‹ Le Chômage et la Profession: Contribution à l'Étude statistique du Chômage et de son Coefficient professionnelChapitre 68 sur 130 · DANS CHAQUE · texte numérisé non relu

DANS CHAQUE

Pour 1896 1901 couple d'observations valeur la plus mille [(moy.:31,0){moy.: 29,91 faible forte (10) (U) (12) (13) (44) 4673,9 157,31 157,07 134,87 179,51 26,5 0,95 0,89 0,89 0,95 41,3 1,28 1,39 1,28 1,39 18,9 0,98 0,63 0,63 0,98 [7,1 0,48 0,57 0,48 0,57 61,9 1,91 2,08 1,91 2,08 36,8 0,85 1,24 0,85 1,24 3,8 0,11 0,13 0,11 0,13 9;l 0,02 » » 0,02 0,0 0,1 » » 0,11 4.889,3 164,00 164,00 141,02 186,98 29,7 a —— ”

NUMÉROS d'ordre

$ II. — COMPARAISON DES DEUX SÉRIES DE TAUX DE CHOMAGE. ETA- BLISSEMENT DES COEFFICIENTS PROFESSIONNELS DE CHOMAGE. MESURE DE LEUR RESSEMBLANCE.

Pour apprécier les ressemblances ou différences existant entre les taux de chômage constatés en 1901 et ceux constatés en 1896, le mieux est de considérer le graphique B hors texte. Il montre nettement, croyons-nous, d'une part la diversité des taux dans les diverses industries et d'autre part leur similitude au sein des industries considérées isolément. Sans doute, il y a quelques cas de dissemblance, mais la physionomie générale des deux séries de taux est étonnamment semblable. En général, et sauf exceptions, aux taux élevés ou bas de 1896 correspondent, en 1901, des taux également élevés ou bas. La zone pâle qui marque l'écart entre les taux de chômage d’une même industrie est en général très étroite. Parfois même elle disparaît complètement.

Il est surprenant de constater qu’à cinq ans de distance, les circonstances économiques et les hommes ayant changé, ce phénomène si instable et apparemment si accidentel du chômage, ce phénomène dont l'importance varie si considérablement d'une industrie à l’autre, se trouve avoir, dans chaque industrie prise isolément, presque exactement la même valeur.

Faudrait-il, de cette coïncidence constatée une fois, conclure immédiatement que les taux de chômage des diverses industries sont, sauf exceptions, constants; qu'il

‘ Les seules industries importantes faisant exception à la règle sont la mégisserie, la tonnellerie, et certaines industries textiles. Il y a, il est vrai, quelques autres surfaces pâles assez étendues, mais elles concernent soit des industries de très minime importance économique (conservation de poissons, fabrication de chaussons, d’espadrilles), soit des industries mal déterminées (déchargement de bateaux).

y a toujours, par exemple, environ 5 0/0 de chômage chez les marins et 1,5 0/0 chez les cultivateurs? Cette induclion trop rapide serait contraire à tout ce que nous savons du chômage, de ses fluctuations dans l’espace et surtout dans le temps. Comment parler d’un taux constant de chômage, quand on voit la courbe si accidentée du ch6mage trade-unioniste depuis cinquante ans? Nos deux Recensements se trouvent dater tous deux de mars : qui nous dit que, si l’un d'eux datait de décembre, il n’y aurait pas dissimilitude? L’intensité de l’activité industrielle s’est trouvée à peu près la même en 1896 et 1901 ; mais n'est-ce pas là un simple hasard ? Si, enfin, au lieu de considérer à deux reprises le même pays, nous avions comparé deux pays différents, la différence de milieu n’aurait-elle pas déterminé la différence des taux?

Une distinction est, il est vrai, nécessaire, qui diminue un peu la portée de ces réserves : ce n’est pas la valeur: absolue des taux qui nous intéresse, mais leur valeur relative au sein de chaque série; et l’on peut très bien concevoir que des changements de circonstances, modifiant les valeurs absolues des taux, diminuent leur ressemblance sans rien changer à leurs valeurs relatives. Supposons, par exemple, que l'hiver amène une élévation du taux de chômage, mais que toutes les professions soient également sensibles à cette influence : les taux observés en décembre seraient, dans cette hypothèse, différents des taux correspondants de mars, tandis que leurs valeurs relatives pourraient être identiques à celles de ces mêmes taux. En d’autres termes, les valeurs relatives ne sont sensibles qu'aux seules influences professionnelles. Leur ressemblance est donc moins fragile que celle des valeurs absolues; elle existe nécessairement quand existe la ressemblance des valeurs absolues, mais elle peut encore subsister quand celle-ci disparaît.

Quoi qu’il en soit de cette possibilité, il reste incontestable que nous ne pouvons connaître la loi du chômage après deux séries d'observations seulement. La comparaison faite, si elle ne nous mène pas droit au but, nous en rapproche pourtant. Celui-ci serait atteint le jour où nous pourrions construire, pour chaque industrie, la courbe complète des valeurs relatives de son chômage; et nous admettons que la forme de cette courbe nous serait connue si nous connaissions un certain nombre de ses points, ceux, par exemple, correspondant aux observations À, B, C, D, E, etc. Noire programme consiste donc à chercher comment la valeur relative des taux de l’industrie X varie de À à B, de B à C, de C à D, etc., et de même comment varient, lors de ces mêmes observations, les valeurs relatives des taux des industries Y, Z, etc. Reportons-nous, maintenant, à notre graphique, et nous verrons qu’il nous indique comment les taux de X, Y, Z, elc., et par conséquent leurs valeurs relatives, varient de l’observalion A à l'observation B. Il nous permet donc de construire le premier segment des courbes de X, Y, Z, etc., et nous rapproche d’autant du moment où nous connaîtrons le profil complet de ces différentes courbes.

La précision donnée à notre programme par les commentaires qui précèdent le fait paraître, il est vrai, presque irréalisable. Nous avons distingué 165 industries; ce seraient donc 165 lois distinctes dont nous poursuivrions la recherche. Il y a là de quoi décourager l'analyste le plus patient; mieux vaut espérer que la réalité sera moins complexe, et que nos 165 groupes professionnels, unis en fait entre eux, tant au point de vue de la production qu’à celui de la consommation, par des liens nombreux, subissent en ce qui concerne la valeur relative de leurs taux de chômage des influences semblables. La première expérience faite confirme heureusement cet espoir. Nous constatons, en

effet, que pour presque toutes les industries observées, le rapport des taux de 1901 aux taux de 1896 est un rapport de quasi-égalité. Sans doute, il y a des exceptions. Mais celles-ci sont assez rares pour que l'impression générale de stabilité des taux reste très nette. Qu'adviendrait-il lors d’autres observations ? Nous ne pouvons le prévoir, mais nous pouvons espérer que les règles de leurs variations se ressembleraient encore plus ou moins d'une industrie à l’autre.

Nous sommes justifié, en tout cas, à ne chercher d’abord, dans les observations faites, qu'une impression d'ensemble, à dégager l'allure générale des segments des courbes unissant dans chaque industrie les observations A aux observations B, quitte à rechercher ensuite les variations particulières à telle ou telle industrie. Nous pouvons dire alors que les valeurs des taux de chômage noiés en 1896 ressemblent beaucoup, dans l’ensemble, aux valeurs correspondantes de 1901.

Il serait intéressant et utile de donner de celte similitude d'ensemble une expression définie. Cela permettrait d'établir, entre l’ensemble des rapports notés dans ce premier rapprochement el tel autre ensemble de rapports provenant d'un autre rapprochement, des comparaisons précises. Si l’on trouvait, par exemple, à plusieurs reprises, une constance moyenne des valeurs relatives du chômage dans les diverses industries qui soit aussi grande que celle dont témoigne notre graphique, on serait fondé à affirmer que la loi générale de ces valeurs relatives est la stabilité. Si l’on constatait, au contraire, lors d’expériences ultérieures, portant de nouveau simultanément sur deux séries de taux, qu’au sein de chaque couple de taux les deux valeurs relatives notées s’éloignent beaucoup l’une de l’autre, il faudrait admettre que la ressemblance existant entre les taux de 1901 et ceux de 1896 est une

exception, et que la loi générale des taux professionnels de chômage est l'instabilité. Il resterait alors à rechercher la formule et l'explication de cette instabilité, d’abord pour l’ensemble des industries, puis éventuellement dans chaque industrie séparée.

La confection d’un indice numérique de ressemblance pour nos deux séries de taux est-elle possible? Il nous semble que oui. Mais, avant d'y procéder, il nous faut établir les séries de valeurs relatives de ces taux puisque ce sont seulement ces valeurs dont la ressemblance nous intéresse. Il s’agit donc de faire choix d’un étalon auquel comparer tous nos taux. Le plus indiqué, en l'espèce, nous paraîl être la moyenne arithmétique des taux de chaque série'. Cette moyenne est de 31 °/,, pour ceux de 1896 et de 29,7 °/,, pour ceux de 1901. Calculées par rapport à ces deux étalons, les valeurs des taux de 1896 et de 1901 figurent aux colonnes 11 et 12 du tableau III cidessus. Pour mesurer numériquement la ressemblance existant entre les deux séries de valeurs relatives en question nous proposons le procédé suivant :

Soit d’abord un seul couple de valeurs relatives, par exemple celles de l’industrie A. La ressemblance de ces deux valeurs est d'autant plus grande que l'écart qui les sépare est plus petit. Si donc nous rapportons la plus faible à la plus forte, nous aurons une fraction qui variera comme la ressemblance des valeurs : plus elle se rapprochera de lunité, plus la ressemblance sera grande, plus

‘ Ne pas confondre cette moyenne des taux avec le taux moyen de chômage, toutes professions réunies. Cette dernière grandeur est à celle que nous préconisons comme une moyenne barique à une moyenne simple. Puisque nos Laux ne tiennent pas compte du nombre absolu des professionnels, l’étalon auquel nous les comparons ne doit pas davantage être influencé par ce nombre. Parmi les autres élalons possibles, les uns (taux le plus haut, taux le plus bas) sont moins slables, d’une série à l'autre, que la moyenne arithmétique, done moins satisfaisants. Les autres (autres moyennes, telles que la médiane ou la moyenne géométrique) Sont à peu près équivalents, mais moins usuels.

elle se rapprochera de 0, plus la ressemblance sera petite.

Pour passer de la ressemblance d’un seul couple de valeurs à la ressemblance moyenne de tous les couples, pour former par conséquent notre indice de ressemblance, il suffira de former le total des valeurs les plus pelites de chaque couple, et de le comparer au total des plus fortes. La fraction obtenue sera comprise comme la précédente entre 0 et 1, et représentera une ressemblance d’autant plus grande qu’elle s'approchera davantage de la limite 1. Cette opération faite sur nos valeurs relatives, et portée aux colonnes 13 et 14 du tableau IIT, donne pour les valeurs les plus faibles le total 141,02, pour les plus fortes celui de 486,98 et par conséquent, comme indice de ressemblance, la fraction 0,75. |

Il ne faut pas attacher à la valeur numérique de l'indice choisi plus d'importance qu’elle n’en a réellement. Il nous a paru rationnel de mesurer, par l'écart moyen existant entre les deux séries de valeurs relatives, la dissemblance des séries statistiques; mais cette mesure n'était pas la seule possible. Si nous en avions adopté une autre, la valeur de l'indice trouvé aurait pu être différente de 0,75. La ressemblance existant entre nos deux séries de taux aurait pourtant été la même. Son expression seule aurait différé. Il ne faut donc pas confondre la valeur de la ressemblance avec l'indice de ressemblance. Parce que nous ne pouvons exprimer numériquement la première, nous en donnons un équivalent conventionnel, mais celuiei ne doit pas nous faire illusion. Dire que la ressemblance existant entre les taux de 1896 et ceux de 1901 a pour expression 0,75, ce n’est pas dire que nous avons une ressemblance aux trois quarts parfaite. Ce n’est, en réalité, rien dire du tout, tant qu'on n’a que cetle seule mesure. Mais vienne une autre comparaison entre deux autres séries, comparaison faile par le même procédé : si

l'indice trouvé alors est plus fort ou plus faible que 0,75, nous pourrons dire que la ressemblance des nouvelles séries est plus grande ou plus pelite que celle des premières. |

C'est, répétons-le, en vue de comparaisons de cet ordre — comparaisons de comparaisons — que nous avons établi notre indice. Nous cherchons, par ce procédé, à déterminer si les influences qui agissent sur la valeur relative des taux de chômage des diverses industries sont, en général, stables ou non. La comparaison faile entre les taux des Recensements français de 1896 et de 1901 indique de la stabilité. Si d’autres expériences indiquaient une stabilité analogue, ce serait à des attributs constants des industries qu’il faudrait imputer la différenciation des taux de chômage. L'examen des Recensements allemands de 1895 nous aidera peut-être à nous former à ce sujet une opinion raisonnée. Il nous faut pourtant, avant de l’aborder, nous assurer que le procédé est légitime, par lequel nous nous proposons de comparer entre elles ces diverses statistiques.

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