SCÈNE X JEAN, LE BARON
LE BARON
MiUe pardons ! de ma longue absence. . . Je reviens enfin vous parler.
JEAN, trébuchant sur le Baron.
Ah! c'est VOUS... tout pardonné, mon cher; j'ai attendu sous le pampre.
LE BARON, détournant la tête.
Pouah I
JEAN
Ma foi, vous m'avez tant fait croquer le marmot, que j'ai eu soif... y a plus de cinq bouteilles que j'attends, mais pas grisi je pourrais bien encore attendre le reste... je boirais la mer et les poissons. Mats vous voilà!... bon, qu'est-ce que c'est ?
LE BARON
Je suis tout à vous, maintenant. Causons de votre affaire.
JEAN, égaré.
Mon affaire! (Se frappant le front. Avec exclamation) Ah! biOU,
j'y suis.
LE BARON
Vous disiez donc que vous aviez une preuve.
JEAN, se retrouvant — avec volubilité.
Oui, oui, parlons-en! et n'allons pas par quatre chemins... Tu as fait arrêter Marie Didier... Tu vas la faire relâcher et vivement et tout de suite, pas demain... demain est un traître comme toi qu'on ne connaît pas. . . aujourd'hui même et plus vite que ça. . . parce que c'est toi qui as fait l'enfant, c'est-à-dire ta fille... c'est toi qui l'as fait tuer et que j'en ai la preuve . . .
U veut emmener le Baron et chaneelle.
LE BARON, résistant.
La preuve?
JEANy redoublant de pétulance.
Oui, la preuve, la lettre de ta fille, la lettre à la sagefemme, filons!
LE BARON, à part.
Ah! Malheureuse folle!
JEAN, tirant la lettre de son portefeuille .
Oh! n'y a pas à dire mon bel ami! j'ai là en poche de quoi vous faire marcher droit, en chemin de fer, à la vapeur, et grande vitesse... J'ai la lettre et signée.., entends-tu? j'ai la preuve, et la preuve, la voilà!
LE BARON
Enfin ! je le tiens.
JEAN, accrochant le baron*
Allons, en route, haut le pied ! et rondement, sans broncher.
LE BARON
Vous voulez m'exploiter, n'est-ce pas? m'extorquer de l'argent? vous me prenez pour votre vache à lait. . . Eh bien, point d'esclandre ! Rends-moi cette lettre. Je triple les billets.
JEAN, haussant les épaules.
T'es bête, va!
Il remet le portefeuille dans sa poche.
Ta fortune pour cette lettre.
JEAN
Ma fortune... C'est ça! nous y voilà. (Riant aux éclats.) Ah! ah! ah! ma fortune... Ah! ce toupet. Je m'y attendais... on est en garde, idiot, à l'épreuve de l'or et de l'argent, baron. . . Combien de milliards pour la fille à Jean ? T'es trop pauvre, banquier! Ma fortune! Pourquoi faire? J'étais déjà bien empêtré des dix mille francs de la vieille. De la fortune à moi. Soiffard P"", roi des Goulots? Putt... pour avoir comme toi, vieux sinistre, c'te mine mâchée de billets de banque, de la peau de bête sur les mains, des cheveux de mort sur la tête et cracher dans ma poche?...
(Le baron a craché dans son mouchoir.) pOUr aVOir pluS dC viu
qu'on en peut boire, des valets qui vident la cave, des filles qui tuent leurs mioches et qui en accusent les autres... tout le diable et son train... jamais!., jamais!... Mais ce n'est pas tout ça. . . assez causé ! Allons chez le juge!
Il reut entraîner le baron et vacille.