‹ Le Cid-HoraceChapitre 123 sur 224 · PHÈDRE, THÉSÉE · texte numérisé non relu

PHÈDRE, THÉSÉE

PHÈDRE

Seigneur, je viens à vous, pleine d'un juste effroi. Votre voix redoubtable a passé jusqu'à moi.

Je crains qu'un prompt effet n'ait suivi la menace. S'il en est temps encore, épargnez votre race, Respectez votre sang, j'ose vous en prier.

Sauvez moi de l'horreur de l'entendre crier; Ne me préparez point la douleur éternelle De l 9 avoir fait répandre à la main paternelle.

THÉSÉE

Non, Madame, en mon sang ma main n'a point trempé ; Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé. Une immortelle main de sa perte est chargée.

Neptune me la doit, et vous serez vengée.

PHÈDRE

Neptune vous la doit ! Quoi ? vos vœux irrités...

THÉSÉE

Quoi ? craignez- vous déjà qu'ils ne soient écoutés ?

{oignez- vous bien plutôt âmes vœux légitimes. )ans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes ; Echauffez mes transports trop lents, trop retenus» Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus : Sa fureur contre vous se répand en injures :

Votre bouche, dit-il, est pleine d'impostures ;

58 PHEDRE

Il soutient qu'Aride a son cœur, a sa foi, Qu'il l'aime.

PHÈDRE

Quoi, Seigneur ?

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Il Ta dit devant moi :

Mais je sais rejeter un frivole artifice.

Espérons de Neptune une prompte justice :

Je vais moi-même encore au pied* de ses autels Le presser d'accomplir ses serments immortels.

~ x^ SCÈNE V.

^ttlJÈDRE {seule).

Il sort. Quelle nouvelle «ajrappé mon oreille? Quel feu mal étouffé dans moîxcœur se réveille ? Quel coup de foudre, ô ciel 1 etNçuel funeste avis ! Je volois toute entièref au secours «de son fils ; Et m'arrachant des bras d'Œnone épouvantée, Je cédois au remords dont j'étois tourrWntée. Qui sait même ou m'alloit porter ce repentir ? Peut-être à m'accuser j'aurois pu consentit Peut-être, si la voix ne m' tût été coupée, L'affreuse vérité me seroit échappée.

Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour m\pi ! Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi ! *

Ah, Dieux ! Lorsqu'à mes vœux l'ingrat inexor S'armoit d'un œil si fier, d'un front si redoutable Je pensois qu'à l'amour son cœur toujours fermé Fût contre toute mon sexe également armé. *

Une autre cependant a fléchi son audace ; \

Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce. * Peut-être a-t-il un cœur facile à s'attendrir. ;

Je suis le seul objet qu'il ne sauroit souffrir ; Et je me chargerois du soin de le défendre ?

* Plusieurs éditeurs modernes ont remplacé au piedyvx aux pisds. t Voir p. 24, note *.

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