ACTE III. SCÈNE VI
Le tyran m'a surpris sans défense et sans armes. J'ai vu Pirithoiis, triste objet de mes larmes, Livré par r ce^5arbare à des monstres cruels Qu'il nourrissoit du sang des malheureux mortels.* Moi-même, il m'enferma dans des cavernes sombres, Lieux profonds, et voisins de l'empire des ombres. Les Dieux, après six mois, enfin m'ont regardé : J'ai su tromper les yeux de qui j'étois gardé. D'un perfide ennemi j'ai purgé la nature ; A ses monstres lui-même a servi de pâture ; ;
Et lorsque avec transport je pense m'approcher \ L»^M*l De tout ce que les Dieux m'ont laissé de plus cher:./ J Que dis-je ? quand mon âme, à soi-même rendue, Vient se rassasier d'une si chère vue, Je n'ai pour tout accueil que des frémissements : *Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements. Et moi-même, éprouvant la terreur que j'inspire, Je voudrois être encor dans les prisons (£f)pire. Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé. Qui m'a trahi ? Pourquoi ne suis-je pas vengé ? v
La Grèce, à qui mon bras fut tant de fois utile, ^i-t-elle au criminel accordé quelque asile ? Vous ne répondez point. Mon fils, mon propre fils Est-il d'intelligence avec mes ennemis ?
Entrons. C'est trop garder un doute qui m'accable, > - [, Connoissons à la fois le crime et le coupable. Que Phèdre explique enfin le trouble ou je la voi.