FORMES HUMAINES DE LA RÉDEMPTION
des hommes, au vu et au su de tous, sera membre d'une famille 39, citoyen d'une patrie 40, adepte d'une école 41 , fidèle d'une religion 42, contemporain, en un mot, d'une génération humaine qui l'environnera de toutes parts et pèsera sur lui de tout son poids, heureux ou funeste ; tout cela , c'est être homme, et, au fond, tout cela se réduit à ce que le rédempteur sera atteint par la loi de solidarité.
Evénement de ce monde, la rédemption sera dominée parles deux conditions des choses de ce monde, le temps et l'espace : elle prendra un certain temps ; elle s'effectuera en un certain lieu; elle aura un champ d'action sur la terre, une date dans le cours des siècles ; son millésime comptera sur la liste des âges de l'humanité 43.
Tout homme vit de la vie de sa génération.
Tout événement a la couleur de son siècle.
Le rédempteur et la rédemption seront de leur temps, ainsi que déjà il a été dit ; sans quoi , les contemporains, faute de comprendre , et fort innocents dans leur manque d'intelligence, repousseront le rédempteur et méconnaîtront la rédemption 44.
Mais cette indispensable condescendance du rédempteur, cet accommodement de la rédemption à l'esprit humain du moment , aux circonstances présentes de l'humanité , ne peut évidemment porter que sur la forme, et non sur le fond; sans quoi, le salut cesserait d'être collectif et général.
On voit que , dans une rédemption destinée à une humanité, la forme est nécessairement temporaire et locale ; le fond, nécessairement permanent et universel. La forme convient nécessairement à un temps, un lieu, un climat, et s'adresse à certains hommes; le fond, à tous les temps, tous les lieux, tous les climats, et s'adresse à tous les hommes45.
La forme sert à faire accepter, au début de l'œuvre, le fond ; le fond , à son tour et plus tard , fait comprendre la forme 46.