‹ Le Cid-HoraceChapitre 197 sur 224 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

MADAME PERNELLE

Des esprits médisans la malice est extrême.

ORGON

Vous me feriez damner, ma mère. Je vous di Que j'ai vu de mes yeux un crime si hardi.

MADAME PERNELLE

Les langues ont toujours du venin à répandre ; Et rien n*est ici-bas qui s'en puisse défendre.

C'est tenir un propos de sens bien dépourvu Je l'ai vu, dis-je , vu , de mes propres yeux vu 9 Ce qu'on appelle vu. Faut-il vous le rebattre Aux oreilles cent fois , et crier comme quatre ?

MADAME PERNELLE

Mon Dieu ! le plus souvent l'apparence déçoit : Il ne faut pas toujours juger sur ce qu'on voit.

ORGON

J'enrage I

MADAME PERNELLE

Aux &ux soupçons la nature est sujette.

Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.

ORGON

Je dois interpréter à charitable soin

Le désir d'embrasser ma femme 1 *

MADAME PERNELLE

Il est besoin, Pour accuser les gens , d'avoir de justes causes ; Et vous deviez attendre à vous voir sûr des choses.

ORGON

Hé 1 diantre ! le moyen de m'en assurer mieux ? Je devois donc , ma mère , attendre qu'à mes yeux H eût.... Vous me feriez dire quelque sottise.

MADAME PERNELLE

Enfin d'un trop pur zèle on voit son âme éprise ; Et je ne puis du tout me mettre dans l'esprit Qu'il ait voulu tenter les choses que l'on dit.

Allez , je ne sais pas , si vous n'étiez ma mère^

Ce que je vous dirais, tant je suis en colère.

DONNE, à Orgon, Juste retour, monsieur, des choses d'ici-bas : Vous ne vouliez point croire , et l'on ne vous croit pas,

CLÉANTE

Nous perdons des momens en bagatelles pures , Qu'il faudrait employer k prendre des mesures. Aux menaces du fourbe on doit ne dormir point.

damis.

Quoi i son effronterie irait jusqu'à ce point ? '

suons.

Pour moi, je ne crois pas cette instance possible. Et son ingratitude est ici trop visible* CLÉANTE, à Orgon.

Ne vous y fiez pas ; il aura des ressorts Pour donner contre .vous raison à ses efforts ; Et, sur moins que cela , le poids d'une cabale Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale. : Je vous le dis encore : armé de ce qu'il a, Vous ne deviez jamais le pousser jusque-là. .

Il est vrai; mais qu'y faire ? A l'orgueil de ce traître, De mes ressentimens je n'ai pas été maître.

CLÉANTE

Je voudrais, de bon cœur, qu'on pût entre vous deux De quelque ombre de paix raccommoder les nœuds.

ELMIRE

Si j'avais su qu'en main il a de telles armes , Je n'aurois pas donné matière à tant d'alarmes; Et mes....

ORGON, à Dorine, voyant entrer M. LoyaL Que veut cet homme? Allez tôt le savoir.

Je suis bien en état que Ton me vienne voir I

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