‹ Le ci-devant noble; comédie en trois actes, en prose. Par m. Mercier. Représentée à Coblentz le 2 novembre 1791Chapitre 6 sur 33 · SCÈNE V- ERASTE, CAROLINE · texte numérisé non relu

SCÈNE V- ERASTE, CAROLINE

JtlassURE - toi. ... et de quoi as-tu peur?

Caroline.

J'ai bien de la peine à me rassurer. . . . n'est-il pas encore là avec son fusil ,ce méchant homme?...

Eh bien ! que fait son fusil et sa personne?

Caroline.

Ah ! vous ne Tavez pas vu comme moi. ... ce

terrible 'homme les yeux éteincelans ; je ne

puis pas vous dire tout. . . . Si vous l'aviez vu ! . ,

Nous devinons. . . il aura mJs ta vertu à quelque forte épreuve , et c'est à raison de ta sagesse victo-> rieuse qu'il t'aura renvoyée.

.Caroline.

Je ne le dirois pas à d'autre qu'à vous, mais la confiance que j'ai en votre discrétion et votre pru-. dcnce. . . .

Tu es donc à la ville depuis hier? . . .

Caroline.

Oui, monsieur; depuis ce tems-là j'ai eu assez de loisir pour entendre votre panégyrique , divisé en plusieurs points.

Comment parle-t-on de moi , qui ne fréquente plus personne ?

Caroline.

C'est à cause de cela il faut que la bonne

compagnie vous soupçonne d'avoir conçu du mépris pour elle; et cela ne se pardonne point. ... car, dans cette ville, on avoit des vues sur vous , à ce qu il paroît.

Je n'ai pu me familiariser avec le vuide de

toutes ces sociétés Chacun vouloit m'attircr

dans son parti , et je n'ai voulu en épouser aucun.

Caroline.

Eh bien ! il en résulte que vous avez tout le

monde pour ennemi ; de tout côté on se ligue

contre vous : on relève malignement ce que vous

avez dit.

Ou plutôt , ce que je n'ai pas dit ; car je snk riiomme de France qui parle le moins des autres...

Caroline.

Il faut que cela soit encore pis que de parler ; si vous gardez le silence , on ne le garde pas s-ur votre compte ; on recherche votre naissance, vos mœurs , d'où vous venez , ce que vous avez fait , ce que vous êtes , ce que vous faites et ce que voys ferez. . . .

Eh bien ! Ton dit. . . . [s arrêtant) au reste, je ne veux pas le savoir. . . . Qu'importe les idées d'autrui sur notre compte. . . . comme si cela pou-» voit changer quelque chose à notre situation !

Caroline.

Toqs ces propos viennent de ce que vous ne savez pas vivre en province , c'est-à-dire , vous ennuyer décemment, . . . puis vous ne jouez pas, et c'est par-tout le plus grand des torts.

Je n'ai pas besoin de cotterles , j':,iime. . . . me§ jours sont remplis. , , puis, qu'irai-je llare'^ passer ■une soirée entière à filer ennuyeusement des cartes,

voir tous les yeux fixés et les esprits tendus sur l'apparition d'une figure , perdre souvent les plus belles keures du jour , dans la plus belle saison de l'année. ... Il y a là de terribles douairières qui s'incorporent aux coussins d'un fauteuil , et qui ne s'en détackent jamais ; elles vous fixent malgré vous sur un siège bien avant jusques dans la nuit, et vous ne pouvez pas plus jouir de la douce clarté de la lune , que des rayons du soleil.

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