‹ Le Cid-HoraceChapitre 131 sur 224 · THÉSÉE, PANOPE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, PANOPE

PANOPE

J'ignore le projet que la Reine médite, Seigneur, mais je crains tout du transport qui l'agite. Un mortel désespoir sur son visage est peint ; La pâleur de la mort est déjà sur son teint.

Déjà, de sa présence avec honte chassée, Dans la profonde mer Œnone s'est lancée.* On ne sait point d'où part ce dessein furieux ; Et les flots pour jamais l'ont ravie à nos jeux.

THÉSÉE

Qu'entends-je ?

PANOPE

Son trépas n'a point calmé la Reine :

Le trouble semble croître en son âme incertaine. Quelquefois, pour flatter ses secrètes douleurs, , Elle prend ses enfants et les baigne de pleurs ; Et soudain, renonçant à l'amour maternelle, Sa main avec horreur les repousse loin d'elle. Elle porte au hasard ses pas irrésolus ; Son œil tout égaré ne nous reconnoît plus.

Elle a trois fois écrit ; et changeant de pensée, Trois fois elle a rompu sa lettre commencée.

Daignez la voir, Seigneur : daignez la secourir.

* " On a remarqué que Racine était le seul des trois tragiques qui ont traité le sujet de Phèdre, chez qui la Nourrice soit punie. C'est une faute de mœurs dans Euripide et dans Sénèque, et que Racine ne pouvait pas commettre. On assure qu'il en a l'obligation à un Gilbert, qui avait fait une Phèdre où Œnone est aussi noyée " {Note de? édition de 1807) .—En effet, dans l'acte v., scène 5, de XHippolyte de Gilbert, Pasithée répond à Thésée qui s'informe du sort d'Achrise t

Dans les flots de la mer elle a fini ses jours.

De son crime elle-même a payé le salaire.

Mais ce qui n'appartient qu'à Racine, c'est l'effet produit par cette nouvelle de la mort volontaire d'Œnone, annoncée à Thésée au moment où le doute entre dans son esprit

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