‹ Le choléraChapitre 85 sur 125 · XIX. — PLONEVEZ-PORZAY · texte numérisé non relu

XIX. — PLONEVEZ-PORZAY

Épidémies antérieures : choléra en 18^9 : 4o cas, 3i décès.

Superficie : 4 -58a hectares.

Population : dénombrement de 1886 : totale, 3.o3a (1881 : 2.905); agglomérée, 33 1.

Taux moyen, de 1882 à i885, de l’excédent des naissances sur les décès : 17,29 pour 1.000 habitants.

Taux moyen, de 1882 à i885, de la mortalité : a3,i3 pour 1.000 habitants Nombre des maisons : 498; des ménages: 5 10.

Spiritueux : au cours d’une année (i885), la consommation du vin a été, par tète d’habitant, de 8 litres, du cidre de 10 litres, de l’alcool de 3 lit. 9.

Epidémie de 1 885-86.

Population exposée (hameaux de Penfrat, Tréfentec, Riz et Talarhoat) : 259 habitants se subdivisant ainsi :

J® Division par groupes d'âge et par sexe :

De o à i5 ans. . . . |

De i5 à 60 ans. . . S

Au-dessus de Go ans. ?

Garçons .

Hommes.

Femmes.

2° Division par état civil ( enfants jusqu’à 15 ans non compris) :

Célibataires .

Mariés. . . . .

Veufs

Hommes.

Femmes.

Hommes.

Femmos .

Hommes.

Femmes.

Les professions qui ont fourni des victimes au choléra se chiffraient comme suit au dénombrement de 1 886 :

Hommes ,

Cultivateurs Charretiers. , Journaliers

* Voir p. i48 comment ce» chiffre» ont été obtenu».

Nombre des maisons exposées : 49 ; des ménages : 52.

Durée de l’épidémie : du 29 novembre i885 au 18 janvier 1886

Nombre des décès : 10 (4 enfants, dont 2 garçons, 2 filles; 3 hommes ;

Proportion des décès cholériques, en i885-86, au chiffre de la population exposée : (10; 25g) 48, 61 p. 1.000.

La commune de Plonévez-Porzay est une de celles dont l’état sanitaire a été étudié par l'agent voyer cantonal. Voici son rapport.

A.u bourg de Plonévez-Porzay le sol est très perméable jusqu’à la profondeur de 1 m. 20 environ ; ensuite on trouve un sol schisteux.

Au bourg de Kerlaz le sol est moins perméable, comme se trouvant sur un point plus élevé. On trouve le rocher à moins d’un mètre.

Le village de Tréfentec est bâti en entier sur un rocher compact au-dessus de la mer.

L’eau bue par les habitants de Plonévez-Porzay est très saine, claire et limpide, provenant en grande partie des fontaines de Saint-Michel et de Bicherel, dont la première se trouve à environ 4oo mètres de l’agglomération et la deuxième à environ 600 mètres. Le surplus est pris dans les puits du bourg dont l’eau est excellente ; et c’est celle dernière que l’on emploie en plus grande quantité pour les besoins des ménages. Ces puits sont tous construits à la hauteur des habitations et il n’y a rien qui puisse les contaminer.

Au bourg de Kerlaz il n’y a point de fontaine ; mais il y a de bons puits dont l’eau est excellente, au dire de tous les habitants. Ces puits sont construits au moins au niveau des habitations, et quelques-uns au-dessus.

A Tréfentec, les puits sont tous creusés dans le roc. Aussi, l’eau est de bonne qualité. Ces puits ne tarissent jamais. Il y a en outre une excellente fontaine située en dehors de l’agglomération et qui ne peut être contaminée, grâce à sa position élevée. Un ne se sert presque jamais de l’eau de pluie pour les besoins des ménages. Il n’y a point de citerne ni de tuyaux pour conduite d’eau. Quant à la suffisance de l’eau potable, elle est en général assez grande, attendu que les sources sont abondantes. La quantité d’eau consommée par personne et par jour, dans chaque ménage, est d’environ 4o litres, tant poulies besoins du ménage que pour le bétail .

La vidange des maisons de la commune n’a jamais besoin d’avoir lieu, attendu qu’il n’existe ni baquets, ni fosses d’aisances nulle part : les matières fécales sont directement déposées dans le plus près courtil ou dans le verger ; les résidus de la vie servent d’engrais à la terre. Les crèches et étables sont nettoyées en général trois ou quatre fois par an et le fumier est transporté sous peu de jours aux champs auxquels il est destiné comme engrais. Il est répandu ensuite sur la surface et après le charruage il se trouve entre deux couches de terre d’où il ne peut en aucune façon contaminer les eaux potables.

Dans les trois villages ayant seuls vingt ménages, Pionévez, Kerlaz et Tréfentec, il n’existe point de nappes d’eaux stagnantes et malsaines .

1 Voir les observations météoriques pour cette période à la planche 10, p. i44-

Journalières . .

Tailleuses Chiffonnières .

Cabaretière. . .

Il n’existe pas non plus de cours d’eau dans ces trois centres, si ce n’est à Bicherel en Plonévez, à Kératry en Kerlaz. Ces deux cours d’eau tombent à la mer au pont du Riz ^baie de Douarnenez). Un troisième cours d’eau, celui du moulin de Tréfentec, tombe aussi directement à la mer.

Le linge se lave ordinairement à Plonévez dans un lavoir public qui se trouve à 5oo mètres environ du bourg et dont l’eau s’écoule dans un ruisseau appelé le Douric, situé à ioo mètres du lavoir.

A Kerlaz, les habitants sont obligés d’aller laver leur linge au lavoir de Saint-Germain situé à environ 800 mètres du bourg et dont l’eau sert ensuite à irriguer les prairies en-dessous.

A Tréfentec, le lavage du linge est très commode; il se fait ordinairement dans le ruisseau du moulin dont les eaux vont directement à la mer; les grandes marées de l’année viennent chaque fois jusqu’à ce point.

Les principales rues étant des chemins vicinaux sont nettoyées par les cantonniers, les autres par les soins des municipalités et plus souvent par les particuliers.

En général, il n’y a pas de cour intérieure dans les maisons des villages.

Ainsi qu’il a été dit plus haut, les eaux dont se servent les habitants des villages indiqués au présent rapport sont d’excellente qualité et en général en quantité suffisante. Il n’y a donc pas lieu d’exécuter des travaux pour mettre les sources à l’abri de la contamination des eaux malsaines.

En i885, il s’élait produit un cas au bourg de Riz, hameau de Plonévez-Porzay, très proche de Douarnenez. Une femme âgée de cinquante-neuf ans, cabarelière, avait ramassé sur les bords de la rivière la balle provenant des lits des cholériques de Douarnenez. Gomme la pauvre fille de Ploaré *, c’était pour faire une litière à ses vaches. Comme elle aussi, elle prit le choléra et mourut le 16 novembre après avoir été visitée par le D1' Bizien. Le cas resta isolé.

L’épidémie de Plonévez-Porzay est à proprement parler l’épidémie de Tréfentec, village comptant environ i5o habitants, situé au bord de la mer, à 3 kilomètres du chef-lieu de la commune, en relation permanente avec Douarnenez.

Le choléra y apparut au commencement de janvier 1886. Un journalier, âgé de cinquante-cinq ans, tomba malade le samedi 2 et mourut le lendemain 3 janvier. On ignore s’il était allé à Douarnenez ou s’il avait été en rapport, dans les cabarets qu’il fréquentait volontiers, avec quelqu’un de Douarnenez. Sa femme, qui le soignait, tomba malade deux jours après le début de la maladie de son mari. Elle guérit. Elle avait en garde un enfant de deux ans, confié à ses soins par une voisine. La mère reprit l’enfant, mais trop tard. Il avait déjà le germe de la maladie, et le communiqua à sa mère,

1 Voir p. 4*4.

qui l’avait couché dans son lit. Tous deux moururent, l’enfant, le 6, la mère, le 8 janvier.

Cette femme et son fils avaient été soignés par une voisine, chiffonnière, qui contracta immédiatement la maladie et mourut foudroyée en moins de 20 heures, le même jour que sa malade, le 8. Le Dr Collée, arrivant à ce moment dans le village, prescrivit de brûler toute la literiede cette dernière femme. Mais le mari, homme pauvre, « qui n’avait peur de rien », se refusa à laisser brûler aucun objet et continua à coucher dans le lit où sa femme venait de mourir. Il resta indemne.

L’on ne sait pas comment une femme de trente ans, journalière, qui était sur le point d’accoucher, contracta le mal. Elle le transmit à sa petite fille, âgée de cinq ans, qui mourut le i4- Le surlendemain 16, la mère accouchait d’une petite fille qui ne vécut que quelques minutes *. Elle-même guérit.

Le mode de transmission n’est pas connu pour les autres malades.

4 cas, dont 3 suivis de décès, se produisirent au hameau de Penfrat, distant de Tréfentec de 800 mètres.

En résumé, le nombre des cas, dans les divers hameaux de la commune, fut de i5, sur lesquels on compta 10 décès.

Comme nous avons vu dans le rapport de l’agent voyer, les rues de Tréfentec sont relativement assez propres. Les hahitants utilisent pour les besoins de l’agriculture les immondices. Celles-ci restent trop longtemps dans les maisons, mais ne séjournent pas sur les voies publiques. L’eau que l’on boit à Tréfentec passe pour salubre. Le village est bâti en entier sur un rocher compact. Les puits y sont creusés dans le roc et fournissent une eau de bonne qualité qui ne tarit jamais.

D’après le témoignage du maire, un grand nombre d’habitants ont des habitudes d’intempérance.

Plus extraordinaire et plus funeste encore que l’ivrognerie est la malpropreté des maisons également signalée par le maire *. Aucune notion d’hygiène. La terre battue, qui sert de plancher aux familles et de lieux d’ ébats aux cochons, est le réceptacle de toutes sortes d’ordures croupissant dans la boue que transportent les sabots. Il

1 Voir à propos des femmes enceintes, pp. 197 et 198.

* « A Tréfentec et Penfrat, les principales causes de l’épidémie ont été la malpropreté des habitations et l’abus des boissons. » Rapport du maire de Plonëvez-Porzay.

n’y a pas plus de baquet pour les résidus du ménage que pour les matières fécales. « Les matières fécales, dit l’agent voyer, sont déposées directement dans le verger le plus voisin. » Quant aux débris de légumes, de poissons, de viandes, à tous les résidus de la vie journalière, le maire déclare qu’on ne les porte au verger que tous les huit ou dix jours, lorsque la fermentation a rendu la maison inhabitable.

Cette situation explique que les femmes, qui restent davantage à la maison, aient été victimes de l’épidémie en plus grand nombre que les hommes. Sur 1 1 cas d’adultes, l’on en compte 7 de femmes et 4 d’hommes.

Tableaux des malades.

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