‹ Le Cid-HoraceChapitre 4 sur 224 · SCÈNE I. — CHIMÈNE, ELVIRE · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — CHIMÈNE, ELVIRE

CHIMÈNE

Elvire, m'as-tu fait un rapport bien sincère? Ne déguises-tu rien de ce qu'a dit mon père?

ELVIRE

Tous mes sens à moi-même en sont encor charmes : Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez; Et, si je ne m'abuse à lire dans son âme, U vous commandera de répondre à sa flamme.

CHIMÈNE

Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois,

Ce qui te fait juger qu'il approuve mon choix;

Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois prend ib;

Un si charmant discours ne se peut trop entendre; A* *;

Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour

La douce liberté de se montrer au jour.

Que t'a-t-il répondu sur la secrète brigue

Que font auprès de toi don Sanche et don Rodrigue»*

N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité

Entre ces deux amans me penche d'un côté?

ELVIRE

Non ; j'ai peint votre cœur dans une indifférence Qui n'enfle d aucun d'eux ni détruit l'espérance» Et, sans les voir d'un œil trop sévère ou trop doux,. Attend l'ordre d'un père à choisir un époux.

Ce respect l'a ravi, sa bouche et son visage • •

4 LE cn>.

M'en ont donné sur l'heure un digne témoignage,

Et, puisqu'il vous en faut encor faire un récit,

Voici d'eux et de vous ce qu'en hâte il m'a dit :

c Elle est dans le devoir; tous deux sont dignes d'ellt,

Tous deux formés d'un sang noble, vaillant, fidèle,

Jeunes, mais qui font lire aisément dans leurs yeux

i/eciatante vertu de leurs braves aïeux.

Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage

Qui d'un homme de cœur ne soit la haute image,

Et sort d'une maison si féconde en guerriers

Qu'ils y prennent naissance au milieu des laurier»,

La valeur de son père en son temps sans pareille.

Tant qu a duré sa force, a passé pour merveille;

Ses rides sur son front ont gravé ses exploits,

Et nous disent encor ce qu'il fut autrefois.

Je me promets du fils ce que j'ai vu du père ;

Et ma fille, en un mot, peut l'aimer et me plaire. •

Il alloit au conseil, dont l'heure qui pressoit

A tranché ce discours qu'à peine il commençoit;

Mais à ce peu de mots je crois que sa pensée

Entre vos deux amans n'est pas fort balancée.

Le roi doit à son fils élire un gouverneur,

Et c'est lui que regarde un tel degré d'honneur;

Ge choix n'est pas douteux, et sa rare vaillance

Ne peut souffrir qu'on craigne aucune concurrence»

Gomme ses hauts exploits le rendent sans égal,

Dans un espoir si juste il sera sans rival :

Et puisque don Rodrigue a résolu son père

Au sortir du conseil à proposer l'affaire,

Je vous laisse à juger s'il prendra bien son temps,

Et si tous vos désirs seront bientôt contens.

CEŒMÈNE.

Il semble toutefois que mon âme troublée

Refuse cette joie, et s'en trouve accablée.

Un moment donne au sort des visages divers,

Et dans ce grand bonheur je crains un grand revenu

EL VIRE

Vous verrez cette crainte heureusement déçue*

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