ACTE m, SCÈNE III. kl
Que si tous contemplez, d'une âme un peu bénigne,
Les tribulations de votre esclave indigne ;
S'il faut que vos bontés veuillent me consoler,
Et jusqu'à mon néant daignent se ravaler,
J'aurai toujours pour vous, ô suave merveille,
Une dévotion à nulle autre pareille.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard.
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galans de cour, dont les femmes sont folles, *
Sont bruyans dans leufrs faits et vains dans leurs paroles ;
De leurs progrès sans cesse on les voit se targuer ;•
Ils n'ont point de faveurs qu'ils n'aillent divulguer ;
Et leur langue indiscrète, eu qui Ton se confie,
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d un feu discret,
Avec qui, pour toujours, on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée;
Et c'est en nous qu'on trouve, acceptant notre cœur,
De l'amour sans scandale, et du plaisir sans peur.
ELMIRE
Je vous écoute dire ; et votre rhétorique En termes assez forts à mon âme s'explique.
N'appréhendez-vous point que je ne sois d'humeur A dire à mon mari cette galante ardeur, Et que le prompt avis d'un amour de la sorte Ne pût bien altérer l'amitié qu'il vous porte ?
Je sais que vous avez trop de bénignité,
Et que vous ferez grâce à ma témérité;
Que vous m'excuserez, sur l'humaine foiblesse,
Des # violens transports d'un amour qui vous blesse,
Et considérerez, en regardant votre air,
Que l'on n'est pas aveugle, et qu'un homme est de chair»
ELMIRB.
D'autres prendraient cela d'autre façon peut-être; Mais ma discrétion se veut faire paraître.
Je ne redirai point l'affaire à mon époux; Digitiz
Maisjeveux, en revanche, une chose de vous:
C'est de presser tout franc, et sans mille chicane,
L'union de Valère avecque Mariane,
De renoncer vous-même à l'injuste pouvoir
Qui vent du bien d'un autre enrichir votre espoir ;
Et....