Laumonier, Discours sur V anatomie, 1793, p
61. Fête civique en mémoire de Bordier et Jourdain. Délibération du Conseil général de la commune de Rouen. Séance du duodi de frimaire, an II de la République une et indivisible. Procès-verbal de la fête. Rouen, imprimerie de P. Seyer et Behourt, imp. de la Municipalité, rue du Petit- Puits. { Archives municipales de Rouen , Dossier n° 77, c. 1. — Fête et ceremonies publiques 1791 ci 1795 et jusqu'en l'an VIL)
On prétendit alors que Laumonier avait apporté à la fête les deux premières tètes venues ( Manuscrit Horcholle à la Bibliothèque publique de Rouen, et E. Gosselin : Journal des principaux épisodes de l'époque révolutionnaire à Rouen et dans les environs , de 1789 à 1795, Rouen, 1867, p. 25 et suiv.); mais le fait est démenti par Laumonier. « Lors de l’exécution de Jourdain et Bordier, dit-il, je n’eus pas même la pensée de faire rechercher les têtes ; ce ne fut que quelques jours après que j’appris que deux de mes élèves, savoir : 1° Leboucher fils, de Rouen, maintenant officier de santé à l’armée d’Italie ; 2° Levé, de la Bouille, maintenant sous-aide major à l’hôpital militaire de cette commune, s’en étaient emparés. La curiosité pure et simple d’avoir le crâne de deux scélérats devenus célèbres à Rouen, m’engagea à inviter ces deux élèves à me les céder. Elles étaient décharnées, je les fis blanchir et les plaçai dans mon cabinet d’anatomie où nombre de personnes les ont vues depuis ce moment et notamment tous les comédiens qui voyaient dans l’un d’eux, leur confrère, un homme de talent. Je les conservais, comme on conserve encore à présent, dans le cabinet de l’Ecole de
santé de Paris, la peau entière de la tête de Cartouche .
Je me déterminai à leur porter les têtes, etc . (Laumo¬
nier aux citoyens composant le Conseil général de la commune de Rouen, le 6 prairial, l’an III de la République une et indivisible. Archives municipales de Rouen, 15. 3. Terroristes. Moyens justificatifs de plusieurs terroristes .)
62. A l’ouverture de la séance de la Commune de Rouen du 6 de floréal, an II, on donna lecture d’une pétition du citoyen Dumouchel, lequel déclara avoir loué une chambre au citoyen Quillebeuf, dans laquelle ce dernier a fait porter divers meubles et livres appartenant à Thouret qui venait de subir la peine de mort. Renvoi au Directeur des domaines nationaux et arrêté que provisoirement les scellés seront apposés sur cette chambre. Le lendemain, le district invita le Conseil à faire les recherches nécessaires pour découvrir
les propriétés de l’ex-constituant Thouret. — Renvoyé au bureau d’émigration. (Bulletin des séances d<.$ Corps administratifs et delà Société populaire de Rouen. Commune de Rouen, séances publiques des 0 et 7 de floréal, an II). La collection de ce journal, devenu fort rare, m’a été communiquée par M. le professeur Bouquet.
63. Mouard. Eloge historique de Thouret. (Bull. Soc. d’Emul . de la Seine-Inférieure, vol. III. 1 801-18 10.)
Le 28 floréal an II, nous retrouvons Laumonier à la séance du Directoire, dont il sollicite et obtient l’achat d’instruments utiles à son enseignement. Il remercie l’Administration en protestant de son dévouement à la République et à l’avancement des arts et des sciences qui doivent la faire prospérer. ( Département de la Seine-Inférieure , séance du 28 de floréal an 11. « Le citoyen Laumonier, officier de santé de l’Hospice d’humanité, et démonstrateur d’anatomie, expose verbalement que l’amphithéâtre dans lequel il donne des leçons publiques et gratuites de cette science importante, si curieuse pour le philosophe, si satisfaisante pour le républicain qui y trouve démontrés au doigt et à l’œil les titres de l’égalité naturelle de tous les hommes et de leur liberté, enfin si utile dans le grand art de guérir, est très fréquenté; mais que l’art des Winslow et des Lecat ne peut être enseigné avec succès sans le secours des instruments; qu’il est de l’avantage de la République que ces instruments soient promptement accordés, afin que les jeunes officiers de santé qui se forment dans l’école pour, de là, passer à nos armées, et guérir les glorieuses blessures de nos frères qui versent leur sang pour cimenter la liberté que nous avons conquise, soient suffisamment instruits d’une science qui leur est indispensable ; qu’un officier de santé qui oserait opérer sans les connaissances préalables de l’anatomie, serait aussi et même plus dangereux qu’un ingénieur qui lèverait des plans sans géométrie. Qu’il se présentait une occasion de pourvoir l’amphithéâtre des instruments les plus essentiels
en achetant les deux caisses, l’une de trépan et l’autre d’amputation, que les héritiers du citoyen Grillon, officier de santé, sont dans l’intention de vendre. Qu’une grande seringue à injection n’était pas moins essentielle pour propager les méthodes des Malpighy et des Ruysch, auxquels l’anatomie elle-même doit les grands progrès qu’elle a faits dans ce siècle. Le Directoire, convaincu qu’un de ses principaux devoirs est de favoriser les arts véritablement utiles, a accordé au citoyen Laumonier l’objet de sa pétition et l’a autorisé à se pourvoir des instruments qu’il jugerait absolument nécessaires; cette dépense essentielle ne devant pas être, selon lui, exhorbitante en comparaison des grands
avantages qu’on doit en tirer . (Bull, des séances des Corps
administratifs et de la Société populaire de Rouen , n° 105 ; 30 du floréal an II.)
Le 13 prairial an II, Laumonier fait don à la Société populaire d’une médaille d’or, qui se trouve égarée en passant par les mains d’un certain Burdelot. (Bull, des séances des Corps administratifs et de la Société populaire de Rouen. Société populaire , séance publique du 1 3 du Prairial an IL)
Le 1er vendémiaire an III, jour d’une nouvelle ouverture du cours d’anatomie, le Directoire délègue, comme l’an passé, pour l’y représenter, un commissaire qui, rendant compte de sa mission, rapporte que l’école d’anatomie lui paraissait mériter de plus en plus l’attention des corps administratifs, par le dévouement et les connaissances du professeur, par le zèle et l’activité des élèves (Bull, des séances des Corps administratifs et de la Soc. popul. de Rouen , an III , nos 3 et 4, séance du 1er de vendémiaire.)
64. Lettre de Casenave au Conseil général de la Commune de Rouen, germinal an III. (Archives municipales de Rouen, dossier 15. 3. Terroristes. Moyens justificatifs de plusieurs terroristes.) — Extrait des registres des délibérations du Conseil général révolutionnaire de la commune de Rouen, séance du 11 floréal an III. Liste des citoyens désignés pour
être désarmés, conformément à la loi du 21 germinal, présentée par le Conseil général au représentant Casenave ; observations du Conseil général concernant Laumonier (Idem.) — Mesures prises pour désarmer la plupart des individus qui avaient rempli des fonctions pendant la Terreur en 1793 et 1794. Rapports des sections (Idem, dossier 15. 2.)
65. Troisième rapport des commissaires nommés par la Commission des députés de sections de la commune de Rouen pour la recherche des crimes et délits des terroristes qui ont
exercé sur les citovensde cette commune les actes detvran-
nie la plus cruelle. 10e section, Rouen, imprimerie de YObservateur de l'Europe.
66. Laumonier. Mémoire aux citoyens composant le Conseil général de la Commune de Rouen. Rouen le 6 prairial l’an 111 de la République une et indivisible. « Citoyens, ■j’apprends que j’ai été compris dans la liste des terroristes, par la douzième section. C’est un malheur d’étre dénoncé et jugé sans être entendu. La douzième section ne m’aurait pas compris dans la liste des ennemis du bonheur public, si elle eût été mieux instruite et mes principes mieux connus. Elle divise ses motifs en quatre chefs principaux auxquels je vais répondre successivement.
1° Ayant, lors de la prétendue réhabilitation de Jourdain et Bordier, apporté deux têtes qu’il annonça avoir gardées, comme inspiré de ce qui devait arriver. Il représenta aussi une poignée de cheveux et dit que c’était les restes de ces deux martyrs de la liberté.
Voici le fait (v. 61) . Le système du moment était
d’envelopper les familles dans la proscription des individus à qui on en voulait et de faire des crimes aux uns de ce que faisaient les autres. Ma position était infiniment critique, j’avais à craindre en refusant, de faire dire que toute la famille Thouret était anti-révolutionnaire et d’aggraver par là les calomnieuses inductions dont on enveloppait cet
homme juste et célèbre, dont tous les honnêtes gens pleurent avec nous la perte irréparable. Je crus le servir en cédant, je me déterminai à leur porter, les tètes et à rompre le silence que j’avais religieusement gardé jusqu’alors et dans lequel je me suis constamment renfermé depuis. Le discours que j’ai prononcé est, par lui-méme, une preuve évidente de la contrainte qui lui a donné naissance, il ne conclut rien, il ne contient que des mots qui, tout insignifiants qu’ils sont, devaient cependant et malgré moi, être dans le sens de la cérémonie. Ce fait est bien loin d’être un acte de terrorisme, il est bien plus sûrement un acte de terreur. Je ne fus pas le seul comprimé; qui dans la ville n’a pas tremblé sous l’inexorable tyrannie qui l’opprimait alors, et qui, plus que moi, devait trembler? Nombre des plus honnêtes gens de la commune furent, comme moi, forcés de représenter à cette cérémonie, et certes on ne les accusera pas, pour cela, d’étre des terroristes.
2° Le second chef d’accusation me dit : « terroriste, montagnard, dénonciateur astucieux ; celui qui provoqua l’expulsion des filles qui s’étaient dévouées au soulagement des malades et qu’il remplaça Dieu sait comme. »
La première partie de ce second chef ne contient que des mots, des termes généraux qui ne signifient rien, il n’est pas d’homme dont on ne puisse dire : c’est un terroriste, c’est un montagnard ; mais il n’y a que les faits qui puissent l’établir. Je défie mes dénonciateurs d’en citer un, je n’ai jamais dénoncé personne et ne crains point l’examen le plus sévère de ma conduite sur aucune de ces qualifications. Quant au fait des filles vouées au soulagement des malades, je défie encore de prouver que j’en aie provoqué l’expulsion, et le fait n’est pas vrai. Ce sont les lois d’alors qui l’ont nécessitée. Ce sont les Administrations, obligées ellesmêmes à cette exécution, qui l’ont faite, comme elle l’a été par toute la France et plus, je crois, à Rouen qu’ailleurs. Je ne me défends de ce fait qu’à cause de sa fausseté car, quand j’eûs eu l’opinion que l’Hôtel-Dieu de Rouen eût
demandé un autre régime pour le mieux être des malades, je ne pouvais, pour cela, être regardé comme terroriste, et ce serait vraiment un terrorisme qu’on exercerait sur moi et non pas moi qui l’exercerait sur les autres, si on prétendait me faire un crime d’avoir eu cette façon de penser. Quant au remplacement que j’ai dû faire « Dieu sait comme », il faut ignorer entièrement le régime de l’Hospice d’humanité pour me faire ce reproche. Je n’ai le droit d’y nommer à aucune place, ni d’influence sur la nomination d’aucune de celles qui remplacent les religieuses, je ne suis chargé d’aucune partie d’administration; il y a un directeur qui est spécialement chargé de ce soin, mon domaine se restreint tout entier dans l’exercice de la chirurgie. J’avouerai cependant que lors de l’établissement, j’ai sollicité la place de lingère en chef pour la petite-fille de Lecat et la fille de David, mes deux prédécesseurs dans la place que j’occupe, j’ai adopté les enfants dans l’infortune comme étant les miens, en mémoire des services que ces deux grands hommes dont ils descendent ont rendu à l’humanité et particulièrement dans FHôtel-Dieu de Rouen. Je les porte dans mon sein et il n’est rien que je ne fasse pour leur procurer une honnête existence ; j’ai honoré les pères dans les enfants, si c’est là un acte de terrorisme, j’en suis coupable.
3° Le troisième chef : « patriote outré du 31 may, il était l’un des zélateurs les plus chauds de la Société populaire, ami intime des hommes dé sang dont il partageait les principes. »
Tout cela, comme je l’ai observé, sont des termes généraux, des mots vagues, applicables à tout le monde quand on veut, mais ce ne sont pas des faits. La vérité est que, loin d’étre patriote outré du 31 may, cette journée fatale dont je fus le témoin m’a affligé comme patriote, et mon intérêt personnel, celui de mes proches qui ont été sacrifiés à cette journée, ne devait pas m’en rendre le partisan. J’ai été à la Société populaire il est vrai, et si c’est être un chaud zélateur que de dire : il serait à souhaiter que tous les honnêtes gens
on fussent pour opposer une grande masse de probité et de lumière aux meneurs et aux intrigants, je ne puis me disculper d’avoir souvent répété cela dans les conversations particulières. J’ai quelquefois mis de l’assiduité à suivre ses séances pour éviter la qualification de suspect qu’on donnait alors à ceux qui s’en abstenaient et j’avais plus de ménagement à garder qu’un autre dans la situation où j’étais moi-même et dans celle où était mon malheureux beau-frère. Mais le fait où il en faut venir est celui-là : ai-je fait quelque motion terroriste ? y ai-je dénoncé quelqu’un? ai-je provoqué l’arrestation ou la destitution de qui que ce soit? qu’on les cite, j’en défie. Si on est terroriste pour avoir été muet à cette Société populaire, qu’on déclare donc tels une quantité d’honnêtes gens qui n’y allaient qu’en gémissant, parce que le despotisme les écrasait, parce qu’ils le craignaient, alors vous aurez changé les peureux en terroristes. Quant à ma prétendue amitié avec les hommes de sang, qui oserait m’en citer un avec lequel j’ai eu une liaison intime. Est-ce être lié avec un tigre que ne le pas froisser en marchant auprès de lui, en ne l’agaçant pas peur d’en être dévoré. Je me suis bien gardé de leur montrer la haine que je pouvais leur porter; mais qu’ai-je fait avec eux? quelle est celle de leurs scélératesses que j’aie protégée ? Voilà ce que la douzième section ne dit pas, ce qui prouve qu’elle s’est déterminée sans faits et sans doute à l’instigation de quelques ennemis, dont on ne manque point dans ces circonstances et qui cherchent bien plutôt à satisfaire leur haine et leurs passions qu’à faire le bien public.
4° Le quatrième et dernier chef porte que « B1 . fut
nommé avec Laumonier pour aller dans la maison de détention des prêtres y examiner ceux que les infirmités pourraient excepter de la déportation, ils demandèrent à être visités en secret, il s’y refusa. Laumonier était présent, sans doute il approuvait, puisqu’il laissait faire son collègue.»
J’avoue que j’ai peineà comprendre comment on a prétendu ; nous faire un crime d’un acte de prudence et de justice.
dont le contraire eût véritablement paru criminel ou au moins très suspect. Si cela est un acte de terrorisme, nous sommes bien plus coupables que la 12e section ne le dit à cet egard, car elle ne sait pas tout. Ces fonctions étaient tellement hasardeuses que sitôt que nous eûmes reçu l’ordre de faire cette visite, nous exigeâmes l’adjonction de deux membres du Conseil général de la commune pour nous accompagner, pour éloigner de notre opération tout ce qui aurait eu l’air du secret ou du mystère. Je savais bien que nous avions affaire aux meneurs les plus soupçonneux et le moindre soupçon attirait sur l’individu qui l’occasionnait une vengeance terrible et nous eussions été coupables au moins en apparence si nous eussions accédé à la proposition de faire les visites en secret; on n’aurait pas manqué d’attribuer à la corruption Injustice rendue à certains individus, et à la haine la sévérité contre les autres. J’atteste que je n’ai point de reproches à me faire et que j’aurais désiré de tout mon cœur leur trouver à tous des motifs valables de l’exception. Ignorant les imputations qu’on me faisaità la douzième section dont je ne suis pas et où je ne suis certainement pas connu, je n’ai pu lui faire passer ma j ustification. Elle a été trompée, je suis sûr qu’elle aurait pris de moi une idée bien différente si elle avait connu mes principes et mes malheurs. Je suis loin de craindre qu’elle persiste dans son erreur; quand elle aura écarté des motifs qui l’ont déterminée, tout ce qui tient à la basse jalousie et à des haines particulières, je me flatte qu’elle me rendra sou estime et sa confiance. Signé : Laumonier. ( Archives municipales de Rouen. Dossier 15. 3. Terroristes. Moyens justificatifs de plusieurs des terroristes. Pièce manuscrite.)
(67) Extrait de Varrèté municipal du 31 août 1867 attribuant la dénomination de Rue I.aumonicr à une voie publique : Laumonier ( Jean-Baptiste-Philippe-Nicolas-Réné ) né à Lisieux, le 29 juillet 1749, ancien chirurgien major de l’hôpital militaire de Metz et de l’Hôtel-Dieu de Rouen ; se livra
avec le zèle le plus ardent au soulagement des pauvres et participa aux travaux de l’Institut de France, de la Faculté de médecine de Paris et de l’Académie de Rouen dont il fut le président.
(68) Le même vœu pourrait être également formulé pour le chirurgien David qui, malgré ses remarquables travaux, est aujourd’hui complètement ignoré.