‹ Le chrétien a l'école du calvaireChapitre 137 sur 229 · JÉSUS PREND LA CHARITÉ DU PROCHAIN POUR SES LIVRÉES · texte numérisé non relu

JÉSUS PREND LA CHARITÉ DU PROCHAIN POUR SES LIVRÉES

C'est par là que tout le monde connaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres (4).

On connaît les rois de la terre à leur sceptre et à leur couronne, dit saint Chrysostôme ; et les disciples de Jésus-Christ

(1) s. Bern., serm. 5 in Gœnâ Domini, — (2) S. Aug., rac. 6S. in Joan. — (3) Idem, paulô super. 9. — (4) Joau. 13.

à l'amour de leur prochain. Voyez comme ils s'aiment, disaient les païens des premiers chrétiens ; voyez comme ils sont prêts à mourir les uns pour les autres. Ce ne sont pas les miracles, ni les prophéties, ni les extases, qui discernent les enfants de Dieu des enfants des ténèbres : la charité est leur sceptre et leur diadème ; c'est leur plus grand ornement, et la plus certaine marque de leur grandeur (l). Le propre de Jésus-Christ est d'aimer les hommes et de les sauver, comme le propre de Satan est de les haïr et de les perdre. Si vous n'avez point de support ni de charité pour votre frère, vous n'êtes pas disciples du Fils de Dieu. La charité est l'école de cet excellent maître, et la doctrine du Saint-Esprit. Si vous sortez de cette école, ou si vous n'y persévérez pas, vous perdrez votre couronne p). On n'entre point dans la lumière de gloire sans passer par les flammes de l'amour (3).

Mon adorable Sauveur, ayant un si bon maître, d'où vient que je suis si mauvais disciple? Votre doctrine est-elle si obscure, ou si difficile à pratiquer? Eh ! qu'y a-t-il de plus doux que le nom de charité, ou de plus aimable que l'effet? D'oii vient donc que je suis si peu avancé? Ah ! sans doute, c'est que je n'ai poiût d"esprit, ou que je manque de cœur ; ou phitôt c'est que je n'ai point le cœur ni l'esprit que vous donnez à vos disciples, qui suivent toutes vos volontés, et qui pratiquent tout ce qu'ils savent (4).

(1) Tertul., Apolog. c. 39.— (2) S. Bern., Serm, 5. in Cœna Domini. — (3) S. Greg., in Mor. — (4) I. Joan. 2.

A l'École du cvLVAiiiK. 273

SEPTIÈME CONSIDÉRATION

Jésus établit le très-saint Sacrement.

« Pendant qu'ils s Dupaient, Jésus prit le pain, et l'ayant béni, il le ron:ipit et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps, qui est donné pour vous. Et prenant le calice, il rendit grâce, et le leur donna, disant: Buvez-en tous, car ceci est mon sang du nouveau Testament, qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés. » (Matth. xxvi, 26-28.)

« Faites ceci en mémoire de moi. >»

(Luc. 22.)

Pendant qu'ils soupaient, Jésus prit le pain et le bénit, puis il le rompit, et le donna à ses disciples.

Jésus ayant, comme un bon père, travaillé toute sa vie pour nous acquérir les biens du ciel, fait son testament la nuit même qu'il devait être livré. Et par un miracle d'amour qui est sans exemple, il nous déclare ses héritiers, lors même que nous sommes la cause de sa mort.

Que cette pensée est tendre et amoureuse ! Quand votre cœur serait de pierre, il doit s'amollir ainsi que la cire, lorsque vous entendez parler de celte nuit (1). Ses ennemis ne songent qu'à s'en défaire et à l'exterminer du monde, et il trouve le moyen de demeurer avec nous jusqu'à la consom-

(1) s. Ghrysos. in i. Cor. 11.

mation des siècles. Il sait qu'il faut mourir, et de peur de nous laisser orphelins, il se met sous les espèces du pain, et nous invite à le manger, afin de vivre dans noire cœur après sa mort. Il choisit pour cet effet le temps de la nuit, comme s'il voulait dérober ses bienfaits, et cacher nos crimes à sa justice, de peur qu'elle ne lie les mains à sa bonté. Ce n'est pas qu'il ne les voie, et que son œil ne perce les ténèbres de notre âme ; mais c'est un œil d'amour qui en tire toute l'amertume pour lui, et n'a que de la douceur pour nous (1). Ayant un si bon père, ne soyons pas des enfants ingrats. Admirons sa charité , et gardons-nous de l'offenser. Mais si nous péchons, ne perdons pas la confiance ; nous pouvons manquer au respect, mais il ne peut oublier sa bonté. 0 Père débonnaire, jetez sur moi cet œil de miséricorde qui découvre mes misères, et ne se rebute point de mes offenses. Mon âme soupire après vous durant la nuit, ayez pitié des ténèbres de mon cœur. Vous avez fait vos plus grandes mer- Yeilles durant la nuit ; tous êtes descendu du ciel durant la nuit; vous êtes né durant la nuit: vous êtes mort dans les ténèbres ; vous avez établi le Sacrement d'amour durant la nuit : nuit pleine de délices pour nous, nuit pleine de souffrances pour vous. Faites encore un miracle durant la nuit. Prenez vos délices en moi, et laissez-moi le sentiment de vos douleurs; vivez en moi, et faites-moi mourir à tout ce qui est contraire à votre amour.

Page 1