‹ Le choléraChapitre 42 sur 125 · NAISSANCES. DÉCÈS · texte numérisé non relu

NAISSANCES. DÉCÈS

En 1881, la population du Guilvinec était de 1.968; en 1886 de 2.6o3. Je donne ces chiffres parce que la moyenne de l’excédent des naissances est tellement anormale que le lecteur pourra désirer en vérifier l’exactitude. Quant aux chiffres des naissances et des décès, par deux fois je les ai fait vérifier sur les registres de l’état civil pour m’assurer qu’ils ne contenaient aucune erreur.

Peut-être y a-t-il quelque intérêt à faire remarquer que, chaque année, pendant six semaines, la population du Guilvinec se trouve augmentée de 1.000 à 1.200 pêcheurs, hommes jeunes ou dans la force de l’âge pour la plupart, et qui logent chez l’habitant.

4 Voir p. i48 comment ces chiffres ont été obtenus.

3 Mais par suite de l’émigration, la population s’est trouvée réduite à moins de 800 personnes .

2° Division par état civil ( enfants jusqu’à 1 5 ans non compris j :

Célibataires

1 Hommes

Mariés

( Hommes

ç Femmes.

Veufs

( Hommes

£ Femmes

Les professions qui ont fourni des victimes au choléra se chiffraient comme suit au dénombrement de 1 886 :

Hommes

Femmes.

f Marins 352

Journaliers 35

l Cultivateurs 28

I Charretiers 27

1 Ouvriers sardiniers 126

j Maçons 36

I Ouvriers de port 38

I Boulangers 5

[ Cordonniers et sabotiers 10

^ Sans profession 238

(Ménagères 309

Cultivatrices 32

Journalières 17

Cabaretières 14

Ouvrières sardinières 86

Couturières 28

Domestiques 48

Sans profession 287

Nombre des maisons exposées : 3o3 ; des ménages : 454.

Durée de l’épidémie: du 3o septembre au i3 décembre i885 '.

Nombre des décès : 72 (1 5 enfants, dont 9 garçons, 6 filles; 26 hommes; 3i femmes).

Proportion des décès cholériques, en i885, au chiffre de la population exposée: (72 : 2.232) 3i,8i p. i.ooo1 2.

§ Ier. — État sanitaire de la commune.

Le port du Guilvinec n’existe que depuis 1860; mais, avant cette époque, des pêcheurs se réunissaient en assez grand nombre sur le point de la côte qui est devenu, en 1880, la commune du Guilvinec.

Voici, sur l’état sanitaire de la commune, le rapport du conducteur des ponts et chaussées.

1 Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 10, p. i44.

2 La proportion de la mortalité à la population présente a été de près de ioo p. 1 .000, Voir la note 3 de la page précédente.

Rapport de l’agent voyer cantonal sur l’état sanitaire du Guilvinec.

Nature du sol. — ■ Le sol est argilo-graveleux à l’est du tout petit ruisseau qui prend sa source à Kergos et perméable de o m. 35 à o m. 65 de profondeur jusqu’à l’anse du Guilvinec.

Aux abords du même ruisseau, entre le lavoir public et le lavoir n° x6, le sol est tourbeux et peu perméable.

Partout ailleurs, au nord, à l’ouest, à l’est du chemin qui conduit à Penmarch, le sol est formé par du sable calcaire. Il est essentiellement perméable dans toute l’épaisseur de la couche de sable jusqu’au rocher, c’est-à-dire à des profondeurs variant de 2 à 6 mètres.

Nature des eaux bues par les habitants. — Il existe au Guilvinec 17 puits et 5 citernes appartenant à des particuliers. Sur les 17 puits particuliers, 11 étaient à sec le 11 septembre 1887, après un printemps et un été exceptionnellement arides ; 5 de ces puits donnent de l’eau d’assez bonne qualité, 7 de l’eau de qualité inférieure et 5 de mauvaise eau.

Les deux puits et la source dont dispose le public sont munis de pompes. L’eau du puits placé près de la cale ouest (B au plan de la commune) est très fade; celle du puits de l’école des garçons (G au plan) est mauvaise. La source située au centre du Guilvinec (A au plan) donne d’assez bonne eau . Elle alimente, avec son trop plein, le lavoir public. Cette source est abondante.

La population du Guilvinec est de 2.6o3 habitants, augmentée d’environ 2.000 personnes * pendant la pêche du maquereau, du i5 mars au i5 juin de chaque année. Si l’on admet qu’il faut 20 litres d’eau potable par habitant, la consommation journalière serait de plus de 52. 000 litres en temps ordinaire, et de 100.000 pendant la pêche du maquereau. La source qui jaillit au centre du Guilvinec ne peut seule fournir ces quantités et alimenter, en même temps, le lavoir public. Beaucoup d’habitants sont donc obligés d’avoir recours aux deux puits ci-dessus mentionnés, dont l’eau est de mauvaise qualité.

D’un autre côté, l’eau de la source provient d’une nappe souterraine qui, en hiver, est contaminée par les eaux pluviales, lesquelles délavent toutes les impuretés du sol avant de pénétrer jusqu’à ladite nappe, à travers un sol très perméable.

La source de Kergos qui appartient à un particulier, est excessivement faible ; celle de Porienord, plus faible encore, tarit en été.

Pour améliorer la situation, il faudrait prendre de l’eau à Lagat-iard, sur le bord du ruisseau qui aboutit au fond de l’anse du Guilvinec. Il y a dans cet endroit, située sur le territoire de la commune de Plomeur, à deux cents mètres du chemin qui sépare cette commune de celle du Guilvinec, une source qui pourrait fournir journellement 16.000 litres d’eau potable. Elle jaillit au pied d’un versant presque au niveau des plus hautes marées d’équinoxe. La dépense pour conduire l’eau jusqu’au Guilvinec serait d’environ 3o.ooo francs, non compris le fonctionnement de la machine à monter l’eau.

Si les ressources budgétaires ne permettent pas d’exécuter les travaux à faire pour utiliser la source de Lagat-iard, il serait désirable, pensons-nous, que la municipalité du Guilvinec s’entendit avec le propriétaire d’un puits qui existe dans l’ancienne usine Soynié, un peu au nord du bureau des postes (point B au plan), afin de pouvoir établir, à peu de frais, sur la voie publique, une pompe dont le tuyau descendrait dans ledit puits. Dans ces parages l’eau est assez bonne. Le

Ce chiffre me paraît exagéré.

propriétaire du puits d, au sud du puits B, a vendu de l’eau, pendant de nombreuses années, aux marins pêcheurs. Il en vend encore à deux particuliers. L’eau du puits B passe pour être la meilleure. Ce dernier, qui est creusé en plein roc, a d’ailleurs besoin d’être nettoyé.

Vidanges, nettoiement des rues et des places, lavage du linge. — Il n’y a que quelques fosses d’aisances dans toute la ville du Guilvinec. Les habitants satisfont leurs besoins un peu partout, aux abords de leurs demeures. Les fosses d’aisances sont vidées sur des tas de fumier, dès qu’elles sont pleines. Les fumiers sont transportés sur les champs vers le mois de février.

Les plus grandes rues, seules, sont nettoyées tous les quinze jours. Les ruelles et les abords des maisons, cours, terrains vagues, etc., sont généralement très sales.

Le linge se lave en grande partie dans le lavoir public situé au centre de la ville. Les eaux de ce lavoir vont à la mer, en passant par un petit canal découvert et par un aqueduc construit sur le chemin n° 16. On lave un peu de linge à la pompe placée près de la cale et au lieu dit Lagat-iard. Partout les eaux du lavage vont à la mer.

Le Dr Cosmao, de Pont-l’Abbé, aujourd’hui député du Finistère, s’exprime ainsi sur le compte du Guilvinec :

Pays plat, sans écoulement pour les eaux ménagères ; pas de fosses d’aisances ; d’eau potable nulle part (celle dont on se sert ne cuit pas les légumes et précipite en blanc) ; aucun plan d’alignement pour la ville ; des marais au milieu ; des détritus partout. Aussi en vingt et un ans d’exercice de la médecine y ai-je vu deux épidémies effrayantes de variole, une épidémie de fièvre typhoïde, une épidémie de fièvre puerpérale, deux épidémies de choléra.

Les impressions du commissaire de police résidant à Pont-l’Abbé ne diffèrent pas de celles de M. Cosmao. Il entre dans quelques détails de plus en décrivant la commune :

Le bourg du Guilvinec s’étend sur une très grande surface ; les maisons ont entre elles de vastes espaces libres. Dans ces conditions, la propagation de la maladie semble, à première vue, difficile ; mais, dans chaque cour, se trouvent des fumiers et des monceaux d’ordures ménagères exhalant une odeur infecte. Sous toutes les fenêtres, devant toutes les portes, existent des mares d’eau verdâtre et croupissante. Les habitations sont basses et mal aérées. Les eaux pluviales stationnent sur la voie publique, ne trouvant aucun débouché ; il n’y a dans le bourg, fossé, rigole ni ruisseau pouvant les conduire à la mer. Sur la grève, des détritus de poissons pourrissent, empoisonnant l’air de miasmes putrides. Il n’y a pas de fosses d’aisances dans la localité, le sol sablonneux ne se prêtant pas à ces sortes de constructions.

§ 2. — Histoire de l’épidémie.

Voici l’intéressant récit que m’a adressé le Dr Cosmao sur les débuts de l’épidémie :

Le 3o septembre, au milieu du bourg du Guilvinec, une vieille femme, malade depuis longtemps, il est vrai, mais d’une affection absolument étrangère

aux voies digestives, me faisait appeler en toute hâte; elle était déjà cyanosée, glacée, sans pouls, l’haleine et la langue froides ; elle se mourait et succomba, en effet, au bout de quelques heures. Je prévins la municipalité des précautions à prendre : inhumation immédiate du cadavre, incinération de la paille et de la balle composant la literie, lessivage immédiat de tous les linges, inhumation des déjections, désinfection de la maison au moyen du chlorure de chaux et des vases avec l’acide phénique dilué. Ces prescriptions ne purent, malheureusement, être suivies à la lettre (et il n’y en avait aucune de superflue), le Guilvinec étant un petit pays sans ressources, récemment érigé en commune et possédant un budget plus que modeste. Cependant, on put croire un instant que l’épidémie s’y montrerait bénigne, car cinq jours s’écoulèrent avant l’apparition du second cas. Celui-ci fut encore rapidement mortel. Les précautions hygiéniques les plus urgentes furent prises pour empêcher le fléau de se propager ; mais l’étincelle était dans la poudrière, elle éclata.

En effet, à partir du 4 octobre, le nombre des malades augmenta. Les diarrhées devinrent nombreuses, les cas moins foudroyants peut-être, puisque la maladie durait plusieurs jours, mais généralement mortels encore, quelque énergique que fût le traitement appliqué. Le 18 octobre, sur cette population de 2.000 habitants, je ne constatai pas moins de 61 cas de la maladie, y compris ceux de diarrhée prémonitoire, dont quelques-uns allaient devenir, sous peu de jours, des cas de choléra confirmé. Le nombre des décès allait toujours croissant, si bien que le 25 octobre, date à laquelle on voulut bien envoyer au Guilvinec un médecin de la marine, M.leD1' le Tersec, il y en avait eu 21. Le nombre des cas de choléra, confirmés jusqu’à ce jour, avait été de 43 ; 11 étaient guéris ou en bonne voie de guérison. Je laissai également à mon successeur 11 cas graves qui, dans mon opinion, étaient voués à une mort probable. Le lendemain, en effet, il y avait 7 décès. C’est, je crois, le chiffre maximum qui ait été atteint. A partir de ce jour, la panique fut générale ; la partie aisée de la population se dispersa. C’était ce qu’elle pouvait faire de mieux, dans l’intérêt de tous. On estime aux deux tiers le chiffre des habitants qui ont émigré. Un seul cas s’est déclaré parmi eux, à Plomeur. Encore ce malade était-il parti de chez lui atteint de vomissements et de diarrhées: il a guéri. Les autres sont restés indemnes et n’ont contaminé personne.

C’est du 1 5 au 3o octobre que le fléau m’a paru sévir dans toute son intensité ; on ne peut, san6 y avoir assisté, se faire une idée du découragement dans lequel était tombée celte malheureuse population. Les malades, se croyant perdus dès qu’ils étaient atteints, acceptaient avec indifférence les secours qu’on leur offrait ; les femmes fuyaient abandonnant leurs enfants malades ; les enfants refusaient de donner à leurs parents les soins les plus élémentaires ; les hommes, désespérés, s’abrutissaient dans les libations de rhum qui les tuaient le lendemain. Mais, à côté de cela, des dévouements sublimes !

L’épidémie du Guilvinec va du 3o septembre, où s’est déclaré le premier cas, au i3 décembre, où a eu lieu le dernier décès. Pendant ces soixante-quatorze jours, l’épidémie a frappé 126 personnes, dont 54 ont guéri et 72 sont mortes. Au mois de septembre, la commune comptait environ 2.600 habitants. Les deux tiers, et davantage, ont immédiatement quitté le pays. Le maire estime qu’il n’est pas resté au Guilvinec plus de 7 à 800 personnes ; le fléau a donc emporté le dixième de la population présente.

Sur les 72 décès, 47 se sont produits dans les trois jours de la maladie, savoir: 11 le jour même, 24 le lendemain, i3 le troisième jour.

Sur les 126 cas, il y a eu 26 hommes guéris et 34 morts; 28 femmes guéries et 38 mortes.

Les informations, très minutieuses, que j’ai recueillies sur l’épidémie du Guilvinec sont présentées en ordre dans deux documents : document À {Les malades) ; document B {Les habitations).

Dans le document A, les malades sont classés dans l’ordre des dates où la maladie s’est déclarée. Le document indique leur sexe, leur âge, leur profession, leur situation de fortune, et, autant que possible, leur état de santé antérieure, leur manière de vivre, leurs habitudes de sobriété ou d’intempérance, enfin, toutes les fois qu’elle a été établie, la voie par laquelle le mal leur avait été transmis.

Au document A sont rattachées trois annexes.

La première est un tableau qui résume les indications de ce document sur l’âge et le sexe, d’une part des morts, d’autre part des guéris.

La deuxième (planche 12, p. 232) établit graphiquement la marche du fléau, en indiquant, pour chaque jour, du 3o septembre au i3 décembre, la pression barométrique, la direction et la force du vent, la température, le temps, le nombre des cas et celui des décès. Des flèches renvoient de la date de chaque décès à celle où la maladie s’est déclarée : l’on peut ainsi reconnaître d’un coup d’œil combien de jours a duré chacune des maladies terminées par la mort. Les observations météorologiques ont été relevées au phare de Penmarch.

La troisième annexe au document A est un essai de groupement des malades en familles de cholériques, où le lien de famille s’établit par la transmission du mal. Il est bien probable qu’à ce point de vue les malades du Guilvinec ne forment qu’une seule famille ; mais pour en donner le tableau complet il faudrait connaître tous les faits de transmission ; et ceux par lesquels nos familles diverses se rattachent les unes aux autres sont restés ignorés. Un extrême scrupule a présidé à ce travail. Un malade n’a été classé dans une famille que lorsque le fait motivant ce classement a paru indiscutable. En voici deux preuves, entre autres. Len° 37, enfant de dix-huit mois, était le neveu du n° 35, femme atteinte le 21 octobre, et morte le 23. Lemaire croit savoir que le 21 au matin, l’enfant a été voir sa tante et que c’est à la suite de cette visite que, dans l’après-midi du

même jour, il a été pris lui-même. Mais, comme le fait de cette visite n’est pas certain, la transmission de la maladie du n° 35 au n° 37 n’a pas été indiquée. L’on n’a pas indiqué non plus la transmission du n° 3i au n° 75. Une femme de quarante -trois ans, jouissant d’une certaine aisance (n° 3i) est atteinte le 19 octobre et reste malade assez longtemps. Son frère, d’un an moins âgé qu’elle (n° 75), tombe malade le 29 octobre. Toutes les probabilités sont qu’il avait été voir sa sœur. Mais la transmission ne figure pas sur le tableau parce que le fait de la visite du frère à la sœur n’est pas matériellement établi.

Du reste, de ce que la transmission individuelle n’est pas déterminée, il ne suit pas que le fait de la contagion n’est pas certain. Des 33 cas (sur 126) qui ne se rattachent pas directement, visiblement à tel ou tel cas antérieur, il n’y en a que 9 pour lesquels on n’ait aucune donnée sur son origine. Ce sont, au document A, les n05 2, 4, 17, 29, 59, 61, 68, 88, 119. Pour les autres, on a la preuve que les personnes atteintes, ou bien lavaient leur linge dans une eau où l’on lavait en même temps des linges de cholériques ; ou bien, comme par exemple pour les nos 33 et 84 , couraient les maisons des malades pour y boire ou en emporter quelque dépouille ; ou bien, comme cet enfant qui s’était roulé dans la paille d’un cholérique (n° 10), avaient été en rapport direct avec des objets contaminés; ou bien s’étaient rencontrés en mer avec des marins de Concarneau. Pour presque tous, on sait qu’ils ont bu une eau contaminée. C’est peut-être pour n’en avoir jamais bu que quelques-uns des plus ivrognes ont été sauvés.

Les indications de la troisième annexe au document A méritent donc toute confiance.

Il est intéressant de remonter le cours de ces lugubres généalogies. Voici une femme de trente-six ans, sardinière (n° 112): elle avait soigné le n° 107, sardinière comme elle, plus âgée qu’elle d’une dizaine d’années et qui habitait la même maison. Cette maison porte au document B le n° 62 ; elle était composée de trois pièces où logeaient trois familles comptant ensemble 1 6 personnes, et 7 cas de choléra s’y sont produits. La garde-malade prise le mardi, 16 novembre, mourut le lendemain mercredi. Quant à la malade plus âgée, elle guérit: son cas n’était pas très grave. Elle était alitée depuis le 12 novembre, et avait contracté la maladie en soignant un petit garçon de trois ans ( n° 100) dont les parents occupaient la maison contiguë à la sienne. Ceux-ci étaient liés avec la famille

d’un marin (n° 99), victime d’un cas foudroyant, pris et mort le 9 novembre. Il demeurait près de la mairie ( voir au plan maison n° 56). Dès qu’il fut pris, le 9 novembre au matin, ses amis qui logeaient près du port (maison n° 57), loin des maisons atteintes, vinrent chercher les enfants, espérant, en les éloignant ainsi dès le début de la maladie, les préserver de la contagion. Ils les préservèrent en effet, mais le même jour, leur enfant à eux était frappé et mourait trois jours après, le 12 novembre: leur charité pour les enfants de leur ami coûtait la vie à leur petit garçon. Cet ami, ce marin, qui porte le n° 99 et mourut le 9 novembre, était un ivrogne qui avait soigné et mis en bière un autre ivrogne, le n° 95, atteint le 7 et mort le 8 novembre. A celui-ci c’était sa femme, morte le 2 novembre (n° 77), c’étaient ses deux enfants, morts l’un le 2, l’autre le 5 novembre, qui avaient transmis le mal. Enfin, sa femme avait été, non par compassion, mais dans l’espoir d’en tirer quelque profit, voir et soigner le n° 33, une ivrognesse aussi sur laquelle je reviendrai tout à l’heure et qui, dans la seule ligne que nous venons de parcourir, a été la cause de 1 1 cas et de 7 décès.

En partant des chiffres de la troisième annexe au document A et en se reportant ensuite à la colonne 10 de ce document, il est facile de retracer de même l’histoire de chacune des familles de cholériques.

Je détache du document A quelques faits particulièrement curieux.

Nos 1 14 et 1 17. — Un garçon de treize ans habitait le village de Kerléguer, distant du Guilvinec de plus de’ 1.200 mètres et où ne s’était produit aucun cas de choléra. Il vint au Guilvinec assister à un repas de baptême, retourna chez lui souffrant, fut pris immédiatement de la maladie et mourut le surlendemain du jour où il était rentré à Kerléguer. Pendant ces deux jours on le change de lit. Le jour même de la mort, l’on vient de la mairie chercher la literie pour la brûler. Le père la cache. Il se couche dans le lit qu’occupait son fils et meurt le lendemain.

N° 126. — Un habitant de Plomeur, dont la fille, mariée, habitait le Guilvinec et était morte le 4 décembre (n° 125), accourut de Plomeur dès qu’il apprit l’issue de la maladie de sa fille pour régler sa succession. Il s’opposa énergiquement à ce que les objets de literie fussent brûlés et les emporta. Il rentra à Plomeur malade et transmit la maladie à sa belle-fille (n° 126) qui était venue le soigner.

N° 64- — ■ Une femme de trentè-trois ans, débitante de boissons, avait extrêmement peur du choléra. Elle émigra dans la commune de Treffiagat et alla demeurer chez sa belle-sœur. Sa belle-sœur étant tombée malade, sans que sa maladie ressemblât d’ailleurs en quoi que ce soit au choléra, elle fut reprise de ses terreurs, revint précipitamment au Guilvinec, fut atteinte le jour même de son retour qui était le 27 octobre, eut des alternatives de rétablissement et de rechute et mourut enfin le 10 novembre.

Nu 124. — Un pauvre employé à la fabrication des sardines, âgé de quarante-cinq ans, habitait avec sa femme et ses trois enfants une masure humide, très sale (n° 52 au document B). 11 a tout fait pour éviter le fléau, sauf, comme on va le voir, rester plus longtemps loin de la commune. Sa femme étant morte le 5 novembre, il brûla tout ce qui avait été dans la chambre de la malade, y compris le lit, désinfecta ou crut désinfecter cette chambre et ses propres vêtements, puis il émigra. Il ne revint que le Ier décembre, et le jour même, rentrant dans le logement où sa femme était morte, il fut pris d’une attaque que M. le Dr le Tersec reconnut être une attaque de choléra. Il guérit du reste assez rapidement.

Les habitudes d’intempérance semblent avoir été l’une des circonstances qui ont favorisé l’épidémie. M. le Dr le Tersec, dans son rapport, dit qu’elles ont augmenté « les conditions de réceptivité individuelle » . Après avoir parlé de la misère et de l’insalubrité des logements, il en vient aux excès alcooliques, véritable plaie du pays, auxquels se livrent les hommes et les femmes. « Pendant les premiers temps du choléra la population a été continuellement ivre, et il a fallu l’arrivée de la gendarmerie pour réprimer ces excès, en dressant des procès-verbaux contre les personnes en état d’ivresse et contre les débitants qui restaient ouverts toute la nuit. Il n’existe pas moins d’une trentaine de débits dans le village et (renseignement officiel) il a été perçu à l’octroi, pour l’année i885, des droits pour 3o.ooo litres d’alcool à xoo°. Que de fois il m’est arrivé de rencontrer auprès des malades des gens complètement ivres qui, non seulement étaient incapables de donner des soins intelligents, mais absorbaient le thé punché que je prescrivais. » Mon prédécesseur, après une visite au Guilvinec, écrivait le 22 octobre i885 au ministre de l’intérieur: « Il est très-difficile de faire substituer à l’eau-de-vie un remède quelconque. Pendant l’accès de

la maladie, comme avant, le marin se grise, sa femme fait de même, et quand l’un des deux arrive à l’état le plus grave, l’autre ne continue pas moins de se griser; l’un est mourant et l’autre est ivre. »

Sur les 86 personnes âgées de plus de vingt ans qui ont été atteintes, il n’y a pas moins de 34 alcooliques : 21 hommes et i3 femmes. Sur les 23 hommes âgés de plus de vingt ans morts du choléra, il y a i4 alcooliques.

Les ivrognes et surtout les ivrognesses allaient de porte en porte visiter les malades sous prétexte de les assister, en réalité pour se faire donner à boire. C’est ainsi qu’a été atteinte une femme qui mérite que nous nous arrêtions à elle un moment. Elle est le chef de famille, l’ancêtre commun du septième groupe, lequel comprend 25 cas cholériques, dont 18 terminés par la mort. Sur cette femme, on trouve à notre document A (n° 33) ces informations ; «Prise le 20 octobre. Cinquante-deux ans. Ménagère. Pauvre. Bonne santé. Toujours ivre. Allait voir les malades pour se faire donner à boire. Cas très grave. A plus tard perdu son mari, n° 63, auquel elle avait donné le choléra. L’a donné à son fds, n° 3g, qui a guéri. Guérie elle-même, elle a recommencé à boire, a eu une dysenterie, une fièvre muqueuse. Se porte bien aujourd’hui et boit toujours. Ancienne domestique d’un médecin. S’est prévalue de cette circonstance pour faire le médecin au Guilvinec.')

Ceux qui se rétablissaient s’empressaient de retourner à leur vice. N° 4i : «Ivrognesse. Prise le 22 octobre. Paraissait s’être rétablie. S’est enivrée de nouveau, est retombée malade, puis est morte. » N° 96 : « Très ivrogne. Avait été pris légèrement une première fois. S’était rétabli. S’est enivré de nouveau et a eu une rechute dont il est mort.» Le cas est le même pour le n° 1 15.

Les premiers documents publiés sur l’épidémie cholérique du Guilvinec ont fourni au Dr Pinard les éléments d’une note parue dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, au mot Grossesse. Il peut être utile de la reproduire ici.

Les faits rassemblés par Bouchu, Drasche, Baguistri, semblent démontrer qu’une femme enceinte n’est ni plus ni moins qu’un autre exposée à contracter le choléra. Honing, d’après les observations prises pendant une épidémie à Leipzig, pense que les femmes enceintes jouissent d’une certaine immunité. Toutes ces statistiques nous paraissent avoir été prises dans des conditions défavorables. Aussi attachons-nous une bien plus grande importance à celle qui fut dressée par les soins de M . Monod, préfet du Finistère, lors de l’épidémie du Guilvinec, en octobre et novembre i885 .... La mortalité a été à peu près de

io p. ioo de la population. Or, 68 femmes étaient enceintes lors de l’épidémie. 43 ont émigré. Aucune de celles qui avaient émigré n’a été atteinte par le fléau. 25 sont restées au Guilvinec. Sur ces 25, sis ont eu le choléra et de ces 6, cinq sont mortes.

Le choléra a provoqué chaque fois ou un avortement ou un accouchement prématuré. L’enfant de celle qui a guéri a vécu deux jours.

Cette proportion de 6 femmes atteintes sur 25 et cette mortalité de 5 sur 6 plaide peu en faveur de l’immunité relative des femmes ; elle semblerait plutôt démontrer le contraire. De môme on peut voir que sur 6 femmes atteintes, il y eut six fois expulsion prématurée du produit de conception, proportion qui est plus forte que celle signalée par Bouchu, qui a vu vingt-cinq fois seulement la grossesse interrompue sur 52 cas.

La cause de l’expulsion n’est pas bien élucidée, etc.

Les cholériques désignés dans la note que je viens de citer sont, au document A, les nos 9 (qui a guéri), 18, 35, 64, 81, 122.

Lorsque le Dr Pinard écrivait les lignes qu’on vient de lire, il ne connaissait pas le cas d’une femme, qui porte le n° 93 et sur laquelle des renseignements complets m’ont été adressés plus tard par le Dr Cosmao. Cette femme était enceinte de quatre mois passés lorsqu’elle est tombée malade et, quoiqu’elle ait eu le choléra dans toute sa violence — l’algidité et la cyanose ont duré trois jours, — le produit de conception n’est pas mort et la grossesse a continué son cours jusqu’au mois d’avril où cette femme est accouchée d’un garçon bien portant 1 .

Dans le document A la profession et l’état civil ne sont indiqués que pour les décédés. Il faut observer qu’aucune profession n'est attribuée à un certain nombre de femmes. Cela ne veut pas dire que ce sont des rentières ou même des personnes aisées. Dans les rôles du dénombrement de 1886, au Guilvinec, presque toutes les femmes mariées sont dites sans profession parce qu’elles sont exclusivement occupées des soins de leur intérieur, ce qui n’est pas une sinécure avec les sept ou huit enfants que compte chaque ménage. Ce sont donc des ménagères, ainsi qu’on les qualifie dans d’autres communes, par conséquent des personnes particulièrement exposées à la contagion, et pour la plupart très pauvres.

La date du commencement de la maladie étant indiquée, il a été possible de faire figurer les morts du Guilvinec parmi ceux pour

1 En outre de ces 7 cas, trois autres femmes enceintes ont été atteintes du choléra, savoir: une à Douarnenez <n° 6/|3) qui est morte; une à Quimper (n° 67I1) qui est morte, et une à Plonévez-Porzay qui a guéri après l’accouchement, mais dont l’enfant est mort presque immédiatement.

En résumé, dans l’épidémie du Finistère, 10 femmes enceintes ont été atteintes du choléra, sur lesquelles 7 sont mortes.

lesquels a été établie la moyenne de la durée de la maladie (voir pp. i38 à i4i). Cette moyenne a été, au Guilvinec, de 2 jours et i5 heures. Les filles, de un à i5 ans, ont opposé une moindre résistance que les garçons ; mais les femmes, de x 5 à 55 ans, ont résisté un jour et 1 1 heures de plus que les hommes du même groupe d’âge. Au-dessus de 55 ans, les femmes ont résisté un jour et 6 heures de plus que les hommes (tableau P, p. i4o).

Il résulte encore des indications de notre document A que sur les 72 décédés, 16 étaient des individus chétifs, habituellement ou accidentellement malades. Sur les 54 guéris, 10 sont qualifiés de maladifs. Les personnes d’une santé débile représentent 20,63 p. 100 des victimes de l’épidémie.

Le document B, Les habitations , donne la liste des habitations qui ont été atteintes par le fléau. Elles sont classées suivant les dates où le premier cas s’est déclaré dans chaque maison. Le document indique :

le nombre de pièces dont se compose l’habitation ;

le nombre des habitants de la maison ;

le nombre de pièces où des cas se sont produits et, pour chacune de ces pièces : i° si elle est au rez-de-chaussée ou au premier étage; 20 le nombre de mètres cubes qu’elle mesure; 3° le nombre de ses habitants ; 4° la date où le cas s’est déclaré et, en cas de mort, la date du décès.

Dans une dernière colonne ont été consignées des observations sur la manière dont la maison était tenue et sur ses habitants. Quelques-unes de ces dernières, par exemple celles portant sur l’âge des victimes, font double emploi avec des informations déjà contenues au document A ; elles ont cependant paru nécessaires pour donner au document B toute sa valeifr pratique.

Nos 126 malades étaient répartis entre 69 maisons. Le nombre total des habitants de ces 69 maisons était de 4g4- Ainsi, 25, 5o p. 100 de ces habitants ont été atteints par le fléau. Ce serait déjà une proportion considérable; mais, en réalité, la proportion des malades a été plus élevée, si l’on tient compte du fait que le chiffre d'habitants indiqué à la colonne 4 est celui des domiciliés et non des personnes présentes au moment de l’épidémie. Même parmi les pauvres gens beaucoup avaient émigré. On peut affirmer que dans les maisons où la maladie est entrée un habitant sur trois a été atteint.

Sur les 1 26 malades, 109, et sur les 72 morts, 64 habitaient le rez-

de-chaussée. Les chambres des étages supérieurs ayant eu des malades étaient occupées par 4 5 personnes ; celles du rez-de-chaussée par 321 personnes. La proportion de la mortalité au nombre d’habitants a donc été de i5,5 pour ioo au premier étage, de 20 pour 100 au rez-de-chaussée. Cette différence s’explique sans doute par l’insalubrité particulière aux rez- de-chaussée, et surtout par les contacts plus directs et incessants des habitants des rez-de-chaussée avec les immondices des cours et des rues.

L’encombrement, la malpropreté des habitations ont certainement facilité la propagation du mal. L’on trouvera sur ce point des indications précises au document B. Mais rien d’écrit ne saurait donner une idée vraie du misérable état de ces logements. Il faut y être entré ; il faut avoir essayé cl’y respirer, avoir vu ces lits encastrés dans la muraille, cette accumulation d’objets dont beaucoup ont une odeur forte et qui réduisent à presque rien la quantité d’air dévolue à chaque habitant.

La pièce ou les pièces dont se compose un logement au Guilvinec sont construites sur trois types : celles dites grandes cubent 75 mètres : celles dites moyennes, les plus nombreuses, 62 mètres (longueur: 5 mètres; largeur: 5 mètres; hauteur: 2 m. 5o) ; celles dites petites : 34 mètres. Nos 126 malades étaient répartis entre soixante-neuf maisons et quatre-vingts pièces.

De ces soixante-neuf maisons, trente-trois n’avaient qu’une seule pièce ; elles étaient occupées en temps ordinaire par 162 habitants et cubaient toutes ensemble 1 .633 mètres. En effet une de ces pièces avait 75 mètres cubes ; dix-sept avaient 62 mètres cubes ; quatorze avaient 34 mètres cubes ; enfin, une, celle qui porte au document B le n° 32, où est morte une sardinière de cinquante-deux ans et qui était habitée par 5 personnes, cubait 28 mètres. Dans ces trente-trois maisons à une seule pièce se sont produits 53 cas, dont 19 terminés par la guérison et 34 par la mort.

Les maisons à deux pièces sont au nombre de vingt-six comptant 233habitants. Dans ces maisons, la seconde pièce est tantôt en mansarde, tantôt au rez-de-chaussée. Il est rare que ce soit une seule famille qui occupe les deux pièces. Dans beaucoup de cas, l’une des deux familles était partie et l’une des pièces abandonnée. Il n’est arrivé qu’une seule fois, dans ces maisons à deux pièces, que les deux pièces aient été touchées : c’est dans celle qui porte le n°55.Les deuxpièces étaientau rez-de-chaussée. Dans l’une habitait

avec son mari une femme de dix-neuf ans, employée à la fabrication des boîtes de sardines ; le mari étant au service, la femme alla soigner une de ses amies et prit d’elle la maladie. Dans l’autre, habitaient des parents à elle, une famille composée de 3 personnes, dont sa nièce, chétive enfant de quatorze ans, qui prit la maladie en soignant sa tante. C’étaient des gens pauvres, mais sobres et propres. La maison était bien tenue. La tante et la nièce furent très malades mais guérirent toutes deux.

Une seule fois aussi, dans ces vingt-six maisons à deux pièces, la maladie se produisit au premier étage (document B, n° 4o). Là aussi il y eut 2 cas, et, là aussi, il y eut 2 guérisons. Les logements, dans cette maison, sont du plus grand modèle (y5 mètres). Celui du premier était habité par 4 personnes : le mari cordonnier (vingt-neuf ans), la femme, débitante de boissons (trente et un ans) et leurs deux enfants. Le père et la mère furent pris, l’un, le 26 octobre, l’autre, qui était extrêmement effrayée, le 5 novembre. C’étaient de bonnes gens, sobres, qui n’étaient pas tout à fait pauvres et tenaient leur chambre proprement.

Des vingt-sept logements atteints dans ces vingt-six maisons à deux pièces, trois cubaient 7 5 mètres et comptaient ensemble 1 4 habitants (un décès et 3 guérisons) ; dix-huit de 62 mètres comptaient 89 habitants (16 décès, 12 guérisons); six de 34 mètres avaient 34 habitants (5 décès, 3 guérisons). A ces derniers, défalcation faite d’un quart pour l’emplacement occupé par les meubles, leurs logements offraient donc en moyenne un cube d’air de 4 m. 5 par personne. Signalons encore l’un des deux logements de la maison 39. Il était occupé par 1 x personnes : un marin âgé de trente-cinq ans, de santé débile, ivrogne, sa femme et leurs neuf enfants. Le père a été pris le 2 octobre et n’est mort que le 5 novembre. L’un des garçons âgé de douze ans et une petite fille de trois ans ont été pris le Ier novembre dans cette même chambre où leur père était malade ; ils ont guéri tous deux ; le cas de la petite fille a été très grave.

Cinq maisons à trois logements dont deux au rez-de-chaussée et un au premier étage ont été atteintes (document B, nos 20, 3o, 35, 62, 67). Au n° 67 les pièces avaient 75 mètres cubes ; dans les quatre autres, elles cubaient 62 mètres. Dans sept des dix pièces du rezde-chaussée des cas se sont produits. Ces sept pièces comptaient 29 habitants : 11 ont été malades ; 4 sont morts. Les cinq pièces au

premier étage comptaient 19 habitants : 8 ont été malades, 6 sont morts. Dans une seule de ces maisons, celle qui porte le n° 62 et dont il est dit à notre document B : « mal située, humide, logements très malpropres » , se sont produits 7 cas dont 2 terminés par la mort. Voici la note du même document sur la maison n° 20 : u Très sale, très humide. Les deux logements où les cas se sont produits étaient très mal tenus. Celui du premier étage (2 cas, 2 décès) passe pour le plus malsain du Guilvinec. »

Enfin cinq maisons à quatre pièces (deux au rez-de-chaussée, deux au premier étage) ont eu des malades. Elles portent les nos 3, 7,8, 19 et 46 au document B, où l’on trouvera des détails sur chacune d’elles. Huit pièces seulement ont été atteintes : trois de 75 mètres, cinq de 62 mètres ; cinq au rez-de-chaussée, comptant 24 habitants parmi lesquels 10 ont eu le choléra et 6 sont morts ; trois au premier étage, ayant 1 1 habitants parmi lesquels 4 ont eu le choléra et ont guéri.

Les quatre-vingts pièces atteintes par le choléra mesuraient ensemble 4-483 mètres cubes. Deux d’entre elles n’avaient qu’un habitant : l’une, le n° 2, sale et malsaine, était occupée par une couturière de vingt-neuf ans qui fut prise le vendredi 2 octobre et mourut le dimanche ; elle était mariée ; son mari était absent du pays; — l’autre, le n° 6, également très malpropre, était habitée par une pauvre vieille mendiante de soixante-douze ans; elle prit la maladie le 1 2 novembre en allant voir un pêcheur qui mourut ce jour-là même; elle-même mourut le lendemain. Quatre logements avaient 2 habitants; quatorze en avaient 3 ; quinze en avaient 4; vingt-trois en avaient 5 ; huit en avaient 6 ; dix en avaient 7 ; un en avait 8 ; deux en avaient 9 ; un (le n° 39) en avait 1 1 , soit en tout, pour les quatre-vingts pièces, 382 habitants, sur lesquels isiQ ont eu le choléra et 72 sont morts. Si des 4-483 mètres cubes que mesuraient ces quatre-vingts pièces l’on retranche un quart — ce qui est certainement modéré — pour l’emplacement des meubles, des filets, de tout ce qui les encombrait, l’on trouvera que dans les logements du Guilvinec atteints par l’épidémie le cube d’air était en moyenne de 8 à 9 mètres par habitant.

Mais comment qualifier ces logements qui, ayant 34 mètres cubes, 25,5 mètres avec la réduction du quart, abritaient 6 habitants (n°“ 26, 64), 7 habitants (nos 12, 3i, 54, 58), 8 habitants (n° i5)? Chacun de ces derniers avait donc environ 3 mètres cubes d’air. Ce

n° i5 était habité par un journalier, sa femme et leurs six enfants. L’aîné, bien qu’âgé de vingt-six ans, continuait à habiter avec ses parents dans cette misérable masure. C’est qu’il était d’un tempérament maladif, très faible. Bon sujet d’ailleurs, sobre, travaillant autant qu’il le pouvait de son état de charretier. Il transporta le 16 octobre le cadavre d’une femme morte du choléra (n° i4 du document A) et le lendemain matin il dut s’aliter. Sa mère le soigna et le même jour tomba malade. Leur maladie à tous deux fut très grave et longue: ils guérirent tous deux. Mais le père, qui n’avait pas quitté la chambre où sa femme et son fils étaient couchés (ce réduit qui mesurait 4 mètres sur 4 et avait 2 mètres de hauteur), le père fut pris le 28 octobre et mourut le 29.

Dans un logement, l’un de ceux de la maison qui porte au document B le n° 9, les cinq habitants de la pièce, la grand’ mère qui n’avait que cinquante et un ans, le père, journalier, la mère, sardinière, et les deux enfants âgés l’un de trois ans, l’autre de vingtdeux mois, ont été pris tous les cinq. Le père et la mère seuls ont survécu. Dans une autre, le n° 48, habitait une famille composée de 9 personnes. Quatre d’entre elles, le père, marin, ivrogne, âgé de quarante-deux ans, la mère, sardinière, âgée de quarante-cinq ans, deux enfants, une fille de huit ans et un petit garçon de trois ans, ont été pris; ils sont tous morts, la mère et le petit garçon le mardi 2 novembre, la petite fille le samedi suivant, le père le lundi, enlevés tous les quatre en une semaine.

Il faut reconnaître que nombre d’habitants s’efforçaient de tenir le plus proprement possible leurs pauvres demeures. Sur les soixanteneuf maisons, le nombre de celles qui étaient bien ou assez bien tenues est de trente-cinq, sur lesquelles neuf sont signalées comme mal situées, humides ou malsaines (document B, colonne i3). Les trentequatre autres portent cette indication : sale ou malpropre, ou très malpropre, ou très mal tenue. Les neuf maisons assez bien tenues, mais mal situées, malsaines ou humides ont fourni, dans onze pièces, 1 3 cas dont 6 décès; les vingt-six maisons propres, bien tenues, mais souvent encombrées, ont fourni, dans vingt-huit pièces, 44 cas dont 27 décès; les trente-quatre maisons signalées comme malpropres ont fourni, dans quarante et une pièces, 69 cas dont 3g décès.

Il va sans dire qu’aucune de ces habitations ne s’expose à payer au fisc l’impôt pour deux fenêtres. La fenêtre unique est généralement très petite. Pour les pièces qui ont 75 mètres cubes, les dimensions

de la fenêtre sont de i m. 4o de hauteur sur o m. 80 de largeur ; pour celles de 62 mètres cubes, la fenêtre a 1 m. 20 de hauteur et o m. 75 de largeur; pour celles de 34 mètres cubes, la fenêtre a de

0 m. 60 à o m. 4o de hauteur et de o m. 45 à o m. 33 de largeur. J’ai mesuré la fenêtre du logement n° 58, où 2 cas dont un décès se sont produits et où habitaient sept personnes ; il est éclairé et ventilé par une fenêtre divisée en deux parties. La partie supérieure a o m. 12 de haut, la partie inférieure o m. 20 de haut, les deux ont o m. 10 de large.

En résumé la mortalité a augmenté avec l’étroitesse, la saleté et l’encombrement des habitations.

Au document B est annexé un plan général de la commune ; sur ce plan, chacune des habitations atteintes porte le numéro sous lequel elle est désignée au document B. Des points, noirs pour les décès, rouges pour les guérisons, font connaître le nombre de cas de choléra qui s’y sont produits. Les maisons qui ont été totalement abandonnées pendant l’épidémie sont signalées par une teinte spéciale.

L’emplacement des puits est marqué et ici il faut insister sur la question de l’eau au Guilvinec.

La commune est bâtie sur un terrain sablonneux. La couche de sable est mince et aboutit à une couche granitique. J’ai fait pratiquer, en des points marqués sur le plan, des sondages pour déterminer exactement la nature des terrains. La roche est à 1 m. 10,

1 mètre, quelquefois 5o centimètres du sol.

C’est dans cette couche de sable et au milieu de l’agglomération que jaillit l’eau, la seule eau dont se servent et que boivent les habitants du Guilvinec. Après ce que j’ai dit des habitations, il est sans doute inutile d’indiquer qu’il n’en est pas une seule qui soit pourvue de latrines et, si près que soit la mer, ce serait se tromper que d’imaginer que les habitants prennent la peine d’aller y jeter leurs vidanges. Aux approches de la mer, la couche granitique se relève un peu; la pente est donc faible, l’écoulement très lent et l’eau a tout le temps de s’imprégner des infiltrations du sol.

J’emprunte au rapport de M. leDr le Tersecun passage curieux. Certaines de ses assertions, trop absolues, n’ont pas été tout-à-fait confirmées par une étude minutieuse à laquelle n’avait pas pu se livrer ce praticien ; mais la donnée générale en est vraie.

Je crois que l’eau potable a joué un grand rôle, comme moyen de diffusion, dans le bourg du Guilvinec. Un examen attentif du sol sur lequel sont bâtis

les différents groupes de maisons situées derrière la rue principale montre qu’il est formé d’une couche de roches granitiques affectant la forme d’une longue cuvette dont le diamètre est dirigé du nord-est au sud-est. Cette cuvette est remplie d’une couche de sable dont l’épaisseur varie et atteint son maximum dans la partie centrale du bourg, aux environs du lavoir et de la fontaine ; là l’épidémie a sévi avec le plus d'intensité. Notons que la rue principale du bourg qui a été épargnée se trouve sur le bord sud de cette cuvette et par conséquent sur un terrain plus élevé. Le premier cas de choléra a fait son apparition à l’extrémité nord-ouest du grand diamètre, au niveau de la route de Penmarch. De là, la maladie a suivi ce diamètre, procédant, pour ainsi dire, par étapes dont la durée était subordonnée au nombre des maisons, à leurs conditions d’hygiène ainsi qu’à celles des habitants. Jamais elle n’a rétrogradé, jamais elle ne s’est montrée sur des points opposés du village dans le même moment. Deux, trois cas de choléra éclataient le même jour ; ils avaient lieu dans le même groupe de maisons et on pouvait à coup sûr prévoir celui qui devait être frappé dans la suite. C’est à tel point que la période de calme de six jours qui a existé vers la troisième semaine de novembre a coïncidé avec une distance relativement considérable entre le groupe de maisons où avait eu lieu le dernier décès de la première quinzaine et le groupe où s’est ensuite produit le premier cas nouveau. Cette marche régulière du choléra démontre bien la diffusion du poison par la masse d’eau souterraine qui s’est trouvée contaminée de proche en proche par la pénétration des déjections cholériques au travers d’un sol perméable et poreux jusqu’à la couche granitique.

Le rôle de l’eau serait ainsi établi. Ajoutons que plusieurs des cas cholériques pour lesquels la transmission individuelle n’a pas été établie s’appliquent à des femmes revenant du lavoir :

N° 6. — Femme de trente-trois ans, tombée malade le i3 octobre, morte le i/j- «Elle a été prise en revenant du lavoir où elle s’était certainement rencontrée avec des personnes lavant du linge des cholériques précédents, linge qu’on ne lavait qu’au bout de quelques jours, parce qu’on le cachait. »

N° 18. — Femme de trente-quatre ans, tombée malade le 17 octobre, morte le 19. « Elle lavait son linge dans le même lavoir et en même temps que d’autres personnes lavant des linges de cholériques Elle a été prise en revenant du lavoir. »

C’est le même cas pour le n° 35, femme de vingt-huit ans, prise en rentrant du lavoir le 21 octobre, morte le 23.

Quant à l’eau ingérée, il y a une comparaison intéressante à faire entre le Guilvinec et Lechiagat. Lechiagat est un hameau de la commune de Treffiagat, village situé de l’autre côté de la rivière (voir le plan du Guilvinec). Les communications entre Lechiagat et le Guilvinec sont de tous les instants. Tandis qu’au Guilvinec, il y avait 126 cas et 72 décès, il n’y avait à Lechiagat que 2 cas importés du Guilvinec et tous deux terminés par la guérison.

Le terrain est le même. Lechiagat a des puits comme le Guilvinec. Mais tandis que les habitants du Guilvinec boivent l’eau de leurs puits, les habitants de Lechiagat, la trouvant trop mauvaise, ne la boivent jamais. Plutôt que de la boire, ils vont à deux kilomètres chercher de l’eau potable à une source qui jaillit hors de toute agglomération. Un assez grand nombre ont à leur porte des citernes où ils recueillent l’eau de pluie. Il n’y a au Guilvinec que deux ou trois maisons qui aient de telles citernes : pas une d’elles n’a été visitée par le fléau. Nous avons vu dans le rapport de l’agent voyer que l’eau du puits de la mairie (C au plan) est tout-à-fait mauvaise ; et que celle du puits situé au sud-ouest (B au plan) est médiocre. Ce fonctionnaire dit, il est vrai, que l’eau de la source qui alimente le lavoir public (A au plan) est « assez bonne » , mais c’est celle-là qui, pendant l’épidémie, a été le plus constamment souillée.

Certains travaux d’assainissement ont été exécutés au Guilvinec après l’épidémie. L’intensité du fléau avait atteint son maximum aux environs du centre de l’ellipse qui était occupé par le lavoir et constituait une sorte de bourbier. Dans un rapport adressé à M. le ministre du commerce, le 29 octobre i885, M. le D’ Anner s’exprimait ainsi:

Le défaut absolu de fosses d’aisances, l’absence de pente, de tout égout, transforme les rues en une série de cloaques, principalement le long de la façade des maisons. Il y a notamment, dans ce malheureux pays, le lavoir public qui mérite une mention spéciale. C’est une mare d’eau fétide, croupissante et noire, accessible à tous les animaux. Au moment de ma visite, j’ai vu plusieurs femmes trempant leur linge dans ce liquide absolument infect, ayant tout d’abord dû repousser de la main une couche de débris de toute sorte qui formait une nappe et cachait complètement la surface de l’eau. Chevaux, vaches, porcs et femmes du Guilvinec ont les mêmes facilités pour approcher de ce réservoir.

Vers la fin de l’épidémie, l’usage du lavoir fut interdit par le maire. Je fis plus tard reconstruire ce lavoir, de façon à empêcher les eaux de se répandre sur la place et d’y séjourner; un caniveau fut établi entre la pompe et le lavoir ; le cours de l’aqueduc fut redressé et le libre écoulement des eaux vers la mer fut assuré. Des terrassements effectués aux environs du lavoir activèrent l’évacuation des eaux de pluie; enfin les parties fangeuses situées en amont du lavoir furent assainies au moyen de tuyaux de drainage, ce qui fit disparaître une vingtaine de mares. Le prix de ces travaux s’éleva à dix-neuf cents francs environ; j’obtins, pour les payer, une subvention du ministère du commerce et de l’industrie. Du reste, si la

subvention du gouvernement n’avait pas été obtenue, les travaux n’en auraient pas moins été faits ; la commission permanente du conseil général avait pris sur elle, vu l’urgence, d’en autoriser l’exécution aux frais du département.

J’ai raconté dans l’exposé général placé au commencement de cette étude l’incident relatif au logement, sous des tentes, des marins étrangers venus au Guilvinec pour la pêche du maquereau. On peut classer les mesures prises dans cette circonstance au nombre de celles qui ont prévenu le retour de l’épidémie.

Malgré ces efforts, l’épidémie cholérique de i885 fut suivie, au Guilvinec, en 1886, d’une épidémie de fièvre typhoïde. L’eau était moins stagnante, mais c’était la même eau. La fièvre typhoïde a frappé un certain nombre de familles et d’habitations déjà atteintes par le choléra. Je citerai une petite fille de sept ans, sœur du n° 10 (document A), morte de la fièvre typhoïde; le mari du n° i4 atteint d’une fièvre muqueuse en juillet 1886 ; un voisin du n° 36, mort de la fièvre typhoïde en août 1886 ; un enfant de quelques mois, mort de la fièvre typhoïde, en septembre 1886, dans la maison où le n° 47 était mort du choléra ; la femme du n° 55 atteinte de fièvre typhoïde ; un enfant mort de la fièvre muqueuse dans la maison où le n° 60 était mort du choléra ; trois enfants qui eurent la fièvre muqueuse de mai à août et qui étaient les enfants d’un marin mort du choléra le 28 octobre (n° 69); la belle-mère du n° 76 atteinte delà fièvre typhoïde ; un petit garçon de dix ans, atteint de la fièvre typhoïde dans la maison où était mort le n° 86 ; une enfant de treize ans, morte de la fièvre typhoïde, fille du n° 95 ; sa veuve et deux autres enfants eurent également la fièvre typhoïde, mais guérirent.

Le Guilvinec. — Document

cS

DATE où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DECES

et numéro dans la liste çénéralo des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le docu-

SEXE

AGE

PROFESSION

30 septembre.

1" octobre.

Fém.

67 ans.

Sans profession.

2 octobre.

4 octobre.

Fém.

29 ans.

Couturière.

5 octobre.

Fém.

18 ans.

Domestique.

8 octobre.

10 octobre.

Masc.

3 ans.

10 octobre.

11 octobre.

Fém.

63 ans.

Sardinière.

13 octobre.

14 octobre.

Fém.

33 ans.

Ménagère.

13 octobre.

15 octobre.

Masc.

Il ans.

13 octobre.

15 octobre.

60 ans.

Chiffonnier.

A.. — Les malades.

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison. j

Pauvre.

Veuve. Sujette à des diarrhées.

Sobre.

Son gendre qui habitait avec elle, était marin. Il avait été à Concarneau peu de jours avant celui où sa belle-mère est tombée malade, et s’était rencontré à Saint-Guénolé (commune de Penmarch, où avait eu lieu un décès cholérique le 26 septembre) avec des marins de Concarneau.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

On ne sait pas.

Famille pauvre.

Bonne santé. Sobre. Célibataire.

Elle habite une maison contiguë à celle où est morte le n* 2. Elle a été voir sa voisine et est tombée malade immédiatement.

Sa maladie a eu un caractère très grave.

Famille très pauvre.

On ne sait pas.

Très pauvre.

Bonne santé. Habitudes d’intempérance. Veuve.

Elle a été voir les malades précédents.

Le 10, elle a enseveli le n° lt. Le même jour elle a été prise, et est morte le lendemain.

Une certaine aisance.

Sobre. Sujette depuis longtemps à des diarrhées. Mariée.

Elle a été prise en revenant dn lavoir où elle s’était certainement rencontrée avec des personnes lavant du linge des cholériques précédents, linge que l’on ne lavait qu’au bout de quelques jours parce qu’on le cachait. Elle avait été voir le n° 2 et le n° 3 qui était domestique chez sa sœur.

Habitait la maison contiguë à celle où est mort le n° ù, enfant de 3 ans. Avait été voir son voisin qui est mort le 10 octobre. A été souffrant depuis lors, et le 13 octobre la maladie s'est déclarée.

Une petite for- • tune.

Marié. Malade depuis un mois et demi de diarrhées. Sobre. Très avare. Quoiqu’il eût une certaine fortune (on a trouvé de l’argent après sa mortj, il vivait et faisait vivre sa famille très misérablement. De cette famille, composée de 12 personnes, 8 ont été atteintes et 5 sont mortes.

Grand-père du n° 7. La maladie s’est déclarée chez lui le même jour que chez son petit-fils.

Le Guilvinec. — Document

DATE où la maladie s’est déclarée.

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le docu-

SEXE

AGE

PROFESSION

13 octobre.

Fém.

22 ans.

Son mari était marin.

14 octobre.

16 octobre.

Fém.

13 ans.

Famille de pêcheurs.

14 octobre.

17 octobre.

Fém.

51 ans.

Sardinière.

14 octobre.

23 octobre.

Fém.

Ménagère. Son mari était marin.

14 octobre.

Masc.

27 ans.

Journalier.

15 octobre.

16 octobre.

Fém.

32 ans.

Sardinière.

16 octobre.

Fém.

21 ans.

Sardinière.

16 octobre.

Fém.

38 ans.

Sardinière.

16 octobre.

Masc.

44 ans.

Maçon.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades ;

2" Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie ; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

îo ;

Pauvre.

Était enceinte. Au cours de sa maladie, elle a accouché d’un enfant qui a vécu deux jours. Sept femmes enceintes ont été atteintes par le fléau. Celle-ci et le n” 93 sont les deux seules qui aient guéri.

Fille du n” 7. A pris la maladie de son père. Sa maladie n’a pas eu un caractère grave.

Famille pauvre.

Enfant maladive.

L’on avait sorti et porté au loin la paille du lit d’un cholérique mort et d’autres objets pour les brûler. Cette enfant a trouvé ces objets pendant qu’on allait en chercher d’autres, a joué avec, s’est roulée dans la paille. Dès qu’on s’en est aperçu, on l’a renvoyée chez elle, où elle a été prise presque en arrivant; elle est morte le surlendemain.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Avait été voir le n° 9, tombée malade la veille, qui était la belle-sœur de son cousin (n° 32) et qui demeurait porte à porte avec elle.

Pauvre.

Relevait de couches. Son mari, bien portant, était couché dans un antre lit de la même chambre lorsque le D" Cosmao et le préfet ont été les voir. M. Reboul remit 10 francs au mari, et avait à peine le dos tourné, que le mari sauta à bas du lit, et fut dépenser les 10 francs du préfet à se griser abominablement. Quand il rentra chez lui, sa femme était enterrée.

A été prise à la suite d’un fort excès de table. (Son mari est le cousin du n° 10.)

Très pauvre.

Sobre. Mari du n° 26.

Gendre du n" 8. A été gravement malade.

Pauvre.

Travaillait à ce moment nuit et jour. Habitudes d'intempérance.

Mariée.

Mère du n° U. Avait conservé chez elle des linges de son enfant mort.

Très pauvre.

Sobre. Mariée.

Fille du n° 7. Femme du n” 13, dont elle a pris la maladie en le soignant. Elle a été gravement malade.

Habitudes d’intempérance.

A pris la maladie en soignant le n’ 14, qu’elle a ensevelie; sa maladie s’est déclarée au moment où elle revenait du cimetière, et a été très grave.

Pauvre.

Maladif, depuis longtemps, sujet aux diarrhées. Habitudes d’intempérance.

On ne sait pas comment il a pris la maladie. Le cas a été très grave.

Le Guilvinec. — Document

'fi

DATE

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

l’habitation

Voir le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

17 octobre.

19 octobre.

Fém.

34 ans.

Ménagère.

17 octobre.

Journalier.

17 octobre.

Masc.

26 ans.

Charretier.

17 octobre.

Fém.

48 ans.

Ménagère.

17 octobre.

Masc.

5 ans.

17 octobre.

Fém.

8 ans.

17 octobre.

Masc.

34 ans.

Marin.

18 octobre.

21 octobre.

Fém.

33 ans.

Sardinière.

Masc.

21 ans.

Pêcheur.

18 octobre.

Masc.

17 ans.

Marin.

19 octobre.

19 octobre.

Masc.

18 ans.

Soudeur de boîtes de sardines et marin.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1* État civil et habitudes de vie des malades;

2" Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Jolie aisance.

Mariée. Sobre. Enceinte de trois mois. Restée maladive à la suite d'nne iièvre typhoïde; elle donnait presque chaque année depuis lors des signes d’aliénation mentale.

Elle lavait son linge en même temps que d’autres personnes lavant des linges de cholériques. A ce moment l’usage du lavoir n’était pas encore interdit. Elle a été prise en rentrant du lavoir.

Pauvre.

Maladif. Sobre.

Travaillait avec le n° 13 qui a eu le choléra, et dont toute la famille l’avait. Maladie très grave.

Panvre.

Maladif. Très faible. Sobre.

Avait transporté le cadavre du n° lit. Est tombé malade le lendemain matin. Cas très grave.

Pauvre.

Sobre.

Mère du n" 20. A pris la maladie de son fils dès qu’elle a commencé à le soigner. Cas très grave.

Famille panvre.

Fils du n° 17. Maladie très grave.

Famille panvre.

Fille du n° 17. Maladie grave.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne.

Son habitation est contiguë à celles qui portent les n°* 7 et 9. Il avait été voir les malades de l’habitation n° 7 où le n° 15 était tombé malade la veille, le 16 octobre. Des déjections de cholériques, provenant de cette maison et du n° 9, avaient été jetées devant sa porte. Il a guéri, est retombé malade le 2 novembre et a guéri encore. Les deux fois, la maladie a été peu grave.

Maladive. Habitudes d’intempérance. Faisait en ce moment un travail forcé. Mariée.

Fille du n° 7. Elle avait soigné sou père et son fils (n°‘ 7 et 8) morts tous deux.

Panvre.

Marié. Bonne santé. Sobre.

Tenait à ce moment la mer presque tous les iours, et avait un travail très pénible.

Gendre du n° 7. Mari du n° 9, qui a guéri, et dont il a pris la maladie en la soignant.

Panvre.

Sobre. Célibataire.

Il était revenu de Saint-Guénolé ayant déjà la diarrhée. Il a soigné sa sœur (n°10) morte le 16 octobre. Cas très grave.

Pauvre.

Habitudes d’intempérance. Célibataire.

S’était rencontré à Saint-Guénolé avec des marins de Concarneau, s’y était enivré, y avait commis des excès de tout genre ; est revenu avec eux, à pied, au Guilvinec; est tombé malade et est mort le jour même de son retour.

Le Guilvinec. — Document

kl

DATE où la maladie s’est déclarée.

NUMÉRO

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

19 octobre.

24 octobre.

Fém.

40 ans.

Ménagère. Son mari était marin.

19 octobre.

Fèm.

31 ans.

Sardinière.

19 octobre.

Fém.

43 ans.

20 octobre.

Masc.

29 ans.

Journalier.

20 octobre.

Fém.

52 ans.

Ménagère.

21 octobre.

23 octobre.

Masc.

3U ans.

Pêcheur.

Fém.

28 ans.

Ménagère.

21 octobre.

24 octobre.

Masc.

4 ans.

21 octobre.

Masc.

18 mois.

21 octobre.

3 ans.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3“ Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Mariée.

On ne sait pas.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Femme du n° 19. A pris la maladie en soignant son mari. Cas grave.

Petite fortune.

Avait été voir et soigner les enfants 22 et 23, autrefois ses voisins, et avec la mère desquels elle est très liée. Cas très grave.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Fils du n' 11. Son habitation est contiguë à celle qui porte le n° 7, qui a été si fort éprouvée, et où demeurait son cousin (n° 26) qui est mort, et sa cousine (n° 9). Cas grave.

Pauvre.

Bonne santé. Toujours ivre. A plus tard perdu son mari (n° 63) auquel elle avait donné le choléra.

L’a donné à son fils (n°39) qui a guéri. Guérie elle-meme, elle a recommencé à boire, a eu une dysenterie, une fièvre muqueuse.

Se porte bien aujourd’hui, et boit toujours. Ancienne domestique d’un médecin. S’est longtemps prévalue de cette circonstance pour faire le médecin au Guilvinec.

Allait voir tous les malades pour se faire donner à boire. Cas très grave.

Pauvre.

Sujet à des diarrhées fréquentes depuis son retour du service militaire. Sobre. Marié.

On ne croit pas qu’il ait vu de malades au Guilvinec; on croit plutôt qu’il s’est rencontré à la pêche avec des pêcheurs de Concarneau.

Petite aisance.

Sobre. Enceinte de quatre ou cinq mois. Elle a refusé de prendre les remèdes du Dr Cosmao.

Quand sa maladie est devenue très grave, son mari a encore refusé d’aller acheter des remèdes à Pont-l’Abbé.

Est tombée malade en revenant du lavoir, où elle s’était très probablement rencontrée avec des personnes lavant des linges de cholériques.

Famille pauvre.

Parents ivrognes.

Fils du n° 29.

Famille pauvre.

Frère et sœur. Avaient très probablement été voir leur tante (n* 35), qui était tombée malade dans la matinée, et demeure tout

J Famille pauvre.

près de chez eux. Ont été pris le soir. Les deux cas très graves.

Le Guilvinec. — Document

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voii’ le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

21 octobre.

Masc.

Soudeur de boîtes de sardines et marin.

22 octobre.

24 octobre.

Fém.

2 ans.

22 octobre.

29 octobre.

Fém.

41 ans.

Ménagère.

22 octobre.

Fém.

Sardinière.

22 octobre.

Masc.

31 ans.

Marin.

23 octobre.

Fém.

25 ans.

23 octobre.

Fém.

4 ans.

Fém.

3 ans.

24 octobre.

24 octobre.

Masc.

52 ans.

Pêcheur.

24 octobre.

2 novembre.

Masc.

3 ans.

24 octobre.

33 ans.

Journalier.

25 octobre.

26 octobre.

Masc.

50 ans.

Ouvrier de port.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades ;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Petite aisance.

Maladif. Sobre.

Fils du n° 33. A pris la maladie en allant voir sa mère, auprès de laquelle le maire l’a trouvé le 21. Cas très grave.

Fille du n° 35. i

Pauvre.

Ivrogne. Prise le 22, elle paraissait s’être rétablie, s’est enivrée de nouveau, est retombée. malade, puis est morte. Mariée.

Avait été voir et soigner plusieurs cholériques, notamment son amie et compagnonne en ivrognerie, le n° 33.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Femme du n° 32. A pris la maladie en soignant son mari. Cas grave.

Pauvre.

Ivrogne. Sujet à des diarrhées depuis son retour du service militaire. Marié.

Avait été soigner le n° 34, et l’avait enseveli. Cas peu grave.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

A soigné des cholériques, notamment le n° 12, qui aété malade du 14 au 23 octobre. Elle est tombée malade le jour de la mort de son amie. Cas grave.

Fille du numéro précédent. Cas peu grave.

Famille pauvre.

Enfant chétive.

Avait été courir et jouer chez les voisins atteints par le fléau. La maison qu’elle habite touche pour ainsi dire aux habitations 7 et 9, qui ont fourni tant de malades; c’est certainement de l’un des cas de cette maison et probablement du n° 42 qu’elle a pris la maladie. Cas très grave.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Marié.

Avait été vendre du poisson à Concarneau. Avait déjà depuis quelques jours des diarrhées. A été pris en mer, ramené chez lui, et est mort le même jour.

Fils des n" 32 et 42.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Sa femme (n“ 80) avait été prendre des objets de literie chez le n° 41, après son premier rétablissement. Cas très grave.

Très ivrogne. Marié.

Les diarrhées l’ont pris en mer, où il a eu certainement des relations avec des marins de Concarneau, et avec des marins du Guilvinec.

Le Guilvinec. — Document

fc

DATE où la maladie s'est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

25 octobre.

26 octobre.

Fém.

52 ans.

Sardinière.

25 octobre.

27 octobre.

Fém.

59 ans.

Sardinière.

4 novembre.

Fém.

30 ans.

Ménagère. Son mari était marin.

26 octobre.

26 octobre.

Masc.

29 ans.

Pêcheur.

26 octobre.

27 octobre.

Masc.

40 ans.

Pêcheur.

27 octobre.

Masc.

36 ans.

Pêcheur.

26 octobre.

30 octobre.

Fém.

52 ans .

Ménagère. Son mari était carrier.

26 octobre.

3 novembre.

Fém.

63 ans.

26 octobre.

3 novembre.

Masc.

26 ans.

boulanger.

26 octobre.

5 novembre.

Masc.

35 ans.

Pêcheur.

26 octobre.

Masc.

29 ans.

Cordonnier.

27 octobre.

Masc.

42 ans.

Charretier.

27 octobre.

29 octobre.

Masc.

53 ans.

Sabotier.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Pauvre.

Sobre. Veuve.

Mère du n° 26. A pris la maladie en soignant son fils.

Pauvre.

Très ivrogne. Veuve.

Avait été voir son amie le n° 33, avec laquelle elle s’enivrait constamment.

Pauvre.

Sobre. Mariée.

Mère des n°' 37 et 38.

Assez aisé.

Assez sobre. Marié.

Avait été voir son beau-père le n° 47, pris et mort le 24, et avait passé la nuit auprès de lui après sa mort. (Pris à midi, mort à quatre heures.)

Pauvre.

Ivrogne. Marié.

Étaient tous deux du même bateau que le n° 54. Le matin du 26 octobre, ils avaient bu une grande quantité de rhum avec le n° 54, tous trois buvant dans le même verre. Ils ont été tous deux pris peu d’heures après le n° 54, et sont morts le lendemain.

Très pauvre.

Très ivrogne. Marié.

Pauvre.

Sobre. Mariée.

Avait été soigner sa fille (n° 35) et sa petite-fille (n° 40).

Pauvre.

Ivrogne. Veuve.

Avait été voir et soigner sa fille (n° 29) et son petit-fils (n° 36) morts tous deux le 24 octobre.

Petite fortune.

Ivrogne. Marié.

On ne sait pas. Il est probable qne c'est par l’eau de la fontaine qu’il employait à sa fabrication.

Pauvre.

Ivrogne. Avait des diarrhées depuis longtemps. Chétif. Poitrinaire. Marié (9 enfants).

On n’a aucune donnée certaine. II ne semble pas qu’il ait vu de malades. Il avait l’habitude de s’enivrer avec le n“ 56.

Petite aisance.

Bien portant. Sobre. Marié.

On ne sait pas. Probablement par l'eau. Cas grave.

Pauvre.

Bien portant. Très sobre. Marié.

Sa femme avait été voir le n° 52 après sa mort, l’a ensevelie, et a emporté chez elle des objets contaminés, qui n’ont été l’objet d’aucune désinfection. C’est l’habitude de donner à ceux qui mettent le corps dans le linceul et dans la bière quelque objet, le plus souvent un objet de literie, ayant appartenu au mort.

Pauvre.

Marié. Très ivrogne, comme sa femme.

Mari du n° 33, qui a été plusieurs jours malade et qui a guéri. Il a pris la maladie en la soignant.

Le Guilvinec. — Document

DATE où la maladie s’est déclarée.

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

27 octobre.

10 novembre.

Fém.

33 ans.

Débitante de boissons.

27 octobre.

Masc.

38 ans.

Marin.

27 octobre.

Fém.

6 ans.

27 octobre.

Masc.

3 ans.

Son père marin.

Fém.

17 ans.

Sardinière.

28 octobre.

28 octobre.

Masc.

31 ans.

Pêcheur.

28 octobre.

28 octobre.

Masc.

28 ans.

Pêcheur.

Masc.

58 ans.

Journalier.

28 octobre.

29 octobre.

Fém.

38 ans.

Sans profession.

28 octobre.

30 octobre.

Fém.

23 ans.

Sardinière.

Masc.

19 ans.

Sondeur de boîtes de sardines.

29 octobre.

Masc.

42 ans.

Charretier.

30 octobre.

1" novembre.

Masc.

36 ans.

Pêcheur.

30 octobre.

Fém.

45 ans.

Sardinière.

A.. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3” Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Pauvre.

Mariée. Sobre. Enceinte de trois à quatre mois.

Avait émigré dans la commune voisine de Trefliagat. Sa belle-sœur, chez qui elle était, étant tombée malade (nullement du choiera), elle a pris peur, est revenue précipitamment au Guilvinec, a été prise le jour même de son retour. Elle avait paru se rétablir, et a succombé enfin à une rechute.

Habitudes d’intempérance. Marié.

Avait soigné sa belle-sœur, le n° 29. Cas très grave.

Fille du précédent. Cas grave.

Petite aisance.

Bonne santé.

Avait été voir ses petits amis qui étaient malades, les n°‘ 37 et 38. Cas grave.

Pauvre.

Sobre. Bien portante. Célibataire.

On ne sait pas. Probablement l’eau. Cas peu grave.

Aisée.

Habitudes d’intempérance. Bonne santé. Marié.

On ne sait pas. Il avait été le 25 octobre vendre du poisson à Concarneau. Le 28, il a été foudroyé.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Mari du n° 53, qui a été malade du 25 octobre au 4 novembre.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Mari du n° 21, qui avait été prise le 17 octobre, et a été longtemps malade.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Femme du n° 62 (voir à ce numéro les renseignements) .

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Avait été soigner sa voisine, le n° 33, qui était encore malade le 28 octobre.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Célibataire.

Avait soigné son père, le n° 50, qui était mort le 26. Cas peu grave.

Pauvre.

Très ivrogne. Bonne santé. Marié.

A conduit fréquemment des corps au cimetière, entre autres le n° 50. Mais on ne peut fixer d’une manière précise comment la transmission s’est faite. Frère du n° 31, malade depuis le 19 octobre. Cas très grave.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Avait soigné sa sœur (n° 53) et son beaufrère (n“ 70).

Avait été voir et soigner le n° 33, que personne n’allait plus voir depuis la mort de son mari. Elle y allait probablement pour tâcher d’enlever quelque chose. Elle a rapporté le choléra.

Le Guilvinec. — Document

DATE

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le document B.

AGE

PROFESSION

31 octobre.

Masc.

40 ans.

Marin.

1" novembre.

2 novembre.

Masc.

3’ ans.

1" novembre.

3 novembre.

Fém.

8 ans.

1" novembre.

4 novembre.

Fém.

28 ans.

Ménagère. Son mari marin.

1" novembre.

Masc.

12 ans.

Son père pêcheur.

1" novembre.

Fém.

3 ans.

Id.

3 novembre.

6 novembre.

Masc.

7 ans.

Sa mère sardinière.

3 novembre.

4 novembre.

Masc.

17 ans.

Sans profession.

3 novembre.

Fém.

42 ans.

Sardinière.

4 novembre.

5 novembre.

Fém.

37 ans.

Sardinière.

4 novembre.

5 novembre.

Fém.

37 ans.

Sardinière.

4 novembre.

16 ans.

Domestique.

4 novembre.

Fém.

36 ans.

Son mari marin.

4 novembre.

Fém.

2 ans.

Son père marin.

5 novembre.

6 novembre.

Son père marin.

5 novembre.

Fém.

31 ans.

Débitante de boissons. j

6 novembre.

12 novembre.

Masc.

22 mois.

A.. — Les malades (Suite).

SITUATION

1° État civil et habitudes

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très

FORTUNE

de vie des malades;

grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Marié.

Il avait été voir et soigner son ami et voisin le n° 75. Cas grave. j

Fils du n" 77.

Fille du n° 49.

Jolie fortune.

Mariée. Bonne santé. Sobre. Enceinte de cinq ou six mois.

Elle avait été voir sa cousine n° 53, qui était malade depuis le 25 octobre, et est morte comme elle le 4 novembre.

Famille pauvre.

Sujet depuis assez longtemps à des diarrhées.

Fils du n“ 60. Cas peu grave.

Famille pauvre.

Bien portante.

Sœur du précédent. Cas très grave.

Famille pauvre.

Sa mère ivrogne.

Courait chez les malades, demandant l’aumône.

Pauvre.

Idiot. Célibataire.

Jouait constamment avec le numéro précédent qui habitait la même piece que lui, qui est tombé malade le même jour que lui, et avant lui. Il est donc très probable que c’est de cet enfant qu’il a pris la maladie.

Pauvre.

Sujette à des diarrhées. Habitudes d’intempérance. Quand le Dr Coffec est allé la voir, son mari, ivre-mort, était couché sur un banc le long du lit de la malade. Sa femme lui vomissait sur la figure. Il a fallu renoncer à le tirer de là. Il n’a rien eu.

A été voir et soigner son voisin le n° 49, qui est resté malade très longtemps.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Avait soigné, jusqu’à sa mort, le n° 76, mort le 1" novembre. C’est elle qui avait brûlé la literie et désinfecté la maison.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Mariée.

On ne sait rien sur l’origine de ce cas.

Aisée.

Santé chétive. Sobre. Célibataire.

On ne sait pas. Elle a été prise de diarrhées en revenant d’un enterrement de cholérique. Cas peu grave.

! Famille pauvre.

Maladive. Sobre. Mariée.

Femme du n° 76. Cas grave.

Famille pauvre.

Fille de la précédente. Cas peu grave.

Famille pauvre.

Bien portante.

Fille du n“ 77.

Aisée.

Enceinte de quatre mois lorsqu’elle est tombée malade. A heureusement accouché à terme.

Femme du n” 61. Cas très grave.

Frère du n° 48. Fils du n° 42, qui était encore malade le 6 novembre.

Le Guilvinec. — Document

PS

DATE où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le docu-

AGE

PROFESSION

7 novembre.

8 novembre.

Masc.

42 ans.

Pêcheur.

8 novembre.

9 novembre.

Masc.

Dedcan.

8 novembre.

Fém.

19 ans.

Sardinière.

8 novembre.

Masc.

33 ans.

Charretier.

9 novembre.

9 novembre.

Masc.

37 ans.

9 novembre.

12 novembre.

Masc.

3 ans.

Son père marin.

10 novembre.

13 novembre.

Fém.

6 ans.

Son père marin.

10 novembre.

Fém.

14 ans.

Sardinière.

12 novembre.

Masc.

56 ans.

Pêcheur.

11 novembre.

14 novembre.

Masc.

54 ans.

Carrier.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

de

FORTUNE

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

1” État civil et habitudes de vie des malades;

2“ Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie ; 3” Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Le 3 novembre, en revenant du cimetière où il venait d’enterrer sa femme, étant ivre du reste, il a demandé au maire de le fiancer à une autre femme qu’il a conduite à la mairie avec le père de cette femme. Quatre jours après, il était pris lui-même, ei le lendemain il mourait.

Mari du n” 77, et père des n" 79 et 92.

Pauvre.

Très ivrogne. Avait été pris légèrement une première fois, s’était rétabli, s’est enivré de nouveau, et a eu une rechute dont il est mort en vingt -quatre heures.

Marié.

Avait été, après la mort des n01 53 et 70, soigner leurs enfants, les n”’ 37 et 38, qui ont été malades très longtemps.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

A soigné le n° 64, qui était tombée malade le 24 octobre, et n’est morte que le 10 novembre. Cas grave.

Pauvre.

Assez chétif. Sobre. Marié.

On ne sait pas d’une manière précise.

C’est lui qui a porté presque tous les corps au cimetière. Il habite le rez-de-chaussée de la maison où le n° 56 est mort au premier étage. Cas très grave.

Pauvre.

Très ivrogne. Bonne santé.

Marié.

Avait été voir et soigner le n° 95, ivrogne comme lui, et l’avait enseveli. '

Famille pauvre.

Enfant maladif. Parents sobres.

Les enfants du n° 99 ont été dès le matin du jour où leur père est tombé malade, envoyés à la maison 57. Dans la journée, un des enfants (n° 100) habitant auparavant la maison, était pris.

Famille pauvre.

Père très ivrogne.

A pris la maladie en allant chez son voisin, le n° 75, qui habite la maison contiguë et était malade depuis le 29 octobre (nièce du n° 57, cousine des n”1 35 et 40).

Pauvre.

Chétive.

Était seule à soigner sa tante, le n° 97 dont le mari était au service. Cas très grave.

Pauvre.

Bonne santé. Habitudes d’intempérance. Marié.

A soigné et enseveli, sans prendre les précautions nécessaires, le n° 99.

Aisé.

Bonne santé. Sobre. Marié.

11 n’avait pas vu de malades depuis longtemps. Mais il avait des voisins très proches, par exemple les n”’ 9 , 24 , 46 et d’autres, qui n’étaient pas guéris, et malgré les prescriptions et la surveillance, on continuait à jeter des déjections devant sa porte.

Le Guilvinec. — Document

DATE

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

l’habitation

Voir le docu-

SEXE

AGE

PROFESSION

11 novembre.

Masc.

23 ans.

Ouvrier cordonnier.

12 novembre.

13 novembre.

Fém.

72 ans.

Mendiante.

12 novembre.

Fém.

45 ans.

Sardinière.

13 novembre.

Fém.

67 ans.

Chiffonnière.

13 novembre.

Masc.

2 ans.

Son père marin

Fém.

54 ans.

Ménagère.

14 novembre.

Masc.

15 ans.

Marin.

16 novembre.

17 novembre.

Fém.

36 ans.

Sardinière.

16 novembre.

Fém.

41 ans.

Son mari marin.

22 novembre.

24 novembre.

Masc.

13 ans.

Mousse.

23 novembre.

23 novembre.

Masc.

28 ans.

Pêcheur.

A. — - Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1* État civil et habitudes de vie des malades;

2“ Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie ; 3" Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

xo

Pauvre.

Très ivrogne. Célibataire.

Frère du n° 28 mort le 19 octobre dans la même maison. Ouvrier du n° 61, qui était tombé malade le 26 octobre et s’était rétabli promptement. Le n“ 105 a été chercher de la glace pour la femme de son patron (n° 93), a porté la glace dans la chambre, a frictionne la malade, y est retourné après son souper, et a été pris avec une extrême violence en rentrant chez lui. Le médecin a cru à un cas foudroyant ; deux jours après le malade vaquait à ses affaires.

Très pauvre.

Bonne santé. Sobre. Célibataire.

Avait été voir la veille le n° 103, qui venait d’être pris. Choléra sec.

Pauvre.

Bonne santé. Ivrogne. Veuve.

Avait été voir et soigner le n° 99 et a soigné, dans la maison contiguë, le n° 100. Cas peu grave.

Très pauvre.

Maladive. Sobre. Célibataire.

A pris la maladie de sa nièce, le n° 101. Couchait avec elle pendant les premiers temps de sa maladie. Cas très grave.

Famille pauvre.

Parents sobres.

A pris la maladie du n° 98, qui a été longtemps malade, et logeait dans la même maison, au rez-de-chaussée, dans une chambre contiguë. Cas grave.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Grand’mère du précédent qu’elle a soigné et dont elle a pris la maladie dès le lendemain.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre.

Fils du n° 107. Cas peu grave.

Pauvre.

Maladive. Sobre. Veuve.

A pris la maladie du n° 107 qu’elle a soigné, et qui occupait un logement dans la même maison qu’elle.

A été voir et soigner des cholériques, mais on ne sait pas d’une mauière précise comment elle a pris la maladie. Cas peu grave.

Pauvre.

Santé assez chétive.

Est venu au Guilvinec prendre part à un repas de baptême; est rentré malade. Est-ce l’eau qui lui a donné la maladie ?

Pauvre.

Ivrogne. Avait eu une diarrhée qu’il avait bien soignée; est reparti trop tôt pour la mer, s’esl enivré, a mangé des poissons crus, et a été repris. Marié.

Avait pris le germe de la maladie de son beau-frère le n° 99.

Le Guilvinec. — Document

| ►* N" d'ordre. I

DATE

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

Voir le document B.

SEXE

AGE

PROFESSION

24 novembre.

Masc.

2 ans.

Masc.

55 ans.

Pêcheur.

27 novembre.

1" décembre.

Fém.

47 ans.

Ménagère.

27 novembre.

2 décembre.

Fém.

23 mois.

Son père marin.

Fém.

4 ans.

28 novembre.

Masc.

3 ans.

29 novembre.

5 décembre.

Fém.

24 ans.

Ménagère.

1" décembre.

Fém.

38 ans.

Sardinière.

1" décembre.

Masc.

45 ans.

Sondeur déboîtés de sardines.

A. — Les malades (Suite).

SITUATION

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

de

FORTUNE

1° État civil et habitudes de vie des malades;

2“ Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie; 3° Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison.

Fils du précédent. Cas grave.

Pauvre.

Maladif. Sobre. Marié.

Père du n° 11 i. Son fils avait été au cours de sa maladie changé de lit. Lorqu’après la mort, on vint brûler la literie, le père, qui avait déjà caché une partie des objets ayant servi à son fils, ne parla pas du second lit où celui-ci avait été mis. Il se coucha le soir dans ce lit, avec les couvertures qu’il avait cachées. Le lendemain, il tombait malade, et mourait le soir meme.

Jolie fortune.

Bien portante. Sobre. Veuve.

Son mari, patron de barque, avait eu pour pêcheur le n° 115, avec lequel elle était restée en relation. Du reste, le n° 115 allait tous les jours chez un débitant de boissons qui habite la maison 66, et où l’on entre par la porte qui conduit chez le n" 118.

Aisée.

Parents sobres.

On ne sait pas.

Fille du n° 112. A pris la maladie du n° 116, même maison. Cas peu grave.

Famille pauvre.

A pris la maladie du n° 116. Cas grave.

Pauvre.

Maladive. Sobre. Enceinte de cinq à six mois. Son mari, ivrogne, couchait dans son lit et n’a rien eu.

Tante du n° 119, de qui elle a pris la maladie en la soignant.

Pauvre.

Ivrogne. Célibataire.

A pris la maladie en soignant le n” 118 qui, veuve, n’avait personne pour l’assister et l’avait appelée auprès d’elle. Cas grave.

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Marié.

Mari du n° 88, morte le 5 novembre. Après la mort de sa femme, il a tout brûlé chez lui, y compris le lit, a désinfecté la chambre et ceux des vêtements qu’il gardait, a émigré immédiatement après. Il n’est revenu que le 1"' décembre, et le jour même, dès qu’il a été rentré dans la chambre où sa lemme était morte, il a été pris. Cas peu grave.

Le Guilvinec. — Document

DATE

où la maladie s’est déclarée.

DATE

des

DÉCÈS

et numéro dans la liste générale des décès du Finistère.

NUMÉRO

de

l’habitation

voir le document B.

SEXE

AGE

3 décembre.

A décembre.

Fém.

23 ans.

Ménagère .

13 décembre.

13 décembre.

Fém.

22 ans.

Débitante de boissons.

A. — Les malades (Fin).

SITUATION

de

FORTUNE

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

1° État civil et habitudes de vie des malades ;

2° Manière dont on suppose que les malades ont pris la maladie ; 3“ Caractère très grave, grave ou peu grave de la maladie en cas de guérison. j

Pauvre.

Bonne santé. Sobre. Mariée.

Mère du n° 119. « Malgré mes conseils, on s’est absolument refusé à employer les moyens de désinfection; il a fallu l’intervention des gendarmes pour l’ensevelissement à bref délai, ainsi que pour l’incinération des objets de literie contaminés. Le 3, la mère mourait. Même résistance des parents malgré de nouveaux avis. Le père, venu au Guilvinec pour régler la succession, prend la maladie et meurt le 10, etc. « Rapport de M. le Dr le Tersec.

Aisée.

Mariée. Bonne santé. Sobre.

Tante du n° 119, qu’elle a soigné, et bellesœur du n° 125 qu’elle a également soignée. Puis, elle a été à Plomeur soigner son beaupère, qui y habitait, était venu au Guilvinec, dans la maison 67, pour y régler la succession de sa fille, le n° .125, y avait pris la maladie et a guéri. Elle est revenue de Plomeur malade ; le choléra s’est tout à fait déclaré le 13 décembre et elle est morte le même jour.

Guérisons

Planche 12.

Le Guilvinec. — Tableau chronologique clés cas et des décès.

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Troisième annexe au document A. — Les transmissions.

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