D. SANCHE, CHIMÈNE, ELVIRE
D. Sanche.
1705 Oblige' d'apporter à vos pieds cette épe'e
Chimène.
Quoi ! du sang de Rodrigue encor toute trempe'e Perfide, oses-tu bien te montrer à mes yeux, Après m'avoir ôté ce que j'aimais le mieux? Éclate, mon amour, tu n'as plus rien à craindre ; 17 10 Mon père est satisfait, cesse de te contraindre ; Un même coup a mis ma gloire en sûreté, Mon âme au désespoir, ma flamme en liberté. D. Sanche.
D'un esprit plus rassis
Chimène.
Tu me parles encore, Exécrable assassin d'un héros que j'adore ! 17 15 Va, tu l'as pris en traître ; un guerrier si vaillant N'eût jamais succombé sous un tel assaillant. N'espère rien de moi, tu ne m'as point servie ; Et, croyant me venger, tu m'as ôté la vie.
D. Sanche.
Étrange impression qui, loin de m'écouter
Chimène.
1720 Veux-tu que de sa mort je t'écoute vanter, Que j'entende à loisir avec quelle insolence Tu peindras son malheur, mon crime, et ta vaillance ?