‹ Le choléraChapitre 65 sur 125 · XV. — POULDERGAT · texte numérisé non relu

XV. — POULDERGAT

Épidémies antérieures: choléra en i84{)-5o: 87 cas, 5 o décès.

- — en 1866: (?) cas, 66 décès,

fièvre typhoïde endémique au hameau de Poul-David.

Superficie: 2-995 hectares.

Population: dénombrement de 1886: totale, 2.721 (1881: 2.552) ; agglomérée, 302.

Taux moyen, de 1882 à i885, de l’excédent des naissances sur lesdécès: 23, o5 pour 1.000 habitants.

Taux moyen, de 1882 à i885, de la mortalité: i5,go pour 1.000 habitants '.

Nombre des maisons: 355; des ménages : 526.

Spiritueux : au cours d’une année (i885), la consommation du vin, par tète d’habitant, a été de 6 litres, du cidre de 3 litres, de l’alcool de 4 lit. 4-

Épidémie de 1 885-86.

Population exposée (le bourg et les hameaux de Kerstrad, Kerléguer-Vihan et Poul-David): 1.281 habitants se subdivisant ainsi :

f° Division par groupes d’âge et par sexe:

Bourg et hameaux autres que Poul-David.

De o à i5 ans (Garçons 62

( Filles 69

De i5 à 60 ans. . . . j Hommes 75

( Femmes 91

Au-dessus de 60 ans. $ Hommes. 14

( Femmes 14

Poul-David.

De 0 à i5 ans

( Garçons

( Filles

De i5 à 60 ans.

C Hommes

( Femmes

Au-dessus de 60 ans .

( Hommes

( Femmes

* Voir p. i48 comment ces chiffres ont été obtenus.

2° Division par état civil (enfants jusqu’à 15 ans non compris): Bourg et hameaux autres que Poul-David.

Célibataires

( Hommes

Mariés

1 Hommes

( Femmes

Veufs

) Hommes

( Femmes

Poul-David.

Célibataires

( Hommes

( Femmes

Mariés

( Hommes

( Femmes

Veufs

£ Femmes

Les professions qui ont fourni des victimes au choléra se chiffraient comme suit au dénombrement de 1886 :

Hommes

Femmes

Marins

Cultivateurs Journaliers .

Menuisiers. .

Tisserands . .

I Ménagères

\ Couturières

<: Marchandes de friture,

I Aubergistes

( Buandières

Nombre des maisons exposées : 187; des ménages: 298.

Durée de l'épidémie: du 19 novembre i885 au 9 mars 1886 ’ .

Nombre des décès: i5 (2 enfants, filles; 6 hommes ; 7 femmes).

Proportion des décès cholériques, en 1 885-86, au chiffre de la population exposée: (i5 : 1.281) 11,70 p. 1.000.

Comme l’épidémie de Plouhinec est celle de Poulgoazec, ainsi l’épidémie de Pouldergat est celle de Poul-David, hameau très rapproché de la mer, touchant Douarnenez.

Le 16 novembre i885, un marin, âgé de quarante-neuf ans, qui possédait une petite embarcation et avait des relations quotidiennes avec Douarnenez, rentrait malade à Poul-David. Il mourut le 19 novembre. Ce décès resta isolé.

• Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 10, p. i44.

Mais le 3 décembre 2 décès se produisent tout à coup, puis 5 autres du 8 au 17. En décembre, en janvier, rien. Le 9 février, l’épidémie reparaît et fait 6 victimes. Enfin, une femme de vingtneuf ans meurt le 9 mars. Total des décès : i5. D’après la municipalité de Pouldergat, le nombre des cas se serait élevé à 33 ; 24 femmes et seulement 8 hommes auraient été atteints. Morts: 6 hommes, 7 femmes et 2 fillettes de moins d’un an.

Cette disproportion, fort rare à ce degré, entre les deux sexes, est peut-être un indice des causes particulières de l’épidémie. Elle s’est manifestée, comme l’indique la date des décès, par saccades; il y a 2 victimes le 3 décembre ; 2, le père et la fille, au petit hameau de Kerléguar-Vihan, les 8 et 9 décembre; 2 le 11 février. Si l’on examine les noms des malades qui n’ont pas succombé, on remarque également la présence de groupes : trois membres d’une famille, trois d’une autre, quatre d’une troisième. Ces deux ordres de faits, le grand nombre de femmes malades et l’action intermittente de la maladie, semblent indiquer qu’il s’agit moins d’une épidémie se développant régulièrement que d’accidents isolés. Poul-David est une localité très pauvre. Personne n’y signala la présence du choléra. Pas de médecin; pas de désinfectants. On conservait précieusement la literie et les linges des cholériques ; on les lavait à la fontaine ; on prenait le mal; on l’introduisait dans la maison ; il faisait 2 ou 3 victimes. Chaque fois que le lavage de linges contaminés avait lieu, deux ou trois cas se produisaient. Et comme c’étaient les femmes qui lavaient le linge, ce sont elles aussi qui fournissaient le plus fort contingent de malades.

L’eau bue à Poul-David est l’eau des puits ; la plupart de ces puits ne sont garantis par aucune margelle contre les écoulements superficiels. Les habitants sont d’une indifférence fataliste que la présence du choléra ne parvint pas à secouer. Le 17 février 1886, j’écrivais au ministre du commerce :

J’étais avisé lundi dernier (i5 février) par le conseiller général du canton de Douarnenez que trois ou quatre jours auparavant un enfant était mort du choléra au village de Poul-David, dans la commune de Pouldergat, et qu’avant cet enfant sa nourrice était morte de la même maladie. Il ne m’avait été signalé dans cette commune que 4 décès cholériques, 2 en décembre i885 et 2 en janvier, l’un le 10 et l’autre le i3. Pouldergat est limitrophe de Douarnenez et Poul- David est à un kilomètre et demi de cette ville. Je télégraphiai immédiatement à M. le Dr Charrin qui, à la suite de sa visite à Guengat, s’était transporté à Douarnenez. Il avait été prévenu du fait de Poul-David avant l’arrivée de ma dépêche et était parti pour celte localité. Là, il apprit que, comme à Guengat, le

choléra régnait depuis les derniers cas signalés. Comme à Guengat aussi, le maire ignorait ce qui se passait. Aucun des médecins de Douarnenez qui, je le répète, esta un kilomètre et demi, n’avait été appelé. Nous avions, en allant de Douarnenez à Audierne, traversé Poul-David avec MM. Proust et Charrin, sans nous douter que l'épidémie y régnât. J’ai fait venir le maire à Quimper, je lui ai donné toutes les instructions nécessaires, des désinfectants et de l’argent pour ses indigents malades, la population de Poul-David étant exceptionnellement misérable.

Il est question dans cette lettre de 2 décès cholériques qui se seraient produits les io et i3 janvier. Néanmoins, quand je voulus recueillir les renseignements nécessaires à l’histoire de l'épidémie, il fut impossible de relever à ces dates un seul décès dont la cause fût imputée au choléra. Et sur le tableau des malades l’on ne trouvera pas un cas en janvier. Il me paraît très vraisemblable que dans cette commune le nombre des malades enregistrés, peut-être même celui des morts, est inférieur à la réalité. On n’a tenu un compte sérieux des uns et des autres qu’à partir du moment où l’attention de l’administration a été éveillée et s’est affirmée. La fièvre typhoïde vint à Pouldergat se joindre au choléra. Le 24 février, le maire me télégraphiait : « Six cholériques convalescents. Pas de nouveaux cas. Trois fièvres typhoïdes. »

Le jour même où j’appris la vérité, le i5 février, je fis interdire l’usage des puits. Les habitants furent contraints d’aller chercher l’eau nécessaire à leurs ménages à la fontaine de Pouldergat. Cette interdiction accompagnait les prescriptions hygiéniques générales que j’allais répandre dans tout le département par mon avis du 18 février ’, notamment de brûler les linges des cholériques, ou, en cas d’impossibilité, de les faire séjourner pendant quatre heures dans la solution désinfectante forte. Enfin, deux cantonniers étaient envoyés à Poul-David pour mettre les rues, les chemins, les cours en état de propreté.

Ces mesui'es ont-elles subitement arrêté les progrès du mal? Une telle affirmation est toujours téméraire. Mais il est légitime de constater le fait qu’elles ont coïncidé avec sa disparition. Il n’y a plus eu à Poul-David qu’un seul cas de choléra, beaucoup plus tard, cas importé de Tréboul. Le 6 mars, mourait à Poul-David une femme de vingt-neuf ans, dont le mari allait mourir le lendemain, io, à Tréboul chez sa mère. Il est remarquable que le germe ainsi importé n’a pas prospéré et que ce cas est resté isolé.

1 Voir p. 77.

Tableaux des malades.

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