‹ Le Christ rejetéChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Manifestation plus explicite de Jésus à l'égard des apôtres; mais réserve et silence qui leur sont imposés.

Si Jésus dut procéder avec précaution et gradation dans l'emploi des affirmations catégoriques, afin de ne pas heurter les préjugés de la foule et de ne pas tomber lui- même dans les embiiclies du Sanhédrin, il n'eut pas à observer d'aussi exactes précautions à l'égard des apôtres.

Aussi netarda-t-il pas à leur dire clairement qui il était.

Déjà sa manière de vivre et ses miracles leur avaient donné sujet de le conclure.

André avait dit à Simon: Nous avons trouvé le Messie ^ ; et il Favait conduit à Jésus.

Un autre apôtre, PhiUppe, avait dit aussi à Natha-

* Joan., I, 40.

naël: Nous avons trouvé Celui de qui Moïse a écrit dans la Loi, et que les prophètes ont prédit, Jésus de NazaretJi, fils de Josepli. D'abord Nathanaël n'en voulut rien croire ; mais dès que Jésus lui eut parlé, il en fut convaincu, ce qu'il fit connaître par ces paroles : Maître, vous êtes le Fils de Dieu, vous êtes le roi d'Israël '.

Pierre, également, avait déjà rendu à Jésus un magnifique témoignage, le jour où avait été faite la première annonce de l'Eucharistie. Gomme plusieurs disciples, se scandalisant, se retiraient de la suite de Jésus, celui-ci, s'adrossant aux apôtres, leur avait dit : Et vous, voulez-vous aussi vous en aller ? Mais Pierre avait répondu pour tous: Seigneur, ou irionsnous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous savons que vous êtes le Sai/d de Dieu ^.

Jésus avait accepté tous ces témoignages. Cette acceptation était, dans ses desseins, comme une préparation à la solennelle ouverture qu'il se proposait de leur faire.

Un jour donc qu'il cheminait avec eux près de Gésarée de Philipp(% non loin de la première source du Jourdain, il les interroge de cette manière : Qu'estce que les houunes disent qu^est le Fils de rf/onone?

i Joan., I, 43-51.

2 Ibid., VI, 69,70. —La Vulgate et les versions syriaijues portent: « Vous êtes le Messie, Fils de Dieu. » Mais cette variante ne se rencontre pas dans les plus anciens manuscrits, ceux du Sinai et du Vatican, où on lit rj \\yio; ToO OsoO, le sai>it de Dieu.

Mais, répoiuleut-ils, Jean-Baplistc, ou bien Jàrcnn'c, OH bien Elle, on bien V idi des i^roiplièles. — Et vous, reprend Jésus, que dites-vous que Je sois ? Alors Simon- Pierre lui dit : Vous êtes le Messie, Fils du Dieu rivantl Jésus, loin de repousser cette parole comme un blasphème, l'accepte comme une vérité qui le ravit, et il répond à Pierre: Tu es bien Iteureuœ, Sinion fils de Jean, car ce n'est pas la chair ni te sang qui te Fa révèle, mais mon Père qui est aux cieiix. Et il ajoute aussitôt comme récompense de la foi de son disciple : Je te dis, à mon tour, que tu es Pierre, et sur cette pio're je bâtirai )iwn Eglise, e lespo'tes de V enfer ne prévaudront pas contre elle^. La demande avait été faite pour provocpicr, dans la lumière de Dieu, la confession de Pierre. Mais la confession de Pierre, à sjn t.jur, remarque Cornélius Jansénius, fournit à Jésus l'occasion d'émeltro de luimême le témoignage le plus décisif : Toi, qui es homme, tu viens de dire de moi que je suis le Messie, Fils de Dieu. Eh bien ! )noi, le Messie, Fils de Dieu, je te rends la. pareille, et je te dis, à toi, que tu es Pierre. Mon royaume est celui des ctcux, et je t'en donne tes clefs ~. Pierre et le collège apostolique apprenaient, d'un coup, tout ce que Jésus était: Fils de Dieu dans l'éternité, Messie dans le temps!

I Mallli., XVI, 13-18.

* Corn. Jansénius, 2'etrateuch. sivç commcntar.in S. Eiaïujd. riùt à Dieu que ceUe [ilume n'eût rien écrit que de semblable !

A partir de ce jour, Jésus, connu authentiquement de tous ses disciples, comme le Messie annoncé et venu, aima, plus d'une fois, à leur rappeler ce nom, si hautement proclamé par Pierre : Quiconque vous donnera un verre cVeau en mon nom, parce que vous êtes au Messie , ne restera pas sans récompense^. Ce fut alors qu'il commença également à leur découvrir qu'il lui fallait aller à Jérusalem; que, là, il aurait beaucoup à souffrir de la part des anciens, des prêtres et des scribes; qu'il serait mis à mort, mais qu'il ressusciterait le troisième jour -. Toutes ces annonces venaient bien à leur heure. Jésus avait commencé par faire, des apôtres, les témoins de sa vie et de ses miracles. Il leur avait ensuite révélé, comme à des amis, tout ce qu'il était. Désormais, il était convenable qu'il les habituât également, comme coopérateurs, à l'embrassement des souffrances et à Tidée de son sacrifice.

Mais notre but, dans ce présent travail, n'est point d'étudier, dans la totalité de sa trame, bien que très attrayante, la conduite de Jésus à l'égard des apôtres.

Nous avons le devoir de nous arrêter, en compagnie de M. Havet, devant la singulière défense qui suivit la confession de Pierre.

Trois évangélistes, en effet, saint Matthieu, saint Marc et snint Luc, rapportent qu'après avoir fait con-

1 Marc, IX, 40.

2 Mattli., XVI, 21.

iiaitic ûuvoi'tcMnoiit à ses Apùlres qui il était, Jésus leur (Icl'eiulit expressément de publier qu'il lïit le Messie : « A lors, il de fa al il à ses disciples de dire à personne quU fui lai-même Jésus le Messie^. — Il leur défendu avec menaces de le dire à personne '^. — // leur défendit très expressément de parler décela à personne ^. »

Ces défenses paraissent à M. Havet « inconciliables avecles versets dans lesquels Jésus parle en Christ. »

Nous avions promis au perspicace professeur de le tirer d'embarras.

11 va Têtue.

Pourquoi donc cette prohibition si rigoureuse ?

Pour trois raisons :

D'abord, parcv3 que le ministère d'annoncer la venue du Messie et de le désigner, devait être et a été V office spécial de Jean-Baptiste. — La fin que Dieu s'était proposée dans l'ancien Testament, avait été de préparer les hommes à la venue du Messie. Pour cela, la Loi et les Prophètesl'avaient figuré et ravaientmontréc/6'/om. Mais aux approches de ce grand bienfait, et dans les jours qui allaient précéder immédiatement la venue du Messie, il était digne de la sagesse de Dieu de renouveler avec plus de force et de résumer, pour ainsi dire, toutes les annonces précédentes. C'est pour ce dessein

1 xMatt., XVI» 20.

« Marc, VIII, 30.

3 Luc, IX, 21.

que fut suscité Jean-Baptiste. Ce saint Précurseur, en efïet, n'eut pas, comme la Loi et les Prophètes, à montrer le Messie seulement lJc loin ; il est venu pour le montrer du doigl : Voilà V Agneau de Dieu, voilà Celui qui Ole les péchés du monde^ !

Tel a été le ministère réservé à Jean-Baptiste : Il fut la voix et le doigt qui ont désigné le Messie : Je suis la voix. . . Voilà r Agneau ^ !

Les Apôtres, au contraire, n'ont dû prêcher et faire connaître la personne du Messie qu'après l'accompHssement entier des mystères de la mort et de la résurrection de Jésus. S'ils l'eussent fait de son vivant, on aurait pu croire à une entente préalable, secrète, de Jésus et des Apôtres. Tandis que la déclaration de Jean -Baptiste, qui n'avait jamais fréquenté Jésus, qui ne l'avait même pas vu, devenait un témoignage irréfragable : Mo/, Je' ne le connaissais jpas ; mais c est pour qu^ il soit reconnu dans Israël que je suis venu baptiser dans Veau'^.

La dernière raison, c'est c|ue les Apôtres, gens pau-

1 Joan., I, 29.

2 Cet office spécial du saint Précurseur avait été annoncé par Malachie le dernier des Prophètes : Je vais vous envoyer mon ange, guipreparera ma voie devant ma face ; et aussitôt le dominateur que vous cherches, et VAnge deVaUiance, si désiré de vous, viendra dans son te^nple. Le voici qui vient... (Malach,, m, 1). Malachie, qui, d'un côté, termine la chaîne des prophètes en remontant jusqu'à Jacob, jusqu'à Ahraliam, jusqu'à Pieu, se penche de l'autre, comme i)Our donner la main, à travers quatre siècles d'attente silencieuse, à Jean-Baptiste, [amoiitrcur du Messie,

3 Joan., I, 31.

vrcs et ignorants, manquaient encore des lumières nécessaires pour publier convenablement la personne du Messie.

Ils n'étaient pas suffisamment instruits du mystère de rHommc-Dieu, des souffrances par lesquelles il devait passer, de son règne purement spirituel, durant les siècles qui continueraient le premier avènement. L'Evangile ne marque -t- il pas expressément que Pierre lui-même, immédiatement après sa confession auprès de Gésarée de Philippe, se troubla en entendant Jésus annoncer les souffrances et la croix qui Tattendaient à Jérusalem? Prenant alors Jésus à part, le bon Pierre se mit en devoir de le raisonner pour le dissuader de ce voyage : A Dieu ne plaise, Seigneur, lui disait-il ; non, cela ne vous arrivera 'pas !\\ fallut que Jésus le reprît avec sévérité par ces paroles : Relire-ioi de moi, Satan; lu m'es un scandale, parce cpie ta n'entends pas ce qui est de Dieu, mais ce qui est des hommes *. Quel changement ! Après les éloges, après les magnifiques promesses faites à Pierre pour sa généreuse profession de foi, qui se serait attendu à de si sévères reproches ? Mais Timportaiice de la matière l'exigeait. Pierre ne savait pas que, sans la passion et la mort du Messie, il n'y avait aucun espoir de rédemption. — Et, par rapport aux autres apôtres, le livre des Actes ne signale-t-il pas que, tout en recon-

1 Matth., xvj, 21-23 Marc, viii, 32, 33.

naissant Jésus pour le Messie, ils ne se dépouillèrent que peu à peu des fausses idées de leur temps? Ils espéraient toujours que Jésus, de son vivant, établirait déjà, pour lui et pour les siens, un certain règne tcm porel sur la terre : Seigneur, sera-ce en ce te^nps que vous rétablirez le royaume cVIsraëm En cela, ils retenaient, à leur insu, une partie de l'erreur juive.

De semblables dispositions, dues à l'absence de lumières suffisantes, commandaient évidemment à Jésus la défense qu'il fit aux apôtres. Avant que de leur permettre d'annoncer ouvertement qu'il fût le Messie, il fallait compléter la sonniie des vérités qu'il lui restait à leur faire connaître; il fallait aussi que la venue de l'Esprit-Saint gravât inelfaçablement ces vérités dans leur cœur, et leur communiquât, avec l'abondance des lumières, l'élan et la force de les expliquer. Alors seulement les apôtres devenaient capables d'annoncer, d'une manière complète, ce qu'était Jésus le Messie. Ils pouvaient affronter, sans crainte, les objections et les tentatives que cette annonce devait immanquablement leur attirer de la part des Juifs.

Un troisième motif occasionna la défense : la sauve • garde du plan de Jésus.

Il y avait à redouter que, dans un zèle trop ardent, les apôtres ne brusquassent la méthode que la sagesse du Maître avait adoptée. Cette méthode, nous l'avons

1 Act., I, G.

prouvé, cadrait merveilleusoiacut avec l'état des esprits et était exigée pour la réussite de l'œuvre. Trop de précipitation, trop d'élan chez l'un des Douze pouvait compromettre Jésus aux yeux du Sanhédrin et créer des difficultés. Celui qui enseignait à être simple comme des colombes, mais p)'udent comme des serpents, coupa court à toutes les imprudences, en portant la défense de dire qui il était.

Eu égard à ces trois motifs, Jésus enjoignit donc à ses apôtres de ne point publier qu"il fût le Messie.

Aussi, lorsque pour préparer sa venue dans les bourgs et les villages où il devait se rendre, il les envoie en mission, deux à deux, à travers les plaines et sur les collines delà Palestine, il les charge uniquement d'annoncer que le royaume de Dieu était proclte : « Ailes et prêchez, disant: Le royaume de Dieu est proche\ » Mais en même temps qu'il détermine ainsi le cadre de leur prédication, il leur confère également à tous puissance sur les démons, le pouvoir de chasser les esprits impurs, la vertu de guérir toute infirmité, toute maladie : Guérissez, les malades, ressuscite:; les morts, . purifiez, les lépreux, chasse; les démons ; l'ous avez reçu yra/idtciJien/, don nez yratuitement ^ C'était les associer, on \o voit, à sa méthode de procéder.

De son vivant, il ne leur l'ut pas permis de sortir de ces limites. Elles avaient été celles de Jésus, dans les

1 iMaltli., X, 1-8; Marc, vi ; Luc, ix, i, 2.'

débuts de son ministère. De même que, dans l'intérêt des âmes, il avait surtout employé la pi^eiive des mi- 7mcles et V annonce de la venue du royaume de Dieu, lorsqu'ensuite il s'associa les apôtres et les appliqua à son œuvre, il les maintint dans ces limites. En dehors du ministère exceptionnel de Jean-Baptiste, il s'était réservé, pour lui seul, Tlieure et le choix des affirmations catégoriques.

Ce mode de procéder qu'il prescrivit aux apôtres, il l'enjoignit également aux soixante-douze disciples qu'il leur donna, peu après, comme coopérateurs. 11 leur disait donc : La moisson esl grande, niais il y a 2^6U d'ouvriers... Allée:, et en quelque ville que vous entriez, et oie vous serez reçus, guérissez les malades, qui s'y (rouve/U, et diles-leur- : Le royaunie de Dieu s'est approclié de vous ^

Et nous constatons, en explorant l'Evangile, que les uns- et les autres^ ont suivi exactement cette ligne de conduite. Ils ne dévièrent en rien, suivant exactement le cadre tracé, et se bornant à annoncer que le royaume de Dieu était proche, que le royaume de Dieu était arrivé., sans faire connaître plus explicitement que l(3ur maitre était le Messie.

C'est à cette école que les Apôtres d'abord, et les Pasteurs de l'Église ensuite, ont appris cette conduite

i Luc, X, 1-12.

2 Pour les Apôtres, voy. Marc, vi, 12, 13, 30, 31 ; Luc, ix, 6, 10.

3 Pour les 72 disciples, vfiy., Luc, x, 17-20.

pU'iiic do sagesse et de bouté qui prépare les esprits aux vérités plus sublimes et plus recherchées, en commençant par leur distilla', goutte à goutte, celles qui sont plus simples et plus claires. Saint Paul en a formulé la règle, dans sa première épître aux Corinthiens, pour le compte du Messie, son maître : Donner du lait aux cnfanls nouvellement nés, et ne passer à une nourriture jylus solide que IcrscpCils en sont devenus capables^.

Ce sera seulement après la mort de Jésus que les Apôtres seront eux-mêmes chargés de distribuer cette nourriture plus solide. Alors, l'œuvre d'évangélisatien étant pleinement préparéo, la défense sera levée. Jésus aura peu à ])eu amené les âmes à recon naître qui il était; et les Apôtres, reprenant ses affirmations catégoriques, publieront partout qu'il est le Messie.

C'est ainsi qu'agiront les Apôtres. Autant, du vivant de Jésus, ils devront se montrer discrets et réservés; autant, après sa mort, ils devront être zélés et explicites. Alors, en eftèt , sous les. portiques du Temple, saint Pierre criera, devant une foule do trois mille Juifs : Que toute la maison d' Israël sache que Dieu a fait S>ei(jneur cl Messie ce Jésus que vous avez crucifiè^\ — Et tous les AjJÔtres ne ceslieront j tous les jours, d'otseigner et de prêcher au

1 I Coi-., III, 2.

• Act., II, "W, 41.

Temple et de maison en maison que Jésus était le Messie ^ .

Mais, présentement, tant que durera le ministère public de Jésus, il leur est enjoint de se tenir sur la réserve et d'observer la défense prescrite. Car Jésus, c'est le Maître; eux, ne sont que disciples; et le Maître ne les associe qu'en second au développement progressif de son oeuvre !

Voilà, par rapport aux Apôtres, les motifs delà défense que leur fit Jésus de ne pas publier qu'il fut le Messie.

Voilà aussi, dans sou ensemble, le plan que Jésus crut devoir adopter, pour amener plus si^irement les fils de son peuple à le reconnaître.

M. Havet se déclarera-t-il satisfait? Voudra-t-il admettre qne les défenses de Jésus, loin d'être inconciliables avec les affirmations, devaient au contraire leur frayer la voie, contribuer à les mieux faire accepter. Et l'écrivain, qui a une préférence avouée pour saint Marc, refusera-t-il de souscrire à l'éloge rapporté par cet évangéliste ; éloge prononcé, ce semble, pour conclure la matière présente : Bene omnia fecit, Jésus a bien fait toutes choses !

Cependant il y a une objection.

1 Act., V, 42.

GHAPITîtE V

L'objection de M. Havet agrandie :

D'où vient que les apôtres ont pu dire de Jésus que les Juifs,

ses persécuteurs, l'avaient ignoré.

Si Jésus a procédé d'une manière si intelligente , et si, dans le cours de son ministère, il a réellement dit qu'il fut le Messie, comment se fait-il que saint Pierre et saint Paul, prêchant aux Juifs, aient pu leur dire: Qu'ils r avaient livré à lamorf, ne l'ayant pas connu ?

Car, dans sa seconde prédication, saint Pierre s'est exprimé de la sorte :

« Fils cV Israël, le Dieu cVIsaacet le Dieu de Jacoh, le Dieu de nos 2^ères a //lorifiè son Fils Jésus, que vous avez livré el renié devant PUate, qui avait juyé quHl devait être renvoyé absous. Vous avez )-enoncé le Saint et le Juste ; vous avec- denunulé quon vous accordât la grâce d'un homicide ; et vous (irez fait mourir Tauteur de la vie. Mais Dieu Va ressuscité

d'entre les morts; et nous sommes témoins de sa résurrection. Cependant, mes frères^ je sais que vous avez

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