Voir III, 12 et r, 34. Voir aussi i, 42 et vu, 3G
3. Un autre évangile dit expressément, non seulement que cette obscurité où Jésus demeure enfermé était voulue, mais encore qu*elle était annoncée dans le célèbre passage dlsaîe où on croyait alors que le Christ éiait prophétisé {Matth,, xii, 16-17).
n Les grands-prêtres et tout le sanhédrin cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort et n'en trouvaient point. Car plusieurs portaient contre lui de faux témoignages, mais ces témoignages n'étaient pas pertinents. Quelques-uns se levèrent et portèrent de faux témoignages contre lui, disant : « Nous qui parlons, nous lui avons entendu dire : Je » détruirai, moi, ce sanctuaire fait de main d'homme, » et en trois jours j'en construirai un autre qui ne sera » pas de main d'homme. » Et leur témoignage n'était pas encore pertinent. Alors le grand- prêtre se leva au milieu de l'assemblée et demanda à Jésus : a Tu ne » réponds rien à ce que ces hommes témoignent contre » toi? 9 Et il se taisait et ne répondait pas. Le grand* prêtre reprit la parole, et lui demanda : « Est-ce toi » qui es le Christ, le fils du Béni ? » Et Jésus dit : « C'est moi, et vous verrez le fils de l'homme assis à la droite de la Vertu ^ et venant sur les nuées du ciel. » Et le grand-prêtre, déchirant ses vêtements, dit : « Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème,^ que vous en semble? » £t tous prononcèrent qu'il avait encouru la peine de mort. Et quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage et à le frapper, en disant : « Devine » {«po^euffov), et les valets l'accablaient de coups ^. »
1. Tiic 8vvà|Utt>;: l'éfangile traduit sans doute ainsi le terme rabbinique scheçhina, par lequel on désignait la manifestation extérieure de lehova.
2. Il est parlé dans ce morceau des grands-prêtres et du grandprôtre ; ces expressions ont besoin d'être expliquées. Il n'y a proprement qa*un grand-prètre, le chef suprême du peuple juif, dont la di-
iS LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
Un peu plus loin, quand il a été amené devant Pilatus, celui-ci lui dit à son tour : « Est-ce toi qui es le roi des Juifs ? » (Le Christ ou le roi des Juifs, pour un Romain, c'est la même chose.) Jésus répond : « C*est toi qui le dis. » Et, sans doute d'après cette réponse, on ajoute que Pilatus, quand il ordonne qu'on le mette en croix, fait écrire au-dessus de sa tête ces mots : « Le roi des Juifs, » comme exprimant le motif de sa condamnation.
Il n'y a rien de plus formel que ces déclarations de Jésus, surtout celle qu'il adresse au grand-prétre ; mais la récit lui-même est invraisemblable au plus haut degré. La question du grand-prêtre est absurde ; il pouvait bien demander à Jésus : « Est-il vrai que tu prétends être le Christ? » il n'a pas pu lui dire : «i Est-ce toi qui es le Christ? » La réponse n'est pas moins extraordinaire : jamais, dans aucun procès réel, un accusé n'a répondu à ses juges sur ce tonlà. Les derniers versets donnent une étrange idée de la poHced'une audience du sanhédrin. Il est visible que toute cette narration a la naïveté enfantine d'une lé-
gnité durait autrefois autant que sa Tie. Mais, Hérode et les Bomains s'étant mis à déposer arbitrairement les grands-prêtres, il parait que ceux qui avaient une fois porté ce titre le conservèrent même après avoir perdu le pouvoir, et avec le titre une certaine part d'honneurs et d'autorité. Ces grands-prôtres (à(}xieperc dans le Nouveau-Testament et dans Joseph] exerçaient sur les simples prêtres (Upetc) une domination qui allait jusqu'à la tyrannie (Antiq, XX, VIII, 8). Voir J. Deren bourg, Essai sur V histoire et la géographie ' de la Palestine d après les Talmuds et les autres sources rabbiniqueSf 1867, p. 231 et passim. La Vulgate traduit ol àpxtepeiç par principes sacerdotum, et ô àpxtepsv; par summus sacerdos.
CRITIQUE DES RÉCITS SUR LA VIE DE JÉSUS. Id
gende populaire, non le caractère d'une histoire sérieuse. Mais je prie qu'on fasse particulièrement attention à la manière dont est introduite la question du grand-prétre. « C'est, dit le texte, qu'on cherchait en yain contre Jésus des témoignages et qu'on n'en trouvait pas. d C'est-à-dire qu'il ne se trouvait pas deux témoins qui vinssent déposer que Jésus se donnât pour être le Christ, et il a fallu le lui faire dire à lui-même. Il me semble qu'il n'en faut pas davantage pour conclure qu'en effet Jésus n'a jamais dit qu'il fût le Christ.
J'ose ajouter que non seulement la manière dont on nous raconte la comparution de Jésus devant le sanhédrin est suspecte, mais encore que probablement Jésus n'a pas comparu devant le sanhédrin : c'est ce que j'expliquerai tout à l'heure. Je m'en tiens pour le moment à ce point, que Jésus ne s'est pas donné pour être le Christ.
Hais, lorsqu'enfin cette croyance, que Jésus était le Christ, est devenue la foi de toute une église, il était inévitable qu'on supposât que la révélation de ce grand mystère lui était quelquefois échappée pendant sa vie. De là les passages que nous lisons aujourd'hui dans les Évangiles.
Il est remarquable d'ailleurs que, dans ces passages mêmes, on ne lui met presque jamais dans la bouche le nom de Christ; on lui fait dire d'ordinaire : « le Fils de l'homme », une expression qui vient de Daniel^ et que j'ai expliquée ailleurs i, expression discrète et obscure, qui semble avoir été mise en usage pour