Rom. XII, 10. Et i\'* évangile, xdi, 34. r
2. On n'entrevoit chez eux que bisn tard quelque cliose qui ressemble à une menace. Teut. Apolog., .37.
sentait moins vivre, tandis que les églises vivaient davantage. Ceux qui gouvernaient ces églises étaient élus dans des conditions, j'en conviens, qui n'étaient pas très démocratiques, mais qui en faisaient cependant des personnages d'un autre caractère et d'un autre esprit que les délégués de l'empereur. On pouvait espérer, dans le cercle où s'exerçait leur autorité, plus de liberté et plus de justice que l'on n'en trouvait ailleurs. Il est naturel que leur troupeau n'ait pas cessé de grossir. Ainsi, sans révolution violente, l'état social se transformait insensiblement ; c'est en cela surtout que la propagande chrétienne a consisté, et c'est par où elle a été si puissante. Malheureusement ce mouvement s'est arrêté par le triomphe même de l'Église. Dès qu'elle a été assez forte pour se faire accepter par l'État, il a dû. arriver bientôt qu'elle ne fût plus qu'un iustrument de gouvernement, ou qu'un gouvernement pareil à un autre et souvent pire.
Il doit paraître contradictoire, quand on a dit que le christianisme a réussi en satisfaisant à des instincts de critique et d'incrédulité, de dire ensuite qu'il a gagné les esprits par l'attrait de la superstition. Et cependant ces deux propositions sont également vraies. Le monde gréco-romain, sous l'influence de la philosophie, s'était détaché des anciennes croyances, et, d'un autre côté, sous l'influence contraire d'un abaissement général de l'esprit humain, qui suivit Téclipse delà Uberté, il les remplaça par de nouvelles erreurs et de nouvelles ténèbres. Nous ne trouvons dans l'histoire de la litléra-
ture latine qu'un seul esprit absolument libre, c'est Cicéron*. Sénèquedéjà, sous Néron, ne l'est pas assez. Le vieux Pline mêle des vues hardies avecles imaginations les moins raisonnables. Et, au temps de Trajan, quelle pitié de voir un personnage tel que l'autre Pline croire aux songes et aux revenants et nous faire des* contes enfantins, et quel regret que Tacite lui-même ne soit pas exempt de ces faiblesses !
Il ne faut donc pas s'aviser de dire que le christianisme s'est fait croire dans un temps où on ne croyait à rien; au contraire, on croyait beaucoup et surtout on avait besoin de croire. 11 y avait là un double courant, et c'est ce qui arrive souvent, même ailleurs que dans les choses religieuses. C'est i)ar 93, par le rui guillotiné, par les serments de haine à la monarchie, qu'on est arrivé à l'intronisation de l'empereur. De môme on ne voulait plus, au temps de Claude, des anciens dieux ni des anciennes fables, mais en même temps on en cherchait d'autres : la foi nouvelle fournit son Christ et sa Résurrection. Il lui arriva même, en certains cas, de ne changer que les mots : Augustin n"a-t-il pas dit : «Les dieux, que nous autres nous nommons les anges ))^?
Voilà comment se propagea le christianisme dans cette première période obscure, mais décisive, où il ne se répandait guère que parmi les petits et les illettrés, ou du moins parmi ceux qui n'avaient de science qu'une science juive. Il monta cependant peu à peu vers des
1. Et sans doute aussi César, mais César n'a pas écrit sa philosophie.