‹ Le choléra [electronic resource]Chapitre 20 sur 59 · ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES

pagation du choléra la guerre de Pologne (1830- 1831), la guerre de Grimée (1854).

Le choléra n'affecte pas dans sa marche nne dh-eclion fatale de l'est à l'ouest; mais,, au contraire, il a rayonné de l'Inde en tous sens, au sud comme au nord, à l'est comme à l'ouest, se propageant partout -en raison de la facilité et de la multiplicité des communications. Aussi, ceux qui ont cru le contraire, dit M. Fauvel, n'ont pas étudié les faits et ils ont raisonné comme le feraient des Chinois, qui prétendraient que le choléra marche toujours de l'ouest à l'est. Une petite épidémie qui a été observée récemment à Tehuantepec, au Mexique, serait, s'il s'agit bien du choléra dans ce cas, un exemple de ce genre, la maladie ayant été importée par un navire allant de Toiiest à l'est (1).

IV. — Il nous reste maintenant à suivre l'évolution des épidémies dans les localités atteintes.

Nous chercherons surtout nos exemples dans des centres restreints, de petites villes ou bourgades. Là, en effet, le développement de l'épidémie sera mieux suivi; ses différentes phases seront mieux distinguées, si les maisons sont isolées, sans communications fréquentes avec les villages ou les hameaux voisins.

(1) Voir un rapport de M. Fauvel au Comité d'hygiène, tome XII du Recueil des actes du Comité'.

C'est ce que nous avons vu dans les observa Lions de M. lluelte : je renvoie donc à ces faits qui nous ont servi d'exemples très évidents d'importation, et qui nous sont également précieux pour démonirer la propagation des épidémies dans les localités atteintes. L'étude est plus difficile à suivre dans les grandes cités. Toutefois, M. Fauvel a montré que cette progression avait pu être observée à Gonstantinople; mais il remarque qu'on peut considérer cette ville dans son ensemble comme une vaste agglomération de localités distinctes, séparées par des obstacles naturels. On verra par la relation de Tépidémie de Gonstantinople que l'extension successive de la maladie a pu être suivie jusqu'au moment de la diffusion générale.

A Gonstantinople, le choléra se manifesta tout d'abord dans l'arsenal, là où. il avait été importé par les malades débarqués le 28 juin du Moukbiri-Sourour. De l'arsenal il gagna le quartier attenant, Kassim-Pacha, puis quelques cas en petit nombre se manifestèrent dans diverses parties de la ville, et pour la plupart sur des personnes qui avaient fui le quartier primitivement atteint.

Jusqu'au 16 juillet, le total des décès cholériques constatés pour la ville (moins ceux de l'hôpital de la marine) s'élevait à 130, lorsque tout à coup on apprit que la maladie venait d'éclater avec violence à leni-Keni, village situé sur le Bosphore, à 12 ou 15 kilomètres du quartier où sévissait l'épidémie. Il a été établi que le premier cas de choléra à leni-Keni eut lieu le 11 juillet

ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES. 65 dans un café turc, sur la personne d'un ouvrier provenant de Kassim-Pacha; que le lendemain plusieurs des individus qui fréquentaient ce café tombèrent malades et que, parmi eux, deux moururent; que les jours suivants la maladie se propagea dans le quartier jusqu'au 16, jour où, à la suite de plusieurs décès parmi des familles importantes, une panique extrême s'empara de toute la population du village, qui presque tout entière prit la fuite dans diverses directions : Musulmans, Grecs, Arméniens et Juifs allèrent se réfugier dans d'autres villages et dans des quartiers de la ville jusque-là indemnes, oii ils portèrent la maladie. Les Juifs surtout, qui avaient été les plus éprouvés et qui, dans leur précipitation, emportèrent avec eux leurs effets souillés et leurs morts, devinrent les principaux agents propagateurs du mal à Koustoundjouc, à Has-Keni et à Balata; l'épidémie éclata aussitôt après l'arrivée de ces fuyards. De ce moment date la généralisation de l'épidémie.

Le développement des cas intérieurs dans les hôpitaux succédant à l'arrivée d'un cholérique est encore un argument en faveur de la transmissibilité.

Au début du choléra de 1853, 35 cholériques avaient été admis du H au 22 novembre dans les hôpitaux. L'Hôtel-Dieu en reçut 15, et, sur 23 cas, qui jusqu'au 22 novembre furent déclarés comme càs intérieurs, 16, c'est-à-dire près des deux tiers, appartiennent à l'Hôtel-Dieu.

Toutefois la proportion des cas internes dans les hôpitaux est d'autant plus faible, qu'on s'approche davantage de la plus grande intensité de l'épidémie. Elle est en raison inverse du nombre des cholériques amenés du ruousT. — Choléra. 5

dehors, Blondel, qui fait celle remarque, ajoule : « Gomment adinellro que les uns soient la consôquence des autres? »

Cette objection est facile à rdfuler, La diminution du nombre des cholériques peut s'expliquer de deux façons : ou bien par l'acclimatemenl des malades couchés dans les hôpilaux, ces malades ayant déjà subi l'accoutumance cholérique, ou bien parce que le fléau ne trouve plus d'aliments dans des établissements dont la frayeur a chassé la plus grande partie de la population.

Les relevés de Blondel nous apprennent, en effet, qu'en 1832, dès le dixième jour de l'épidémie, et malgré un nombre déjà considérable de cholériques, les hôpitaux avaient vu leur population diminuer dans une proportion telle, que, sur 4,768 lils occupés au 1" mars, le nombre était réduit à 4,104. Avec le progrès du choléra la panique ne fit qu'augmenter, de telle sorte qu'au moment oxx il avait atteint la plus grande violence, il ne restait plus que 1,500 malades ordinaires. C'est ainsi que le 12 avril, jour oia le chiffre des cholériques fut le plus élevé, on comptait plus de 1,000 hts vacanls, et qu'après la création d'hôpitaux temporaires qui donnaient environ 2,000 lits supplémentaires, du 20 au 25 mai, on avait 2,500 disponibles.

Une terreur semblable dépeupla encore les hôpitaux en juin 1849. Sur 6,000 lits des hôpitaux il y eut de 400 à 1000 lits vacants.

Nous ne citerons pas d'autres exemples. La loi de la transmission nous paraît établie par. les divers ordres d'arguments que nous avons successivement exposés.

On a invoqué contre cette doctrine les résultats quelquefois négatifs du système restrictif;

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