‹ Le Cid-HoraceChapitre 134 sur 224 · ACTE V. SCÈNE VI. > 7l · texte numérisé non relu

ACTE V. SCÈNE VI. > 7l

Voit voler en éclats tout son char fracassé ;

Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

Excusez ma douleur. Cette image cruelle

Sera pour moi de pleurs une source éternelle.

J'ai vu, Seigneur, j'ai vu votre malheureux fils

Traîné par les chevaux que sa main a nourris.

Il veut les rappeler, et sa voix les effraie ; ^

Us courent. Tout son corps n'est bientôt qu'une plaie."

De nos crisufouloureux la plaine retentit.

Leur fougue^impétueuse enfin se ralentit :

Ils s'arrêtent, non loin de ces tombeaux antiques

Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.

J'y cours en soupirant, et sa garde me suit.

De son généreux sang la trace nous conduit :

Les rochers en sont teints ; les offices' cfég ou Mantes

Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.

j'arrive, je l'appelle ; et me tendant la main,

Il ouvre un œil mourant, qu'il referme soudain.

"Le ciel, dit-il, m'arrache une innocente vie.

Prends soin après ma mort de la triste Aricie.

Cher ami, si mon père un jour désabusé

Plaint le malheur d'un fils faussement accusé,

Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,

Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive ;

Qu'il lui rende... " A ce mot ce héros expiré

N'a laissé dans mes braà qu'un corps défiguré:

Triste objet, où des Dieux triomphe la colère,

Et que méconnoîtroit l'œil rrême de son père.

THÉSÉE

O mon fils ! cher espoir que je me suis ravi ! Inexorables Dieux, qui m'avez trop servi ! * A quels mortels regrets ma vie est réservée !

THÉRAMÈNE

La timide Aricie est alors arrivée.

Elle venoit, Seigneur, fuyant votre courroux,

A la face des Dieux l'accepter pour époux.

• Tuque semper, genitor, irœ facilis assensor meoe.

(Séûèque, Hippolyte, vers 1207.)

Elle approche : elle voit l'herbe ronge et fumante ; Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante !) Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur. Elle veut quelque temps douter de son malheur; Et ne connoissant plus ce héros qu'elle adore. Elle voit Hippolyte et le demande encore.

Mais trop sûre à la fin qu'il est devant ses yeux, Par un triste regard elle accuse les Dieux ; Et froide, gémissante, et presque inanimé^v-^ Aux pieds de son amant elle tombe pâm^eT Ismène est auprès d'elle ; Ismène, toute en pleurs, La rappelle à la vie, ou plutôt aux douleurs» Et moi, je suis venu, détestant la lumière, Vous dire d'un héros la volonté dernière, Et m'acquitter, Seigneur, du malheureux emploi Dont son cœur expirant s'est reposé sur moi.

Mais j'aperçois venir sa mortelle ennemie.

Page 1