Josèphe, XVIII, i, é; Actes, y
2. Nous ne le connaissons que par des livres écrits en grec. Le mot pairr(2;eiv signifie simplement laver en plongeant dans l'eaa. C'est ainsi qu'on baptisait, c'est-à-dire qu'on purifiait en les lavant la vaisselle et même les lits de table. {Marc, vu, 4.)
baptême. Il était parliculièrement populaire par l'âpreté de son zèle, qui s'attaquait hardiment aux puissants. Sa prédication était redoutable pour ces HIs d'Hérode, non moins profanes aux yeux des « saints )> que Tétait leur père, et Joseph écrit qu'Hérode Antipas le fit tuer, parce qu'il craignait que de ses discours il ne sorltt une révolution. Luc nous dit expressément que les peuples se demandaient si Jean n'était pas le Christ (m, 51), et il parait bien qu'il passa pour tel après sa mort. Le roman pieux attribué à Clément de Rome et intitulé : les Reconnaissances y nous l'assure : « Parmi les disciples de Jean, ceux qui paraissaient considérables se séparèrent de la foule et prêchèrent que leur maître était Iç Christ, (i, 54.) » Josèphe, qui s'apphque à ne rien laisser paraître de ce qui touche aux idées messianiques, se borne à marquer 1 impression profonde que causa sa mort ; il dit qu'un échec qu'Hérode éprouva peu après dans une guerre contre un roi arabe, son voisin, parut un chàli'men t de Dieu, qui le frappait pour ce crime. Mais si, après la mort de Jean, on s'est mis à croire qu'il pouvait bien être le Christ ou Messie, on était amené nécessairement par là à l'idée que le Christ, au lieu de régner, ou plutôt avant de régner, pouvait bien souffrir et mourir, sauf à se relever du tombeau quand serait venue l'heure de son règne. C'est peut-être ainsi que s'est répandue l'interprétation qui appliquait au Christ le chapitre A' haïe ^mXdi passion d'Israël.
Cependant il semble que cette imâfgination, trop nouvelle encore, n'ait pu se fixer sur Jean, et se soil transportée sur Jésus, sur celui au sujet de qui un
évangile fait dire à Hérode : « Celui-là est Jean, qui s'est relevé d'entre les morts, » {Matth., xiv, 2.) Alors les disciples de Jésus regardèrent Jean comme un simple précurseur de leur maître ; en suivant cette idée ils imaginèrent que Jean lui-même avait ainsi parlé, et qu'il annonçait la venue « d'un plus fort que lui*». Cela ne peut évidemment être accepté. Je crois même que, dans la vérité historique, Jean a fait en Judée une plus grande figure que Jésus, et qu'il est le principal personnage de la révolution religieuse dont Jésus a eu l'honneur. La manière dont Joseph, dans son Histoire, s'arrête à parler de lui suffirait pour témoigner de son importance {Antiq, , XVIII, v, 2) ; mais les évangiles mêmes laissent échapper à son sujet des expressions très singulières : a Je vous le dis en vérité, il ne s'est jamais levé parj;ni les fils des femmes un plus grand que Jean. » [Matth., ix, H.) Et encore : « La Loi et les prophètes, jusques à Jean, et depuis lors, la bonne nouvelle du royaume de Dieu. » [Ltic^ XVI, 16.) Et Tertullien commentait ainsi ces paroles si fortes : « Nous savons bien que Jean a été établi pour être la limite entre le passé et l'avenir, de façon qu'en lui le judaïsme finit et le christianisme commence. » {Contre Mar don, IV, 33.) Il semble, d'après un passage d'ailleurs obscur du livre des Actes (xix, 3), que
1. Jtfarc, 1, 7 ; Jean^ x, 41. L'idée exprimée par le mot de précurseur est bien celle de Y évangile ; mais le mot 9cp68po|M;, pr»citrsar^ n*est pas dans le Nouveau-Testamentf si ce n'est dans un verset de VÉpUre aux Hébreux, vi, 29, où Jésus lui>m6me est appelé notre précuraeur dans la vie éternelle. Ce sont les Pères qui ont appelé Jean le précurseur du Christ. (Tertullien, Contre ies Juifs, 9, etc.).
le célèbre Apollos d'Alexandrie, celui qui prêchait «la bonne nouvelle » à Éphèse et à Gorinthe en même temps que Paul, et en concurrence, sinon en rivalité avec lui (I Cor.^ i, 12; m, 4, etc.), était unjohannile plutôt que ce que nous appelons un chrétien ^ .
Enfin le culte même que TÉglise rend à Jean le Baptistès garde la trace de cette situation à part, puisqu'il est le seul entre tous les saints (avec la mère de Jésus) dont elle célèbre non pas seulement la mort, mais' aussi la naissance; la fête qu'on appelle par excellence la Saint-Jean est celle de sa nativité. Et cette fête était d'une antiquité immémoriale, au témoignage d'Augustin. On a donc traité Jean comme le Christ lui-même, si ce n*est qu'on fête l'un au solstice d'été et l'autre au solstice d*hiver.
Jésus cependant est demeuré définitivement le Christ unique, et c'est à lui que s'est attachée la foi de ceux qui se sont appelés les chrétiens ou les hommes du Christ. L'étude des origines du christianisme vient donc aboutir à Tétude de la vie de Jésus. Mais rien n'est plus difficile à faire que cette élude. Car nous n'avons aucun renseignement sur la vie de Jésus en dehors des quatre Évangiles^ comme on les appelle, et les évangiles sont de bien pauvres documents ^.
1 . Il existe encore aujoard'hui, en Orient, des chrétiens qui sont des jobannites. Voir Renan, Vie de Jésus^ 1867, p. 102.
3. Le mot d'évangile s'explique aisément en rapprochant les versets 1 et 14 du premier chapitre du livre qui porte le nom de Marc. Il est dit an verset 14 que Jésus s*en allait annonçant la « bonne nouvelle 9 du royaume de Dieu, xh evanéXtov. Cela a conduit à dire, comme on lit au verset 1 , qui n'est qu*un titre : a Commencement de la bonne nouvelle (toO suaYyeXov) de Jésus le Christ, Fils de Dieu.» Mais
D'abord ils sont venus très tard, car ils sont certainement postérieurs à la prise de Jérusalem par Titus; OD ne peut donc supposer moins de quarante années entre la date de la mort de Jésus et celle du plus ancien évangile. Ensuite, ils sont écrits en grec, et, par conséquent, pour des pays étrangers à ceux où Jésus a vécu, loin de tout témoin de sa vie et de tout contrôle.
Rapprochés les uns des autres, les quatre évangiles ne s'accordent pas entre eux, et leur désaccord obstiné a cruellement embarrassé les croyants. Il n'y a pas un seul récit, je dis rigoureusement pas un seul, qui soit présenté dans les quatre évangiles de la même manière, et le plus souvent les différences sont telles entre les différentes versions, qu'il est impossible de les concilier et qu'il faut sacrifier Tune à Taulre. Le fameux Examen antique de la vie de Jésus, par Strauss, est rempli par la discussion de ces divergences, poursuivies jusque dans le moindre détail, de manière que pas une phrase ne subsiste inattaquable : Teffet de cette discussion a été terrible, et l'orthodoxie en est demeurée absolument déconcertée. Je ne connais en effet qu'un moyen, pour les croyants, de se dérober à cette impression, c'est de ne pas lire le livre : il n'est pas possible d'y répondre sérieuse* aient point par point.
la Vulgate, au liea de traduire le mot eOaYyéXiov, Ta ftimplement transcrit en latin, ce qui lui a donné comme un sens nouveau, le latin n'éveillant pas dans resprit le sens primitif. Evangeiium a paru signifier la prédication de Jésus, ou même le livre qui contient cette prédication, et il en est de même du mot français « évangile ».
Si au contraire on se met en dehors de Torthodoxie, cette critique perd de son importance, puisqu'il n'y a rien de plus ordinaire que des variations et des contradictions dans des réciis humains. Cependant elles sont ici à la fois tellement marquées et tellement multipliées, que les doutes qu'elles soulèvent vont au delà de ceux que la plupart des histoires suggèrent. Nous avons ainsi l'impression, non plus que la vérité primitive a été altérée, mais que le plus souvent il manque au récit un fond de vérité primitive, et que l'imagi' nation a tout fait.
Enfin aucun de ces livres ne présente les caractères d'un récit suivi. Ce sont des scènes détachées, qui ne tiennent les unes aux autres par aucun lien ; on s'y propose d'édifier le lecteur, nullement de le renseigner. Les indications chronologiques y sont en très petit nombre, et nullement sûres. A Texception des noms des Douze, rien n'est plus rare qu'un nom propre dans ces récits, et c'est assez pour montrer combien ils ressemblent peu à de Thistoire. Jésus les traverse comme une apparition plutôt qu'il n'y figure comme un homme réel, qui a des amis et des ennemis, des maîtres, des camarades, des projets et des aventures. Il a prêché une fois ; une autre fois il a guéri ; il a fait une autre fois l'un et l'autre, sans qu'on nous marque le plus souvent ni quand ni où. Yoilà à peu près tout ce qu'on nous dit : ce n'est pas là une histoire ^
1 . La formule c en ce temps-là », qui reYÎent trois fois daas Matthieu, a servi à l'Église pour faire un début à tous les fragments détachés des Ëtangiies qu'elle lit dans ses offices. C'est à peu près tonte la chronologie qui s'y trouve.
Il existe, il est vrai, des Lettres de* Paul, notablenient plus anciennes que les évangiles et plus voisines de Jésus. Mais ces quatre courts morceaux, car il n'y en a pas davantage qui soient authentiques^, et ce sont les seuls écrits authentiques du Nouveau- Testament^ ne nous apprennent rien sur le maître, que Paul n'avait pas connu. Aussi demeure-t-on bien étonné qiiand on a étudié le Nouveau-Testament pour s'éclairer sur la personne de Jésus, de la vanité de cette étude et de la profonde ignorance où Ton aboutit. Mais il faut entrer plus avant dans le sujet et examiner quelle foi nous pouvons ajouter aux témoignages que les évangiles nous apportent sur la vie et sur la personne de Jésus.
La critique a reconnu que le plus ancien de^ quatre évangiles est celui qui vient le second dans nos recueils, sous le nom de Marc, et qui est le plus court et le plus simple. C'est donc à celui-là que nous devrons nous adresser de préférence pour chercher la vérité sur Jésus; mais celui-là môme nous fournit bien peu de chose.
Et d'abord la première obligation que nous fait le principe rationaliste qui est le fondement de toute critique est d'écarter de la vie de Jésus le surnaturel. Cela emporte d'un seul coup, dans les évangiles, ce que nous appelons les miracles ^.
1. On ▼erni plas tard que les seules véritables Lettres de Paul sont les Épitres aux Galates, aux Corinthiens (I et II) et aux Roumains.
!?. Le mot miracula (en grec 6av(iaTa) n'est pas dans le Nouveau- Testament. Les trois premiers évangéllstes disent « des vertus »
Des paralytiques et des lépreux instantanément guéris; des sourds, des muets, des aveugles -nés/ qui recouvrent tout à c5tip l'ouïe, la parole ou la vue par un attouchement ou par un mot de Jésus, il est clair qu'il n'y a là aucune réalité. Non seulement Jésus n'a jamais rien fait de pareil, mais j'ajoute hardiment qu'on n'a pas pu dire, qu'on n'a pas pu croire cela de son vivant. Ce n'est qu'à distance et longtemps après qu'on a imaginé de pareilles choses.
Quand la critique refuse de croire à des récits de miracles, elle n'a pas besoin d'apporter des preuves à l'appui de sa négation : ce qu'on raconte est faux simplement parce que ce qu'on raconte n'a pas pu êlre. Mais il reste à la critique une obligation, celle de re* chercher comment on en est venu à croire ces miracles. C'est ce qui n'est pas très difficile à dire dans le cas présent : on a cru que Jésus avait fait des miracles parce qu'on a cru que Jésus était le Christ, et qa'on croyait que le Christ devait faire des miracles.
Il est dit, en effet, dans Isaïe, xxxv, 5, qu'au temps marqué par lehova pour le salut de son peuple, « les yeux des aveugles s'ouvriront et les oreilles des sourds se déboucheront; le boiteux bondira comme un cerf, et la langue du muet chantera ». Et ailleurs, xxvi, 19, s'adressant à lehova lui-même, le prophète s'écrie : « Les morts vivront, les cadavres se relèveront. » Ce ne sont là dans le poète que des figures, qui expri-
(Suvapiei;) ; le quatrième dit a des signes » (<n](ieia). On trouve aussi deux fois le mot xépona, prodigia, (Matth., xxiv, 24 et Jean, iv, 48.) Paul n*em ploie non plus que ces trois mots.
ment vivement le grand réveil d'Israël, si longtemps anéanti. Plus tard, on les a prises à la lettre et on y a vu les signes de la venue du Christ ou Messie.
Dès lors, ceux qui crurent, après la mort de Jésus, que le Christ était venu et que c'était lui, crurent nécessairement aussi que les signes annoncés avaient dû se produire et, par conséquent, qu'ils s'étaient produits. La vue avait été rendue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et ainsi du reste. L'imagination émue construit d'elle-même une espèce de syllogisme : il devait faire cela, il l'a donc fait. Et l'évangile qui porte le nom de Matthieu s'exprime d'une manière qui trahit, pour ainsi dire, ce travail qui s'est fait dans les esprits. Il suppose que Jean le Baptistès envoie demander à Jésus si c*est vraiment lui qui est le Christ, et Jésus répond : « Allez dire à Jean ce que vous apprenez et ce que vous voyez. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont nettoyés de leur lèpre, les sourds entenâenl, les morts se relèvent, et la bonne nouvelle est annoncée aux humbles; » c'est-à-dire : Vous le voyez bien, les paroles d'haïe s'accomplissent * . J'imagine que ce n*est pas entre Jésus et Jean, en réalité, que s'est passé ce dialogue, mais entre ceux qui croyaient à Jésus et ceux qu'on voulait amener à croire.
Ce qui aidait à la croyance, c*est qu'en ce temps-là il se faisait véritablement beaucoup de miracles, non pas de respèce de ceux que je viens de dire, miracles impossibles, qui ne se voient en aucun temps, mais des guérisons d'un caractère particulier, qui sont celles