ACTE //, SCÈNE
D. Arias.
De trop d'emportement votre faute est suivie. Le roi vous aime encore ; apaisez son courroux : Il a dit, je le veux ; désobéirez-vous ?
Le Comte.
365 Monsieur, pour conserver tout ce que j'ai d'estime, De'sobéir un peu n'est pas un si grand crime ; Et, quelque grand qu'il soit, mes services présents Pour le faire abolir sont plus que suffisants.
D. Arias.
Quoi qu'on fasse d'illustre et de considérable, 370 Jamais à son sujet un roi n'est redevable.
Vous vous flattez beaucoup, et vous devez savoir Que qui sert bien son roi ne fait que son devoir. Vous vous perdrez, monsieur, sur cette confiance.
Le Comte.
Je ne vous en croirai qu'après l'expe'rience.
D. Arias.
375 Vous devez redouter la puissance d'un roi.
Un jour seul ne perd pas un homme tel que moi. Que toute sa grandeur s'arme pour mon supplice ; Tout l'État périra, s'il faut que je périsse.
D. Arias.
Quoi ! vous craignez si peu le pouvoir souverain . . .
Le Comte.
380 D'un sceptre qui sans moi tomberait de sa main. Il a trop d'intérêt lui-même en ma personne, Et ma tête en tombant ferait choir sa couronne.
D. Arias.
Souffrez que la raison remette vos esprits : Prenez un bon conseil.
Le Comte.
Le conseil en est pris.
D. Arias.
385 Que lui dirai-je enfin? je lui dois rendre compte. Le Comte.
Que je ne puis du tout consentir à ma honte.
D. Arias.
Mais songez que les rois veulent être absolus.
Le Comte.
Le sort en est jeté, monsieur ; n'en parlons plus.
D. Arias.
Adieu donc, puisqu'en vain je tâche à vous résoudre : 300 Avec tous vos lauriers, craignez encor la foudre. Le Comte.
Je l'attendrai sans peur.
D. Arias.
Mais non pas sans effet.
Nous verrons donc par là don Diègue satisfait.
(Z>. Arias rentre.} Qui ne craint point la mort ne craint point les menaces. J'ai le cœur au-dessus des plus fières disgrâces ; 395 Et l'on peut me réduire à vivre sans bonheur, Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur.