‹ Le chiffonnier de Paris drame en cinq actes, douze tableaux dont un prologueChapitre 32 sur 62 · LES MÊMES, MARIE · texte numérisé non relu

LES MÊMES, MARIE

HABIB

Père Jean! j’ai l’argent, j’ai vendu l’anneau. (Apercevant Henri.) Ah 1 monsieur Henri I

J bah, à part.

Allons, je suis de trop... sortons... pour veiller au grain... il dira mieux tout ce qu’il a dans l’àme, ci j’écouterai tout... en fumant ma pipe! (A Henri en sortant.) Ce qui est dit est dit. (Il reste sur le palier et écoute.)

BBNRI, s asseyant et prenant les mains de JJfarie.

Je vous attendais, Marie, car il faut que je. vous parle sérieusement aujourd’hui cl que vous me répondiez de même... le temps presse, un mol... le dernier! Je vous aime, Maiie, je vous l’ai déjà dit souvent, comme je n’ai jamais aimé personne, d’un amour qu’on n'éprouve qu’une fois en sa vie, qui change et fixe à jamais le sort d'un homme. Pour vous aimer, Marie, j’ai déjà sacrifié mes goûts, mes plaisirs, vous le savez, et je veux vous sacrifier jusqu'à mon mariage pour être aimé.

Habib, avec étonnement.

Ahl

uni.

Je suis franc avec vous, vous devez l’être avec moi ; vous m’atet rendu 1a vie, je vous la dois, je veux vivre pour vous, avec tous... Pourrais-je vivre sans vous? De votre réponse dépend donc ma destinée entière et l’avenir de tous deux. Oui, je romprai tout lien pour vous, Marie... Si Marie Didier ne peut être ma femme, du moins, je le jure, je n'en épouserai pas d’autre, et ma fortune, ma vie, mon cœur, lui appartiendront désormais... Voilà mes intentions I Quelles sont les vôtres? Parlczl

HABIB

Je ne pourrai jamais être à vous, monsieur Henri!

BBNRI, se levant.

Ahl et pourquoi?... Est-ce donc de la haine que je vous inspire?

Vous ne le pensez pas.

HENRI

En aimez-vous un autre plus heure» x que moi?

HABIB-

Oh!

BERET»

Pourquoi donc alors?

MARIB.

Je serai franche comme vous, monsieur Henri, restons-en là pour toujours, vous êtes trop au-dessus de moi... «l je ne puis...

BERBI.

N’achevez pas, je comprends... (Avec désespoir.) Allons, elle voudrait plus encore... comme cc vieillard... Oui, je me suis trompé avec elle en ne lui parlant que d’amour et de bonheur. Ce n’est pas assez sans doute de lui sacrifier le passé et l’avenir, de se dévouer tout entier, de renoncer à toute autre affection, à tout autre lien pour elle. Elle a une prétention plus haute ; je comprends, ja comprends enfin! tant de résistance n’est qu' intérêt et calcul... Tu refuses parce que tu veux être ma femme!...

Habib, avec étonnement.

Moi!...

bbnbi, arec exaltation.

Oui, peu t’importe le cœur, pourvu aue tu aies la main!... le bonheur, pourvu que lu aies ic rang! An! Marie, pauvre insensée, cette ambition satisfaite ne tè vaudra ni plus d’estime ni plus d’amour!

HABIB, pleurant.

Ah ! monsieur Henri, croyez-vous ce que vous dite»?

bbnbi.

Je le crois.

HABIB, tncemenl.

Vous le croyez!

BBNRI, ému

Oui, oui.

■arib, avec explosion.

Vous le croyez!... Eh bien, je suis à vous, Henri... Et que Dieu me pardonne ! ni votre nom, ni votre fortune, Henri, rien de vous que vous-même!.-. (■Mouremcn! de Jean qui làehe sa pipe et redouble cT attention..)

bbnbi.

Que dites-vous, Marie?

HABIB

Je dis que je vous aime, que je tous aime pour vous, pour vous seul. Pardon, pardon, mon Dieu, de préférer son amour à mon honneur ! (Elle tombe À genoux et se couvre ta figure de ses mains.)

BBNRI, la relevant arec enthousiasme.

Ah ! c’est là ta pensée, noble fille? Eh bien!... non, Marie, il n’en sera pas ainsi ; lu seras ma femme, ma femme légitime, cnlends-tu?... En me donnant tous les droits, lu m’imposes tous les devoirs. Je veux mettre mon cœur à la hauteur du tien... Je t’aimais pour la beauté, je t’honore pour ta vertu... Non, je n’aurai pas d’autre femme que toi..., ange adorable de désintéressement el d’ honnêteté; je te rends l’honneur aue tu me sacrifies... Moi aussi, je suis tout à toi, maintenant:... fortune de mon père, ce n’est pas assez, le nom même qu’a porté ma mère... tout, tout pour loi..., ô ma fiancée!... A toi donc ces robes de noers, ces voiles, ces parures, que tu faisais pour l’autre! Oui, à vous, madame, car désormais, je le jure, vous serez la femme d’Henri Bervillc.

jban, qui s'est rapproché de la porte et qui entend f areu a Henrt, entrant che b Marie arec joie.

A la bonne heure! comme ça, je donne mon consentement I Aller, chercher celui de vos parents! — La rouerie la meilleure sera toujours l’honnêteté. (Henri lui donne une poignet de main, baise la main de Marie, et sort reconduit par elle.)

MARIB, revenant à Jean.

Oh ! que je suis heureuse! Il me fait croire à ce au’il dit... il me rend folle! Je vous remercie, Seigneur mon Dieu! Père Jean, que je vous embrasse!... (Elle l’embrasse , puis regardant vers le cabinet.) Ah ! pauvre enfant, l’amour l’a fait oublier! il n est plus que ma seconde pensée,., allons le reporter à la nourrice... (Elle va pour le prendre dans le cabinet et rentre effarée.) Ah ! mon enfant l mon enfant 1 où est mon enfant? Jean! père Jean! mon enfant!

jban.

Comment? (Il entre dans le cabinet.)

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