‹ Le Cid-HoraceChapitre 118 sur 224 · SCÈNE L THÉSÉE, ŒNONE · texte numérisé non relu

SCÈNE L THÉSÉE, ŒNONE

^ THÉSÉE

Ah ! qu'est-ce que j'entends ? Un traître, an téméraire

Préparoit cet outrage à l'honneur de son père ?

Avec quelle rigueur, destin, tu me poursuis 1

Je ne sais ou je vais, je ne sais où je suis.

O tendresse ! ô bonté trop mal récompensée 1

Projet audacieux ! détestable pensée !

Pour parvenir au but de ses noires amours,

I/insolent de la force empruntoit le secours.

J'ai reconnu le fer, instrument de sa rage,

Ce fer dont je l'armai pour un plus noble usage.*

Tous les liens du sang m'ont pu le retenir ?

Et Phèdre différoit à le faire punir ?

Le silence de Phèdre épargnoit le coupable ?

ŒNONE

Phèdre épargnoit plutôt un j)ère déplorable.

Honteuse du dessein d'an amant furieux Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux, Phèdre mouroit, Seigneur, et sa main meurtrière Eteignoit de ses yeux l'innocente lumière.

{'ai vu lever le bras, j'ai couru la sauver, loi seule à votre amour j'ai su la conserver ; Et plaignant à la fois son trouble et vos alarmes, J'ai servi, malgré moi, d'interprète à ses larmes.

* Virgile a dit semblablement de Pépée, présent d'Énée, et dont s'arme Didon, prête à se frapper {Enéide, livre iv., vers 647) :

.... fton ho* qassitum munus in osas.

52 PHÈDRE

THÉSÉE

Le perfide ! Il n'a pu s'empêcher de pâlir.

De crainte, en m'abordant, je l'ai vu tressaillir. Je me suis étonné de son peu d'allégresse ; Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse* Mais ce coupable amour dont il est dévoré .X)ans Athènes déjà s'étoit-il déclaré ?

ŒNONE

; Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la Reine. » Un amour criminel causa toute sa haine.

THÉSÉE

Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ?

* ŒNONE

Je vous ai dit, Seigneur, tout ce qui s'est passé. C'est trop laisser la Reine à sa douleur mortelle ; -Souffrez que je vous quitte et merange auprès d'elle.

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