SCÈNE VI
LE BARON, UN FERMIER, suivi de quelques autres.
Le Fermier.
-Permettez que nous vous expliquions la vérité du fait ; vérité plus claire que le jour i|ui hous
( 44 ) luit. . . Il y a une justice dans le monde peut-être comme il y a un soleil au firmament, pour tout éclairer. . . ainsi. , .
Le Baron.
Une justice! . . je suis la justice, puisque je suis ton seigneur. . . ah! ah! l'on dit, et je le vois , que tu fais le mutin. . . je ne les aime pas , je t'en préviens. . . prends-y garde.
Le Fermier.
Mais , monseigneur , nous ne vous devons pas cette redevance ; permettez-nous de plaider notre bon droit en face de la justice.
Le Baron.
Encore tu parles de justice devant moi?
Elle appartient à tout le monde , tant pauvre fût-il.
Plaider, plaider , maraud ! [prenant un bàtoiu) tiens , voilà le juge du lieu ; c'est moi qui le fais prononcer , [prenarU un autre bâton.) et voilà le juge d'appel.
L F. Fermier.
Mais, vous, monseigneur, qui traitez ainsi vos
( 45 } justiciables , vou» plaidez bien quand on vous attaque injustement , avec plus haut que vous ; les hommes ici bas, sont tour-à-tour, grands et petits; ainsi, ne pouvons-nous pas plaider contre vous sans votre permission ?
Le Baron.
Ne raisonne pas. . . sais-tu quels sont mes procureurs , mes huissiers , mes avocats ? Regarde ces fusils , ces sabres , ces pistolets , ces hallebardes. . . Je vous mettrai tous à la raison , drôles que vous êtes. Que quelqu'un remue. [Les fermiers restent interdits. )
Le Fermier, aux siens.
Ah! mon dieu! mon dieu! il est toujours le plus fort , et nous avons beau avoir raison, il nous assomme , puis , il nous ruine encore après ; ainsi, nous avons toujours tort.
Un autre Fermier.
Ah î quelle malédiction dans un pays que cet homme-là !
Un autre Fermier.
Et la justice ne peut pas empêcher les injustices: qu'est-ce donc que la justice ? Dis , toi ?.. .
Un Fermier.
Je croyons qu'il n'y en a que pour ceux qui pouvions la payer grassement ou la commander.