VOIE SOUS-CUTANÉE
Sixième expérience. — Injection, dans le tissu cellulaire souscutané abdominal d’un chien, d’un mélange en parties égales de chloral et d’eau distillée.
30 minutes après survint la somnolence avec affaiblissement, mais non abolition complète du mouvement et de la sensibilité. Dès le second jour, il se produisit une tumeur qui s'abcéda dans le point correspondant à l'injection.
J’ai répété cette expérience sur 2 chiens et 3 lapins. J’ai constaté chez tous que l’injection sous-cutanée d’une solution de chloral, même peu concentrée, déterminait le plus souvent la formation d’un abcès qui mettait plus ou moins de temps à se former ; quelquefois même, la cavité de l’abcès a pris intérieurement un aspect chagriné comme dans un vieux kyste. On verra plus loin que, dans les mêmes circonstances, les mêmes faits ont été observés sur l'homme.
M. Vulpian n’a pas été plus heureux que moi quand il a employé les injections sous-cutanées de chloral.
« Dans presque toutes les expériences que j'ai fai- » tes par ce procédé, dit-il, quoique la solution injec- . tée fût au cinquième, j’ai constaté des phlegmons, • des décollements considérables, de la gangrène et
» d’autres accidents si graves, que j’ai dû renoncer à » cette méthode pour endormir les animaux. »
Il en a été de même de Giraldès, qui s'exprime ainsi:
« Je n’ai que quelques mots à dire pour confirmer > les observations de M. Vulpian au sujet des injec- . tiens sous-cutanées de chloral. J’ai employé un des » premiers le chloral chez l’homme. Au début, j’admi- » nistrai toujours le chloral en injections sous-cuta- » nées, et souvent, surtout chez les enfants, je déter- » minais des inflammations locales, des phlegmons,
» des gangrènes, enfin les accidents constatés par » M. Vulpian dans ses expériences sur les animaux.
» J’ai dû y renoncer, et c’est alors que j’ai pensé à le » donner à l’intérieur par la bouche ou en lavement h »
Si l’on compare actuellement les résultats obtenus par ces trois modes d’introduction du chloral dans l’organisme (voie digestive; voie sous-cutanée; voie veineuse), on arrive à ces conséquences :
1° Avec l’injection intra-veineuse de chloral, les phénomènes se produisent presque instantanément ; le sommeil est profond ; la sensibilité et la motilité sont complètement abolies. Il suffit, pour obtenir ces résultats, de doses moitié moins élevées que par les autres méthodes;
2° Par la voie digestive, les phénomènes sont beaucoup plus lents à arriver et se dissipent plus vite : en outre, si le sommeil est profond, le mouvement et la sensibilité sont incomplètement abolis ;
3® Par la voie sous-cutanée, on arrive aux mêmes résultats que par la voie digestive; mais il faut, pour cela, que la dose de chloral soit assez élevée (mélanges en parties égales). On observe bien alors tous les phénomènes physiologiques décrits précédemment, mais il survient le plus souvent des abcès. Si la dose est trop faible, elle ne produit pas d’effet. Il en résulte que, dans le premier cas, la méthode souscutanée est nuisible; dans l’autre, elle est inutile.
1 Bulletin de l’Académie de médecine, 2e partie, t.,111, p. 514.
Ces faits ont-ils été confirmés par les recherches des autres expérimentateurs^
Tous ceux qui ont voulu contrôler les résultats que j’ai signalés en ont constaté la réalité.
Voici comment s’exprime à ce sujet M. le D” Carville, préparateur de M. le professeur Vulpian :
« Nous avons employé, pour endormir les animaux » en expérimentation, les injections intra-veineuses » de chloral, suivant les indications de M. Oré, de » Bordeaux. L’effet produit est merveilleux; en quel- » ques secondes les animaux sont endormis.
» A l’aide de ce procédé, nous avons pu maintenir » dans un sommeil parfait des chiens pendant trois,
» quatre, six heures h »
Du reste, M. le professeur Vulpian a signalé luimême cette insensibilité :
1" Dans \e Dictionnaire encyclopédique (t. VIII, 2® série, p. 498; 1874) ;
2“ Dans ses leçons sur les injections intraveineusesde chloral, publiées par le Progrès médical
« M. Oré, dit M. Vulpian [Dictionnaire encyclo- » pédique), a fait connaître des expériences très inté- » ressantes, que nous avons maintes fois répétées » et dans lesquelles l’hydrate de chloral est introduit » dans les veines d’un chien. L’injection est faite lente- » ment, graduellement. On l’interrompt dès que l’effet » est produit. Cet effet, c’est l’anèsthésie absolue, » complète, avec abolition absolue de la réflectivité » médullaire. L’injection intra-veineuse de chloral est, » sans contredit, un des moyens les plus commodes » d’obtenir l’immobilité et l’insensibilité des animaux » que l’on veut soumettre à des vivisections longues, » difficiles et douloureuses. Puis ces animaux, après » un temps variable d’une demi-heure, d’une ou deux » heures, recouvrent peu à peu toutes leurs fonctions. » Il ne reste plus alors aucun trouble que l’on puisse » attribuer à l’action du chloral. »
1 Gazette médicale, p. 23; 1874.
2 Nos des 4, 11, 18, 25 avril 1874.
Dans sa leçon faite au mois de mars, à la Faculté de Médecine, M. Vulpian n’est pas moins explicite :
« Je ne connais pas, Mes'sieurs, de procédé plus » précieux pour la physiologie expérimentale ; grâce » à ces injections, un animal peut rester engourdi » deux ou trois heures, anesthésié à un point tel que » l’on peut se livrer à l’expérimentation la plus déli- » cate et la plus laborieuse, telle que l’arrachement du » ganglion cervical supérieur ou du ganglion thoraci- » que. Il a sur le chloroforme et l’éther une supériorité » réelle, car avec l’un ou l’autre de ces agents on ne » peut obtenir qu’une anesthésie de courte durée, et » si l’on fait une opération longue, on est obligé de » renouveler deux ou trois fois au moins les inhala- » tiens.
» Autre avantage de cette méthode, c’est de pou- » voir donner à volonté à l’animal le degré de sen- » sibilité qu’on désire; il n’y a pour cela qu’à faire » varier la dose injectée b »
A l’occasion d’un cas de tétanos consécutif à une métrorrhagie, M. Ribelle s’exprime ainsi, devant la Société de Chirurgie :
«Plus tard, M. Oré injecte le chloral dans les veines et amène l’anesthésie ; sa tentative est foudroyée par l’Académie de Médecine. Ne s’est-on pas trop pressé? le temps nous le dira. Quoi qu’il en soit, l’expérience ii’a pas dit son dernier mot. A cette même époque, grâce à l’amitié qui m’unit aux professeurs de notre école vétérinaire, MM. Arloing et Lafforie, je pus me rendre compte par l’expérimentation des faits annoncés; sans vouloir entrer dans le détail des expériences faites, je puis affirmer que, sur dix chiens injectés par les veines avec une solution aqueuse contenant de 5 à 11 gr. d’hydrate de chloral, je n’ai jamais compté un seul accident. Tous, sous l’influence de l’injection, sont tombés dans un sommeil profond, avec résolution complète des membres et complète insensibilité; tous.
1 Progrès médical, p. 198; 1874.
après un temps plus ou moins longi se sont réveillés et ont continué à vivre ^.
De tous les faits signalés précédemment, il résulte que l’injection intra-vCineuse de eliloral abolit d’une manière absolue et presque immédiale la sensibilité en même temps qu’elle paralyse les mouvements volontaires.