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Le christianisme et la Révolution française

Il manquerait à ce livre une chose inaportante pour moi si je ne vous le dédiais pas, à vous, mon ami et mon frère de cœur et de pensée. Depuis le premier instant où nous nous sommes connus, par quel hasard est-il arrivé que, séparés ou rapprochés, nous n'ayons cessé au même moment de penser, de croire, et souvent d'imaginer les mêmes choses sans avoir eu besoin de nous parler? Cet accord de l'àme a toujours été pour nous la confirmation du vrai; depuis vingtans ce combat nous réunit, et c'est le combat éternel qui ne finira qu'en Dieu.

Vous le savez comme moi ; cet ouvrage est la suite du plan que j'ai conçu en commençant d'écrire, et dont les parties précédentes sont : le Génie des religions, V Essai sur la vie de Jésus-Christ^, une moitié de notre livre des

Jésuites, VUltramonfamsme.'Dains cette carrière non interrompue S j'ai traité de la Révélation et de la Nature, des traditions de l'Asie orientale et occidentale, des Védaset des Castes, des religions de l'Inde, de la Chine, de la Perse, de l'Egypte, de la Phénicie, du Polythéisme grec. J'ai suivi, à travers leurs principales variations, le Mosaïsme^ le Christianisme des apôtres, le Schisme grec, l'Islamisme, la Papauté au uK^en âge, la Rélormation, la Société de Jésus, l'Église gallicane, les rapports de la Révolution française et du Catholicisme ; en sorte que ces ouvrages, différents de formes, mais semblables par le but, tendent à composer une histoire universelle des révolutions religieuses et sociales.

Si dans cette marche vers un but aperçu de loin, j'ai fini par rencontrer avec vous des adversaires ardents, ils n'ont exercé aucune influence sur la nature et le caractère de mes idées non plus que sur les vôtres. Je me suis appliqué à suivre d'une manière imperturbable le projet que j'avais formé, dans le temps où je ne comptais pas un seul ennemi. Déterminé seulement à ne pas dévier devant les difficultés qui surgissaient, je ne les ai combattues qu'autant qu'elles

J Voy. l'Appendice à la fin de ce volume.

se liaient à cette grande polémique que chaque siècle soutient contre ceux qui l'ont précédé. Sans nulle haine contre les personnes, je pense même que l'opposition qui m'a été faite m'a été utile, lorsqu'elle n'a pas dégénéré en violence. Pour vaincre ces contradictions systématiques, j'ai dû veiller plus attentivement sur moi-même, ne rien avancer qui ne fût, de ma part, une conviction profonde, m'entourer de preuves, d'évidence, me passionner pour la vérité seule, certain que tout le reste, artifices de langage, ornements de style, futiles parures, me serait disputé sur-le-champ.

Si j'eusse écrit pour une académie, dans le fond de la retraite, sans qu'aucun ennemi épiât mes paroles, j'aurais dit au fond les mêmes choses; mais peut-être ne les eussé-je pas assez trempées dans le plus intime de mon cœur ; j'aurais pu m'arauser à parer ce qui doit être nu. Au lieu qu'obligé, chaque jour, de porter moimême ma parole en public, à la face de mes ennemis déclarés, je tiens pour assuré que cette sorte d'épreuve morale et immédiate m'a forcément ramené à ce qui est le nerf demoii sujet.

Dans nos mœurs modernes, l'écrivain retiré dans sa bibliothèque, sans contradicteur, ne

court qu'un seul péril, qui est de se donner trop aisément raison^; cette volupté l'énervé. Un moment d'une lutte à outrance est nécessaire dans ce métier, le plus dangereux de tous, pour la santé de l'âme. Je remercie donc le ciel de m'avoir enlevé à une volupté redoutable. Quand les inimitiés se sont prononcées, loin d'éprouver aucun ressentiment, j'ai accepté de grand cœur l'occasion de lutter avec moi-même et de m'avancer dans la vérité, par le besoin même de m'y fortifier. Temps étrange que celui où toute élévation morale passe aisément pour un I commencement de sédition!

En traçant ces mots, je sais d'avance, mon ami, que j'exprime votre propre pensée. Le témoignage de notre intimité m'a toujours paru la meilleure partie de notre enseignement. Si quelqu'un se trouve touché par ce livre, je désire qu'il se dise : Yoilà deux hommes qui ont été constamment occupés des mêmes choses; et leur amitié n'a fait que s'accroître j usqu a la mort .

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