueChapitre 27 sur 62 · AN · texte numérisé non relu

AN

Pourquoi? ..Je vais vous lo dire.

Li: CHIFFONNIER DE PARIS.

■▲MB.

Ah?

j eau.

Enfant de Paris, je suis né je no sais où, je ne sais quand, abandonné, comme l'orphelin que vous ave* trouvé... Ma mère, l' inconnue, m’a jeté comme lui, comme tant d'autres, au malheur ou au crime... au hasard, va comme je te (tousse!... Je suis de cette race de meurt-de-faim, qui ont la vie si dure et qui viennent quand même, comment?... pourquoi Y... if importe!,., un champignon, du fumier de Paris, un trognon de la capitale, un des rebuts de la vieille ville, que le tempe, ce maître ehiffunnû r, ramasse dans sa grande hotle... quand il les voit. — Depuis soixante ans, je trahie ainsi, le crm hei en main, dans les rues de Paris, que je n'ai jamais quitté, où j’ai toujours vécu, où je ne suis pas mort plutôt, car, ou ne peut pas appeler ça vivre, en vérité. Croiriez-vous, inara'zcile Mario, que je n’ai juin iis vu la campagne, la verdure, qifmi carreau «le la halle, au marché des Innocents!... Je ne sais pas pourquoi je pense à tout cela à cette heure... Ah! c’est pour vous dire que je n’ai jamais connu que les passants et les pavés...

Pauvre père Jean!... Comment avez-vous fait pour vivre ainsi ?...

JBAJI.

C'est comme je vous le dis, mam’zelle. Enfant, je n’ai vu ni père ni mère ; homme, je n'at eu ni femme ni enfant. Personne ne m'a jamais aimé, je n’ai jamais aimé personne... j'- n’en avais pas le moyen ! Tout le monde ne peut pas se permettre d’avoir une famille... ça coûte cher, voyez- vous ?... j étais trop pauvre pour en avoir une, et je rnVn suis privé. Ah! dame! quand je rentrais tout seul dans la baraque, les quaire murs étaient bien grands... et pourtant j'y avais le cœur serré... c’était bien vide, et j’y étouffais... Oui, j'elouffai* comme l'ours Martin en cage, et je rugissais parfois comme lui... je m’embêtais carrément... Je me souviens qu’un jour, j’ai souhaité d’étre en prison pour n’étre pas seul... Ce jour-là, j avais trente ans!... Jusquelà on m’avait appelé Jean tout court... c’était bien assez, pour un homme seul... mais alors on m’appela le Père Jean; ce nom de père me mil hors «le moi!... je ne pouvais plus vivre ainsi, vous aviez raison... Alors, je pris la chique... (Se reprenant.) pardon, inatn’zelle .. le lalwc et l’eau-de-vie. JYai'-de-vie surtout... Voilà des amis, voilà des parents !.. ça s’appelle de la consolation... Quand on est seul, on se soûle... ça peuple... on voit double... Je voyais au fond de mon verre toutes mes i tu agi nations : un ménage, des hlondins autour do moi. h bourgeoise faisant la soupe et mettre la nappe pour nous lotis... Je vivais ainsi, ou plutôt je me tuais, je ni» 1 tuais le corps et l'âme, mam'zeilc ; c’est notre manière de nous suicider... vous avez le charbon, et nous le Irois-six... j’étais toujours, c est U: mol, ivre— mort t Mais un Jour, uo grand malheur, h mort d’un homme... dont mon vu» fut casse... (on n« peut pas savoir les suites du vin), la mon d'un pauvie pè»e de famille, mam’zelle, que je ue pus empêcher, parce que jetais soûl, me fil jurer «le ne plus boire, de Se remplacer, de veiller stir son enfant... (Avec émotion ) M'avez- vous vu seulement une fois gris depuis que je suis venu loger près de vous? Autrefois, si j etais resté un seul jour sans boire, je n’en serais pas revenu; et maintenant, maintenant ce serait si je restais un jour sans vous voir... Le diable m emporte, je ne pense plus qu'à vous, mam’telle Marie... Et je sens là quelque chose «le don* et de nouveau que je ne peux pas m'expliquer, mais qui vaut mieux que de boire, allez!

marie, avec joie.

N’cM-ce pas?

jean.

Oui, en vous voyant si bonne, travailler autant d'heures qu il y a de chiffres sur le cadran, soigner votre vieille mère, élever cet enfant... je me suis dit ce que vous disiez tout à l'heure : Il y a donc quelque chose de bon à aimer? Et je me suis mis a vous aimer!... Ah! par exemple, je ne sais pas comment je vous aime... si c'est connue fille, comine sœur, ou aoirement... je ne Deux pas vous «lire... Je ne m’y connais pas, vu que je n’ai jamais aimé ni haï personne... Tout ce que je sais, c est que j ai l'âge qu'aurait votre père... Eh bien! c’est ça, je vu aime comme ma lille!.. Quand vous m'appelez le père Jean, tilt d mon pauvre cœur saule dans ma poitrine... Je donnerais uue pinte démon sang pour vous épargner une larme, et je pleurerais toute la vie comme les fontaines de la Concorde pour vous faire sourire un petit moment.

■Ain.

Une larme !... une larme !...

jean, riant et pleurant d ta foi t.

Oui, chère enfant, une l«m»« , une larme de joie, celle-là; laissez- la couler, laissez ce pu. ' e cœur qui n'a jamais servi se rattraper de toute sa vie avec vous... C'est tout plaisir !... Quand je vous regarde... avec vos beaux yeux ri doux, votre joue si rose, votre bouche Qeurie, toute votre mine de bouquet, il me semble toujours qu’ou me souhaite ma fête!... Et quand je peux |

venir là, comme ça, me mettre à vos côtés, pour causer avec vous, vous prendre vos petites mains si blanches, et les serrer doucement «fans les miennes, je suis, je suis heureux, bien heureux, ça me grise !... U me semble que, moi aussi, j'ai une famille, un enfant, ma part enfin, la part «le bonheur que le bon Dieu nous a donnée a tous en nous donnant on cœur!... Voilà, voilà, maui’iellc, voilà pourquoi je m’intéresse à vous!

MARIE

Mon bon père Jean ! ( HUe lui mute au c<m et l'embrasse.)

JEAN, enxvri.

Ah!...

MARIE

Eh bien ! j'aime le petit comme vous m’aimez... et je m'en vais chercher l'argent de la nourrice... ( Apportant l'enfant.) Tenez, il est réveillé... N'est-ce pus qu'il est gentil?

JEAN

Je n’en dis pas de mal !..

■AUI.

Tenez, père Jean, pour vous apprendre à gronder, vous allez me le gartler un peu. (j Elle lui remet l'enfant.) Veillez sor lai juiqu’à ce que je rentre, (fille sort.)

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