MÉLiTON, dans Eusèbe, Hist. Eccl., IV, S
2. A l'exception de Tatien, demeuré intransigeant {Orat. adv. Oraecos, ii; cf. 39, 30, 31, 35, «).
3. Eusèbe nomme un Abercius (Hist Eccl, V, 16), probablement identique à Abercius, évêqne d*Hiéropolis, en Phrygie, dont on possède une Vie légendaire. Un texte antique y est inséré. Tépitaphe même du saint. Ramsay a retrouvé à Uieropolis deux fragments du marbre original. Voir la reproduction photographique de cette stèle dans Nuovo Bullettino di archeologia cristiana, 189S, pi. III-VI, VIL Le christianisme de l'épitaphe d'Abercius a été contesté par Ficlter {Die heidnische Character der Abercius Inr schriftj 1894), Harnacli {Texte und Untersuchungen, t. XIï, 1895), Dietrich {Die Grabschrift des Aberkios, 1896). Il ne fait pas de doute pour quiconque en compare le langage symbolique avec les textes.
-un frappant commentaire des déclarations d'Athénagore, de Théophile, d'Apollinaire et de Méliton.
Malgré l'excellence des raisons, la campagne des apologistes ne devait pas réussir. Elle avait contre elle ce qui, dans tous les temps, rend si difficile le succès des mouvements de défense religieuse : Tinattention, Tindifférence, l'empire des habitudes prises et des jugements tout faits. Elle rencontrait de plus des obstacles tenant aux dispositions des contemporains et à l'esprit particulier de l'époque.
Sans doute, devant les empereurs elle avait sur certains points cause gagnée : leurs rescrits, la pratique même des tribunaux, montrent que ni les chefs de l'État ni, avec eux, les plus éclairés des magistrats ne croyaient aux crimes dont l'imagination populaire chargeait les chrétiens. Mais chez Hadrien la légèreté, chez Antonin une certaine nonchalance d'idées, chez Marc-Aurèle un profond et amer dédain, les empêchaient d'attacher le prix qu'elle méritait à l'adhésion sincère et réfléchie donnée par les chrétiens au régime impérial. Ou les princes n'y croyaient point, ou ils n'en pre"
les inicriptions et les peintures des premiers siècles chrétiens. Voir DccHESME, Mélanges de VÉcole française de Rome, 4895, p. 155 et suiT., et Bulletin critique, 189*, p. 177 ; 1897, p. lOi . Dans le même sens, De Rossi {Inscript, christ,, 1. 1[, p. ui-xxix), Màrucchi {Nuovo Bull, di arch, crist., 1895, p. 17-41), Wilpert {Fractio Panis, 1895, p. 103-127), LES BoLLANDiSTES {Analecta, t. XIII, 1894, p. 402; t. XV, 1896, p. 331-334; t. XVI, 1897, p. 74-77), Th. Zahn {Eine altchristliche Grahinsclirift und ihre jungste Ausleger, dans Neue kirchliche Zeitschrifty 1895, p. 863-866), etc.
LE CimiSTIANISME ET L'EMPIRE ROMAIN. 55
naient pas souci : en tout cas, ils la traitaient en chose négligeable, et, personnellement libres de préjugés à Tégard des chrétiens, ne continuaient pas moins à le^ laisser exposés à l'action intermittente deslois qui les frappaient comme ennemis publics, toutes les fois que se levait contre eux un accusateur. Quant à la partie dogmatique des plaidoyers présentés en leur nom, Hadrien était sans doute trop sceptique, Antonin trop dévoué à la religion nationale, Marc-Aurèle trop attaché à son propre sens, pour y prêter quelque attention.
Si les raisons données en faveur des chrétiens glissaient ainsi sur Tàme de princes supérieurs en intelligence et en moralité à la masse de leurs contemporains, on ne s'étonne pas que la grande majorité du peuple, et même des gens éclairés, y soit demeurée insensible. Le second siècle est à la fois l'ère de la philosophie et de la superstition. Par jalousie d'idées ou par orgueil professionnel, les rhéteurs et les philosophes, alors au plus haut point de la faveur, se montrent les ennemis déclarés d'une religion qui leur dispute la direction des esprits : de Crescens, l'adversaire personnel de saint Justin, à Celse, le redoutable polémiste, en passant par le satirique Lucien, tous parlent, écrivent, déclament contre le christianisme. De vulgaires charlatans, comme Alexandre ^'Abonotique, se font en ceci leurs auxiliaires. Docile à tant de suggestions, le peuple se trouve naturellement porté à rendre les
adorateurs du Christ responsables de toutes les calamités qui, à cette époque, sous mille formes, invasions, révoltes, pestes, famines, commencent à ravager l'Empire. Il continue en même temps à prêter foi aux bruits odieux, souvent démentis, toujours renaissants, qui depuis Néron n'ont cessé de poursuivre les chrétiens. On s'étonne de voir des lettrés, occupant des positions officielles, partager sur ce point les préventions du vulgaire. Gelse a l'esprit trop pénétrant pour y croire, et il ne parait pas les avoir rappelées dans son livre ; mais Fronton, l'ami d'Antonin, le précepteur de Marc-Aurèle, ne craindrapoint de parler, dans un discours public où il est question des chrétiens, d'incestes accomplis dans l'ombre à la suite de leurs festins rituels * . Contre un courant aussi fort, et grossi d'affluentsaussi inattendus, que peuvent les dénégations d'un Athénagore ou d'un Justin?
§ 4. — La persécution sons Marc-Aurèle.
Après un demi-siècle d'efforts apologétiques, les chrétiens n'avaient obtenu aucun adoucissement à leur état légal, et bien qu'ils n'eussent cessé de grandir par le nombre comme par la position sociale des convertis, l'opinion publique, prise dans
i. MiNUCius Félix, OctaviuSy %
son ensemble, refusait deles réhabiliter. Sous Marc- Aurèle plus encore que sous ses prédécesseurs, ils souffrirent de la dureté de la loi et de l'injustice du peuple. Dans les provinces, plusieurs gouverneurs publièrent à leur sujet des ordonnances de police, dont nous ignorons les termes, mais qui aggravèrent certainement leur situation *. Les écrits du temps, païens aussi bien que chrétiens, les représentent comme haïs de la foule et cruellement traités par les magistrats. On semble même, en quelques endroits, contrevenir par animosité contre eux au rescrit de Trajan, car celui-ci défendait de les rechercher, et Celse parle de chrétiens errants, que Ton poursuit pour les amener devant les tribunaux et les faire condamnera mort ^. Mais, enrègle générale, les procès de religion dont le récit nous est parvenu montrent la jurisprudence de Trajan et d'Hadrien toujours en vigueur. Marc-Aurèle ne Ta modifiée, ni en bien ni en mal, par aucune disposition nouvelle ^ : on la trouve exactement appliquée à Rome dans le procès de saint Justin et de ses conpagnons, et Ton voit, dans celui des chrétiens de Lyon, Tempereur philosophe rappeler à son observation un gouverneur qui s'en écartait.