J SAN
MADAME POtARD.
Ecoute donc : il y a un mois, au carnaval, la noit du mardi gras, le 1* février dernier, je devais perdre uii enfant nouveauné moyennant cps dix billets de mille francs... Il faut bien vivre. Quand j’ai eu les billets, le cO*ur m a manqué... j’ai voulu sauver l'enfant... Au tour, je suis suspecte... je portai l’enfant chez une ouvrière que je savais bonne fille, et capable de s’en charger... Je voulais, parole d’honneur, donner quelque chose à celle fille pour sa peine... j’aimais mieux paitager que de m exposer... &lai«* il n’v a qu'heur et malheur! je ne trouvai pas l'ouvrière et je perdis les billets. Je fus bien forcée alors de laisser l'enfant à la garde de Dieu !
jean, /ut prenant la main.
Bon cœur ! va (
MADAME POTARD
Trop bon, car c’e6t en voulant sauver l’enfant que j’ai égaré les billets, et l'on dit qu’oit bienfait n’est jamais perdu!...
JEAN
Vous voyez bien que non 1... mais ce n'est pas tout, le nom des masques de cette nuit de mardi gras?.-.
madame potard. avec confidence.
Mademoiselle Claire Hoffmann, fille de M. le baron iloffmaun, est l'accoucbée, et Marie Didier est l’ouvrière.
JBAN.
Voilà ce qui s'appelle parler... mais le reste?...
madame potard.
Quel reste?
JEAN
La fin de l’histoire.
MADAME POTARD, héritant.
Quelle fin?
JEAN
L’enfant que vous aves sauve, il y a un mois, a été tué aujourd'hui...
MADAME POTARD
Chutl...
JEAN
Allons, vous en avez fait un ange!
MADAME POTARD
Plus bas, malheureux!...
J l'-AR.
El maintenant, la preuve de tout cela?
MADAMB POTARD.
La preuve?...
JEAN
Oui, la preuve... je ne puis rien faire sans preuve.
MADAMB POTABD.
C’est juste.
JEAN
Il m’en faut une, et une bonne, pour agir.
MADAME POTARD
C’est très-juste. (Prenant une lettre dont le teerélaire.) Voilà!
JEAN, toujour» attit, triant s
« 12 février.
« Madame, je ne sais quelles conventions on a pu faire avec « vous, touchant le dépôt qui vous a été confié... mais si, par « malheur, vous aviez quelque iutéiët à le perdre, vous en avez « encore plus , je vous jure, à le conserver! Veuillez donc, je « vous prie, le garder avec un soin religieux, maternel, jusqu’à « ce qu’on le réclame; vous eu serez récompensée. C. H.» (Lui montrant let initiales.)
MADAME POTARD
Claire Hoffmann.
JBAN.
Cest la fille du baron?... (Répétant let noms.) Claire Hoffmann.
MADAME POTARD
Hein! quelle musqué!...
jean, lui donnant let billeti.
C’est bien, voilà vos billets, comptez! (Il met la lettre dant te portefeuille , puri le portefeuille dant ta poche , et te lève.)
Madame POTARD, ayant compté let billet t. — Avec regret.
Huit! (Retenant vivement Jean par le pan de l'habit.) Maii celle lettre vaut mille fois nliis... ei pour huit mille flancs seulement, ce serait donné... donné pour rien, n’est- ce pas?
JEAN
Pour rien du tout, au prix de ce que j’en aurai. (// remonte vert le fond.)
madame potard, /* retenant.
Ali çkl... c’est bien convenu, n'est-ce pas?... moitié... moitié partout...
jban, lui prenant let maint.
C’est dit; soyez tranquille, jè vous garde votre pari dans l’affaire.
MADAMB POTAID.
Et à bientôt car il faut que je pane...
JEAN
A bienlAl ! mad.me Potard, à bieniôl ! (// sort.)
madame potard. «cuir, recomptant les billet s.
Quand même l'affaire ne réussirait pas... huit cl dix font dixbnit... à cinq pour cent, neuf cents livres de rentes!. . Avec ça on peut vivre... Je vends inou fonds par-dessus le marché, cl je me relire à U campa une... le plus loin possible de la préfecture... (Mettant les billets dans son secrétaire.) Paris n’est pas gain... à Montrouge, cl j'épouse le brigadier d:“ la gendarmerie... c’est le plan ! Le baron s'arrangera connue il pourra. (Elle ferme le secrétaire et sort.) — Rideau de mancruore .
ItlTltn TABIEJL.
Intérieur d'une salle à manger splendide chez le baron Hoffmann. Grande porte au fond ; à droite et S gaucho, deuxième plan, portières. Au premier plan, de chaque edrè, èiagère chargée de bouteilles et de fruits. Au milieu de lu salle, une table somptueusement couverte de plats, de bouteilles et de verres de tout genre. Chaises et lustre.