CHAPITRE YIII
En général, il est plus difficile d'empêcher riiomme de croire que de le faire croire.
Ernest Renan, Marc-AurèU, p. 582.
Ce chapitre a pour objet d'examiner en général ce qui a pu favoriser la conversion des gentils au chrislianisnie, ou au contraire ce qui était de nature à y faire obstacle.
Considérons d'abord les idées régnantes. Les idées ne sont pas les causes les plus apparentes des révolutions, mais elles en sont peut-être les causes principales. Or les idées que les progrès de la philosophie avaient développées dans le monde hellénique le préparaient on ne peut mieui aux croyances chrétiennes. C'était d*abord le monothéisme. On ne croyait plus à ces dieux humains des poètes, à leurs batailles, à leurs amours. Onne se représentait plus la divinité que comme rame de la nature, ou comme la justice suprême qui faisait prévaloirlaloimorale.Jenedirai pas que laBiblefût monothéiste dans le sens philosophique; mais enfin les Juifs, n'ayant chez eux qu'un seul dieu, n'avaient pas de difliculté à accepter le monothéisme, et Juifs et chrétiens se trouvaient, en effet, monothéistes au moment précisément où le monde entier tendait à l'être et n'était arrêté que par la coutume et la soumission
au culte établi. Leur dieu invisible, qui n'avait ni sexe ni aventures, devint aisément ce qu'on appelle un dieu spirituel, tel que le voulaient des esprits las de la mythologie. Il est vrai que le dieu des Juirs habitait un temple, et que, dans ce temple, comme dans ceux des autres dieux, on égorgeait des bœufs et des moutons pour son service. Cela était choquant pour les esprits capables dé quelque philosophie; ils voyaient avec dégoût ce culte grossier, qui prétendait acheter les faveurs divines par des viandes et des parfums. Mais il ost à remarquer que les chrétiens, ayant rompu avec les Juifs, n'allaient plus au Temple de Jérusalem, et par conséquent ne sacrifiaient plus( car on ne sacrifiait à ce dieu-là nulle part ailleurs); de plus, à partir de Tan 70, le Temple et les sacrifices disparurent; de sorte que, sur ce point encore, si considérable, la foi nouvelle apportait aux mécontents ce qu'ils demandaient. Enfin, dans les religions gréco-romaines, rien n'avait été plus discrédité par la philosophie que ce qu'on nommait la divination : or il se trouva qu'il n'y avait chez les Juifs, et par conséquent chez les chrétiens, ni oracles, ni augures, ni aruspices, et, par là aussi, les chrétiens rejoignaient l'école d'Épicure et les incrédules. En un mot, le christianisme, en tant qu'il était une négation, ne pouvait être qu'en parfait accord avec les raisonneurs, ou simplement les indociles : il était avant tout vne critique^ comme l'a dit M. Nisard dans une phrase que J'ai citée déjà *.