‹ Le chiffonnier de Paris drame en cinq actes, douze tableaux dont un prologueChapitre 7 sur 62 · SABIR · texte numérisé non relu

SABIR

Onze heures et demie?... mes yeux, mes mains se lassent t je ne peux plus tenir nmn aiguille... je suis tout abattue et je ne lais pouiquoi j'ai envie rie pleurer! Alloue, allons, il faut tirhever mon ouvrage... U faut rendre cette robe demain malin de

bonne heure... Mon feu t'éteint, ma lampe baisse... qu'il fait Sombre, qu'il fait froid!-.. Oit! que les morts doivent avoir froid dans la terre!... Que j«* suis «Mie! il* sont moins mal que le* vivant*!... je voudrais être morte, comme mes pauvres parents... Ne suis-je pas seule déjà, comme si j'ciaift enterrée? et avec ça,... travail et misère par- dessus le marché! Quelle robe!... elle n'en finit pas... Oh! m seulement ma mère était là avec moi. j'aurais encore du courage! Elle me donn.nl du moins, eu m embrassant malin et soir, la force de travailler, quand je travaillai» pour deux, de gagner le pain de h journée, quand nous étions deux à le manger, 'lais depuis que je mi* seule sur In lenc, je n’ai plus le c<riir de vivre,... j- ne peux pas même achever celte robe aujourd'hui !... Maudit lil qui casse toujours... Au fait, que suit-ji* et que serais-je? Quel présent rl quel avenir! {/i l/e reprend une asguil/ée de fil | De la veille, de la peine dan» les moiiotiIs de presse; la faim, la gène dan» la mm le saison; < l toujours ute seule! Voilà mon son’. . Oui, nui, tmijours le besoin, b (aligne el l'ennui... Ah! je voudrai* aller rejoindre nia mère, je voudrais mourir!... ( Pendant cet tristes réflexions, ayant achevé la robe.) Enfin, la robe csl faite, ce n'rsi pus dommage?...

{ Elle pique son aiguille sur ta pelote, quille son dé et te lève, puit pose la lampe sur la commode el ôte sa robe ) Voyons, essayuns-la pour voir si elle va bien!.. (Lite met sa robe rose et se regarde dans lit glace arec un certain contentement, puit avec regret et désir à la fois.) Heureuse femme qui la portcin ! le mal pour moi, le. plaisir pour elle; elle sera fêtée, remarquée avec celle robe!... («la me va bien aussi... (.Soupirant.) Mai» à quoi bon? a quoi me sert-il d'être jeune et belle?... Pour vivre seule, toujours seule, liant un coin, à l'abandon Ne •entî-je pas lotijoui s pauvre? Aurui-j»* jamais seulement une pareille robe à mm?... (Elle te regarde encore.) Cesl singulier, en me regardant, je boitai* par le croire... mon miroir le dit... le menteur!.,. {Avec complaisance.) Mai» oui, je porterais le salin tout comme une antre !... Que me faudrait il encore avec celle iohe rose?... un beau collier de perles ld.no lie»; puis de* cheveux à l'anglaise et tressé» en comoime par derrière!... Jo serai» vraiment bien comme ça; puis, quand je serai* arrangée ainsi, il tue faudrait une voilure à deux chevaux, pour aile» en soirée; non, au spectacle; non, au bal... {Elle saute de joie.) Là, j'aurais des adorateurs qui m'admireraient, qui diraient loul lia* ; I -a jolie personne! et moi je passerais sans faire «embiant d'entendu-, et entendant tout!... Puis un beau jeune homme m'invilrra à danser: puis il m'aime, m'épouse, et nous vivons longtemps heureux. heureux !... Oh! que je mus Toile 1... il y eu a pourtant qui nul tous ce» bonheurs-là! mai* moi, je mourrai sans les connaître. {Elle entend ou dehors let cris, let chants, /ou» les bruits du carnaval!) Oh! le bal, le bal masque que je n'.ii jamais vu, la musique, la danse, 1rs amusements des taire»! Mai- i quoi vais-je penser ee soir? ces cbanl» me f«mt perdre la léic... Non, non, lous ce* plaisirs ne sont pas faits pour moi. Pour moi»... travail,,., douleur,... el puis mourir! {Elle jette un dernier rejord dans la glace et soupire.

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