I. Les deux mots, reconnue et lae, Jouent ensemble en grec
qu'on lui fait de coûter beaucoup d'argent à ses églises, et nous ne voyons pas parfaitement clair dans sa réponse. 11 commence par établir qu'il a le droit de •vivre de son travail : « Ne m'est-il pas permis de manger et de boire? Ne m'est-il pas permis de mener avec moi une femme d'entre les sœurs (une ménagère), comme les autres apôtres et les frères du Seigneur et Céphas ? Ou serai-je le seul, avec Barnabe, à qui il ne sera pas loisible d'agir ainsi? Et qui est-ce qui fait la guerre à la charge de s'approvisionner lui-même? Qui est-ce qui plante une vigne, et ne mange pas du fruit? Ou qui est-ce qui paît un troupeau, et ne se nourrit pas du lait des bêtes qu'il fait paître? Et est-ce là parler humainement, ou la Loi elle-même ne le dit-elle pas? Car dans la loi de Moyse il est écrit : « Tu » ne musèleras pas le bœuf qui foule le grain. » [Deut.^ xrv, 4.) « Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs? Ou n'est-ce pas évidemment pour nous qu'il parle ? Oui, c'est pour nçus que cela a été écrit, etc. » (I Cor., IX, 4.) Et puis, après tout ce préambule si décisif, après qu'il a prononcé que, de même que les ministres du Temple vivent du Temple, ceux de l'Évangile doivent vivre de TÉvangile {Ibid.^ 13-14) , il déclare tout à coup que ce qu'il avait le droit de faire, il ne Ta pas fait, et qu'il ne le fera jamais, ne voulant pas perdre l'honneur d'évangéliser gratis. Voilà pour nous une première surprise. En voici une autre, quand nous lisons dans la seconde Épître (xi, 8), que cela s'adresse seulement à Corinlhe et à rÀchaïe : « J'ai dépouillé d'autres églises, me
faisant nourrir par elles pour votre service... Les frères venus de Macédoine ont suppléé à mes besoins... Pourquoi? Est-ce que je n'ai pas d*alFection pour vous? Dieu sait ce qui en est. Mais ce que j'en fais, et je le ferai encore, c'est pour ôter tout avantage à ceux qui ne cherchent qu'un avantage; je veux que, sur le point dont ils se vantent, il soit établi qu'ils n'en font pas plus que moi. » II semble bien qu'il résulte de ce passage que Paul avait des adversaires (nous ne savons lesquels^, qui affectaient de prêcher sans se faire payer, et qui se prévalaient contre lui de ce mérite, et qae, pour leur répondre, il s'attache à ne rien prendre non plus dans Corinthe et dans l'Achaîe, trouvant ailleurs, à ce qu'il parait, des disciples assez dévoués pour lui fournir ce qui lui manque. Et cela ne suffisait pas pour faire taire les malveillants : a Soit ; par moi-même, je ne vous ai pas été à charge, mais, en fripon que je suis, je vous ai volés par un détour. Est-ce qu'il y a quelqu'un, parmi ceux que j'ai envoyés vers vous, par qui j'aie tiré quelque chose de vous? Est-ce que Tite a jamais fait de l'argent à vos dépens? » (xu, 16-18.) Voilà des querelles peu édifiantes, et de bien petits côtés qui se découvrent dans les combats de ces missionnaires de la rédemption du genre humain. Quand on en est là, il n'est pas étonnant que le ton s'aigrisse. De là des traits comme ceux que nous avons rencontrés, comme l'hommage moqueur aux archi-apôtres, ou le sarcasme grossier qu'on a vu que Paul n'a pas craint de lancer aux circoncis.
Cependant, averti par un sentiment intérieur de ce qu'il y a d'indécent dans ces disputes, il les couvre à un autre endroit d'une excuse bien délicate : « C'est que je suis jaloux de vous comme Dieu est jaloux*. Comme on élève une vierge pour la présenter pure à son époux unique, je vous ai élevés pour le Christ. » (II Cor., XI, 2.) Ou bien il efface les petites vanités et les mesquines rivalités dans un orgueil immense, par lequel le prédicateur du Christ se confond, pour ainsi dire, avec le Christ lui-même et avec Dieu : Dieu l'a rendu capable d'être le ministre de la nouvelle alliance, « non pas celle de la lettre, mais celle dé l'Esprit; car la lettre tue et l'Esprit fait vivre. Et si le ministère de la mort (c'est la Loi qu'il appelle ainsi !), enfermé dans la lettre, imprimé sur la pierre, a abouti en gloire, au point que les fils d'Israël ne pouvaient soutenir la vue du visage de Moyse à cause de sa gloire, qui ne faisait que passer, comment le ministère de l'Esprit ne serait-il pas revêtu de bien plus de gloire?.,. Si ce qui passe a traversé la gloire^ comment ce qui subsiste ne serait-ii pas sûr de la gloire? C'est parce que f ai cette espérance^ que Je peux prendre avec vous toute liberté. Ce n'est pas comme Moyse, qui mettait un voile sur son visage, parce que les fils d'Israël ne devaient pas voir en face le terme où ce qui passait allait aboutir.... Mais nous, tous tant que nous sommes, contemplant à visage découvert la réflexion de la gloire du Seigneur, nous