ACTE IV, SCÈNE II
Monstre, qu'a trop longtemps épargné le tonnerre. Reste impur des brigands dont j'ai purgé la terre. Après que le transport d'un amour plein d'horreur Jusqu'au lit de ton père a porté sa fureur Tu m'oses présenter une tête ennemie, Tu parois dans des lieux pleins de ton infamie, Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu, Des pays où mon nom ne soit point parvenu.
Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine, Et tenter un courroux que je retiens à peine. C'est bien assez pour moi de l'opprobe éternel D'avoir pu mettre au jour un fils si criminel, Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire, De mes nobles travaux vienne souiller la gloire. Fuis ; et si tu ne veux qu'un châtiment soudain , T'ajoute aux scélérats qu'a punis cette main, Prends garde que jamais l'astre qui nous éclaire Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire. Fuis, dis-je ; et sans retour précipitant tes pas, De ton horrible aspect purge tous mes États.
Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage D'infâmes assassins nettoya ton rivage, Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux, Tu promis d'exaucer le premier de mes vœux.
Dans les longues rigueurs d'une prison cruelle Je n'ai point imploré ta puissance immortelle. Avare du secours que j'attends de tes soins, Mes vœux t'ont réservé pour de plus grands besoins :
Je t'implore aujourd'hui. Venge un malheureux \ ère. 'abandonne ce traître à toute ta colère ; Etouffe dans son sang ses désirs effrontés :
Thésée à tes fureurs connoftra tes bontés.
HIPPOLYTE
D'un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte ! Un tel excès d'horreur rend mon âme interdite; Tant de coups imprévus m'accablent à la fois, Qu'ils m'ôtent la parole et m'étouffent la voix.
54 PHÈDRE
THÉSÉE
Traître, tu prétendois qu'en un lâche silence
Phèdre enseveliroit ta brutale insolence»
Il falloit, en fuyant, ne pas abandonner
Le fer qui dans ses mains aide à te condamner ;
Ou plutôt il falloit, comblant ta perfidie,
Lui ravir tout d'un coup la parole et la vie.
HIPPOLYTE
D'un mensonge si noir justement irrité,
Je devrois faire ici parler la vérité,
Seigneur ; mais je supprime un secret qui vous touche.
Approuvez le respect qui me ferme la bouche ;
Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennui?.
Examinez ma vie, et songez qui je suis..
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes»
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes
Peut violer enfin les droits les plus sacrés ;
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés ;
Et jamais on n'a vu la timide innocence
Passer subitement à l'extrême licence.
Un jour seul ne fait point d'un mortel vertueux
Un perfide assassin, un lâche incestueux.
Elevé dans le sein d'une chaste héroïne,
Je n'ai point de son sang démenti l'origine.
Pitthée, estimé sage entre tous les humains,
Daigna m'instruire encore au sortir de ses mains. 9
Je ne veux point me peindre avec trop d'avantage ;
Mais si quelque vertu m'est tombée en partage,
Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater
La haine des forfaits jqii'on ose m'imputer. <^Wuw-^t-
C'est parla qiTHippolyte est connu dans la Gièce.
J'ai poussé la vertu jusques à la rudesse.
* Pitthée, roi de Trézène, était Païeul maternel de Thésée Thésée avait été élevé par lui, et lai avait lai-même confié V éducation d'Hippolyte. Dans le prologue d'Euripide (vers il), Hippolyte est nommé le disciple du vertueux Pitthée :
'IwoXvTor, àyvov Tl iraient trou^fv/xara.