Prose Stabat Mater
308 LE CHRIST DANS SES MYSTÈRES V. — SIMON LE CYRÉNÉEN AIDE JÉSUS A PORTER SA CROIX,
« Comme ïils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon qu’ils réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus »'. — Jésus est épuisé ; bien qu’il soit le Tout-Puissant, il veut que sa sainte humanité, chargée de tous les péchés du monde, éprouve le poids de la justice et de l’expiation. Mais il veut que nous l’aidions à porter sa croix. Simon nous représente tous, et c’est à nous tous que le Christ demande de partager ses souffrances : on n’est son disciple qu’à cette condition. « Si quelqu'un veut marcher sur mes traces, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Le Père a décidé qu’une part de douleurs serait laissée au COrps mystique de son Fils, qu’une portion de l’expiation serait subie par ses membres : Adimpleo ea quae desunt pas- sionum Christi in carne mea pro corpore ejus, quod est Ecclesia?. Jésus le veut ainsi, et c’est pour signifier ce décret divin qu’il a accepté l’aide du Cyrénéen.
Mais en même temps, il nous a mérité en ce moment la grâce de la force pour soutenir généreusement les épreuves : il a mis dans sa croix l’onction qui rend la nôtre tolérable ; car en portant notre croix, c’est bien la sienne que nous acceptons. Il unit nos souffrances à sa douleur, et il leur confère, par cette union, une valeur inestimable, source de grands mérites. « Comme ma divinité a attiré à soi, disait Notre-Seigneur à sainte Mechtilde, les souffrances de mon humanité et les a faites siennes (c’est la dot de l'épouse), ainsi je transporterai tes peines dans ma divinité, je les unirai à ma passion, et je te ferai participer à cette gloire que mon Père a conférée à ma sainte humanité pour toutes ses souffrances » *.
C'est ce que S. Paul nous fait entendre dans sa lettre aux Hébreux afin de nous encourager à tout supporter ‘pour l’amour du Christ: « Courons avec persévérance
1. Matth. XXVII, 32 ; Marc. XV T2 M COL 24. — 3. Le livre de la grâce spéciale, Ile partie, chap. XXXVI.
dans la carrière qui nous est ouverte, les veux fixés sur Jésus, le guide et le consommateur de la foi ; au lieu de la joie qui lui était offerte, méprisant l’ignominie, il a souffert la croix, et, depuis lors, il a mérité d’être assis à la droite du trône de Dieu. — Considérez celui qui a supporté contre sa personne une si grande contradiction de la part des pécheurs afin de ne pas vous laisser abattre par le découragement ».
Mon Jésus, j'accepte de votre main les parcelles que vous détachez pour moi de votre croix ; j'accepte toutes les contrariétés, les contradictions, les peines, les douleurs que vous permettez ou qu’il vous plaît de m’envoyer ; je les accepte comme part d’expiation ; unissez ce peu que je fais à vos souffrances indicibles, car c’est d’elles que les miennes tireront tout leur mérite.