JÉSUS LE REPREND DE SA PRÉSOMPTION
Seigneur, je suis prêt à aller avec vous, et en prison et à la mort (3).
Saint Pierre suit le mouvement de son cœur, et ne considère pas la faiblesse de ses forces. Le malade, dit saint Augustin, vante son courage, et dit qu'il ne craint point de mourir; mais le médecin, qui connaît son infirmité cachée, le gronde et lui remontre que sa présomption est un mal caduc qui lui fera faire une dangereuse chute. Le coq ne chantera point que vous ne m'ayez renié trois fois.
Apprenez à vous défier de vous-même, quelque bons sen-
(1) Vide S. Bern., serm. 2 in Ps. Qui habitat. — (2) S. Bern., Ibid. serm. i. — (3) Luc. 22.
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timents que vous ayez. L'amour-propre a des recherches si subtiles, et se glisse si imperceptiblement en toutes les actions, même les meilleures, que les plus grands saints y sont trompés. Combien y en a-t il qui disent à Notre-Seigneur dans la ferveur de la dévotion : Je suis prêt à mourir pour vous (1) ? Mais le Fils de Dieu qui ne peut se tromper, tâtant la veine de leur cœur (i), voit bien que leur amour est malade.
Mon Seigneur, je ne m'étonne pas de mes faiblesses, parce que sans vous je ne suis rien; mais je me plains de moimême, qu'étant si faible, je m'appuie sur mes propres forces, et vous oublie, vous qui êtes tout mon support.
Mon fils, il y a trois sortes de personnes dont le salut est en fort grand danger : les unes présument trop d'ellesmêmes; les autres présument trop de ma bonté; les autres en désespèrent. Les premières se plaisent dans la multitude de leurs richesses et y demeurent; les secondes, dans leurs vices; les dernières se laissent accabler sous le poids de leurs misères. Fuyez ces trois écueils, et vivez sous ma protection, vous serez en assurance (3).
(1) Joan. 13. — (2) D. Aug. — (3) S. Bern., serm. 3. in Ps. Qui habitat. Vide iocum.
A l'École du calvaire. ^81
NEUVIÈME CONSIDÉRATION
Jésus console ses Disciples.
(On a omis le texte de l'Évangile, pour éviter la longueur du sermon de la Cène, qui a une grande étendue; mais on a choisi les princiiiales pensées qui peuvent donner de la consolation à une âme qui est affligée.)
LES PENSÉES d'uNE AME AFFLIGÉE.
Que votre cœur ne se trouble point. Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi (1).
Quand vous êtes affligé, souvenez-vous qu'il y a un Jésus dans le ciel, qui vous regarde et qui est témoin de vos souffrances. Réveillez votre foi. Considérez qu'il est votre souverain bien, que personne ne peut vous ravir; que, pourvu qu'il vous demeure, vous ne pouvez rien perdre, parce que tout le reste n'est rien. Lorsqu'il était encore enfant, sa seule présence consolait ceux qui avaient le bonheur de le voir. Allons au Fils de Marie, disaient-ils, il adoucira nos ennuis. Si vous croyez qu'il est glorieux dans le ciel, pourquoi la vue de la foi n'aura-t-elle pas sur vous le même effet, puisque les yeux de l'esprit sont plus nobles que ceux du corps? De quoi vous troublez-vous, dit-il, au fond de votre cœur? Vous avez perdu un ami : ne croyez-vous pas que je suis le meilleur de vos amis? Ou vous a ravi les biens : ne suis-je pas votre trésor? Vous n'avez point de santé : ne savez-vous pas que je suis le médecin des corps et des âmes? Vous appré-
(1) Jean., 14.
hendez la mort : ne croyez-vous pas que je suis la vie? Et si vous le croyez, pourquoi tremblez- vous?