CHAPITRE HUITIEME
l'eTAT CHRETIEN. — THCODOSE.
§ 1. — La politique religieuse de Th^odose.
La mopt tragique de Gralien, en 383, fut sans effet sur la politique religieuse qu'il avait inauguree. Theodose, des 379 associe a I'Empire, la conlinuera dignement et lui fera donner tons ses fruits.
Pendant quatre ans , — jusqu'k la defaite de Maxime en 388, — le monde remain eut trois maitres : I'usurpateur Maxime, en Gaule, en Espagne et en Bretagne; le jeune frerede Gratien, Valentinien II, en Italie, en Afrique et dans les provinces danubiennes; Theodose en Orient. Bien que souille du sang de Gratien,^ Maxime professait le christianisme : mais il n'en donna gu^re d'autre preuve qu'en condamnant a mort le schismatique Priscillien, a la grande indignation de saint Martin et de saint Ambroise^ Le jeune Valentinien II, au contraire, se montra docile aux conseils de celui-ci, toutes les fois
1. SuLPiCR Severe, Hist, sacr,, II, 50; Dialog.^ Ill, i5; saint Am- BROISE, Ep. 52.
!63 LE CHRISTIANISUG ET L'EHPIRE ROHAIN.
que la fureur arienne de sa m^re Justine ne I'oblig^ea pas & entrer en lulte aveclescatboIiques.Quand, en .184, toutelalegislatiOD religieusede Gratien semble miseenquestionparunretonrofTensirdu parti paien, leaoaverain dequinzeans prfiteuneoreille Favorable au plaidoyer de I'Svfique de Milan, el se moutre insensible k I'elegaate argumentation presentee par le pr^fet Symmaque en faveur de I'autel de la Victoire el des privileges da clerge idoUtre '. En 392, quinze joiirs avant d'etre assassini^, Valentinien repoussera encore une tentative des sena tears palens venus jusqu'en Gaule plaider leur caase'. Celle-ci etait alors bien pr6s d'Stre desesperee. Tlieodose Ini avait dejh popte des coups mortols en Orient. Sous sa main ^nergique, la politique de Gralien et de saint Ambroisc va enlin aboulip en Occident. La separation naguere proclam^e entre I'Ktat et le culte palen avait marque une premiere ^Lape; I'aneantissement de ce cultc, par I'iiitime alliance de I'Empire et de TEgHse, en sera le terme logique.
L'Espagnol Theodose est I'un des rares empereuFB qui aient eli baptises d^s le commencement de leur rt^gne. II semble que de cette circonstance sa politique ait pris un caractfere plus neltement Chretien. Les lois rendues par lui en faveur de
i. SYMHiQUE. Ep; X, 3; sjiiNT ABOfioi^ic, Ep. n, 18, BT; De obilu Valent., 19; PicLiN, Vita Ambros., M.
S. Sjint Ahdroisr, Ep.fl,
TEglise depassent en nombre celles de tous ses predecesseurs r^unis. On en compte plusieurs par annee. Intronise en Orient, son premier souci fut d'abatire Tariamsme. D6s 380, il ordonne que tons les peuples de son ob^issance suivent sur la Trinite « la foi que I'Eglise romaine a reQue de I'apdtre Pierre, » telle que la professent « le pontife Damase et Pierre, ev6que d'Alexandrie, homme d'une saintete apostolique*. » Suivent en 381, 382, 384, 388, 389, 394, des lois centre les h^retiques, eunom^ens, ariens, apollinaristes, macedoniens, manichcens, reprenant leurs eglises pour les donner aux catboliques, interdisant leurs assemblies, chassant leurs ev^ques et leurs prMres, confisquant tous les lieux oil se seront cel^bres leurs offices, cassant leurs testaments, les declarant incapables de donner ou de recevoir^. Le grand nombre de ces lois, dont plusieurs se repetent, montre qu'elles ne furent point partout executdes, mais denote en m^me temps Tenergique effort du prince orthodoxe pour rdlablir dans les provinces ravag^es par les heresies cheres k Constance ou k Valens Tunit^ catholique.
On constate, non sans satisfaction, qu'il ne donne point k I'Eglise de privileges pecuniaires, et n'est point prodigue en sa faveur de graces mat6rielles. II se borne, soit a relever la dignite de ses
i. Code Theod,,\\J, i, 2.