XIV. — PLOUHINEG
Épidémies antérieures (P).
Superficie: 2.8o5 hectares.
Population: dénombrement de 1886: totale, 4-5g6 (1881: 4.262); agglomérée, 3 12.
Taux moyen, de 1882 ài885, de l’excédent des naissances sur les décès: 18, 48 pour 1.000 habitants.
Taux moyen, de 1882 à i885, de la mortalité: 26,23 pour 1.000 habitants 1 .
Nombre des maisons: 780; des ménages : 791.
Spiritueux: au cours d’une année (i885), la consommation du vin, par tête d’habitant, a été de 5 litres, du cidre de 2 litres, de l’alcool de 4 lit 9.
Épidémie de 1 885-86.
Population exposée (hameaux de Kérédan, Saint-Jean, Kergréah, Brénilour, Menglenot, Kervoazec, Quélarnec, le bourg et Poulgoazec) : 1.323 habitants se subdivisant ainsi:
1° Division par groupes d’âge et par sexe •'
Hameaux autres que Poulgoazec.
De 0 à 1 5 ans
( Garçons
£ Filles.
De i5 à 60 ans
( Hommes
( Femmes
Au-dessus de 60 ans . . .
( Hommes
Poulgoazec .
De 0 à i5 ans
( Garçons
1 Filles
De i5 à 60 ans
( Hommes
( Femmes
Au-dessus de 60 ans . . .
( Hommes.
( Femmes
Voir p. 1 48 comment ces chiffres ont été obtenus.
2° Division par état civil ( enfants jusqu’à 15 ans non compris):
Hameaux autres que Poulgoazec.
( Femmes
Mariés
( Hommes.
( Femmes
Veufs
( Hommes
( Femmes
Poulgoazec.
Célibataires
( Hommes
( Femmes
Mariés
( Hommes
( Femmes
Veufs
( Hommes
( Femmes
Les professions qui ont fourni des victimes au choléra se chiffraient comme suit au dénombrement de 1886 :
Hameaux autres que Poulgoazec.
f Marins 97
Hommes. ) Cultivateurs 64
( Journaliers 5
( Ménagères 120
Femmes ) Journalières 22
y Couturières 6
f Sans profession 73
Poulgoazec.
! Marins 92
Cultivateurs 6
Sans profession 8
Femmes (Ménagères. 85
( Sans profession. 15
Nombre des maisons exposées: a\o; des ménages : 244.
Durée de l’épidémie: du 16 novembre i885 au 23^février 1886 Nombre des décès: 4fi (i3 enfants, dont 6 garçons, 7 filles; i5 hommes;
Proportion des décès cholériques, en i885-86, au chiffre de la population exposée: hameaux autres que Poulgoazec (16 : 856) 18, 6g p. 1.000; Poulgoazec (33 : 467) 78,66 p. 1.000.
Il faut immédiatement diviser en deux groupes les 4g décès de Plouhinec: 16 de ces décès se sont répartis entre huit villages comp-
1 Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 10, p. ikk .
tant ensemble près de 900 habitants ; 99 cas et 33 décès se sont produits dans le seul hameau de Poulgoazec, qui n’a que 467 habitants. C’est 21,19 cas et 7,06 décès pour 100 habitants. Proportion énorme qui signale à l’attention l’épidémie de cette petite localité.
Il était difficile qu’elle y échappât. Poulgoazec n’est séparé d’Audierne que par un bras de mer très étroit. Lorsque les marins viennent pêcher dans les eaux d’Audierne ou vendre leur poisson aux usines de cette ville, ils débarquent à Poulgoazec, si les logements d’Audierne sont trop encombrés. C’est ce qui est arrivé maintes fois pendant la durée de l’épidémie. Les marins de Poulgoazec euxmêmes sont aussi souvent à Audierne que chez eux.
Le 16 novembre i885, un marin pêcheur, âgé de cinquantedeux ans, mourait du choléra. Revenait-il d’Audierne ? Avait-il reçu chez lui un marin étranger P II est bien probable que l’une au moins des deux hypothèses est vraie. Trois jours après, le 19, un marin et sa femme mouraient tous deux. Les décès se succèdent ensuite rapidement: 2, le 20 novembre, 4, le 23 ; puis une ou plusieurs morts, presque chaque jour, jusqu’au 22 décembre. A partir de cette date, les décès s’espacent. Les deux derniers, l’un d’une femme de cinquante et un ans, l’autre d’une petite fille de sept ans, ont eu lieu les 20 et 21 février.
Sur les 99 cas du groupe de Poulgoazec, il y en a i5 d’enfants âgés de moins de dix ans : 7 petites filles, dont 5 sont mortes (18 mois, 3 ans, 3 ans, 7 ans, 8 ans) ; 8 petits garçons, dont 4 sont morts (22 mois, 2 ans, 3 ans, 7 ans). Il y en a 6 de garçons âgés de dix à quinze ans, dont deux sont morts (10 ans, i5 ans) : aucune fille de cet âge n’a été atteinte. Dès l’âge de dix ans, les garçons vont à la mer. Les relations journalières des pêcheurs de Poulgoazec avec la population contaminée d’Audierne ont dû renouveler sans cesse l’apport des germes morbides, et dans cette œuvre inconsciemment funeste, les petits mousses aidaient leurs pères. C’est en tout cas un fait curieux que l’immunité des filles de dix à quinze ans. De quinze à vingt ans, 5 jeunes hommes sont pris; tous ont guéri; 3 jeunes filles sont prises, une (20 ans) est morte. De vingt à trente ans, 22 personnes, 10 hommes et 12 femmes, ont eu le choléra. Un marin de vingt-huit ans est mort ; pas une des femmes n’a succombé. De trente à cinquante ans, 33 cas : 18 hommes, dont 4 sont morts (37 ans, 38 ans, 4i ans, 48 ans) ; i5 femmes, dont 7 sont mortes (35 ans, 38 ans, 38 ans.
45 ans, 47 ans, 47 ans, 48 ans). Enfin, au-dessus de cinquante ans, toutes les femmes atteintes, au nombre de 5, ont succombé (5i ans, 52 ans, 53 ans, 59 ans, 64 ans); 10 hommes ont été pris, dont 4 sont morts (52 ans, 56 ans, 61 ans, 61 ans). En résumé, le nombre des malades du sexe masculin (57) a été notablement supérieur à celui des malades du sexe féminin (42), mais les premiers ont beaucoup mieux résisté à la maladie. Le sexe masculin ne compte que i5 décès (26 p. 100), tandis que le sexe fémiuin en compte 18 (43 p. 100).
A Poulgoazec, comme partout, l’absence de toutenotion d’hygiène, l’insalubrité des maisons, la mauvaise tenue des voies publiques facilitaient la propagation de la maladie. Les immondices séjournaient aux alentours des maisons et dans les rues. Partout des eaux croupissantes ou s’écoulant doucement vers un des deux puits d’où les habitants tiraient leur eau de boisson. L’un de ces puits se trouve près de la mer, au bas du village. La rue principale y aboutit. Ses abords, quand je le visitai pour la première fois, étaient dans un état de saleté repoussante. Pour en approcher, il fallait marcher dans un fumier. C’est que la rue principale, outre les immondices de toute sorte qu’elle charriait, recevait par des ouvertures pratiquées dans les pignons, sur le bord du chemin, le purin s’écoulant des soues à porc que presque tous les habitants avaient installées dans leur logis.
L’autre puits est situé à côté de l’école des fdles. Il 11’était pas moins malpropre. En contre-bas de la rue, il recevait, lui aussi, par infiltration, les eaux infectes qui séjournaient entre son seuil, la rue et deux petits murs latéraux. La cour de l’école des filles partageait avec le puits le privilège de recevoir et de retenir une bonne part des immondices du village. Voici ce qu’écrit à ce sujet le conducteur des travaux dont je vais parler : « Lorsque je fis le nivellement pour l’évaluation du remblai à exécuter, je constatai que l’épaisseur du limon formé dans la cour des filles par les eaux croupissantes qui, y déposant leurs détritus, y avaient formé un véritable foyer d’infection, n’était pas inférieure à trente centimètres. »
M. le ministre du commerce voulut bien allouer les fonds nécessaires à l’exécution des travaux les plus urgents. Le 17 février, j’envoyais par dépêche télégraphique les ordres nécessaires au conducteur des ponts et chaussées d’Audierne. Ces travaux furent
exécutés immédiatement. A l’école des fdles, un remblai de pierraille a été fait pour donner du bombement à la cour. On a également construit des caniveaux pavés autour de la cour, avec des pentes pour l’écoulement des eaux. Le puits qui alimente la partie sud de Poulgoazec a été garanti de toute contamination par un remblai. La rue principale a été assainie par la suppression des ouvertures qui servaient à l’écoulement du purin des soues à porcs, par la construction d’un caniveau en maçonnerie, de façon à ce que les eaux fussent conduites directement à l’aqueduc. Enfin, la rue a été remblayée d’une hauteur moyenne de om 80 sur l’axe, et des caniveaux latéraux ont été établis partout où il a paru nécessaire.
Pendant que ces travaux très simples, et qui ont été achevés en quelques heures, s’exécutaient, trois cantonniers étaient employés à nettoyer à fond les cours et les ruelles.
Je rappelle que ceci se passait les 17, 18 février et jours suivants; que les 20 et 21 février le choléra faisait encore deux victimes à Poulgoazec, mais que ces deux décès furent les derniers.
Plus tard, au moment de la pêche du maquereau, je donnai l’ordre au maire du Plouhinec d’interdire aux habitants de Poulgoazec de recevoir chez eux les marins qui, refusant de loger sous des tentes à Audierne, pourraient chercher un abri dans sa commune. Le maire de Plouhinec tint sévèrement la main à l’exécution de cette mesure et Poulgoazec, plus heureux que Tréboul, ne vit pas renaître l’épidémie.
Tableaux des malades.
i° Poulgoazec: guéris et décédés.